‹ Essai sur les lois criminelles des Romains concernant la responsabilité des magistratsChapitre 37 sur 73 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

De la mort de Caias et de ses suites (1).

Les lois de Gracchus ruinaient la puissance du sénat et Tinfluence de la noblesse ; aussi pendant les deux premiers tribunats, ce parti enploya-t-il tous les moyens que lui donnait la constitution pour paralyser ces dangereux projets. On opposa à Caius son collègue Drusus ; on donna le change au peuple parla fondation de colonies nouvelles, destinées à refroidir Tenthousiasme pour les lois agraires; puis enfm, quand Caius revenu d'Afrique, frit sur le point de se faire nommer tribun pour la troisième fois , prêt à recommencer la lutte avec une indomptable énergie , le sénat se voyant à toute extrémité , sortit de nouveau de la constitution pai* un coup d'Etat. En vertu du mos major um y Caius et Fulvius furent mis hors la loi , et déclarés ennemis publics. C'était la violation flagrante delà Lex Sentpronia de capite civium , que le sénat avait été forcé d'adopter peu de temps auparavant. Cç fut le consul Opimius qui fut l'exécuteur des vengeances de la noblesse , et il sévit contre ses ennemis avec rigueur et cruauté. On voulut effrayer le peuple en répandant le sang. Caius et Fulvius furent tués avec plus de trois mille de leurs partisans (2) ; Opimius fit jeter en prison, et tuer sans jugement ceux qui avaient

(1) Sur la mort de Qtius je ne connais rien de plus complet que Gerlach , Tibcrius und Caius Gracchus ^ p. 44-53.

(2) Plut, a Gracch. 18. — Sali. /wg. 31. — Appien, Guerre civ, 1, 26. — Aug. De Civit. Deiy ui, 14.

échappé aux massacres publics. Le triomphe de la noblesse était complet ; on pouvait tout tenter contre le peuple effrayé. Popilius Lœnas, qui avait fait tuerTiberius Gracchus^ fut rappelé de Texil (<), et un sénatus-consulte dérisoire ordonna d'élever un temple à la Concorde , sur le forum encore iumant du sang des citoyens.

Gracchus mort, ses lois tombèrent, hormis une seule, la loi judiciaire, et ce fait prouve assez le génie du tribun. Pour les lois agraires et frumentaires, le sénat en vint facilement à bout; il n'avait à faire qu'au menu peuple, à ce qu'il y avait de plus misérable dans la plèbe, et il fut aisé de le gagner par quelque distribution d'argent, et d'éluder des lois qu'on n'osa point attaquer de front (2).

Mais pour toucher à la loi judiciaire, il fallait entreprendre sur les chevaliers , c'est-à-dire sur le parti le plus riche de la cité , celui qui tenait dans sa dépendance cette foule de gens qui ne vivaient que de leur part dans l'administration , ou le revenu des fermes publiques. Le sénat n'osa point attaquer de vive force le parti nouveau qu'avait créé Gracchus; et on pounait presque supposer que le pouvoir judiciaire fut la part qu'on fit aux chevaliers pour les détacher du tribun , car on ne voit point qu'ils aient essayé de le défendre (3).

Le peuple, un moment terrifié , se releva bientôt, et ce fut par des luîtes judiciaires que recommença la querelle. La guerre de Jugurtha en fournit l'occasion. Celte guerre s'éternisait par la vénalité et la

(1) Cic.Ifruius, 34.

(2) Appien ,| Guerre ch. i , 27.

(3) Sallust. ywg. A\ , indique Ja conduite du sénat. IVobilitas.,.. modo per socios et nomen Jatinum, interdum per équités romanos, quos spes societatis a plèbe dimoverat, Gracchorum'actionibut ohviara ierat.

Hïici^ VinacUon des armé^ d# ïa république. Les Jîomm^§ qwi (Jés^hQ|ioraiei>t ainsi h nom romain, étaient If s c\\fik d^ W noblesse, un Albinuç, u» gcaurui^, prinç!# du ^énat, et cetOpimius qui avait éçv%^é le parti 4e» Gracqu^ (4), C© ftit alors qu« MemmiuSy tribun du peuple, ennemi déeUfé delà ipiobleiie, crut l<^ moment vfnu peu? venger à la Içis \% déshonneur de la république , et la mpi^ de Caiu^, Son discours, que nous a conservé Salluste , et qui mérite d^être étudié tout entier, montre coin» bien était profond le ressentiment populaire. On voit percer le désir de la vengeanee dans toutes ki paroles du tribun; ç'm h Opimiui et au parti de II noblesse que vont tous ses reproches; c'est sur les assassins de GraoQhus bien plus que sur le^ vaincus d'Afriquf i quHl appelle la proscription (2). Les pe» positions de Memmius, paralysées par IHnteroessioB d'un collègue, dont le sénat avait acheté le vête ^ prix d'or, furent reprises plus tard par un autre tribun C, Mamilius Umetanus, et sur sa rog^ition , le peuple nomma trois commissaires pour informer contre les prévaricateurs i magis. adia nohilitatis, ajoute Salluste , mimah Uhjmmbantur^ quam eum T^ipi^lioç^, T^nta^ luhido inpartibus erat. Il ne s^a^

(d) Sallust. Jug. 15, 16, 25, 29, 36-38.

(2) Sali. 30. Occiso Tib. Graccho, quem regnupi pauvre aiebant^ iû plebem romanam quaestioiies graves babit» sunt, post G. Çraefbi fiK M. FwJvU c»deni, itçfti o^nliqis vestri mqlti i^prtales m ^f^ cere necati sunt. Utriusque cladis non lex, veriim lubido eorum finem fecit. Sed sane fuerit regni paralio, plebi ^usi resUtuçre. Quidquid sine sanguine civium u|oisci iiequit, jiir^ factuni sit... At, qui sunt bi qpi renipublicam occupavere? Homines scelprutissjmi.... P^raeoru^n, occidisse iiil^i^pos ple):)is, 9|ii q^aestiones în» justa? , pleviqMP eadem ÎQ vos feçisse pro inuuiQienlo babea|,M*i inetum a scelere suo ad ignaviam vestram transtulere.'

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