MARCUS MANLIUS
sûres; ils indiquent souvent leurs sources; parfois même ils avouent les scrupules qu’elles leur inspirent sur certains points. Aucune relation officielle ne résisterait à cette critique, dont l’intérêt est du reste à peu près nul, puisqu'elle accorde une valeur symbolique aux traditions dont elle conteste la vérité. Quand Mommsen, dans sa magnifique Histoire, décrit la société italienne des premiers siècles en négligeant les individus, il transpose en langage abstrait les incertitudes de Tite Live et de Denys d’'Ialicarnasse. Ceux-ci, plus sensibles peut-être aux analogies qu'aux contrastes, ont sur Mommsen l'avantage d'être nés il y a deux mille ans. Leurs récits enjolivent la tradition nationale, mais la reflètent; et par là leurs erreurs mêmes ont un prix auquel ne peut prétendre aucun travail contemporain.
Mommsen donne au lecteur bénévole un beau spectacle. Avec lui nous assistons à toutes les phases d’une légende : il nous fait voir sa naissance, son épanouissement, et comment elle se dissipe. Son ironie est une pioche qui sonde, renverse et punit le charlatanisme. La légende
s'écroule, le symbole crève, le lecteur songe
Qu'adviendra-t-il? — Mais déjà Mommsen est à l'œuvre : il creuse le sol, établit des fondations, élève un monument tout neuf avec les débris de l’ancien.
Le lecteur à son tour devient sceptique, — et
s’en va vers ces belles ruines.