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L'échec des Gracques est un spectacle instructif, mais désolant, puisqu'on y voit l’impuissance des bonnes volontés contre les mœurs et des lois contre les faits. Tibérius, au début de sa carrière, et Caïus, à la fin de la sienne, furent séduits par l'impossible, qui tente seuls les cœurs généreux : ils voulurent sauver la société malgré elle, méconnurent l’âpre expérience, et se brisèrent contre les hommes.
L'œuvre coloniale de Caïus fut anéantie dès sa mort. On conserva l'établissement, peu important, de Minerva, à Squillace; et celuide Neptunia, créé à Tarente, fut incorporé à l’ancienne cité
hellénique. Mais les colonies de Capoue et de
Carthage furent supprimées. Et pourtant ces deux villes morles étaient capables d'accueillir, par le seul effet de leur relèvement, des myriades d'émigrants pauvres. Elles étaient, en cela, bien différentes des douze colonies promises par Drusus en des lieux problématiques et dont l'emplacement était introuvable, à moins de spolier odieusement les communautés italiennes. — Celles-ci étaient abreuvées d'humiliations et d’outrages; elles n'auraient pas accepté, sans prendre immédiatement les armes, une vexation aussi grave, s’ajoutant à toutes les autres. Le Sénat romain s'était réfugié dans la politique anti-italienne par désir d’escamoter le danger révolutionnaire; mais il n’avait aucune raison de déchaïner, par imprudence démagogique, les menaces d'orage qui grondaient dans la péninsule. — Il avait fallu, pour se laisser prendre à cette duperie de la loi Livia, la niaiserie de la plèbe romaine et surtout la complicité de ses sentiments inavoués, mais réels : les largesses de céréales lui plaisaient infiniment mieux que les rudes travaux agricoles; on eut bien soin de les maintenir; elles aidèrent
à faire oublier les engagements sénatoriaux.
L'œuvre agraire de Tibérius, elle aussi, fut liquidée par des mesures législatives. — Un premier plébiscite ‘, rendu en 633 — 121, quelques mois à peine après la mort du cadet des Gracques, abrogea l'inaliénabilité des lots assignés par les triumvirs. Tibérius avait établi cette entrave à la circulation des biens comme susceptible d’empècher la reconstitution des latifundia. Elle gênait à la fois les gens riches, désireux d'étendre leurs terres, et les petites gens, citadins de la veille, agriculteurs besogneux, improvisés, sans patience pour supporter les épreuves de leur vie nouvelle. Son abolition fit plaisir à lout le monde, mais troubla profondément l’économie de la réforme.
Deux ans plus tard (en 635 — 119) une loi proposée, d’après Appien *, par le tribun Spurius Thorius, fit défense de procéder à de nouvelles assignations; elle destitua les triumvirs et confirma dans leurs possessions tous les détenteurs du domaine, au prix d’une rente dont le produit devait revenir aux indigents. — Tibérius se fût indigné de cette politique démoralisante, dont