‹ Essai Sur Les Lois Agraires Sous La République RomaineChapitre 16 sur 75 · EME CAEN AN EE · texte numérisé non relu

EME CAEN AN EE

SPURIUS MÆLIUS. 51

Livrée à l’abaissante contrainte des besoins journaliers, cette plèbe ignorante et faible se désintéressait peu à peu de la politique agraire et mème de toute politique, son souci plus direct “étant d'échapper à la prison pour dettes et à la faim. Déjà le riche chevalier Spurius Mælius, pitoyable de sa nature, avait employé sa fortune à des achats de blé qu'il distribuait gratuitement ou vendait à juste prix. C'était accomplir un acte de charité, mais rendre assez mauvais service au peuple, car mieux valait habituer la plèbe au désir de produire le blé qu’à celui de le recevoir. Si les vues des patriciens n'avaient pas été tout aussi courtes que celles de leurs adversaires, ils auraient encouragé Spurius, au lieu d’accuser son ambition. Ils le soupconnèrent, lui aussi, d’aspirer à être roi; et le général Ahala égorgea, en plein forum, ce bienfaiteur de la plèbe.

Après l'épisode de Spurius Mælius, c’est celui de Marcus Manlius, le sauveur du Capitole et l'ennemi juré de Camille. L’invasion gauloise avait accru l'indigence. Repris aux Gaulois, l'or de la rançon fut déposé par le Sénat dans les tem-

ples. Mais Manlius accusait les patriciens d’avoir

He ESSAI SUR LES LOIS AGRAIRES.

commis des détournements et d'employer les capitaux escroqués en prêts usuraires. Il proposa de restituer l'or gaulois au peuple, pour aider à l'extinction des dettes. Marcus Manlius prèchait d'exemple, distribuait des sommes, n’arracha pas moins de quatre cents débiteurs à la prison.

Comme Spurius Cassius, comme Spurius Mælius, il périt victime d'une bonté qui semblait trop équivoque. Sa maison fut détruite comme celle de Cassius et remplacée par un temple en l'honneur de Juno Moneta.

Spurius Cassius était un organisateur : il avait compris l'importance du problème agraire, la nécessité de conduire le peuple vers la terre, de fonder une classe de petils propriétaires ruraux, laborieux, soucieux d'épargne, et se suffisant à eux-mêmes; il se souciait moins d’être agréable que d'être utile; et ses plans d'ensemble, embrassant les vaincus et les pauvres, prévoyaient tout l'avenir de Rome. Auprès de lui, Mælius cet Manlius — âmes généreuses — apparaissent des esprits médiocres et de pâles agitaleurs : ils se devinent moins forts que les événements et renon-

cent d'avance à régler l'avenir, s'attachent aux

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