Cf. Julius Obsequens
veut être roi. La nouvelle en circule, arrive au Sénat. — Alors Scipion Nasica, grand meneur réactionnaire, interpelle vivement le Consul, lui intime l'ordre de marcher. Mucius Scævola tente vainement d’apaiser cet énergumène. Les sénateurs suivent Nasica, descendent dans la rue, accompagnés d'amis et d'esclaves, tous munis de solides gourdins.…
Devant eux, la foule s'écarte, saisie d’une prudence respectueuse et bientôt d’une terreur panique. On commence à tuer quelques curieux; les autres se sauvent comme ils peuvent et, dans leur fuite, brisent les bancs de l'assemblée, qui deviennent des armes terribles... Tibérius veut échapper; il fait un faux pas et tombe : au moment où il se relève, un de ses collègues, nommé Pubiius Satureius, lui casse la tête avec un pied de banc. — D'autres s'acharnent sur son corps, et la bande sénatoriale assomme trois cents
de ses fidèles...
Le massacre et les représailles continuèrent les jours suivants ‘. Les cadavres furent jetés dans le
1. Salluste, Jugurtha, xxx1 : « In plebem romanam quæstiones habitæ sunt,. »
Tibre. Il y eut aussi des bannissements et des tortures. Diophanès de Mitylène fut exécuté. Un certain Caïus Villius fut enfermé dans un tonneau plein de vipères. Blossius de Cumes défendit opiniâtrément la mémoire de Tibérius, son disciple et son ami, eut la chance de se tirer d'affaire, et se réfugia chez le prétendant Aristonicus de Pergame, fils d’une courtisane d'Éphèse et frère bâtard du roi Attale : quand le général Perpenna eut assujetli le royaume aux Romains, le philosophe se suicida.…
Cette crise fut suivie d’une détente. Le Sénat avait réfléchi et souhaitait la conciliation. Scipion Nasica, grand Pontife, n’osait plus sortir de chez lui : il ameutait la populace. Au lieu de le soutenir, on l’éloigna, sous prétexte d’une mission lointaine; et Nasica s’en fut mourir, lui aussi, sous Pergame. — Le Sénat, comme on voit, maniait les esprits avec une adresse indulgente, n’abusait point d’une victoire fragile, adoucissait les flots agités par le passage de Ja tempête. La loi agraire ne fut pas abrogée. Mème, la plèbe eut la Liberté de pourvoir au remplacement immédiat de
Tibérius : elle nomma d'abord, eroit-on, le beau-
père de Caïus Gracchus, et, plus tard, Fulvius Flaccus, ce sénateur qui avait prévenu Tibérius, le jour de sa mort.
Mais, dès ses premières tentatives, la commission rencontra des obstacles qu'elle dut franchir un à un, péniblement ‘, Tel possesseur insistait, avec une éloquence un peu bien intéressée, mais aussi des larmes touchantes, pour garder ses fonds domaniaux, où était le tombeau des siens. Tel père de famille invoquait la nécessité de doter ses filles ou supplhiait qu'on lui laissât la dot constituée par sa femme en terres publiques. Des créanciers — ceci fut plus grave juridiquement — apportaient des reconnaissances d'hypothèques et demandaient s'il était juste que leur prévoyance füt déroutée, leurs garanties réduites à néant. Les Italiens se mirent enfin de la partie : ils avaient prèté leur concours à la répression; la confiscation de leurs biens serait-elle leur récompense ? Les triumvirs s'impatientèrent, voulurent de prompts résultats, encouragèrent les
dénonciations : car il n’était pas non plus facile de