‹ Essai sur les lois criminelles des Romains concernant la responsabilité des magistratsChapitre 43 sur 73 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Des résuhaU de la Guerre sociale, et des Lois de Sulpicius.

La guerre sociale changea toute la constitution , et prépara Tempire. Rome, épuisée par ses victoires contre Fltalie, dut céder; son triomphe fut apparent, sa défaite réelle; Rome ne fut plus qu'une capitale. La loi Julia, de Fan 663, et la loi Plautia Papiria de Tannée suivante , donnèrent le droit de cité aux Italiens (1), et Rome se Irouva tout d'un coup débordée, et comme conquise par des populations plus nombreuses que la sienne, et qui venaient apporter dans les comices des passions et une prépondérance nouvelles. La majorité se trouvait déplacée , ce n'était plus maintenant sur les citoyens d'une ville, c'était sur l'Italie tout entière qu'il fallait agir; et l'Italie tout entière allait se précipiter dans le forum pour décider des lois, des élections, des jugements. Les séditions, renfermées jusque-là dans l' enceinte de la cité , allaient s'élever tout à coup aux proportions d'une guerre civile.

Pour conserver aux anciens citoyens leur prépondérance, ces premières lois avaient renfermé les nouveaux Romains dans un certain nombre de tribus seulement (2); mais cette infériorité ne dura pas

(1) Appicn, Guerre ciif. i, 49.

(2) Velleius, ii, 20. Non erat Mario Siilpitioque Cinna temperatior; itaque quum ita civitas Italiae data esset, ut in oclo tribus contribuerentur novi cives ; ne potentia eorum et multitudo velerum civium dignitatem frangeret, plusque possent recepti in beneficiam quam anctores beneficii , Cinna in omnibus tribubus eos se dislributuram poUicitus est. Quo nomine ingentem totius Italiae freqaentiam in urbem acciverat.

Appien ( Guerre cw, i , 49) dit qu'on créa dix nouvelles tribus;

longtemps. Les ambitieux étaient trop pressés de se rendre maîtres de la république , en se gagnant une majorité assurée par la répartition égale de l'Italie dans les trente-cinq tribus. Dès le premier jour, le tribun Sulpicius, qui jouait auprès de Marins le rôle qu'avaient rempli Appuleius et Servilius , se hâta de porter une loi qui répaitit les nouveaux citoyens , et les affranchis même, dans toutes les tribus « Marius espérait, par ce moyen, se rendre maître des comices , et renverser Sylla, ce rival qui Finquiétait (1), Les anciens citoyens ne voulant point se laisser dépouiller de leurs prérogatives, on en vint aux armes. Les Italiens combattirent dans la place publique pour forcer le sénat dans ses derniers retranchements; le sénat défendit à outrance un dernier reste de souveraineté ; quand tout à coup parut un auxiliaire nouveau qui vint changer la face des choses , et assurer la victoire de la noblesse, ce fut Sylla. Sylla s'autorisa de la violation des lois pour entrer dans la ville à la tête d'une armée (2). Marius vaincu, Sulpicius assassiné, leurs lois furent abolies (3) , mais reprises plus tard par Cinna, il semble

mais nous ne connaissons pas d'autre autorité à l'appui de cette opinion. Le* récit de Velieius semble plus probable. Gœttling, Rœmisch, Siaatsverfass, p. 4SI.

(i) Appien, Guerre cii^, i, 53. — Liv. epit, 11. Cum P. Sulpicius, tribunus plebis (an. 663), auctore C. Mario perniciosas îeges promulgasset , ut exsuies revocarentur, et novi cives libertinique distribuerentur in tribus, et ut C. Marius adversus Mithridatem Ponti regem dux crearetur, et adversantibus consulibus Q. Ponipeio et L. Sullae vim iutulisset, occiso Q. Pompeio, con- Sttlis filio, genero Sullae, L. SuUa consul cum exercitu in urbem Yenit, et adversus factionem Sulpicii et Marii in ipsa urbe pugoa* vit, eamque expulit. — Velieius, ii, 18, 6.

(â)Cic. Pro SulL viii, â, 7. Sulla cum Sulpicio (bellam gessit) de jure legum^ quas pecvim latas SuUa dicebat.

(3) Appien, Guerre civ, i, 39. ûaa ts V7rà X^ifXiruciou xexvjn*TO«..

qu'elles furent adoptées (1 ) ; je ne vois pas du moins que lors de sa seconde entrée dans Rome, Sylla les ait abrogées, et depuis cette époque, on voit des Italiens distribués par nation dans toutes les tiibus romaines (2).

Sylla, le premier, donna F exemple d'un général entrant dans Rome à la tête d'une armée (3) ; ce fatal exemple une fois donné , et le secret de sa faiblesse révélé , Rome fut la proie des ambitieux ; chacun prétendit à l'empire; un Catilina, un Antoine, un Lentulus, tout ce que l'aristocratie romaine comptait d'en* fknts perdus par la débauche, voulut porter ses mains sur la maîtresse du monde (4), jusqu'à ce qu'enfin, épuisée et sanglante , elle se livra sans défense à Octave. Toutefois , Sylla n'avait point les vues ambitieuses de César ni d'Auguste; ce qu'il voulait c'était le triomphe de son parti (5) ; l'empire n'entrait point dans ses idées , soit que l'ambition lui manquât, soit que dans ses dernières convulsions Rome eût encore trop d'énergie pour supporter un maître.

Après la première défaite de Marins , comme après sa seconde entrée dans la ville, Sylla n'eut qu'un but, réaliser les vues favorites de l'aristocratie en dépouillant le peuple de ses prérogatives , en désarmant le tribunat , en concentrant tout le pouvoir dans le sénat. Ses vengeances mêmes furent toutes calculées dans ce sens, et comme c'était des chevaliers que les sénateurs avaient eu le plus à souffrir, ce fut aussi en proscrivant les' Juges y comme les

fijyelleius, ii, 20. Sup. p. 253, note i. — Liv. epit. 86.

(2) iCic. ^d Fam. xii , 25. — Val. Max. ix, 10, 1. — Appieii, Guerre civ. i , 77.

(3) Appien, Guerre civ, i , 60

(4) Sali. Catil. c. 5.

(5) Appien, Guerre civ, x, 77, 79.

nomme Cicéron ^ qu^il satisfit les liaines de la noblesse et ses propres ressentiments (1). Il tua plus de quinze cents chevaliers lors des proscriptions (2) , sans compter ceux qui avaient péri dans la gueiTe ; on eût dit qu'il avait juré d'égorger Tordre tout entier (3).

Laissons de coté ces pages sanglantes où les deux partis rivalisèrent de cruautés, et disons quelle fut là constitulion qu'avait imaginée l'aristocratie romaine, et à laquelle Sylla donna son nom. Nous verrons que le parti du sénat fut aussi impuissant que celui des Gracques, et que la corruption des sénateui-s ne fut pas moins grande que celle des chevaliers.

(1) Cic. Pro Cluent, 55. L. SuUa, homo a populari causa remotissinius.... pro illo odio quod habuit in equestrem ordiaeni, nihil fecisset libenlius, quam omnem illam acerbitateni proscriptionis suae, qua estususin veteres judices (exercere). Pro jRoscio Amer. 48. Yideant (optimales Su llani) ne turpe miserumque sit, eos qui equestrem splendorem ferre non potuerunt, servi nequissimi dominationem ferre non posse.

(2) Appien , Guerre ci\^, i, 95. — Drumann, ii, -ITB,

(3) Cic. Fraç^m. Orat. in toga candida ; Ab equestri ordine , quem Irucidasli....— Ascon. Ibid. (éd. Orell. p. 90.) Ëquester ordo pro Cinnanis partibus contra Sullam stelerat, multasque pecunias abstulerant; ex quo saccularii erant appeliali ; âtque ob ejus réi invidiam postSullanamvictoriam erant iuterfecti. — Appien, Guerre civ. I, 103, porte le nombre des chevaliers tués à deux mille six cents.

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