Nonius, au mot Plebilas
les Chevaliers ‘, dégagés de la plèbe, mais sans être des patriciens. Un tel changement montre assez la force, alors toute récente, de la richesse
*. Tenue d’abord en médiocre estime,
métallique aucun préjugé religieux ne la protégea. Son accès fut libre à la plèbe. Quelques plébéiens, plus habiles ou plus heureux que leurs congénères, s'en aidèrent pour s'affranchir : sortis du bas peuple, ils atteignirent presque au rang des patriciens, parvinrent à acquérir des terres. De leur côté, les patriciens s'enrichirent de la même manière, et plus aisément, puisqu'ils étaient au pouvoir. Ainsi s'opéra peu à peu la révolution indiquée par la conslitulion servienne. A la fortune terriloriale se joignit la fortune mobilière, qui la double et se mêle à elle, rendant plus com-
plexe la société humaine. A l'antique distinction
1. Au sens large, le mot Chevaliers désigne tous les citoyens, nobles ou non, qui servaient dans la cavalerie, de par leur fortune. Au sens étroit, le même mot désigne seulement les plébéiens riches; c’est au sens étroit qu'il sera toujours entendu ici.
2, Même, certains érudits l'ont nice, jugeant qu’elle tenait du prodige : leur ingéniosité a tenté de résoudre en équivalents de fortune territoriale les chiffres fixés par la constitution servienne; mais on a prouvé contre eux l'arbitraire de ces conjectures, dont les conséquences sont inacceptables. — Cf., en ce sens, Édouard Cuq, {nstilutions juridiques, t. 1, p. 95, <t, en sens contraire, Willems, Droit public romain, p. S4-S5.
théocratique des nobles et des non-nobles, des patriciens et des plébéiens, se superposa la distinction économique et moderne des riches et des
pauvres.
Rome ne possédait pas un coin de terre qui ne fût le gain des armes. On fit deux parts des conquêtes. — La première fut réservée aux services de l'État : ceux du Culle, de la Défense et du Trésor; elle comprenait, par exemple, les bois sacrés, les salines, certains édifices, des forêts et des pâturages. La République exploitait parfois les dépendances du domaine national; et, parfois aussi, les questeurs vendaient des parcelles à l’encan, selon le besoin des finances : ce furent les agri quæslorii. — La seconde part des conquêtes était destinée, non plus à Rome, mais aux Romains. Elle se composait habituellement de terres en culture et de terres en friche. Les cultures étaient réparties par assignalions coloniales ou individuelles : au premier cas, l’étendue des lots se déterminait par le nombre des colons; au second cas, directement fixée par la loi, variable
suivant les époques et suivant les circonstances,
4) cette étendue fut tantôt de trois, tantôt de sept, tantôt de huit et même de cinquante arpents. Il arrivait que ces lots (agri adsignati) fussent l’objet de concessions gratuites; mais, le plus souvent, les censeurs les donnaient à bail. Enfin, et réserve faite pour le Trésor de la dime des récoltes et du cinquième des fruits perçus !, chacun pouvait mettre en valeur les terres en friche, livrées au premier occupant (agri occupalori). — L'ensemble de toutes ces lerres, arrachées aux vaincus de Rome pour être données à ses enfants, formait le domaine public proprement dit, — Ager publicus. Mais la masse du peuple restait indigente et les grands profitaient seuls des conquêtes dues à l'effort commun.
Les forêts et les prairies de la République étaient ouvertes à la jouissance de tous. Mais la faculté d'y faire paitre les bestiaux avantageait d'autant plus les riches que la taxe était plus modique et leurs troupeaux plus considérables. Les colonies, à vrai dire, étaient laissées aux pauvres gens : le
désir d'échapper à la misère en essayant une vie