‹ Essai sur les lois criminelles des Romains concernant la responsabilité des magistratsChapitre 35 sur 73 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

liOi jadiciaire de G. Gracchus.

Après la loi qui arrêtait le sénat dans ses tentatives réactionnaires , Gains , par un coup hardi , brisa en deux le parti des optimales ^ en dépouillant le sénat du pouvoir judiciaire^ pour le transférer aux chevaliers (1).

(1) Velleius, ii, 16. — Tacite, Ann, xii, 60. — Florus, m, 13, 17. — Appien, i, 22. — Ascon. p. 102, 145, sont d'accord pour nous dire que C. Gracchus exclut les sénateurs des jugements, et les Yerrines confirment cette assertion ; mais Plutarque et l'Epitome Lx de Tite-Live nous présentent cette révolution sous un autre aspect.

Plut. C. Grac, c. 5. O $ï ^ixaG-Tixôç (vopoç) &> tô Tr^eto-tov oLizixo^ff TQç T&v ovyxXiQTtx&v ^wà/xcuç * /xévot yàp cxpivov ràç ^éxaç , -mlï ii9L toOto ^o€cpol TO» ^"hi^tù xal toîç tTTTTsOo'iv wav * 6 ^ï tpioatoffiwç TÂJv ÎTTTrluy frpoo^aTé^eSev aûroîç ourt rptaxocioiç , xal toç xplntç xoivàc Tûv cÇaxooriuv iTroéijO'e.

Livii epit, 60. Tertiam (legem C. Gracchus tulit), quai equestrem ordinem tune cum senatu consentientem , corrumperet : ut sexcenti ex equitibus in curiam sublegerentur, et quia illis temfM)ribus trecenti tantum senatores erant, sexcenti équités trecentis senatoribus admiscerentur , id est , ut equester ordo bis tantum virium in senatu haberet.

Le récit de Tabréviateur de Tite-Live ne mérite aucune confiance. Il est en désaccord avec tout ce que nous savons des tentatives des Gracques ; et d'ailleurs une telle loi qui eût été un bouleversement de la constitution, n'eût point passé inaperçue chez les historiens romains. Gœttling {Rœm. Staatsverf,) a essayé d'accorder le récit de l'abréviateur et celui de Plutarque , en corrigeant dans le texte de l'Ëpitome in decurias au lieu de in curiam, et en faisant disparaître Vin senatu qui manque en effet dans quelques manuscrits (Drakenb. adLiv. h. /.). La loi de Gracchus, telle qu'elle est dans l'Ëpitome, devient, avec ces corrections, une loi judiciaire, semblable à celle dont parle Plutarque , sauf le nombre des juges.

Mais cette correction admise, les deux textes de Plutarque et de

Sur cette révolution, voici ce que nous apprend Âppien , auteur exact et bien informé (i ).

(( Âpres s^étre assuré de la plèbe par les lois agraires et frumentaires, Gracchus s^attacha par une autre politique les chevalins , qui sont comme un corps intermédiaire entre le sénat et le peuple. Il proposa de transférer aux chevaliers les jugements déshonorés par la vénalité des juges. Il reprochait au sénat les acquittements récents d'Aurelius Cotta, de L. Salinator, et de Manius Âquilius , vainqueur de F Asie , qui tous trois , concussionnaires avérés , avaient été cependant acquittés par les juges. Les envoyés des provinces , alors à Rome , faisaient retentir la ville de leurs accusations contre la vénalité des juges, non moins que contre les prévarications des gouverneurs (2). Le sénat, en présence de cette infamie flagrante, n'osa s'opposer au plébiscite. Les chevaliers ftu*ent seuls chargés des jugements. On dit que Caius, aussitôt la loi votée, s'écria qu'il avait brisé du coup la puissance du sénat, et l'événement prouva bientôt la justesse de sa prédiction (3). »

« Le droîtillimité de juger les Italiotes, les Romains, et les sénateurs même, et d'infliger l'amende, l'infamie et l'exil, fit des chevaliers les maîtres de la

l'Spitome ne peuvent prévaloir contre les documents nombreux et certains que nous possédons. Il paraît d'ailleurs probable que ces deux auteurs ont confondu les projets de C. Graccbus avec ceux de Drusus, qui effectivement voulut rapprocher et réunir les sénateurs et les chevaliers.

(1) Appien, Guerre civ. i, 22.

(^) Caius fit rendre une loi en leur faveur. — 'Cic. Ferr, m, 6. (Z) Varro, Âp, Nonnium, v* Bi ci pitem. (Gracchus senatui) iniqaus, equestri ordini judicia tradidit, ac bicipitem civitatem fecit, discordiarum civilium fontem. — Florus, m, 13, 17. — Cic. De Legib. III, S, 20. C. vero Gracchus runis et sicis iis quas ipse se projecisse in forum dixit, quibus digladiarentur inter se cives, nonae omnem reipublicse statum permutavit ?

république , et réduisit le sénat à linfériorité (1 ). Les chevaliers, unis avec les tribuns, secondant leui*s prétentions, obtenant d'eux en échange tout ce qu'ils désiraient , devinrent la terreur du sénat ; le pouvoir se déplaça dans la république, les apparence^ restèrent au sénat , mais la force fut aux mains des chevaliers. Us en vinrent , non-seulement à dominer les sénateurs par les jugements , mais encore à les outrager et à les avilir. Bientôt, corrompus aussi par la puissance, ils se livrèrent aux plus honteuses prévarications. Us descendirent si bas que de Suborner des accusateurs contre ceux dont ils convoitaient la richesse, et quant aux accusations de corruption portées contre des juges prévaricateurs, ils surent si bien les rendre inutiles , soit par leur concert , sôit par la violence, que l'usage même de ces accusations se perdit, et que cette loi judiciahe occasionna des troubles non moins grands que n'en avait causé l'ancienne organisation des tribunaux. »

Cette loi judiciaire soulève les plus graves questions , et nous les examinerons en détail , car cette loi, que le sénat n'osa point faire abroger après l'assassinat de Gains Gracchus , et qui domina la république pendant près d'un demi-siècle , fut certainement, de toutes les mesures prises par les tribuns, celle qui amena le plus sûrement l'affaiblissement du sénat, et le triomphe de la démocratie; celle, enfin, qui, divisant en deux parties les forces vives delà république , la noblesse et la richesse , donna une tête au parti populaire , et fut ainsi la cause des premières gùèrfes civiles, et de la réaction de Sylla.

(1) Applëù, 1. c. Tdte Ya/î ^txàÇstv aùxotç Pwpatotç xal ira^icj— Tatç «Tract , xat aÙTOtç Pq\)1&\jt(x.Ïç , Ittî TravTt, iiérpc^ , •^pnyi.oi'Zta^t te TTÉpt xat aTtjxtaç xat yu^Aç, toùç fièv tTrîréaç, otà Ttvaç ap^ovTOç

Voyons d^abord ce qu'étaient les chevaliers; nous dirons ensuite comment les chevaliers se servirent de Tarme terrible qiie Caius avaient i^emise dans leurs mains.

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