Cf. Valère Maxime, IV
2. Dans le marché de l'ile de Délos, en un seul jour, 10 000 esclaves furent vendus, embarqués pour l’Italie. Strabon, XIV, v, 570.
3. Plutarque, Caton l'Ancien, 4. Cf. Plante, Captiv., I, 11, 103; V, ut, 213 1v, 15. — Pseudol., I, 1. 49, 50.
tisserands, brodeurs et graveurs. Gagnant leur vie etrapporlant même à leurs maîtres un bon intérêt des frais d'achat, ceux-ci livrèrent une dure bataille à l'industrie des ouvriers libres. Néanmoins cette concurrence eût peut-être élé supportable, si le prolétariat des campagnes avait gardé le moyen de se nourrir; mais les champs furent envahis, comme la ville, par les esclaves exoliques. La main-d'œuvre en était moins chère, avantageuse à plus d'un titre : le propriétaire d'esclaves n’avait pas à craindre pour ses cultures le risque des levées, fréquentes à cette époque de guerres ; l'homme libre devait seul le service militaire, — l'esclave échappait à la conscription.
Bientôt les campagnes, remplies d'esclaves, se vidèrent de cultivateurs indigènes. Le paysan changea d'habitudes, de gouts et d’espoirs. Il vendit sa tenure ou l'abandonna. Chassé par la faim, lassé par la lutte et séduit par le mirage d'une vie moins inquiète, il émigra vers les villes, devint le client et parfois l’esclave du citadin riche. — Ou bien il entra dans l’armée.
Cette désertion des campagnes n’est pas un fait
isolé dans l’histoire : c'est un phénomène fré-
quent, symbolique, surgissant à toutes les époques de suractivité financière. Les villes ont alors, même pour les plus malheureux, toutes sortes d’agréments magiques. Aussi l'exode vers les centres urbains a-t-il suivi, dans l'Europe moderne, les progrès géants du machinisme, — tandis qu'un mouvement inverse avait signalé le déclin des manufactures dans l'Italie du xv° siècle, déchue de son récent prestige sur les marchés du moyen âge ‘. L'abandon de la terre n’est donc pas un signe nécessaire de décadence, mais seulement de trouble économique : la prospérité agricole s'allie mal à celle des villes, qui naît du commerce et de l’industrie. Au temps des Gracques, la ruine des campagnes paya sans mesure l'acquisition presque soudaine d’une nouvelle richesse et fut la rançon de l’opulence mobilière : les forces que la Nature met en œuvre se font rarement contrepoids et ne parviennent jamais à s'équilibrer sans lenteur, sans remuer toute la misère humaine...
A Rome, les spéculations des financiers por-
tèrent de bonne heure sur la terre. Cela s'explique