‹ Essai Sur Les Lois Agraires Sous La République RomaineChapitre 50 sur 75 · Pétrone, Salyricon · texte numérisé non relu

Pétrone, Salyricon

tactique des partis et hâta la transformation de la vieille politique coloniale, de la vieille politique agraire.

… Dès l’année 636 — 118, une colonie de citoyens fut menée dans les Gaules. Elle prit le nom de Narbonne (Warbo, Narbo Martius). Ce fut la première et longtemps la seule colonie romaine en dehors de l'Italie, où elle semblait comme un symbole des projets de Caïus Gracchus. Le Sénat voulut la détruire. Elle dura malgré le Sénat, grâce à l'appui des riches marchands, qui souhaitaient fonder des comptoirs dans tout le bassin du Rhône.

Après Philippus, —le tribun du peuple L. Apuleius Saturninus attacha son nom à des propositions agraires : c'était un jeune homme éloquent, turbulent, mal famé, brutal et subtil; des rancunes l’avaient jeté dans le parti démagogique. — Le Consul plébéien Marius venait justement d'arrêter la première invasion germanique, celle des Teutons et des Cimbres, aux batailles d'Aix et de Verceil. Saturninus et Glaucia, ses deux séides, terrorisèrent librement l'aristocratie : ils

remuèrent lous les scandales, ensanglantèrent le

Forum, assassinant par méthode quiconque s’opposait à eux...

Ce fut une époque d'équipées homicides et d'intrigues obscures... La première victime, et la moins intéressante, fut l’ex-général Cæpio, auteur du sac de Tolosa (Toulouse), où il prit, en 648 — 106, cinq millions de livres d’or et cent dix mille livres d'argent’. Ce trésor, expédié par ses soins à Marseille, sous très faible escorte, avait été razzié en route par une bande de brigands à lui. Cæpio eut le tort, l'année suivante, de se faire baltre par les Cimbres, à Arausio (Orange). Il revint à Rome. Les démocrates lui firent son procès. L'affaire traina plusieurs années. A la fin, on mit Cæpio en prison : il fut condamné à l'exil et à la restitution de l'énorme butin soustrait. Il quitta Rome, et se fit ciloyen de Smyrne ?. — Les Patriciens perdirent en lui leur soutien le plus ferme vis-à-vis des financiers : cet homme vertueux voulait chasser les Chevaliers des tribunaux.

Précisément, le dessein de Marius était d'en

4. Justin, XXXII, 3; cf. Valère Maxime, IV, 7, 3; VI, 9, 13. 2. Cicéron, pro Balbo, 11.

finir avec le Sénat, de renouveler l'assaut des Gracques avec plus de chances de triomphe, puisqu'il était sûr de l’armée. Il fit le jeu des démagogues, — qui firent le sien. Saturninus offrit d’allouer en Afrique des lots de cent arpents chacun {environ 25 hectares) aux vétérans de Marius, en récompense de leurs victoires sur Jugurtha. Dans la métropole, le prix du blé serait abaissé à un taux purement nominal, en faveur du prolétariat; et les dépouilles des Toulousains, recouvrées sur Cæpio et ses complices, serviraient à l'achat de terres : des colonies seraient envoyées en Sicile, en Grèce, en Macédoine, et, dans les Gaules, sur les territoires pris aux Cimbres; le Consul Marius dirigerait les répartitions.

C'en était trop! Sénateurs et Chevaliers se réconcilièrent : au jour du vote, il y eut bataille dans les rues. Les soldats de Marius furent vainqueurs, ici encore, et les lois passèrent. Mais Marius se sentait débordé par l’aile avancée du parti : il eut peur d’être allé trop loin. — Le Consul tergiversa, négociant avec les riches sans

rompre avec ses associés. On raconta qu'il rece-

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