‹ Essai Sur Les Lois Agraires Sous La République RomaineChapitre 25 sur 75 · Cf. Polybe, cité par Strabon, III, p · texte numérisé non relu

Cf. Polybe, cité par Strabon, III, p

ère, perdit alors les deux tiers de sa valeur, en même temps que s'opérait l'enchérissement réel du prix des choses’. L’afflux des indemnités de guerre et la production régulière de mines semblables à celles de Carthagène, exploitées par l'État pour lui-même ou concédées à certains capitalistes, eurent pour effet de prolonger ces soubresauts monétaires, — image des changements survenus dans la société.

Avant la conquête de l'Italie, Rome combattait pour étendre son territoire; c'était une puissance agricole et belliqueuse. Après la conquête de l'Italie, son système de politique générale demeura pareil à lui-même; mais son parasitisme effréné se développa différemment. Autrefois elle voulait gagner de la terre avec son glaive, — elle aimait la terre, collaboratrice des plus durs travaux humains. Elle n'aima plus que la richesse, et surtout la richesse métallique, les délices faciles, le luxe charmant qu’elle procure.

Les Romains des époques les plus brillantes

L. Pour obtenir le prix d’un objet en 514— 240, il faut prendre le prix de 484 — 2170 et le multiplier par dix. — Cf. Belot, Chevaliers romains, t. II, p. 81-82.

ont prodigieusement déclamé sur la dépravation des mœurs et la soif toujours plus ardente de l'or; leurs salires et leurs plaintes réunissent la rhétorique et la candeur. Il est trop clair que tout progrès s'achèle par certaines décadences; mais Rome augmenta sa vie, élargit son intelligence en dépouillant sa rudesse et sa simplicité natives, discipline excellente au temps des premières luttes et chez une peuplade toute militaire, indigne de la maîtresse du monde. Caton l'Ancien, ascète maussade, parvint à l’âge de soixante-dix ans sans faire crépir ses maisons de campagne et chassa de Rome le philosophe Carnéade, ambassadeur d'Athènes, coupable d'initier l'Italie aux jeux délicats de la dialectique; mais il pratiquait l'usure sans ménagements ni remords et conseillait de vendre à tout prix les vieux esclaves ! : ne déplorons point que l'irrésistible Nature ait enfreint les volontés d’un si pédant moraliste. — L'importance tout à coup décuplée de la fortune mobilière enfiévra le monde romain, multiplia les forces

civilisatrices de l'industrie et du commerce, rap-

4, Aulu-Gelle XII, 23; Plutarque, Caton l'Ancien, 5, 21, 22.

procha les hommes, aidant ainsi même la pensée. Cette entrée en jeu du capital ne fut pas un mal par elle-même, mais seulement par le désarroi qu’elle mit dans une société inhabile à l'accueillir. Rome s’assimila l'héritage de Carthage, de la Grèce et, plus tard, d'Alexandrie, sans dissiper la vigueur militaire qui sauva sa grandeur en face des peuples. Par contre, elle fut incapable d'établir son équilibre interne : la richesse nouvelle, au lieu de se répandre harmonieusement et d'aplanir quelque peu les vieilles inégalités, pesa davantage sur elles; et les défauts de répartition qui avaient signalé l'extension de la fortune agraire se combinèrent avec ceux qui escortaient l’invasion du capital mobilier.

Loin d'encourager le travail libre et l'épargne, d'où procède la petite propriété, l'abondance de numéraire amena leur ruine, en développant singulièrement la concurrence du travail servile. Aux premiers siècles de Rome, les esclaves n'étaient pas très nombreux; chaque propriétaire, ajoutant à ses serviteurs quelques mercenaires ou prenant des fermiers libres, dirigeait en personne ses cul-

tures; le besoin d'esclaves se faisait à peine sentir

pour l'exploitation de la terre ‘, qui était encore la vraie richesse de Rome : Capoue, cité de loisirs et d'art, où la grande rue était toute bordée de boutiques de parfums, en avait bien davantage. Mais après les guerres de la République, les conditions de la vie se déplacèrent : les marchés d'Orient, d'Espagne et de Sardaigne jetèrent en Italie quantité d'esclaves ?; leur prix baissa. Le vieux Caton, qui s'entendait aux affaires, ne paya jamais les siens plus de quinze cents drachmes, soit treize cents francs *. Dans Plaute, un enfant vaut six mines, — un homme vigoureux se vend vingt mines, c’est-à-dire dix-huit cents francs, — et de même une jolie fille.

Les gens riches eurent deux sortes d'esclaves, — ceux de la ville et ceux des champs. On achetait en Asie, en Égypte, en Grèce, des esclaves lettrés ou musiciens, adroits à divertir leurs maitres. D'autres furent médecins, précepteurs, architectes.

D'autres exercaient des métiers manuels, — furent

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