‹ Essai sur les lois criminelles des Romains concernant la responsabilité des magistratsChapitre 41 sur 73 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des suites de la Loi Servilia.

Après avoir fait passer des lois aussi importantes, Saturninus et Glaucia voulurent se perpétuer dans les magistratures, pour assurer leur triomphe et celui de Marins. Le parti de la noblesse, effrayé de l'exil de Metellus, sentit qu'il fallait à tout prix venir à bout de ce triumvirat. Les violences de deux hommes qui faisaient assassiner au milieu du forum quiconque osait leur disputer le pouvoir, décida le sénat à mettre hors la loi ces ennemis de la république, qui déîk s'étaient emparés du Capitole (1). Marins , gagné par le sénat, ou plutôt effrayé de cette démonstration énergique, abandonna, ainsi que les chevaliers, des chefs de parti dont l'audace l'intimidait, et qu'on

' (1) Cic. Pro Rabir. Post. c. 7. Fit senatusconsultum , ut C. Marius, L. Yalerius consuies, adhiberent tribunos plebis et praetores quos eis videretur, operamque datent ut imperium populi romani ^ majesiasque consetvaretur. Adhibent omues tribunos plebis praeier Saturniaum, praetures praeter Glauciam : qui rempublicam salvam esse vellent) ariua capere et se sequi jubent. Pareut onines. Ex œdibus sacris armamentariisque publicis arma populo romano, G. Mario consule dislribuente , dantur.... Tn foro C. Marius et L. Yalerius consuies, post cuuctus senatus.... equester ordo ( at quorum equitum , dii immortaies ! ); palrum nostrorum atque cjus astatis quai tuni maguam partem rcipublicse atque omuem diguiiatem judiciorum tenebat.

■^ 24â — Toyftit ftvec terreur chercher des appuis dans la plus extrême démagogie (1 ) ; il laissa périr ces deux soutiens dont Tambition Finquiétait peut^-être, et avec eux furent immolés leurs partisans, (c 11 n'était plus ques- {( tion, )} dit énergiquement Appien, « il n'était plus « question ni de liberté, ni des droits du peuple , ni « de lois, ni de dignités, ni de magistrature, depuis « que le tribunat, cette magistrature instituée pour (( contenir le crime et protéger le peuple, cette ma- « gistrature jadis sainte et inviolable avait porté des « coups si terribles et reçu tant d'atteintes (2); » le grand ressort de la république était brisé.

Une fois vainqueur, le sénat demanda le rappel de Metellus, exilé par une loi de Saturninus(3). Ilsenfible que les autres lois de ce tribun furent également abrogées (4); mais la loi de Servilius subsista. Pareille destinée avait attendu les lois de Gracchus. On avait abrogé celles qui tte concernaient que le peuple ; mais on n'avait osé toucher la loi judiciaire; car, dans la première comme dans la seconde sédition , c'étaient les chevaliers qui, en se déplaçant, avaient décidé la victoire du sénat.

Mais l'accord des deux partis ne fut pas long , et si l'intérêt public avait un instant réuni les deux ordres , l'intérêt privé les sépara bien lot. Q. Mucius Scevola, souverain pontife, envoyé en Asie comme préteur, trouva la province ruinée par les publicains, qui, assurés de l'impunité, ne mettaient plus de

(i) Cic. Pro Rabir, PosL 24.

(2) Appien, Guerre civ, y i, 33. OifSéva. m càysXoûoTfjç aurg g).sv0sptocç, ouTS ^îjpoxpaTtaç, ours vô^wv, oOrê àÇtroo-ewç, ours àp^îfjç' ottov zai ri Tcav Bniidip^M'JySç TS xw^Ufftv à|xapT>3|xâT&iV xat iç l7rtxoiipï30"tv tûjv ^13- /xoTûivYSvoptévvî, tspàxal ao'u^oç oy C'a, totale v6ptÇe,xai TOtâ^s S7rao"p^6v.

(3) Liv. epit, 69.

(À) Cic. De Leg, it, 6. — Val. Max. viii, i. Dcwm. 3. — Cic. I?c Xeg. 11,12.

bornes à leur avarice et à leurs rapines (1). Scevola ne s'effraya point de la puissance cpie les traitants exerçaient à Rome; et, sans s'inquiéter de leurs menaces , il fit rendre gorge à ces sangsues publiques (2). Tandis que les provinciaux, étonnés de cette justice inaccoutumée, rendaient à Scevola des honneurs presque divins (3), les publicains furieux cherche* rent à se venger d'une rigueur à laquelle ils n'étaient point accoutumés. Ik s'attaquèrent d'abord à P. Rutilius Rufus, lieutenant de Mucius dans le gouvernement d'Asie, pour frapper le préteur par la condamnation de son ami j Rutilius , accusé de concussion , en vertu de la loi Servilia , fut condamné comme ayant reçu des présents pour le compte de Q. Mucius (4), et s'exila à Smyrne. Ce jugement d'une si manifeste iniquité ébranla toute la république (5). Âpres la condamnation d'un tel homme, il était évident cju'il n'y avait plus à Rome d'innocence assez

Ci) Diod. Sicul. Exc.f p. 6i0. (vol. iv, p. 152.) Ot yàj» irpaysyovoTiç xarà tïjv Àffiav ^ijpoo'iûvai xoiveavoOç iv^^rixÔTiç toùç Iv ry

(2) Diod. /. c. On... ô 2xatov>aç rotç fièv Si%aio$09iaiç àSiafBopoiç xal àx|»t6écrt ^pritrAïuvoç ou /iaôvov irAariç oryxo^vTtaç àiri^^aÇi toOç xarà Tijv l7rajD;^iav, à^^à xal rà twv ^ijjxoo'i&ivûv àvo^i^wara ^i«p6waato. nàat yàp xoïç ri^ixiapivotç àxpi^ïi xpixiipia itpo9rart\teùv , xara- SUo^Jç Iv àTraffiv iizoUi toùç Sr.it09imaÇf xal toc fùv àpy^pixàç p\a^aç TOtç iiSixniihoiç ixTtvstv iivAyiioi.%t , xà $k GavaTixà tôv tyxX»pàr&>v ii^iw npi^traç ôovarixnç.

(3) Ps. Ascon. Ad Cic. Divin, 17. (Orell. p. 122.)

(4) Dio. Cass.yr. 106. Ort toO PovrtXov àyaOoO ôvtoç à'^phç à^txairara xarfipijyîo'avTO. Eo"i&;^ôi] yàp eç ^(xaffTiQpiov ex xaTao^rjao"fAOv Twv £7r7ré6)v , wç ^eapo^oxigo'a; Ki»tvTw Moux£&> , xal i^TQpLKûBTn vtt' ovtôv Xp^fAa^i. TaOra ^è inoinvav ôi»f*w yé|»ovT8c , on iro^à irepl toç tc- \wniaQ Tr^ufifaXoOvTaç l7ri9;i^6v.

(b) Cic. Brut. 115. Quo judicio convulfam penitus esse rempoUîcim scimns. --- Vell. ii, IS, 2.

^ 245 — g^nde pour échapper à la vengeance et à ravidité des chevaliers (1).

Et en effet y Rutilius condamne, les chevaliers , sûrs de leurs forces*, s'attaquèrent aux premiers noms de la noblesse; à Crassus et à Scaurus, qui depuis les Gracques avaient toujours été à la tête du parti , et que jamais ni craintes, ni menaces, ni calomnies, n'avaient pu ébranler dans leur conduite (2). Crassus mourut à propos pour échapper à la vengeance des chevaliers; Scaurus, accusé de concussion par Q. Servilius Caepio, dérouta son ennemi par une démarche hardie. Par une manœuvre familière à cette époque, où Ton vivait dans l'habitude des procès comme dans Fliabitude de la guerre (3) , il se porta de son côté accusateur de Q. Csepio et, abrégeant les procédures, il força son adversaire à se défendre le premier (4).

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