‹ Essai Sur Les Lois Agraires Sous La République RomaineChapitre 30 sur 75 · Cicéron, Oratio in loga candida · texte numérisé non relu

Cicéron, Oratio in loga candida

sens inverse de la fertilité du sol : il avait au plus le cinquième et, sur les bonnes terres, le neuvième seulement du produit des grains, — se rattrapait par l'abus de confiance ou s’abrutissait dans la fainéantise.

La métamorphose des cultures fut une grande calamité‘. Dans l'enfance de Rome, un froment superbe arrivait des campagnes voisines, d'Étrurie ou de Campanie; plus tard, le blé vint de Sicile; plus tard d'Afrique, de Sardaigne et d'Asie.

Pendant la lutte contre Carthage, l'Italie saccagée importa pour la première fois des céréales; la concurrence régulière du dehors continua ensuite, elle acheva le désastre; et la conversion des terres arables en prairies devint une méthode fructueuse, une spéculation raisonnable. — Caton répartit les fonds de terre en neuf classes, dans

l'ordre de valeur suivant : vignes, polagers, saus-

1. Au point de vue social, cela s'entend; car, au point de vue économique, cette transformation était peut-être indispensable. Cf. Adam Smith, Richesse des Nations, 1. 1, chap. x1 — Fustel de Coulanges a dit d’autre part, mais non sans quelque paradoxe : « On a déclamé contre le goût des Romains pour les prairies; on aurait mieux fait de regarder, chez les écrivains, ce qu'étaient leurs prata et quelle somme de travail ils y mettaient. » (Comptes rendus de l’Acad. des sciences morales, 1885, t. 124, p. 36, note 2.)

saies, olivettes, prairies, champs de blé, taillis, vergers, foréts de chénes. Donc il estimait davantage les prairies que les champs de blé. Mais certains auteurs lui reprochaient de préférer les vignes aux prairies : ainsi Scrofa plaçait les bons prés au premier rang de toutes les terres; et Caton avouait lui-même qu'après le revenu d'une belle prairie, il n'en était pas de si certain que celui d'une prairie médiocre. Les propriétaires ne se firent pas faute de mettre à profit les conseils des agronomes : le bas prix des céréales les détourna d’une culture difficile et peu lucrative; la production de l'Italie en grains de toute espèce baissa de moilié.

Un pré fait vivre moins de monde qu'un champ de labour; le changement du régime d’exploitation entraina une diminution du nombre des lravailleurs. Du reste, la fatigue du sol obligeait à ce changement : des assolements {rop rapprochés avaient vite épuisé la terre; l'outillage agricole fut puéril et les fumures insuffisantes. L'économiste Dureau de la Malle cite cet adage des fermiers du Perche : « Fumez bien, labourez mal,

vous recueillerez plus qu’en fumant mal et en

labourant bien. » Caton avait un principe contraire : il voulait toujours qu'on labouràt. Seules, les terres très riches de leur nature, celles qu’on nomme à présent terres complètes, résistèrent à des habitudes si fâcheuses, si imprévoyantes; la fertilité des autres s’anéantit. L'Italie se résigna; elle quitta la lutte, augmenta progressivement ses importations de céréales. Les vendanges elles-mêmes abdiquèrent leur merveilleuse prospérité. Certains crus d'Italie étaient célèbres; mais pouvaient-ils soutenir la concurrence des vins de Cos et de Chio, celle de Smyrne‘, où les vignes proches de la mer ne perdaient jamais leurs feuilles et donnaient du raisin deux fois par année? — Un protectionnisme illusoire et grossier tenta la défense de l’industrie oléagineuse et viticole : la culture de la vigne, les plantations d’oliviers furent interdites aux peuples transalpins ?.

La grande propriété chassant l'habitant des campagnes, l'Italie se dépeupla. Depuis la fin de la guerre d'Hannibal jusqu'en 595 — 159, la popu-

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