‹ Essai Sur Les Lois Agraires Sous La République RomaineChapitre 24 sur 75 · Plutarque, Tibérius Gracchus · texte numérisé non relu

Plutarque, Tibérius Gracchus

par aucun des sophismes subtils qui hantent l'esprit des citadins. Observant le coin d'Italie où l'avait jelé sa fortune, il devina quels ravages rongeaient partout la péninsule et prit sur le fait, en pleine liberté d'intelligence, les résultats d'une politique séculaire de gloire guerrière et d’avidité.…

Les agronomes latins, c'est-à-dire les écrivains les moins suspects de l’antiquité, sont unanimes à déplorer l’évolution économique qui accompagna, vers le vi° siècle de Rome, d’éclatants triomphes militaires. C'est l’époque où la capitale de la République cessa d’être une bourgade rudimentaire et devint une ville moderne, élégante et bigarrée. Elle s’affina par le désir des voluptés physiques et morales qu’elle n'avait pas encore connues : elle eut un théâtre, une poésie, une littérature, et presque une philosophie; elle eut des vices. — Unissant peu à peu tous les attraits ct toutes les ignominies de la vie civilisée, Rome devint une cité de choix, centre nouveau de l'univers.

L'opulence lui vint du dehors et modifia ses des-

tinées. Les peuples vaincus payaient au Trésor

d'énormes tributs d'argent qui accrurent le numéraire disponible et facilitèrent l'échange des biens. Le sol italien n'était pas très riche en métaux, sauf en cuivre. Mais la Sicile, la Sardaigne, l'Afrique, l'Espagne, plus tard la Grèce et l'Asie Mineure donnèrent aux Romains la jouissance des mines les plus productives du monde ancien. — Celles de Carthagène, en Espagne ‘, occupaient quarante mille ouvriers. Ces hommes recueillaient le minerai d'argent charrié par les fleuves, le tamisaient dans des sacs et le broyaient, répétaient cinq fois ce travail; ensuite ils traitaient par le feu la matière pulvérisée, la faisaient fondre et la délivraient des parcelles impures. Le rendement des mines de Carthagène était égal ou mème un peu supérieur, dit-on, à celui des mines de Kremnitz, célèbres au xvur° siècle; en dix années, elles rapportaient au peuple romain plus de quatre-vingts millions de francs. — Les monnaies de cuivre et d'argent furent, jusqu'à César, les seules monnaies courantes de l'Italie; mais l’étalon d'argent,

dégradé vers le milieu du 1° siècle avant notre

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