‹ Essai sur les livres dans l'antiquitéChapitre 9 sur 23 · IV · texte numérisé non relu

IV

(3) Tristes, II, 3o3.

(4) Epigr., v. 2.

(5) Ibid., epigr. 16. Voy. aussi v. 6 et 16; x, 4o.

(6) X, 4. Voyez aussi Properce, III, 1.

Sed , quod pace legas , opus hoc de monte sororum Retulitintacta pagina nostra via.

la lecture, on enrouloit de nouveau avec la gauche, dans le même sens ou en sens inverse, la partie déjà lue. On peut voir à ce sujet les planches 55 et 56 du cinquième volume des peintures d’Herculanum, où sont représentés deux hommes lisant des rouleaux qui se déploient horizontalement. La planche 6o du même volume représente une femme lisant un rouleau de petite dimension, une lettre peut-être, mais déployé perpendiculairement. On désignoit les volumes de ce genre en disant qu’ils étoient écrits transversa charta , sur du papier tourné à rebours. L’adjectif transversus indique, en effet, un sens opposé au sens direct de la chose à laquelle il s’applique. Cicéron, après avoir répondu à tout ce que renfermoit une lettre d’Atticus , passe à une ligne de cette lettre qui étoit écrite à la marge, c’est-à-dire perpendiculairement aux autres lignes : J^enio, dit-il, ad transversum ilium extremœ epistolœ tuœversiculum (i). Lorsqu’on écrit, la plume dessine un angle droit avec la ligne qu’elle trace ; mais, si l’on veut barrer un mot par un trait horizontal , on tourne alors la main et la plume de manière à ce que cette dernière se trouve dans la direction même de la ligne. C’est ce qu’Horace exprime ainsi :

Versibus incomtis illinet atrum Transverso calamo signum (2).

Les manuscrits qui se déployoient de gauche à droite étant, comme nous l’avons fait observer, les plus usités, on regardoit la ligne horizontale comme le sens direct de la longueur du papier. Quand cette longueur étoit déroulée perpendiculairement, c’étoit le sens opposé au sens direct , la transversa charta. Dans ces sortes de rouleaux, ce n’étoit plus la longueur du volume que suivoit la direction de l’écriture , mais bien sa largeur ; scribere transversa charta peut donc se traduire par écrire dans le sens de la largeur' du papier. Or, comme le papier le plus large n’avoit que vingtquatre doigts et que le plus employé en avoit beaucoup moins, il n’y avoit pas d’inconvénient à écrire d’une marge à l’autre et sans colonnes. C’est ce qui avoit lieu en effet. «< Il nous reste, dit « Suétone, de J. César au sénat, des lettres que, le premier, il a ré- « digées par pages et dans la forme d’un mémoire, tandis qu’a- « vant lui les consuls et les généraux n’écrivoient jamais que dans

(1) Ad Auic V, 1.

(0) Art poét., vers 446,

« le sens de la largeur du papier (i). » Les écrits divisés par colonnes étant ici mis en opposition avec ceux qui étoient tracés dans le sens de la largeur du papier, transversa charta , il est évident que, dans ces derniers, la division par colonnes n’étoitpas usitée.

Lorsqu’ils étoienl de peu d’étendue, on les déployoit en entier pour les lire; s’ils formoient un volume un peu considérable, on les .déroulait devant soi des deux mains en tenant sous le menton la partie encore enroulée. Martial, s’adressant à un mauvais poète qui lui voloit ses vers, l’exhorte, dans son intérêt, à exercer son plagiat sur des ouvrages moins connus, sur des livres ignorés du public, encore enfermés dans le pupitre de l’auteur :

Quas no vit unus, scrinioque signatas Çustodit ipse virginis pater cartæ ,

Quce trita duro non inhorruit mento (2).

Ailleurs, comparant le plaisir qu’on éprouve en recevant un livre nouveau à celui que produit une rose fraîchement épanouie et qu’on cueille soi-même, il s’exprime ainsi :

Ut rosa delectat, metitur quæ poliice primo ,

Sic nova nec mento sordida charta placet (3).

Les anciens avoient des volumes de différentes dimensions. Montfaucon, dans son antiquité expliquée (4), a reproduit par la gravure plusieurs statues antiques qui représentent des personnages tenant à la main des rouleaux. Pas un seul de ces rouleaux n’excède un pouce et demi de diamètre. Il en existoit de plus minces encore; tel est celui dont parle Martial, dans un passage que nous aurons occasion de citer plus bas, et qu’il compare, pour la grosseur, à une petite baguette. Nous savons aussi, par un passage du Digeste (5), qu’on battoit les volumes avant de les orner et de coller ensemble les feuilles dont ils se composoient. Cette opération ne pouvoit avoir d’autre objet que de diminuer autant que possible la grosseur du rouleau. D’un autre côté plusieurs

(1) Epistolæ J. Cæsaris estant ad senatum , quas primus videtur ad paginas et formam memorialis libelli convertisse , cum antea consules et duces non nisi transversa charta scriptas mitterent. Suétone, dans la vie de J. César, c. 56.

(2) Épigr. I, 67,

(4) Tom. I, pl.

(5) Dig., XXXII, lu, 5.

passages d’auteurs anciens prouvent qu’on faisoit de leur temps de fort gros volumes. Pline le jeune raconte (i) que Verginius Rufus, à l’âge de quatre-vingt-trois ans se préparant à composer le panégyrique de l’empereur , lisait debout un très-gros livre , librum grandiorem , qui, par son propre poids, s’échappa de ses mains* Le vieillard se penche pour ramasser et reployer le volume consequitur colligitque , mais il tombe lui-même sur le pavé poli et glissant, se casse la cuisse et meurt de sa blessure. L’auteur que nous venons de citer estimoit les bons livres en proportion de leur grosseur : « Dans les bons livres, comme dans toutes les bonnes choses, « dit-il, les plus gros sont les meilleurs (2). » Et plus bas il cite comme un gros volume le discours de Cicéron pour Cornélius. Malheureusement il n’en reste aujourd’hui que de très-courts fragmens. Parmi les manuscrits d’Herculanum, il y en a un qui renferme jusqu’à cent dix colonnes d’écriture : ce qui, en supposant les colonnes de deux pouces et les marges de six lignes , donneroit 23 pieds de longueur au rouleau. Un autre est long de 7 5 palmes napolitaines, qui équivalent à ig mètres 65 centimètres (3). Enfin on trouve dans le Digeste l’indication de volumes qui renfermoient les quarante-huit chants de l’Iliade et de l’Odyssée, et il ne paroît pas que ce fussent des éditions microscopiques, semblables à celles dont nous avons déjà parlé d’après Pline l’ancien (4).

Il faut néanmoins reconnoître que ces rouleaux contenoient , en général, bien moins de matière que nos livres ordinaires. Martial estime que trois cents de ses épigrammes formeroient un volume insupportable (5). Cependant, trois cents épigrammes de Martial feroient une brochure, et les quatorze ou quinze livres dont son

(t) II, 1, 5.

(2) Pline jun., I, xx , 4 : Et , hercule! ut aliæ bonæ res , ita bonus liber melior est quisque quo major. Voyez aussi Sénèque , épît. 95 : Ingenlem liis— toriam arclissime plicatam, etc. Et Aulugelle, xiv, 16. Librum grandi volumine doctrinis omnigenis præscatentem.

(3) Voy. Andr. de Jorio, Offic. de’ Papyri , p. 5.

'—(4) Si cui centumlibri sint legati, centum volumitia ei dabirnus, non centum quæquis ingeniosuometitusest.- — Ut puta cumhaberet JJomerum loiumin uno volumine nonquadraginla ocLo lilros computamus , sedunum Homeri volumen pro libro accipiendum est. Digest., XXXII, mi, 1 .

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