‹ Essai Sur Les Lois Agraires Sous La République RomaineChapitre 10 sur 75 · Appien, Guerres civiles, X · texte numérisé non relu

Appien, Guerres civiles, X

la populace. A leur place, sur les domaines que les habitants sacrifiés avaient su mettre en valeur, s'établissaient les colonies de citoyens.

Ce furent, d'après la plupart des historiens, des. colonies créées pour répondre à certains besoins stratégiques. En l'absence d'armée permanente et de garnisons à demeure, les colons surveillaient, dit-on, une contrée hostile et garantissaient, par leur présence mème, la souveraineté de la métropole. On ajoute que la fondation de colonies n'eut jamais pour objet de venir en aide, avant les Gracques, aux indigents ‘. Si l'on veut dire par là que Caïus Gracchus imagina le premier d'établir des colonies démocratiques et paciliques, comme celles de Capoue, de Tarente ou de Carthage, cela est vrai; mais si l'on prétend qu'avant lui les colonies furent par essence des avantpostes militaires, cela est faux. — Les colonies: romaines se sont développées par la conquête, mais elles sont nées d'un état économique. L’esprit d'aventure s'acquiert; il n’est pas inné ?. Les

4. Cf. Marquardt, Manuel des anliquités romaines, trad. fr... 1889, t. I, p. #7.

2. « Je croyais quêé le paysan irlandais, à la différence du paysan français, prenait très facilement son parti d’'émigrer:,

Romains ont fait la guerre parce qu'ils étaient à l'étroit et pour avoir des colonies: ils n'ont pas

eu des colonies parce qu'ils avaient fait la guerre,

Déjà Numa Pompilius avait distribué les conquêtes de Romulus. Ses successeurs l'imitèrent. Selon Denys d'Halicarnasse, les lots assignés par Servius Tullius aux ciloyens pauvres furent de sept arpents (environ 175 ares). La politique sociale du sixième roi souleva la fureur des grands : ils favorisèrent les intrigues réactionnaires de son gendre, Lucius Tarquin. — Cet homme ct son frère Aruns avaient, dit une légende tragique, épousé les deux Tullia, filles de Servius. L'ambitieux Lucius et sa féroce belle-sœur s’aimèrent, tuèrent Aruns et l’autre Tullia, s'épousèrent, décidèrent le meurtre du vieux roi; et celte parricide Tullia, complice de son mari jusqu'au bout du crime, foula sous son char, en haut de la voie Cypria, nommée dès lors voie mais il n’en est rien. Tous ceux que j'ai interrogés, dans ma promenade de ce malin, m'ont fait la même réponse. Cependant ils disent que les jeunes gens n'ont plus les mêmes idées et que la plupart, au contraire, songent à aller chercher for-

tune en Amérique ou en Australie. » (Baron E. de Mandat- Grancey, Chez Paddy, p. 123.)

Scélérate, le cadavre du bon Servius, — première victime, a-t-on dit, des lois agraires.

Lois agraires, — le mot est exact en ce sens que ces distributions de terres opérées par les rois de Rome à l'exception des Tarquins, et qui sont plutôt des largesses, prouvaient le dessein de remédier à certaines injustices rendues sensibles, dès cette époque, par l'inégalité croissante des conditions. On dit couramment que les Romains, n'étant pas épris de chimères, n'ont jamais songé à niveler les fortunes; mais il ne faut pas leur prêter des superstilions à rebours. Les premiers partages entre citoyens comprenaient des lots identiques; et, de même, les assignations de terres aux colonies attribuèrent plus tard, aux milliers de citoyens qui en furent tour à tour les bénéficiaires, des parcelles d’étendue équivalente. L'égalité était initiale dans les groupes qui profitaient des répartitions successives; l'inégalité

n'apparut que peu à peu.

L'antagonisme naturel entre les patriciens et les

plébéiens fut la cause première de ces différences

de richesse.

On n’est pas d'accord sur l'origine du mépris que le patriciat vouait à la plèbe. Très longtemps on à confondu les plébéiens, les clients et les vaincus. Mais la population de Rome est double aux débuts mêmes de son histoire; et Fustel de Coulanges étonna jadis les esprits en découvrant dans les privilèges sacrés des patriciens la raison vraie de leur noblesse. Tous ces vieux patriciens de Rome avaient une foi très sincère en leur propre supériorité; s'ils l'appuyaient sur la violence, ils la fondaient sur la religion. Au surplus, nul ne peut dire comment s’effectua le recrutement des deux classes, aux débuts de la nouvelle ville. Peut-être les uns appartenaient-ils à des familles déjà régulières, fortement groupées !, et s’opposaient-ils à un ramassis d'enfants perdus, sans ancêtres.

Jusqu'à la législation des Douze Tables, les plébéiens furent tenus à peu près hors de la cité : ils n'avaient primitivement ni droits politiques, ni droits civils, ni peut-être de religion; ils ne

faisaient pas partie du peuple romain (populus),

4. Voir, par exemple, dans Suétone, Tibère, 1, les origines de la gens Claudia.

avec lequel ils combaltaient. Ce n'étaient pas des citoyens, et, n'étant pas citoyens, ils ne pouvaient détenir la terre. Un passage de Cassius Hemina, conservé par le grammairien Nonius Marcellus !, raconte l’expulsion infligée à certains possesseurs du domaine public, — parce qu'ils élaient plébéiens. Mais jamais les textes ne résistent aux commentateurs. On a soutenu que celui-ci impliquait la possibilité que des plébéiens fussent maitres du sol. C’est le contraire qui est évident ces hommes étaient des usurpaleurs et ils furent chassés comme tels; leur qualité de possesseurs fut toute provisoire et sans valeur juridique. Telle était du moins la rigueur des très anciens âges. L'État romain devint ensuite une Répulique démocratique ou plutôt timocratique, — ce que Bernardo Segni nommait republica per censo. La constitution de Servius Tullius partage en cinq classes les membres aclifs de la cité, d’après l'importance de leurs biens. L'aristocratie de fortune se combine alors avec celle de la nais-

sance; et, dans la hiérarchie sociale, apparaissent

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