‹ Essai Sur Les Lois Agraires Sous La République RomaineChapitre 45 sur 75 · Velleius Paterculus, II, 4; Valère Maxime, VI · texte numérisé non relu

Velleius Paterculus, II, 4; Valère Maxime, VI

Caïus Sempronius Gracchus avait vingt ans quand son frère mourut. Ce malheur parût l’abattre. Il évita le forum, $e cantonna dans ses fonctions de répartiteur agraire. Les grands le craignaient par instinct; la plèbe n'osait compter sur lui.

Un jour, pourtant, Caïus parla, présenta la défense d’un ami. Ce fut un événement dans Rome. L'éloquence vibrante du frère de Tibérius fut pour le peuple une surprise charmante, une promesse. Les riches s'émurent. Mais Caïus, nommé questeur, devait partir pour la Sardaigne; on respira. Les adversaires des change-

ments se réjouissaient qu'il fût éloigné, mis à

l'écart; et lui-même n’était pas fâché de quitter Rome, de gagner du temps, de mürir.

En Sardaigne, il battit l'ennemi et, dans les rigueurs de l'hiver, se fit aimer des soldats. Le Sénat, alarmé, changea les troupes; mais le général Orestès conserva son commandement.

Or Caïus, questeur d’Orestès, s'embarqua sans ordre et parut à Rome, insoucieux de la discipline. L’étonnement fut universel; les censeurs appelèrent Caïus devant eux. Il déclara qu'il ne voulait plus être questeur, qu’il pouvait légalement se démettre, et vanta sa conduite en Sardaigne : « — Les ceintures que j'avais emportées de Rome pleines d'argent, disait-il', je les ai rapportées vides de la province. D’autres que moi avaient emporté des amphores pleines de vin; ils les ont rapportées pleines d'argent. »

On applaudit, — il fut absous.

Ce début était engageant pour Caïus, inquiétant pour le Sénat. Précisément, l’importante cité latine de Frégelles s'était révoltée contre Rome;

elle perdit ses droits, ses remparts furent démolis,

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