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La surdité qui procède du catarrhe chro

nique , ne dépend pas toujours des matières muqueuses accumulées dans la caisse du tambour, dans les cellules mastoïdiennes et la trompe d'Eustache; ce qui le prouve, c'est la facilité avec laquelle le liquide injecté pénétrait dans ces cavités, chez les sujets des deux observations que Je viens de rapporter.

3.° Le catarrhe de la caisse du tambour affecte plus ou moins profondément les nerfs de l'organe de l'audition ; mais cette lésion, quelque ancienne qu'elle soit, peut être victorieusement combattue par les douches portées dans l'intérieur de loreille sous forme d'injection.

Traitement du catarrhe aigu. Dès le début de la maladie , 1l faut la combattre par les remèdes généraux. Le régime, les boissons délayantes , les lavemens, les pédiluves, les vésicatoires appliqués à la nuque ou entre les épaules, tels sont les moyens qu'on doit employer. On évitera l'air froid et humide ; la partie affectée sera tenue dans un état de douce chaleur.

Mais s'il arrivait que l'humeur catarrhale s’accumulât dans la caisse du tambour, il faudrait y porter un remède prompt et efficace. « L'in- « dication la plus pressante, dans ce cas, dit « M. Alard, est de donner une issue à l'humeur « qui est retenue. »

Je suis de son avis, mais nous différons dans l'espèce de moyen qu'il faut employer en pareil

circonstance. M. Alard conseille la ponction de la membrane du tympan. Je suis loin de désapprouver ce moyen ; mais Je voudrais qu'avant d'en venir à cette opération, on essayât de donner issue à l'humeur contenue dans la caisse, en y portant des injections d’eau tiède , par la voie de la trompe d'Eustache. Ce moyen aurait le double avantage de désobstruer le conduit d'Eustache, de rendre plus liquide l'humeur contenue dans la caisse, et par là en faciliter la sortie par la voie de ce même conduit.

Lorsque l'humeur est sortie de la caisse du tambour , soit spontanément, soit qu'on lui ait donné issue , les accidens cessent, et la nature se suffit pour terminer la guérison.

Mais si quelques circonstances font prendre au catarrhe le caractère chronique , ou que ce dernier paraisse spontanément , il faudra mettre en usage les moyens suivans :

Les injections légèrement toniques, telles qu'une faible décoction de quinquina , l'infusion de menthe , l'eau dans laquelle on ajoute quelques gouttes d'eau de lavande , de Cologne , ou d’éther sulfurique, les eaux minérales de Balarue, de Baréges conviennent également dans ce cas.

M. Double (1) recommande la décoction fortement chargée de baies de genièvre ; il dit l'avoir employée avec succès. À

(1) Journal de Méd. , Chirurg. , Pharm., t. XXXI, p. 40 et 41e

Pendant qu'on porte des remèdes sur la partie affectée , il faut en même temps employer les stimulans sur le système muqueux, tels que les purgatifs, réitérés selon les occurrences, et sur la peau des sinapismes , des vésicatoires , des cautères , le seton. Hoffmann a guéri une femme àgée de soixante ans, par des topiques appliqués extérieurement et par de légers minoratifs pris de distance en distance.

Il raconte l'histoire d’un homme qui, depuis plus de seize ans, était sourd de l'oreille droite, et qui, commencant à craindre pour la gauche, s'adressa à lui. Je lui prescrivis, dit Hoffmann, un purgatif drastique qui devait être pris en plusieurs doses dans le cours d’une semaine. Le malade avala d'un seul coup la provision de huit jours ; cette imprudence occasionna des coliques affreuses et les accidens les plus graves. Pendant leur durée, le malade souffrait des douleurs intolérables dans le côté droit de la tête, principalement autour de l'oreille. Il éprouva ensuite dans cet organe un bruit considérable , et l'audition se rétablit dans son état primitif.

Ce fait prouve incontestablement que l’on peut guérir la surdité, quelque ancienne et quelque profonde qu'elle soit, lorsqu'elle n'est que le reliquat d'un catarrhe chronique de l'oreille interne, en excitant une irritation sur la surface muqueuse éloignée du siége de la maladie,

comme les deux observations que j'ai rapportées à la page 98 et suivantes, constatent, en pareil cas, les bons effets des douches portées dans l'intérieur de l'oreille sous forme d’injections.

Faut-il tenter la guérison du catarrhe chronique ? deux circonstances permettent au médecin d'agir. La première, c'est quand la maladie affecte un jeune sujet ; il faut cependant attaquer le mal avec précaution , ou établir uu vésicatoire ou un cautère, quon laissera fluer encore quelque temps après la guérison. Le malade sera purgé de temps en temps, soit avec des purgatifs ordinaires, soit avec les eaux minérales.

La seconde circonstance où il est permis de tenter la guérison du catarrhe chronique , c’est quand cette maladie a paru à la suite de la suppression de quelque évacuation périodique ou habituelle.

Frédéric Hoffmann a guéri en scarifiant des hémorrhoïdes , et en y appliquant les sangsues.

M. Alard (:) cite l'exemple d’une fille chez laquelle on faisait cesser l'écoulement de l'oreille en rappelant les urines.

Les oreilles d’une femme ont flué pendant six mois à la suite de la suppression de ses règles ; lorsqu'elles ont reparu , l'écoulement purulent des oreilles a cessé de lui-même.

(1) Essai sur le catarrhe de l'oreille, Paris, 1803.

Hors les deux circonstances que nous venons d'indiquer , il serait imprudent de tenter la guérison du catarrhe chronique : la santé et méme la vie de la personne seraient compromises.

Les anciens , et après eux Duverney , ont obscrvé que de pareilles guérisons étaient toujours suivies ou de convulsions, ou d'épilepsie , ou de la mort.

Stalpart cite un exemple d'un Vénitien chez lequel on fit cesser un ancien écoulement qu'il avait à l'oreille ; la mort suivit aussitôt.

Duverney rapporte « qu'un homme âgé de « soixante-cinq ans, d'un tempérament replet BE sanguin , avait eu une suppuration fort con- « sidérable par les oreilles, et surtout par la « droite , pendant vingt-cinq ans, quoique « d’ailleurs il eût joui d'une parfaite santé. La « matière qu'il rendait était puante et assez « épaisse. Cette suppuration s'étant arrêtée , 1l « mourut d'apoplexie dans l'espace de vingt-qua- « tre heures (1). »

M. Alard dit qu'un procureur de Paris avait depuis long-temps une oreille qui fluait copieusement ; le froid ayant répercuté cette humeur, l'oreille devint le siége d’une inflammation intense qui donna lieu aux accidens les plus graves, dont la mort fut la suite.

(1) Duverney, Traité de l’organe de l’ouïe, p. 121.

« De pareils événemens, ajoute l'auteur , « nous instruisent de l'attention que nous devons « mettre à guérir ces maladies, lorsqu'elles sont « encore récentes, etcombien ilimportede com- « battre!la tendence qu'elles ont à devenir chro- « niques (1). »

De l'inflammation exquise de la membrane qui tapisse la caisse du tambour et les cellules mastoidiennes ; des abcès et de l'épanchement purulent dans les mêmes cavités.

Les causes qui font naître le catarrhe de l’oreille interne , peuvent également produire l'inflammation exquise connue sous le nom d'otite. Lorsque les maladies éruptives, telles que la variole , la rougeole, et surtout la fièvre scarlatine, sont contrariées dans leur marche, l’humeur morbifique peut se porter , par métastase , sur l'oreille interne, et produire les accidens les plus graves. Les faits prouvent mon assertion.

M. D... des À... , âgé de vingt-huit ans, fut atteint, à l’âge de quatorze ans, de la fièvre scarlatine ; sa mère, qui demeure à quelques lieues de Lyon, accourut pour lui prodiguer tous les

(1) Essai sur le catarrhe de l’oreille. Paris, 1803.

soins dont la tendresse maternelle est capable : le premier fut de le transporter du pensionnat où il était, dans une autre maison. Ce déplacement donna lieu à la rétropulsion de l'humeur exanthématique, qui se portasur la gorge etles trompes d'Eustache ; de là suivit esquinancie inflammatoire, otite et otalgie des plus intenses, suppuration abondante dans toute l'oreille interne , oblitération des trompes d'Eustache et abolition entière de audition.

M. Ch..., de Marseille, âgé de quarante ans, eut, à l'âge de neuf ans, la fièvre scarlatine, accompagnée , comme cela arrive souvent , d’une angine gutturale, qui , du côté gauche, se termina par suppuration , dont l’obturation du pavillon de la trompe d'Eustache et la cophose de l'oreille gauche ont été la suite. Le malade n’a éprouvé , dans l'intérieur de cette oreille, que de faibles douleurs et point de suppuration ; ce qui fait présumer que cet organe est susceptible d'être rétabli dans ses fonctions.

Signes et symptômes. La plupart des symptômes du catarrhe de l'oreille interne sont communs à l'otite, qui, d'ailleurs, est toujours accompagnée de fièvre, d'insomnie, souvent de délire, de mouvemens convulsifs, et quelquefois de la mort, qui arrive en peu d'heures quand l'otalgie est extrême.

La marche rapide des accidens, leur véhé-

mence, la sensation âcre et brülante que le malade éprouve dans la partie affectée , le défaut d'excrétion muqueuse de la caisse du tambour , des cellules mastoïdiennes et de la trompe d'Eustache, et la sécheresse du conduit auditif externe, sont les signes qui distinguent cette inflammation de la phlegmasie catarrhale.

Lorsque l'inflammation doit se terminer par la résolution , les symptômes sont moins intenses que lorsqu'elle se termine par la suppuration ou la gangrène ; ils se dissipent graduellement, et, après qu'ils ont cessé, l'organe de l’ouïe reprend toute la plénitude de ses fonctions.

La douleur pulsative , la fièvre avec frissons , font pressentir que l'inflammation va se terminer par la suppuration; si, à ces symptômes, se joignent la saillie du tympan vers le conduit auditifexterne , et des douleurs sourdesavec empàtement sur la région mastoïdienne , ces circonstances annoncent l'existence d'une collection purulente dans la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes ; mais l'explosion de cette matière par le conduit auditif externe ou par la trompe d'Eustache, lève tous les doutes.

Quand linflammation de l'oreille interne se termine par la gangrène, les accidens marchent avec une rapidité inconcevable : un calme perfide leur succède un instant; mais bientôt la pàleur de la mort couvre le visage , les défaillances,

les hoquets se succèdent sans interruption, et une syncope termine les jours du malade.

Traitement. Dès l'invasion de la maladie, il faut agir avec célérité et énergie; peu d'instans décident du salut ou de la perte du sujet. Le médecin ne doit pas perdre de vue la cause efficiente qui a produit l'otite. Rappeler à son lieu primitif l'écoulement habituel, léruption dartreuse qui se serait supprimée inopinément ; rétablir dans leur marche naturelle la variole, la rougeole , la fièvre scarlatine , telle est la premiére indication qu'il y à à remplir.

Il faut en même temps attaquer directement linflammation par les saignées au bras, plus ou moins répétées, et par les sangsues appliquées à la partie latérale du cou, du côté de l'oreille malade, ensupposantqu'iln"y en aitqu'une d’affectée, etde chaque côté si elles le sont toutes deux. On placera un large vésicatoire entre les épaules. Un régime sévère , les boissons délayantes , les Javemens émolliens , les pédiluves sinapisés , les cataplasmes émolliens et anodins appliqués sur l'oreille, les bains de vapeur de lait, de décoction émolliente, sont les moyens directs qu'il convient de mettre en usage. On doit être très réservé sur l'emploi des préparations d'opium, soit qu'on les donne intérieurement , soit qu'on les applique à l'extérieur.

Si l'otite cède aux moyens que nous venons

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d'indiquer, on terminera le traitement par quelques légers minoratifs , pour prévenir l'engorgement chronique , qui succède souvent à l'inflammation des membranes muqueuses.

Si, malgré ces secours, les élancemens pulsatifs subsistent et prennent de l'intensité , il est à présumer que l'inflammation se terminera par suppuration. On continuera les bains de vapeur ; on appliquera les cataplasmes déjà prescrits, ou bien ceux faits avec les feuilles d’oseille et le saindoux, les ognons de lis avec le beurre frais ; mais on sent de reste combien ces moyens doivent avoir peu de prise sur une maladie si profondément cachée.

Quand on réfléchit sur la structure des parties molles qui tapissent la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes , on concoit difficilement qu'il soit possible qu'un abcès un peu considérable puisse se former sur un point de ces cavités ; il est plus probable qu'il en existe plusicurs petits en même temps, qui, venant à s'ouvrir, fournissent une masse de pus assez considérable pour inonder ces cavités, distendre douloureusement la membrane du tympan, lui faire produire une saillie du côté du conduit auditif externe, la rompre et se faire jour par ce conduit. Alors un calme parfait succède au plus violent orage.

Îci, se présente deux moyens pour abréger les

souffrances du malade et prévenir les pénibles et douloureux efforts de la nature : la ponction de la membrane du tympan, et les injections portées dans la trompe d'Eustache. Ce dernier moyen, je le répète, toutes les fois qu'il sera praticable, aura , 1.° l'avantage de conserver l'organe de l'audition dans son intégrité ; 2.° de donner jour au pus, de nettoyer en même temps la caisse du tambour, les cellules mastoïdiennes, et d’accélérer ainsi la guérison; 5.° de prévenir l'occlusion du pavillon de la trompe, et même l'oblitération de ce canal; ce qui arrive souvent à cause des ulcérations de cette partie à la suite de la rougeole et de la fièvre scarlatine.

Les faits suivans sontdes exemples qui, je crois, prouvent rigoureusement, et dans tous ses points, la proposition (n.° 2) qui se trouve dans l'alinéa précédent.

BerthonD..., âgée de dix-huit ans, fut atteinte, à l'âge de trois ans, d'une fièvre adynamique, dont l'humeur délétère se porta sur la gorge et les oreilles; il en est résulté la surdité la plus entière, et par conséquent le mutisme, et à l'oreille droite, une suppuration habituelle qui se faisait jour par le conduit auditif externe. La surdité était telle, à ce que me dirent les parens, qu'à peine cette jeune personne entendait confusément les plus violens coups de tonnerre et la détonnation des plus fortes pièces d'artillerie.

J'ai soumis cette malade au traitement suivant :

Le 4 mai 1815, j'ingectai pour la première fois l'oreille interne, par la voie de la trompe d'Eustache, avec l'eau de Balaruc tiède. L'injection que je portai dans l'oreille droite, sortit, en grande parte, par le conduitauditifexterne, et entraïna beaucoup de pus. Cette circonstance, je l'avoue, me donnauneidée peu favorable sur l’état de l'organe. Le lendemain, on me rapporta que,dans le courant de la nuit, la malade avait rendu encore beaucoup de pus par la même oreille; qu'elle avait fait comprendre qu'elle entendait de cette oreille. On s'apercut en effet qu'elle entendait, puisqu'elle était attentive lorsqu'on tirait la sonnette de Ja porte d'entrée. J'agitai une sonnette près de l'oreille droite, la sourde-muette me fit signe qu'elle l'entendait. La même épreuve fut faite sur l'oreille gauche qui avait été injectée, mais la malade n'en éprouva aucune sensation.

J'injectai de ncuveau l'oreille droite, mais par le conduit auditif externe; le liquide passa présque en entier par l’arrière-bouche.

J'injectai régulièrement tous les matins l’une et l’autre oreille, toujours par la trompe d'Eustache. Souvent j'injéctais aussi par le conduit auditif externe.

Après huit jours de traitement, la légère douleur que la malade éprouvait de temps en temps depuis l'époque de sa surdité, cessa, et avec elle

la suppuration de l'oreille droite; en outre , la malade à entendu très distinctement de cette oreille, le timbre d'une montre à répétition.

Ce n'a été qu'au quinzième jour du traitement que Berthon D..,. a commencé à entendre, de l'oreille gauche, le timbre de la montre à répétition. Depuis celte époque, l'organe de l’ouie a acquis de la sensibilité et une force nouvelle. Cette jeune personne est attentive au moindre bruit que l'on fait autour d'elle.

Au vingt-cinquième jour, la malade entendait la voix humaine, quand on lui parlait un peu plus haut que sur le ton de la conversation : elle répétait même quelques mots, en les prononcant toutefois très mal. Par exemple, pour prononcer Robert, elle disait et dit encore : To...ber ; Jean: za...m; Piérre : ié...re; François : a...m...Cüis ; RON. ÉOU 5 DÔrE,: pé...64.-16: HIÊTE.mé...é...ré; etc. Elle prononce haut, et presque toujours en inspirant. Il y a beaucoup de mots qu'elle refuse de répéter (1).

(1) J'ai perdu de vue cette jeune fille; je ne sais quels progrès elle a faits dans la prononciation.

Ceci est parfaitement conforme avec ce que l’on observe chez les demi-sourds-muets, qui perçoivent bien les sons articulés, mais dont l’ouïe n’a pas assez de délicatesse pour en saisir les différentes nuances, Ainsi, le ba, le da, le ga, sont pour eux la même chose que le La, le fa, le pa ; is confondent poulet avec boulet, daim avec thym , vœu avec feu: il en sera de même de

Au bout d’un mois de traitement, j'ai cessé les injections d'eau de Balarue, j'y ai substitué l'eau simple dans laquelle je mettais vingt à vingtcinq gouttes d'éther sulfurique sur une once d'eau. Ces injections ont donné une nouvelle

tous les sons dont la faible articulation demande une oreille exercée.

Mais un phénomène digne de remarque, est celui que j'ai été à même d'observer plusieurs fois à l’institution des sourds-muets de Lyon. Dans les exercices que le professeur fait faire à ses élèves pour exprimer les différentes passions , ceux-ci, dans la pantomime par laquelle ils cherchent à peindre ce qu'ils veulent témoigner, laissent quelquefois échapper un cri qui rend, avec une étonnante vérité, le sentiment qui les agite; tels sont les cris de admiration, de la crainte, de l’effroi, du plaisir de la douleur, etc. Les sons euphoniques que rend la voix de l’homme dans ces différentes situations, ne sont pas ,; comme le prétend M. Itard, le produit de limitation : est-il présumable que la Miée des demi-sourds-muets à laquelle seule il para: ‘t les attribuer, puisse saisir aussi bien des sons aussi fugitifs et les D 4 avec autant de justesse : ? Nous avons d’ailleurs entendu de ces cris poussés par des jeunes gens qui étaient complètement sourds, et chez lesquels on ne pouvait pas supposer d'imitation. L’explication que donne M. Itard est au moins peu satisfaisante , et je crois qu’on peu dire avec plus de raison que cette expression de la voix indique une impression profonde , parfaitement sentie, que c’est le vrai laugage de l’ame, et, comme on le dit, le cri de la nature.

Tu. P.

énergie à l'organe de l'audition ; car, après quelques jours de leur usage, la malade a entendu avec plus de netteté et beaucoup mieux. Le chant d'un serin (cet oiseau était dans un appartement assez éloigné de mon cabinet) l’a surprise smgulièrement ; elle était immobile, écoutait attentivement, sa physionomie animée et radieuse annonçait assez qu'elle entendait avec délices ces sons mélodieux.

Enfin, depuis le cinquantième jour, cette jeune personne entend quand on lui parle bas à l'oreille; elle entend très bien, à une certaine distance, le bruit que fait le mouvement d’une montre.

Du cinquantième au soixantième , l'organe de l'ouie étant resté dans le même état, j'ai jugé convenable de borner là le traitement de cette jeune fille.

Le grand bruit la fatigue et l’importune encore; mais ce léger inconvénient, qui nest pas de longue durée, est commun à tous ceux qui, étant sourds depuis long-temps, recouvrent l’ouie dans un court délai ou inopinément ; car si l'on récupérait ce sens graduellement , il est hors de doute qu'on n'éprouverait pas cette pénible sensation, qui, au reste, n'est que passagère.

Berthon D.... a entendu plus tôt de l'oreille droite que de la gauche, quoique la cophose fût également profonde dans l’une et l’autre oreille. La cause de ce phénomène n'est pas, je crois,

difficile à trouver ; c'est, je n'en doute pas, que du côté gauche, la trompe d'Eustache, la caisse du tambour, et peut-être les cellules mastoïdiennes, étaient obstruées par une substance terreuse, dure, grisâtre et très difficile à détacher des cavités où elle était incrustée ; tandis que du côté droit, toutes ces cavités ne contenaient qu "une matière peu concrète, et par là, facilement perméable aux injections. D'ailleurs, la perforation de la membrane du tympan, en facilitant l'évacuation du pus et du liquide injecté, a beaucoup contribué, je pense, à la prompte désobstruction et à la guérison de l'oreille droite.

Une singularité digne de remarque, c'est que cette personne entend mieux de l'oreille droite que de la gauche, quoique la membrane du tympan manque en partie à la première. Ceci tendrait à prouver ce que plusieurs auteurs ont avancé , que l'intégrité de cette membrane n’est pas indispensablement nécessaire à l'organe de l'ouïe ; j'ajouterai : pourvu Démons que la solution de continuité ne se trouve pas à à l'endroit où s'attache le marteau; car je pense que si cet osselet était détaché , il produirait la surdité, par l'affection subséquente des autres os de l'organe auditif , affection que la lésion du premier entrainerait infallhiblement.

Je prévois ici une question qui tendrat lieu de reproche, si je ne me hâtais d'y répondre par des raisons que Je crois péremptoires.

« La membrane du tambour étant ouverte, me « dira-t-on, à quoi bon porter profondément dans « le nez, àtravers des parties d'une exquise sen- « sibilité, une algalie pour injecter l'oreille in- « terne, tandis qu’on a dans le conduit auditif « externe , une voie plus courte, plus facile et « nullement douloureuse? »

Tout en convenant de la justesse de ce raison: nement, je ferai observer que, dans l'oreille droite, le principal foyer de la suppuration était aux cellules mastoïdiennes; ce qui était annoncé par une douleur sourde dans cette région. Mon :intention était de tarir ce foyer purulent ; si je n'avais injecté cette oreille que par le conduit auditif externe, aurais-je atteint mon but ? je ne le crois pas (la seule inspection anatomique me confirme dans mon opinion); et en injectant par la trompe d'Eustache, je portais le remède aussi directement dans les cellules mastoïdiennes que dans la caisse du tambour. Quant à l'opération , elle n'est ni difficile pour l'opérateur, ni douloureuse pour la personne qui la supporte (x).

(1) Ce que dit ici notre auteur sur la facilité du cathétérisme de la trompe d’Eustache, et sur le peu de douleur que cause l’injection par cette ouverture, n’est pas conforme à ce qu'a écrit M. Itard dans son Traité des maladies de l'oreille. « L'introduction de la sonde, « dit cet auteur, cause chez certaines personnes un « chatouillement si intolérabie dans lintérieur du

Le fait suivant va confirmer ce que je viens de dire sur l'insuffisance des injections par le conduit

auditif externe, dans la suppuration des cellules mastoiïdiennes.

« nez, qu'il faut si prendre à plusieurs reprises et par « degrés, pour familiariser la membrane pituitaire « avec le contact de instrument, » Plus loin, il parle de céphalalgie, de vertige, d’éblouissement , de syncope , produits par les injections. Cette divergence d’opinion et ces résultats si différens ; proviennent sans doute du peu de ressemblance qui existe dans la forme des instrumens dont se sont servi ces deux opérateurs, La sonde de M. tard est droite, et n’offre qu’une légère courbure à son extrémité gutturale qui se termine en pointe ; celle de M. Saissy, au contraire , est arrondie à cette même extrémité, et présente plusieurs courbures qui se rapportent parfaitement aux sinuosités du canal nasal. L’instrument est fait de manière qu’on parvient avec beaucoup de facilité dans la trompe d’'Eustache sans compromettre la membrane qui tapisse ces cavités, lorsqu'on a l'habitude de pratiquer cette opération, comme j'ai pu m'en convaincre dans ces derniers temps, ayant eu l’occasion d’en faire plusieurs fois l'expérience. Les mêmes avantages ne se retrouvent pas dans le procédé de M. Itard : il est impossible qu’une sonde droite traverse toutes les courbures du canal nasal , pénètre dans l’ouverture gutturale de l'oreille , sans lacérer plus ou moins la membrane pituitaire et les filets nerveux qui s’y rencontrent , et sans compromettre les lames si délicates des cornets : circonstances qui peuvent produire les accidens dont parle M. Itard, Tx. P.

M.1e B...., âgée de dix-septans, fut affectée, dans son enfance, d’une humeur strumeuse, dont elle porte des marques sur les parties latérales du cou; l'organe de l'audition en recut les plus fàcheuses atteintes. Douleurs intolérables, dépôts purulens dans la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes , perforation de la membrane du tympan de l’une et l’autre oreille, suppuration opiniâtre et dureté d'ouïe assez considérable : tels sont les accidens auxquels cette maladie a donné lieu,

On à prodigué à cette jeune personne tous les soins que la tendresse et l’opulence des parens ont permis aux plus habiles gens de l’art d’administrer. Parmi le grand nombre de remèdes dont on a fait usage, les eaux minérales d'Aix en Provence et de Balarue, prises sur les lieux, administrées intérieurement, et appliquées à l'extérieur en douches sur les oreilles, et portées en injections dans la caisse du tambour, par le conduit auditif externe, paraissent avoir détruit le vice strumeux. Sans doute l’âge de puberté peut y avoir beaucoup contribué. Il reste encore à cette jeune demoiselle une suppuration à l'une et à l'autre oreille, des douleurs de tête qui se font sentir aux régions mastoïdiennes, des démangeaisons incommodes dans la caisse du tambour ct aux cellules mastoïdes ; et ce qu'il y a de plus fâcheux, la dureté d'ouie fait des progrès mal-

gré les injections d'eau de Balaruc ct un vésicatoire au bras, qu'elle porte depuis son enfance.

Les parens, désolés de ne voir aucun terme à cette maladie, se déterminèrent à amener leur demoiselle en cette ville. Un de nos plus habiles médecins lui a donné pendant quelque temps les soins les mieux entendus; mais ils ont été sans succès, comme tous les autres qu'on avait employés.

Consulté sur l’état de cette jeune personne, je considérai, vu la santé dont elle paraissait jouir, cette maladie comme locale. Nous arrêtâmes M. M... le jeune et moi, que j'injecterais l'oreille par la trompe d'Eustache.

Le 20 octobre 1813, je commencai le traitement avec l’eau de Balaruc, les injections portées dans l'oreille droite sortaient par le conduit auditif externe , et avec elles beaucoup de pus, Les injections que je faisais dans la trompe gauche ne passaient pas par l'oreille externe , mais elles sortaient troubles par la bouche et le nez ; ce qui annonçait, comme dans la droite , une collection de pus dans la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes.

Après quatorze jours d'injections , la douleur de tête, la suppuration et même la dureté de louie avaient diminué d’une manière sensible ; mais la rigueur de la saison a obligé d'interrompre le traitement.

Ces faits suffisent pour prouver tout à la fois l'insuffisance des injections portées dans l'intérieur de l'oreille par le conduit auditif externe , dans lecas desuppuration des cellules mastoïdiennes, et l'efficacité de celles qui pénètrent dans le même organe, par lavoie de latrompe d'Eustache.

Le célèbre Jean-Louis Petit (1) parle d'un abcès dans l'oreille interne sur l'existence duquel les phénomènes suivans ne laissent aucun doute: 1.° sa rupture inopinée par l'oreille externe ; 2,9 la sortie successive des osselets, des fragmens du cercle osseux du conduit auditif et de la fenêtre ovale, opérée par quinze jours d'injections. Le malade perdit la faculté d'entendre de cette oreille.

N'aurait-on pas pu aller au devant de ces accidens en portant de bonne heure, dans l'oreille interne, des injections émollientes et anodines , puis détersives ? Dans ce cas, en employant le mode d'injecter que nous proposons , l'injection doit être poussée avec beaucoup de ménagement pour éviter d'irriter les parties enflammées et douloureuses.

Duverney a ouvert l'oreille de plusieurs cadavres d'enfans, dont la caisse était remplie de pus. « Il m'est arrivé, dit cet auteur, en tra- « vaillant sur l'oreille, d’avoir trouvé souvent la « caisse, le vestibule , les canaux demi-circulai-

(1) Petit, Œuvres posthumes , t, I,

« res et le limacon, tout remplis de boue épaisse, « ce qui pourrait venir de quelque abcès des « membranes qui tapissent ces parties; je ne « doute pas que cela ne cause très souvent des « surdités, aussi bien que les amas des autres « humeurs qui peuvent se faire dans toutes ces « cavités (1). »

Les faits suivans viennent en quelque sorte à l'appui des conjectures de Duverney.

Le sieur Thev..., perruquier de cette ville, agé de trente-deux ans, d’une constitution grêle, faible et strumeuse , éprouvait, depuis environ quatre ans, des douleurs légères, avec prurit et suppuration aux oreilles ; il mouchait souvent du pus sanguinolent. Des bourdonnemens avaient précédé les douleurs et la suppuration; la dysécée avaient suivi celle-ci, et elle était parvenue à un tel degré d'intensité, qu'à peine pouvait-on être entendu en parlant fort haut au malade ; il ne percevait le bruit du mouvement de la montre que quand elle était appliquée immédiatement sur le pavillon de l'oreille.

Le 11 mai 1815, je commencai le traitement.

Les injections avec l'eau de Balaruc, portées dans l'intérieur de l'oreille par la trompe d'Eustache, ont d'abord fait sortir beaucoup de pus. Les injections par latrompe gauche, sortaient par lecon-

(1) Duverney, Traité de l’organe de l’ouie, p. 151. et 102

duit auditif externe en entrainant le pus qui séjournait dans la caisse du tambour.

Cinq ou six jours d'usage de ces injections ont suffi pour que le malade ait entendu assez bien lorsqu'on lui parlait à voix ordinaire, à la distance de huit à dix pas, et les mouvemens de la montre, quoique éloignée de quinze pouces de l'oreille ; mais ce n'a été qu'après la vingtième séance, que les bourdonnemens et la suppuration ont cessé, et que la guérison a paru complète et l'audition rétablie, du moins autant que la nature de la maladie et l'affection de l'organe l'ont permis.

Trois légers purgatifs ont été administrés dans le courant du traitement. Cet homme porte, depuis plusieurs années, au bras gauche, un cautère que je lui ai conseillé d'entretenir soigneusement.

Ce prompt rétablissement de l'ouie, chez ce malade, tient au caractère de la cause immédiate de cette surdité et au mode de traitement mis en usage, [| ne faut pas, ce me semble, beaucoup de sagacité pour sentir qu'une matière épaisse (quiremplit la caisse du tambour et englue, pour ainsi dire, les osselets de l'oreille, la membrane du tambour et celle de la fenêtre ronde) est bien capable de suspendre, d'anéantir même les facultés de l'organe de l'audition. Il est facile aussi de concevoir qu'un procédé qui lave immédiatement

les parties, est bien propre à les débarrasser promptement des matières condensées et même concrétées qui les obstruent.

L'observation suivante a une identité parfaite, avec la précédente, la cause exceptée.

La fille de M." veuve V..., épicière de cette ville , âgée de quinze ans , a été sujette dans son enfance à une humeur de gourme à la tête. Vers la douzième année, cette humeur disparut; mais dès cette époque, la malade éprouva des douleurs, des bourdonnemens dans l'oreille droite avec démangeaison et suppuration par le conduit auditif externe du même côté, et parfois, en se mouchant, elle rendait du pus par le nez. La dureté d'ouie a été d'abord peu considérable , mais cette infirmité faisait tous les jours des progrès, au point que le 14 septembre 1819) { jour où le traitement a commencé), cette jeune personne n'entendait de cette oreille que quand on parlait haut et près d'elle; le bruit du mouvement d'une montre n'était entendu que lorsqu'on appliquait la montre sur le paviilon de l'oreille.

Les premières injections, en sortant par la bouche et le nez, étaient louches par le pus qu'elles entrainaient. Si je pressais le piston de la seringue un peu plus fort qu'à l'ordinaire , quelques gouttes de ces mêmes injections sortaient par le conduit auditif externe; ce qui prouve qu'il y avait ulcération à la membrane du tym-

pan. Toutefois, cette solution de continuité devait être infiniment petite, puisqu'il ne m'a jamais été possible de l'apercevoir, et qu'elle s'est réunie par suite du traitement, et que les injections ont cessé de sortir par le conduit auditif, quoiqu'elles fussent poussées avec une certaine force.

La suppuration de la caisse du tambour et celle du conduit auditif externe ont cesséversletrentecinquième jour, cependant j'ai continué les injecüons jusqu'au cinquantième. Deux purgatifs ont été donnés à la fin du traitement.

Dès les premières injections, la jeune personne a entendu les mouvemens de la montre à un pied de distance de l'oreille, et maintenant à plus de deux pieds. Si, après avoir bouché l'oreille gauche, on parle à voix ordinaire et à quelques pas de distance, elle entend très distinctement; comme aussi, elle entend très bien, si on lui parle bas à l'oraille.

Des abcès de l'apophyse mastoïde.

« Les abcès de l'apophyse mastoïde, disent « Chopart et Desault, forment une tumeur plus « ou moins apparente, toujours lente à se mani- & fester, et accompagnée de douleurs pulsatives, « de fièvre etc. Ils s'ouvrent dans la caisse, et « le pus sort par la trompe où par l'oreille,

« après avoir percé la membrane du tympan ; « quelquefois la tumeur s'étend derrière l'oreille « avec gonflement, dureté, douleur et très peu « de fluctuation. Après l'ouverture de l’abcës , « nait un ulcère fistuleux, qui est souvent incu- « rable quand los carié n'a point été découvert: « d’autres fois le pus, après s'être ouvert un pas- « sage à travers les parois du conduit auditif, « sort par l'oreille, sans lésion de la membrane « du tympan(r). » C'est ici le cas d’un abcès extérieur dont nous ne devons pas parler.

Les abces des cellules mastoïdiennes sont souvent la suite d’une maladie vénérienne ; le célèbre Jean-Louis Petit en cite desexemples. Le vice scrophuleux , la suppression d'une suppuration habituelle, comme aussi un coup, une chute sur la tête, peuvent les faire naître.

Les signes qui caractérisent ces abcès, sont une douleur gravative dans l'intérieur de l'apophyse mastoïde, l'empâtement avec tuméfaction et une légère inflammation de la peau qui recouvre cette partie. Si le pus s'est fait jour à travers la lame osseuse externe, il y aura aussi fluctuation.

Cette affection est toujours très grave, et souvent la vie du malade est en danger. Au reste, il est rare, quand l’abcès s’est fait jour à travers la lame osseuse qui recouvre les cellules mas-

(1) Chopart et Desault, Traité des malad. chir., t. 1.

toidiennes, que le malade ne perde pas l'usage de l’ouie, par les ravages que la suppuration et la carie auront faits dans l'intérieur de l'organe.

La carie accompagne presque toujours ces profondes et longues suppurations; alors la caisse du tambour peut être atteinte seule ou avec les feuillets celluleux de l’apophyse mastoïde; cette dernière, par sa structure, en est presque toujours affectée.

On découvre la carie, 1.° à la douleur locale que le malade éprouve ; 2.° aux accidens qui ont précédé; 5.° à la nature du pus qui sort de l'ulcère ; ce pus est ichoreux, a une odeur très fétide, et tache en noir les pinces et les sondes d'argent , ainsi que les pièces de l'appareil.

Il est infiniment rare que la nature fasse tous les frais de la guérison de cette maladie ; cependant Leschevin (1) parle d’une petite fille à laquelle il est survenu, à la suite d’une fièvre maligne, des dépôts dans les deux oreilles. Un de ces dépôtsse fit jour par le conduit auditif; l’autre pénétra dans les cellules mastoïdiennes, caria l'os et s'ouvrit derrière l'oreille. La portion cariée de l'os s'est exfoliée dans la suite, l’ulcère s'est guéri presque sans remèdes, et la petite malade a conservé l’ouïe de ce côté-là.

Voilà un effort extraordinaire de la nature ,

(1) Prix de l’Acad. royale de Chirurg.

auquel il serait imprudent de s'attendre dans les cas dont nous parlons.

Il faut donc ouvrir ces abcès dès qu'ils se manifestent, pour arrêter les progrès du mal du côté de l'os. On peut employer la pierre à cautère , lorsque la maladie est un dépôt critique ou froid ; dans les autres cas, on découvrira l'os par une incision cruciale, en emportant le sommet des lambeaux ; ensuite on y appliquera les dessicatifs, les spiritueux , tels que les baumes du commandeur, de Fioraventi, l'esprit de vin camphré, ou l’eau mercurielle, s’il y a carie, et qu'elle ne soit pas profonde; dans le cas contraire, le cautère actuel sera préférable, car on peut en borner les effets à volonté. Lorsque l'abcès à percé de lui-même, on agrandit l'ouverture de la fistule, afin de dénuder l'os, donner une issue au pus, et faciliter l'exfoliation.

Des injections détersives par l'ouverture artificielle, des pansemens méthodiques termineront cette maladie, si elle n'est que locale; mais si un vice des humeurs, tel que le siphilitique, le strumeux, était la cause de l’abcès, 1l serait indispensable de le combattre en même temps.

Le fait suivant caractérise trop bien la maladie qui nous occupe pour que nous ne le rapportions pas dans toute son étendue :

« Un soldat de recrue se plaignait d'un écou- « lement par l'oreille; il entendait très difficile-

Sr

ment de l'oreille droite, et point du tout de la gauche, et cela depuis environ quatre ans, qu'un ulcère putride qu'il avait à la jambe droite ayant été fermé, il lui survint l'écoulement de l'oreille. Cette matière était très fétide, et de temps en temps le malade éprouvait dé violens accès de fièvre, accompagnés de douleurs insupportables, particulièrement dans l'oreille droite. On parvenait à calmer ces accidens par des saignées, des remèdes laxatifs et rafraichissans, et par l'application de topiques émolliens et anodins. Ces symptômes revinrent fréquemment, et furent toujours traités de la même manière. Ce malade se présenta de nouveau à l'hôpital en 1766; 1l avait une fièvre violente et des douleurs intolérables. Il fut saigné trois fois dans l’espace de deux jours : on employa des laxatifs doux, des injections adoucissantes , et les bains de vapeur dans l'oreille : on mit des vésicatoires à la nuque et derrière les oreilles, et l'on y appliqua des sangsues, Tous ces moyens furent mis successivement en usage; on en réitéra plusieurs , aucun ne soulagea. Le malade continuant à souffrir et ne dormant point, on fut obligé de donner quelquefois de l'opium. {1 sortait de l'oreille droite quantité de matière ichoreuse et fétide ; et quand on pressait sur l'ouverture extérieure, il en sortait souvent aussi du pus

épais et grenu. Âu bout de trois semaines, on apercut derrière l'oreille une élévation molle sur l'apophyse mastoïde : on y mit des cataplasmes émolliens, mais le lendemain cette élévation avait disparu. On appliqua sur son siége de l’'onguent basilicum, mêlé de poudre de cantharides. Quelques jours après, elle se montra de nouveau. Pendant ce temps, la fièvre avait été plus ou moins forte, selon l'intensité des symptômes et de la douleur qui continuait à être insupportable. On se détermina enfin à faire à la tumeur une incision de la longueur d'un pouce. Il en sortit quelques gouttes d'une humeur ténue et âcre, maisrien de plus. On continua d'appliquer des cataplasmes émolliens , dans l'espérance de soulager les douleurs; mais elles continuèrent à être aussi vives. Pendant un pansement, M. Jasser ( c’est le nom de l'observateur ) remarqua sur la charpie une tache noire qui lui fit soupconner la carie de l'os. L'expansion membraneuse et le périoste qui recouvrent l'apophyse mastoïde furent détachés, et los ayant été mis à découvert, on pénétra avec la sonde dans les cellules de cette apophyse.

« On injecta ensuite par cette ouverture, au moyen d'une seringue dont la canule la remplissait exactement, quelque peu d'infasion pectorale , n'ayant pour le moment rien autre

sous Ja main; mais, au grand étonnement du médecin et du malade (disent les rédacteurs), toute la matière injectée ressortit à l'instant même par la narine droite. La douleur diminua, et la plaie ayant été pansée à sec, le malade rentra dans son lit, et dormit sans interruption pendant dix heures consécutives. Quoiqu'il

- eùt dormisur le côté droit, il s'était écoulé très

peu de matière par oreille droite.

« L'après-dinée on renouvela le pansement , ct l’on réitéra la même injection. La douleur avait cessé, et le malade éprouvait seulement par intervalles quelques élancemens dans Foreille. L'écoulement par l'oreille droite diminuait de jour en jour; l'odeur et la couleur de la matière devinrent meilleures; et au bout de huit jours, il n'y eut plus ni douleur ni écoulement,

« On discontinua alors les injections , et l'on se contenta de panser la plaie avee de la charpie sèche. On tint encore pendant quelque temps l'os à découvert; mais comme il n’en sortait plus de sanie, on laissa former la cicatrice, qui fut complète dans environ trois semaines.

« Ce succès (continue le rédacteur du journal duquel nous tirons ce fait) fit naître à M. Jasser l’idée de tenter la guérison de la surdité, au moyen d'une ouverture artificielle pratiquée

« dans l’apophyse mastoïde. En conséquence , il « opéra sur l'oreille gauche du malade de la « manière suivante :

« IT fit à la peau une incision qui pénétrait « Jusqu'à l'os, et qui le mettait à découvert dans « l'étendue d'un gros pois : ensuite il perfora « avec un trocart l'apophyse mastoïde jusqu'à « son milieu; puis il introduisit dans cette ou- « verture la pointe d'une petite seringue ( l'ex- « trémité de la canule), au moyen de laquelle « il injecta une décoction dans laquelle on avait « fait dissoudre un peu de myrrhe. Cette injec- « tion ressortit par la narine gauche. Ce pro- « cédé ayant été réitéré pendant quatre jours, « le malade assura qu'il entendait de l'oreille « gauche. On continua encore quelque temps, « et le malade allait de mieux en mieux; ce- « pendant l’ouïe ne se rétablit pas aussi com- « plètement du côté gauche qu'elle l'avait été « du côté droit. En trois semaines, la plaie, que « l’on avait toujours pensée à sec, fut guérie « sans que l'os s’exfoliât. Depuis cette époque, « ce soldat se porte bien, et ne ressent aucun « mal d'oreille (1). »

Ces observations présentent plusieurs points qui méritent un examen sérieux. Nous les dirigerons spécialement sur l'opération que l'on à

(1) Journal de Méd. Chirurg.et Pharm., février 1793.

pratiquée sur l'oreille gauche : nous en donnerons un court aperçu historique ; nous parlerons de ses avantages, et dans quels cas elle doit être employée exclusivement à toute autre opération; mais nous ne tairons pas les inconvéniens graves dont elle est suivie, hors des cas, ou plutôt du seul cas qui l'exige impérieusement.

L'otalgie dont ce jeune militaire a été tourmenté pendant quatre ans , ayant pour cause la dessication d’un ulcère de mauvais caractère , il était dans les préceptes de la bonne médecine , d'établir, dès l'invasion de la maladie auriculaire, un point de suppuration assez abondant à l’endroit même où avait été placé l'ulcère; par là, onaurait épargné au maladede longues et cruelles douleurs, il n'aurait pas couru le risque de perdre , sans retour , l'usage de l'organe de l'audition et même la vie. En supposant même que le rétablissement de lulcère n’eût pas tari le dépôt purulent de l'oreille, il eût toujours servi d’exutoire qui aurait permis d'attaquer d'une manière directe la maladie de l'oreille, sans exposer le malade aux accidens graves auxquels 1] manqua de succomber. Nous prouverons plus bas cette assertion, par des exemples tirés des auteurs le plus dibels de foi.

On à pallié plusieurs fois l’otalgie par des adoucissans , des tempérans et la saignée ; mais la maladie faisait sourdement des progrès; car,

toutes les fois qu'elle reparaissait, les symptômes qui l'accompagnaient étaient toujours plus intenses.

Le pus s’est fait d'abord jour à travers la membrane du tympan, mais par une ouverture très petite sans doute, puisqu'il n'en sortait qu'une humeur ténue, ichoreuse et très fétide, circonstances qui annoncaient le séjour de cette humeur dans les cellules mastoïdiennes et dans la caisse du tambour. Ce n'était que lorsqu'on pressait sur l'orifice du conduit auditif, qu'ilen sortait souvent un pus épais et grenu.

Enfin, le dernier paroxysme a été le plus long et le plus orageux. Les remèdes qu'on avait mis précédemment en usage furent réitérés sans aucun succès ; on en employa de nouveaux, tels que les injections adoucissantes et les bains de vapeur dans le conduit auditif; les vésicatoires à la nuque et derrière les oreilles (1); on appliqua des sangsues sur cette dernière partie ; aucun de ces moyens ne soulagea le malade. La douleur devenant plus intense, le sommeil étant perdu, on eut recours à l'opium , remède dangereux dans les maladies inflammatoires, surtout dans celles d’un organe aussi sensible, aussi délicat que celui dont il s'agit.

Au bout de trois semaines, on apercut derrière

(1) Nous avons prouvé ailleurs que cette pratique est nuisible.

l'oreille une élévation molle sur l'apophyse mastoïde ;. on y mit des cataplasmes émolliens qui n'empéchèrent pas qu'elle ne disparût , pour reparaître de nouveau quelques jours après. La fièvre était forte et la douleur insupportable. On se détermina enfin à faire à la tumeur une incision de la longueur d'un pouce. Il ne sortit par celte ouverture que quelques gouttes d'une humeur ténue et àcre.

Il est évident que cette humeur venait des cellules mastoïdiennes, après avoir passé à travers les pores de la lame osseuse qui les recouvre. C'était là le cas d'agrandir du double l'incision , de mettre l'os à découvert et de perforer l'apophyse mastoïde pour évacuer le foyer purulent qui était la cause matérielle de toutes les souffrances de ce malade. On continua d'appliquer des cataplasmes émolliens, dans la vaine espérance de soulager le malade ; mais les douleurs continuèrent à être aussi Vives: Ce ne fut qu'après avoir remarqué des taches noires sur la charpie avec laquelle on pensait le malade , qu’on soupconna la carie de l'os. Elle avait fait tant de progrès que la sonde seule à suffi pour pénétrer dans les cellulosités de l'apophyse mastoïde , et faire une ouverture assez srande pour permettre d'y introduire le siphon d'une seringue à injection. La douleur cessadès les premières injections, L'écoulement par l'oreille droite di-

minua de jour en jour ; et au bout de huit jours il n'y eut plus ni douleur, ni écoulement , et dans l’espace de trois semaines le malade fut complètement guéri.

Il est inutile , après tout ce que nous venons de dire, de faire remarquer que dès que les injections eurent pénétré directement dans le foyer purulent , le pus a changé de nature, l'ulcère s'est détergé, et la guérison a été prompte et sans aucune suite fâcheuse , quoique la maladie datät de quatre ans (1).

Les moyens que nous proposerons dans un cas semblable , seraient : 1.° le rétablissement de l'ulcère; 2.° des injections émollientes , ensuite détersives, non par le conduit auditif externe ( on vient de voir le peu de succès qu'elles ont eu), mais par latrompe d'Eustache. Ces injections en empêchant au pus de séjourner dans la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes, détergeraientle foyer, etla guérison serait aussiprompte que sûre : l'observation que nous venons de rapporter, les exemples tirés de notre pratique, fournissent la preuve complète de ce que nous avancons ; 3.° quelque temps après la guérison de

(1) Ce fait et ceux que j'ai rapportés à la page 100 et suivante, me portent à croire qu’il est moins dangereux de supprimer d'anciennes suppurations, quel qu’en soit le caractère, chez les personnes jeunes, que chez celles d’un certain âge.

l'oreille, on cicatriserait l'ulcère, en prenant toutéfois les précautions que l'art indique pour mettre le malade à l'abri des accidens ultérieurs, dont nous avons cité des exemples.

L'idée de perforer l'apophyse mastoïde a été

conçue bien avant M. Jasser. Riolan propose dans divers endroits de ses ouvrages , et particulièrement dans ses opuscules anatomiques, de perforer, avec un stylet fort mince, l'apophyse mastoide dans divers cas de surdité , dans le tintement et le bourdonnement des oreilles, lorsque ces indispositions proviennent d’une obstruction de la trompe d’'Eustache.

… Rolfimius conseille d'ouvrir cette apophyse avec un trocart, dans le cas d’hydropisie de la caisse du tambour et des cellules mastoïdiennes. Un autre auteur , selon Sauvages , voulait qu'on la pratiquât pro educendis flatibus in aure tumultuantibus.« Ces auteurs, ajoute avec raison Sauvages, « auraient dû confirmer leur opinion par des ob- « servations , ou ne pas hasarder un conseil qui « paraît tout au moins inutile (1). » Il eût pu dire dangereux , comme nous le prouverons plus bas.

Il paraît que M. Jasser est le premier qui ait pratiqué cette opération, et M. Hogstaens a suivi son exemple ; mais la tentative de ce dernier ne

(1) Sauvages. Nosologie, t. 17, note de la p. 219:

fut pas heureuse ; car, outre que le malade ne recouvrit pas l’ouïe, il eut une hémorrhagie assez considérable pour empêcher d'achever l'opéraon. Les injections donnèrent lieu à des accidens aussi graves que singuliers : toutes les fois que l'on injectait, le malade se plaignait d’une douleur de tête horrible et de bourdonnemens d’oreille, Ce qu'il y avait de plus surprenant, c’est qu'il perdait la vue, éprouvait des suffocations et tombait évanoui; mais tout cela ne durait que quelques minutes , dit l’auteur. Je pense que l'espace de temps était assez considérable pour mettre les jours du malade en danger. Les injections pénétraient bien dans les cellules mastoïdiennes, mais il n’en sortait rien, ni par la bouche, ni par le nez, ni par le conduit auditif externe (1).

M. Loffler a pratiqué aussi cette opération dans un cas de surdité causée par le transport d’une humeur morbifique sur l'oreille. L’injection ne sortait pas par la bouche , mais le malade récupéra l'ouiïe ; il la perdit de nouveau lorsque la plaie se ferma. « En conséquence, disent les ré- « dacteurs du journal duquel nous empruntons « cette observation, M. Lofller se détermina « à rouvrir l'apophyse mastoïde, et à pratiquer « un canal artificiel de la grosseur d’une plume

(x) Journal de Méd. Ghirurg. et Pharm., février 1703.

« à écrire, et l’entretint ouvert par l'introduction « d'une corde à boyau. Le succès fut tel, que «dans la suite le malade entendit par l'ouverture « établiedansl'apophyse mastoïde,comme même « avant que l'on eüt tenté ce moyen. Le malade « entendait lorsqu'il ouvrait la bouche , et que « le son était transmis par l'intermèdede la trom- « pe d'Eustache. Il paraît que dans ce casla cause « de la surditéétaitdans la membrane dutympan, « ou dans le voisinage de cette membrane (1). »

La cause de la surdité chez ce sujet, était dans la trompe d'Eustache et non ailleurs. Si ce conduit eût été libre, comme le présument les rédacteurs du même journal , les injections que l'on faisait dans l'apophyse mastoïde auraient passé dans l’arrière-bouche et la narine, ce qui n'est pas arrivé.

Le malade, dit-on, entendait mieux lorsqu'il avait la bouche ouverte; mais cela n'est pas une preuve que la trompe d'Eustache était libre ; car on peut rendre raison de ce phénomène sans la trompe d'Eustache, auquel elle n’a aucune part.

Nous entendons mieux lorsque nous avons la bouche mi-ouverte, cela est une vérité incontestable; mais est-ce parce que, dans cet instant : la trompe d'Eustache recoit un supplément de

(1) Ouvr. cité, fév. 1793.

rayons sonores qui vont frapper l'organe immédiat de j'oute ? ou bien, ce qui me paraît plus vraisemblable, n'est-ce pas, parce que la bouche étant ouverte, le conduit auditif externe est plus évasé et moins tortueux ? Pour se convaincre de la vérité de cette assertion , tout le monde peut faire sur soi-même l'expérience suivante :

La bouche étant ouverte, introduisez, le plus avant qu'il sera possible, le bout du doigt auriculaire dans le conduit auditif externe, ensuite fermez la bouche, et vous sentirez le doigt légèrement comprimé; or, cette compression est occasionnée par le condyle de la machoire inférieure qui tend à rapprocher les paroïs du conduit auditif lorsque la bouche est fermée. Si donc nous entendons mieux, la bouche étant ouverte, ce n'est pas, je le répète , parce que la trompe d'Eustache porte un supplément de rayons sonores à l'organe immédiat de l’ouie ; mais bien parce que le conduit auditif externe admet une plus grande colonne de ces mêmes rayons.

La trompe d'Eustache (1) est essentielle à

(1) M. Perole a prouvé par des expériences consignées dans les Mémoires de la Société royale de Médecine de Paris, pour l’année 1779, que la trompe d’'Eustache n’est pas une voie par où les sons se propagent. Une seule et simple expérience va prouver cette assertion.

Après s'être bouché les oreilles, si l’on porte au fond

l'audition ; mais elle a un tout autre usage que celui qu'on lui avait assigné ; je l'ai décrit dans la note des pages 60 et 61 dela première section.

de la bouche une montre sans la presser avec les dents, on n’entendra pas le bruit de son mouvement; tandis que le bruit sera très sensible si l’on appuie les dents sur le bouton de la montre. Ce qui prouve que ce n’est pas la trompe qui transmet les sons dans cette circonstance ; mais les dents qui sont cause de la perception des sons à la faveur des rameaux de la seconde branche de la cinquième paire, lesquels communiquent avec les filets de la portion dure de la septième paire.

Long temps avant M. Perole, Verduc a dit : « Ce « n’est pas seulement à cause que l’air passe dans l’ac- « queduc ( la trompe d’Eustache ) que les sourds en- « tendent mieux ; c’est parce qu’en serrant avec Îles « dents le manche d’un instrument de musique, le « tremblement se communique bientôt à la mâchoire, « aux os des £empes et aux osselets de l’ouïe. Ce qui « favorise celte conjecture, c’estque ceux mêmes qui « ne sont pas sourds entendent mieux le son du luth « lorsqu'ils en serrent le manche avec les dents, et « qu'en même temps ils se bouchent les oreilles. On « peut aussi se faire entendre aux sourds en leur par- « lant surla tête, parce qu’en ébranlant le crâne l’im- « pression se communique jusqu’au principal organe « de l’ouie. » ( Traité de Physiologie, t. 11, p. 213.)

M. Desjardins , dans sa thèse sur les songes, dit avoir vu un sourd-muet donner des marques de la plus grande sensibilité pour la musique; en tenant une clef entre ses dents, l’extrémité de la clef touchait l’instrument. Le musicien exécuta un adagio fort triste ; pendant ce temps le sourd-muet donna des signes non

L'illustre Morgagni a traité des maladies de l'oreille, et s’est spécialement occupé dé la structure de l’apophyse mastoïde ; les recherches qu'il a faites à ce sujet, au lieu de le disposer en faveur de l'opération dont nous parlons, le portèrent à la condamner comme un procédé hasardeux, Cette opération, en effet, manque souvent, par les particularités qui se trouvent fréquemment dans la conformation de l'apophyse mastoïde. Morgagni et Hogstroem ont trouvé des cloisons quiinterrompaient la communication des cellules entre elles.

Une autre circonstance qui rend la perforation de l’apophyse mastoïde inutile, c’est quand elle est compactedans toute son épaisseur. M. Adolphe Murray en rapporte un exemple en ces termes :

« Un cas rare, dit ce médecin, dont cepen- « dant je conserve un exemple dans mon cabinet, « est celui où l’'apophyse mastoïdeest compacte; « en sorte que dans quelque sens qu'on la scie, « il nest pas possible d'y trouver une cellule, « ni par conséquent de communication avec la « caisse du tambour (1). »

équivoques d’attendrissement. À ce morceau succéda un allegretto assez animé, et la figure du sourd devint tout-à-coup riante. « La sensation qu’il éprouva, dit ce M. Desjardins, tient à un trémoussement que chaque « note répétait. » Thèse sur les songes, Montpellier, an oO.

(1) Journal de Médecine, février 1793.

Indépendamment de ces inconvéniens , lapp'ication du trépan sur l’apophyse mastoïde , est entouréedes dangers les plus graves, auxquels les accidens suivans donnent lieu : comme l’hémor-

rhagie, la douleur, les spasmes , les convulsions et la suffocation.

Tissot, dans la Vie de Zimmermann, rapporte que le baron de Berger, médecin du roi de Danemarck , est mort victime de cette opération.

Toutes ces chances malheureuses n'ont pas empêché M. Arnemann (1), professeur de médecine à Gottingue , de conseiller cette opération. Il réduit à cinq les cas où la perforation de l'apophyse mastoïde peut être utile :

1.9 Lorsqu'il y a surdité complète, ou qui augmente graduellement ;

2.9 Lorsque les humeurs muqueuses qui se séparent dans l'intérieur de l'oreille, y séjournent et forment une congestion ;

3.° Quand les oreilles sont douloureuses et qu'elles éprouvent un tintement continuel;

4.9 Quand la trompe d'Eustache est obstruée par des glaires, ou d’autres humeurs qui peuvent être emportées par les injections;

5.9 Enfin, lorsque les cellules de l'apophyse mastoïde contiennent une matière purulente et qu'elles sont cariées.

(1) Bibloth. germanique, t. 2.

Ces cas sont absolument les mêmes que ceux consignés dans les Mémoires de l’Académie de Suede, n.% 3, 4et 5, traduits par M. Martin Ë ancien néddn de l'hôpital militaire de Thionville. M. Arnemann n'a omis que celui où il s’agirait de ramollir les membranes et les autres parties molles de la caisse du tambour, et de rendre la souplesse aux articulations des osselets de l’ouie.

Examinons les six cas pour lesquels on a propose l'opération dont il s’agit.

« 1.9 Lorsqu'il y a surdité complète, ou qui « augmente graduellement. »

Quelles données a-t-on tra causes d'une pareille surdité , pour conseiller d’une manière si peu réfléchie une opération qui peut avoir les résultats les plus graves et les plus funestes ? et cela pour ne rien faire de plus qu'on ne puisse obtenir par des moyens plus simples , plus doux et nullement dangereux , tels que les injections dans l'intérieur de l'oreille, par la trompe d'Eustache ; et si celles-ci, par quelque obstacle qu'il est rare de rencontrer, ne pouvaient être faites , il vaudrait encore mieux pratiquer la ponction de la membrane du tympan, et injecter l'oreille par le conduit auditif : ce dernier moyen est incomparablement moins dangereux que la trépanation de l'apophyse Re 4

« 2,9 Lorsque les humeurs muqueuses qui se

« séparent dans l'intérieur de l'oreille y séjour- « nent et forment une conjection. »

Dans le cas supposé, J'avoue que des injections portées par l'ouverture artificielle pratiquée à l'apophyse mastoïde , pourraient bien entraîner les glaires accumulées dans la caisse du tambour, les cellules mastoïdiennes, et désobstruer même la trompe d'Eustache ; mais, je ne puis trop le répéter, à combien de douleurs et de dangers n'exposerait-on pas son malade ? C'est ici que le mode d'injecter l'oreille que nous proposons, aurait un succès complet.

« 3.° Lorsque les oreilles sont douloureuses, « et qu'elles éprouvent un tintement continuel.»

C'est bien ici le casdedire que le remède est pire que le mal. Sidu moins on avait l'espoir de guérir, on aurait quelque raison de proposer ce moyen extrême, n'en connaissant point d'autre ; mais il n'ya rien de plus incertain. Dans ce cas, si après l’emploi des remèdes généraux, la douleur ct le tintement persévèrent, les mjections appropriées portées dans l'oreille par la trompe d'Eustache, auront du succès ; j'en ai donné des exemples.

« 4.° Quand la trompe d'Eustache est obstruée « parles glaires ou d’autres humeurs qui peuvent « être emportées par les injections. »

Il est hors de doute que, dans ce cas comme dans les précédens, les injections par la trompe d'Eustache l'emportent, sous tous les rapports,

sur la perforation mastoïdienne, et qu'elles doivent être préférées. Ç

« 5.9 Lorsqu'ils’agit de ramollir lesmembrancs « et les autres parties molles de la caisse du tam- « bour, et de rendre la souplesse aux articulations « des osselets de l'organe de l’ouie. »

C’estencore ici le cas des injections émollientes par la trompe d'Eustache.

« 6.°Enfin, lorsque les cellules de l'apophyse « mastoïde contiennent une humeur purulente, « et qu'elles sont cariées. »

Dans ce dernier cas, la perforation de l'apophyse mastoïdeest infiniment moins douloureuse, et les dangers sont nuls, parce que la nature a fait presque tous les frais ; cette opération est aussi utile que nécessaire ; elle mérite la préférence sur tous les autres moyens ; les raisons qui doivent la faire préférer sont si évidentes, qu'il est, je pense , inutile de les exposer.

$. Ir.

De l'hydropisie de La caisse du tambour et des cellules mastoïdiennes.

Valsalva a souvent observé qu'il survient dans les maladies aiguës, une dureté d’ouïe , ou que les malades deviennent sourds (1). Quelquefois

(1) Il y a peu de praticiens qui n’aient pas observé la même chose.

ces incommodités durent autant que la maladie qui les a produites. Le même auteur trouva dans ce cas de l’eau épanchée dans la caisse du tambour et dans les cellules mastoidiennes. Cette affection peut survenir à la suite du catarrhe interne, d’un coup ou d’une chute qui aura porté directement sur l'oreille.

Les signes qui annoncent cette collection aqueuse, sont à peu près les mêmes que dans l'affection catarrhale : comme dans cette dernière , l'hydropisie est accompagnée de l’obscurité des sons et de la céphalalgie. Quand le malade ressent de la tension, de la pesanteur et un bruissement particulier au fond de l'oreille, il n’est pas rare non plus que les affections antérieures viennent éclairer le diagnostic ; c'est ainsi que Valsalva vit une congestion de sérosité dans les deux caisses du tympan se former à la suite d'une fièvre.

Cette maladie se dissipe souvent à mesure qu'on voit sortir par la bouche, les narines ou les conduits auditifs, des gouttes d'eau, quand on baisse la tête. L'observation que m'a procurée M. le docteur Perreymon, médecin à Lorgues, département du Var, en est la preuve.

« André M***, âgé de cinquante-cinq ans, « lymphatique et d’un embonpoint considérable, « devint sourd des deux oreilles tout-à-coup, et « sans cause connue. Cette surdité était accom-

æ pagnée de vertiges et de douleur de tête. I] sortit « une sérosilé limpide des deux conduits auditifs, « surtout du droit, qui mouilla plusieurs grands « linges pendant sept à huit jours. Au bout de « ce temps, la surdité et les accidens se dissi- « pèrent. »

Cette abondance considérable de séros'té ne venait pas seulement des conduits auditifs; la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes en ont fourni la plus grande partie; la surdité et les accidens qui ont précédé l'écoulement l'annoncent assez.

Si la sérosité ne se fait pas jour par les pores de Ja membrine du tympan, comme dans l'observation précédente, et que la trompe d'Eustache soit obstruée ou oblitérée, la collection humorale ne pourra être dissipée qu'en lui ouyrant un passage,

Trois moyens se présentent pour parvenir à ce but : la ponction de la membrane du tympan, la perforation de l’apophyse mastoïde et les injections telles que nous les proposons (1).

(x) L'idée d’évacuer un amas d’eau contenu dans la caisse du tambour par les injections, paraîtra peutêtre paradoxale, erronée même; mais elle cessera de paraître telle, si l’on fait attention que lorsque Peau qui est contenue dans cette cavité ne peut sortir par sa pesanteur spéeifique , c’est qu'il y a dans la trompe quelque obstacle qui s’y oppose, tels que des glaires,

On doit préférer le dernier moyen aux deux premiers ; mais si l'on ne peut parvenir à dé. sobstruer la trompe, chose qui arrivera rarement, il faudra avoir recours à la ponction de la mem- Prane du tympan. Quant à la perforation de l’apophyse mastoïde, elle doit être rejetée par les raisons que nous avons alléguées dans le paragraphe précédent.

Si la maladie n’est entretenue ni par le relàchemen de la membrane muqueuse qui tapisse la caisse et les cellules mastoïdiennes , ni par la rupture de quelque vaisseau lymphatique, ce qu'apprendront les circonstances commémoratives qui auront précédé l'hydropisie, la simple évacuation du liquide suffira pour guérir cette indisposition ; mais si, au contraire, une des causes dénommées avait donné lieu à la collection aqueuse , il faudrait recourir aux injections légerement toniques, comme les eaux minérales de Balaruc , de Barèges, l’eau éthérée, la décoction de quinquina( bien filtrée), etc., etc. Il ne sera pas hors de propos d'établir, pour quelque temps, un cautère ou un séton à la nuque,

Le traitement sera terminé par quelques légers

une matière sédimenteuse ou le gonflement de la membrane pituitaire qui tapisse l’intérieur de cette même trompe, Les injections, en surmontant ces obstacles, fraieront Île passage à l’humeur contenue dans la caisse,

purgatifs donnés de loin à loin, au moins à quinze jours d'intervalle l'un de Fautre.

STV;

De l'épanchement de sang dans lu caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes.

Sténon et Morgagni croient qu'il peut s'amasser du sang dans la caisse du tambour ; M, Cooper cn rapporte un exemple accompagné de détails qui né laissent aucun doute sur l'existence de cette cause de surdité ; nous l'avons cité en entier à la page 78 de la première section.

D'après ce fait, il est constant qu'un coup, une chute sur la tête, peuvent causer un épanchement sanguin dans la caisse et dans les cellules mastoïdiennes.

Si donc, à la suite de ces accidens, le malade rend du sang par l’une ou l’autre oreille ou par toutes les deux, qu'il devienne sourd , la surdité peutdépendre de l'amasdes caillots dans leconduit auditifexterne ; mais si après l'avoir débarrassé , la surdité continne avec la même intensité, on sera fondé à croire que la cause immédiate. de cette infirmité tient à du sang épanché, concrété peut-être, dans la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes. Tous les doutes seront levés, si, en injectant par la trompe d'Eustache de

l'eau tiède dans l'intérieur de l'oreille, ce liquide sort sanguinolent ou avec de petits caillots.

Le pronostic sur cette cause de surdité, est aussi facile à porter, que le diagnostic est aisé à saisir, On pourra donc assurer d'une manière affirmative que la surdité qui dépend d’un amas de sang , dans les cavités en question, sera guérie par les moyens que nous allons indiquer.

TRAITEMENT. Je suppose ici que les moyens propres à prévenir ou à dissiper les accidens de la commotion cérébrale, l'épanchement sanguin dans la cavité du crâne, ont été employés avec succès, et qu'il ne reste plus à traiter que la collection sanguine dans les cavités de la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes.

Dans le cas dont il s’agit, M. Cooper a perforé la membrane du tympan pour donner issue au sang épanché. Il a réussi, parce que cette humeur avait encore de la liquidité ; mais si elle eût été concrétée, la perforation seule eût été insufhsante. Il serait, je pense, superflu d'entrer dans quelque explication à cet égard.

Après la perforation, il sera donc nécessaire de délayer les caillots, d’injecter de l'eau tiède dans l'oreille, à la faveur de l'ouverture artificielle ; ces injections nettoieront bien la caisse et la trompe. Mais si l'épanchement sanguin s'étend jusqu'aux cellules mastoïdiennes, le liquide n’y

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penèetrera pes : nous en avons donné les raisons

ailleurs ; et le sang croupissant dans ces parties, les irritera, les enflammera : de là, une longue Suppuration, les abcès derrière l'oreille, la carie et peut-être la destruction de l'organe, et par conséquent la surdité, é

Le mode d'injecter l'oreille comme je le propose, est plus simple, exempt de tout inconvénient, met le malade à l'abri de tout accident, ct la guérison sera plus prompte et plus sûre, parce queles injections pénétreront dans toutes les parties où le sang est épanché. L'eau tiède suffira pour débarrasser l'organe de l'audition du sang qui l'opprime,et le rétablira dans son état naturel.

De l'accumulation des matières MUqQUEUSES , CÉrumineuses dans la caisse du tambour et Les cellules mastoïdiennes.

Les fluides muqueux, cérumineux,et même les lymphatiques,sont susceptibles d'épaississement. C'est un attribut de leur constitution et de leurs propriétés chimiques. Alors il n'est pas étonnant que leur stase seule dans un lieu chaud tende à les concréter, et par là produise la surdité.

On sait que dans les premiers âges de la vie, l'humeur muqueuse prédomine sur toutes les autres humeurs : les rhumes, les angines catarrhales, les catarrhes auriculaires, tourmentent la plupart des enfans. À un âge si tendre, on ne

peut, on ne sait pas cracher; les glaires de l'arrière-bouche, des fosses nasales, sécrétées en abondance, s’'amassent autour et dans le pavillon de la trompe d'Eustache et l'obstruent ; de là, stase des mucosités dans la caisse du tambour, dans les cellules mastoïdiennes ; et si la partie la plus ténue de ces humeurs est résorbée, la plus grossière se concrétera et occasionnera la surdité.

C'est là le cas de la plupart des jeunes sourdsmuets que l'on croit sourds de naissance, par un vice de première conformation.

Ces causes de surdité sont très fréquentes, surtout chez les enfans dont la constitution est lymphatique, et qui de plus sont sujets aux irruptions galleuses à la tête et au visage.

Les anciens n'ont pas ignoré ces causes de surdité ; mais ils pensaient qu'une fois cette matière endurcie parlelapsde temps, ilétait impossiblede laramollir, de la dissoudre, etque parconséquent la surdité était incurable, Surditas genita à crassis et pituitosis humoribus internam auris partem occupantibus immedicabilis est, si sit inveterata. Inveterata dicitur quæ excessit duos annos;tam longoenimtemporeimbibitur in illis partibus humor, ita induruit, ut vix imo nunquam possit emolliriet discuti.

L'humeur muqueuse qui s'accumule dans la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes, peut y être sous divers états : 1.° condensée scu-

lement ; 2.° concrétée ou durcie, et dans oe dermer étatcomme dans le premier, la matière obstrue ces cavités, mais souvent elle ne fait que les enduire ; c’est la matière cérumineuse surtout qui affecte souvent ce dernier état.

Les signes qui caractérisent ces causes de surdité se tirent des circonstances commémoratives des maladies qui l'ont précédée, telles que l’enchifrénement, les rhumes fréquens, l'otalgie, l'existence ou seulement les traces de la gourme, des scrofules. Si à ces circonstances se rejoignent les suivantes : comme un écoulement séreux ou muqueux par le conduit auditif externe ; si, en se mouchant ou en fermant la bouche et le nez, puis faisant une forte expiration , l’air ne passe pas dans l'oreille, ou que l'injection portée par la trompe d'Eustache éprouve une forterésistance, on sera sûr que le mucus obstrue la caisse du tambour. Si les injections pénètrent dans cette cavité comme si elle était libre, et si l'organe reste insensible, ou à peu près, aux injections, ces circonstances feront présutmer que des matières concrètes tapissent la cavité qu'on mjecte. Ces présomptions se convertiront en certitude , si après quelques jours d'injections on voit sortir par la bouche ou par le nez, des parcelles minces, de couleur fauve , de consistance friable, et des mucosités se tenir à la surface de l'eau que le malade rend après l'injection; on peut alors re-

gardercette particularité comme un signe pathognomonique de la cause de surdité dont nous parlons. Les faits suivans viennent à d'appui des assertions avancées dans ce paragraphe.

M.18 G..., de Saint-Étienne , département de la Loire, âgée de vingt-quatre ans, d’une constitution muqueuse, quoique haute en couleur, vint avec sa mère, me consulter, ler2 marsr815. Elle avait une forte dysécée à l’une et à l'autre oreille, avec une congestion muqueuse aux conduits auditifs externes ; on ne pouvait se faire entendre qu'en lui parlant fort haut et près de l'oreille, parce que des mucosités beaucoup plus denses occupaient également les trompes d'Eustache, la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes.

La cause présumée de cette surdité était attribuée à une suppression de transpiration gagnée en sortant d’un bal.

Les injections d'eau de Balaruc tièdes ont débarrassé les conduits auditifs des mucosités qui les remplissaient , et des pellicules blanches qui les tapissaient, sans que l’ouie y ait rien gagné.

Les injections portées par latrompe d'Eustache ne purent d’abord pénétrer dans la caisse du tambour, quoique je poussasse le piston de la seringue beaucoup plus fort qu'à l'ordinaire; le liquide refluait, en partie, entre le pavillon de l'algalie et le syphon de la seringue. Ce n'a été qu'après quelques jours d'injection, qu'un gru-

meau, de Ja forme d’un petit cloud de girofle, est sortide la trompedroite immédiatement après l'injection ; puis un autre grameau de même forme et de même grosseur, s’est détaché de la'gauche. Ces grumeaux étaient de couleur jaunâtre, de consistance beaucoup plus ferme queles crachats qui sortent , quelquefois avec peine, du larynx ou de la trachée - artère. Les injections subséquentes ont fait successivement sortir de l'une et l'autre oreille, plusieurs autres grumeaux dont la forme et la grosseur variaient à l'infini, mais la couleur et la consistance ont toujours été les

À mêmes.

A mesure que cette matière se détachait, les injections pénétraient dans l'intérieur de l'oreille avec plus de facilité. La dysécée a un peu diminué, mais beaucoup moinsque je ne m'y attendais , parce que je croyais que les mucosités étaient le seul obstacle à l'audition.

Un mois consécutif d'injections faites avec l'eau de Balaruc, un vésicatoire à chaque bras, puis un autre entre les épaules, deux purgatifs après la dessication de ce dernier exutoire, lhumeur catarrhale a disparu sans un changement notable pour l’ouie.

Ignorant les circonstances qui avaient précédé la surdité, et dont on m'avait fait un mystère, je ne vis d'abord qu'un catarrhe qui occupait tout l'intérieur de l'organedel'ouie, sauf lelabyrinthe;

aussi prononcai-je, avec trop de précipitation sans doute, que cette demoiselle guérirait de sa surdité. Les parens chez qui la jeune personne demeurait pendant son séjour à Lyon, m'ont dit enfin qu'elle avait eu, 1l y a six ans, une inclination. Son père n'approuvant pas ce choix, elle fut vivement et profondément affectée ; c'est de cette époque que date la surdité. Les premières atteintes ont été légères; mais cette infirmité s'est progressivement accrue au point que M. G...

n'entend que quand on lui parle haut et près d’elle.On ne peut méconnaitreici l'influence d'une affection nerveuse.

Dans la vue d'attaquer la névrose, je preserivis le petit - lait édulcoré avec le sirop de fleur d'oranger, et altéré d’un gros d'éther sulfurique par pinte ; l'exercice modéré, un régime tempérant , les lavemens avec la décoction de son et un gros de sel de nitre purifié. J'employai les injections d'eau rose musquée dans l'oreille interne, tous ces moyens n'ont apporté aucun changement, quoiqu ils aient été continués encore un moIs.

Une glande de la grosseur d’une pistache, placée sur letrajet de la jugulaire gauche, et l'épaisseur de la lèvre supérieure, me firent soupconner que l'humeur strumeuse pourrait entrer pour quelque chose dans la surdité dont cette demoiselle est affectée. En conséquence, je mis la ma-

lade à l'usage du sirop de Bellet, à la dose d’une cuillerée à bouche, matin et soir, étendue dans une verrée de décoction de bardane. Ce remède a été continué avec beaucoup d’exactitude, pendant un mois, sans que la personne en ait retiré aucun avantage.

Je ne dois pas omettre de dire que les oreilles ont été peu sensibles aux injections, surtout lorsque je les portais dans le conduit auditif externe.

Encore une particularité digne de remarque :

c'est que cette demoiselle entend assez bien, aujourd'hui, quarid on lui parle bas à oreille; mais toutefois, une condition est nécessaire : il faut que la bouche de la personne qui lui parle, soit vis -à-vis du conduit auditif externe, sans quoi elle n’est pas entendue.

Tel est Fétat où se trouve cette demoiselle. Sa maladie est-elle incurable? je ne le pense pas. Je crois, au contraire, qu'un traitement dirigé avec persévérance contre la névrose qui opprime les nerfs acoustiques, etsurtout le changement d'état à la satisfaction de la jeune personne, pourraient avoir d'heureux résultats (x).

(1) I n'est pas rare de voir les fatigues de l'esprit et les peines de l’ame porter une influence sur nos sens, et produire sur le système nerveux une exaltation ou une diminution de sensibilité ; cette dycésée pouvait bien venir de causes morales, et tenir à l’état pathologique des nerfs acoustiques. M. Itard cite l’observation

Le fils de M. Dev..., âgé de dix-neuf ans, avait depuis son enfance l’ouïe très dure, et cette infirmité prenait tous les jours une nouvelle intensité. L'oreille droite était atteinte d’une dycésée assez forte, et la gauche, de cophose ; car le jeune homme pouvait à peine entendre le bruit du mouvement d'une montre appliquée immédiatement

d'ane religieuse qui vint le consulter pour une surdité, Les premiers symptômes de cette maladie avaient pris naissance au milieu de chagrins que cette dame avait essuyés, et avaient été suivis d’une cophose, qui, soumise à la même influence, augmentait ou diminnait avec les peines morales auxquelles cette religieuse était en proie. M. Itard jugea à propos d'attendre que les causes qui entretenaient cette aflection fussent calmées. Cette espérance s'étant réalisée , il eut recours à la sonde, à travers laquelle il dirigea de l’éther en vapeur dans le conduit guttural de loreille, avec l’appareil que l’on trouve décrit dans son ouvrage; au bout de vingt jours, l’ouïe était sensiblement améliorée. Le traitement fut continué pendant quelque temps; on le rendit plus actif en faisant infuser des feuilles de rhue dans l’éther. Au bout d'un mois le bien obtenu par les vaporisations éthérées était si considérable que cette dame, qui auparavant ne pouvait entendre qu’autant qu’on lui parlait dans l'oreille très lentement et à très haute voix, conversait librement sur un ton de voix ordinaire , mais dans le tête-à-tête seulement,

M. Saissy aurait pu aussi dans cette circonstance employer l'électricité, dont on a retiré de bons effets dans des cas analogues, ou bien encore la fumée de tabac soutirée par la bouche et refoulée vers la trompe d’Eustache. REP.

AL

sur le pavillon de cette même oreille; il y avait de plus, suppuration et douleur, et bourdonnement à l’une et à l’autre oreille.

Une teigne occupant la presque totalité du cuir chevelu , était la cause présumée et prédisposante de cette maladie.

Les vésicatoires, les dépurans avaient été employés avec une constante opiniätreté, sans aucun succès. |

Le 27 septembre 1814, je commencai le nouveau traitement. Les injections par la trompe d'Eustache ont été poussées au delà de cent séances , mais à différentes reprises. La première, vu la rigueur de la saison, a été terminée le 10 novembre de la même année. La seconde a commencé le 12 mars 1815, et fini le 14 juin suivant ; mais il yaeu de Loin à loin quelques jours d’interruption. Je faisais à chaque oreille, six, sept et même dix injections par séance. L'eau de Balaruc aété le seul liquide injecté, pendant le cours du traitement, soit par le conduit auditif externe, soit par la trompe d'Eustache.

Pendant la vingt-cinquième séance , le malade rendit par la narine droite, et avec l'eau injectée dans la trompe du même côté , une concrétion eérumineuse de couleur roussâtre, de la largeur d'une grosse lentille, de l'épaisseur du papier fin, d’uneconsistancefriable. À la vingt-sixièmeséance, une pareille concrétion est sortie de la même ma-

nière , de l'oreille gauche. Ces concrétions ont été suivies par d’autres de même nature, mais moins considérables. Puis il est sorti, à diverses reprises, une substance de la couleur et de la grosseu: du tabac râpé grossièrement.

L'audition se rétablissait à mesure que l'obstacle diminuait. Le jeune homme entend à cette heure de l'oreille droite comme quelqu'un qui n'a jamais éprouvé aucune indisposition dans cet organe ; quant à la gauche, il entend le mouvement de la montre à deux pieds de distance.

Enfin, cejeune homme qui, avant le traitement, ne pouvait jouir de l'agrément de laconversation, lorsque quelques personnes étaient réunies, ÿ prend maintenant part comme un autre.

Il reste , dans le conduit auditif externe de l'oreille gauche, un suintement puriforme d'assez mauvaise odeur; il a résisté aux vésicatoires appliqués au bras du même côté, aux purgatifs réitérés, aux injections d'eau minérale de Balaruc, à la décoction d'orge miellée, à la décoction de quinquina. Je n'ai pas voulu insister sur les toniques, et je me suis abstenu d'employer les astringens et les répercussifs, craignant la rétropulsion de cette humeur sur le siége immédiat de l'ouïe, ou sur quelque organe essentiel à la vie : rétropulsion dont les fastes de l’art ne fournissent que trop d'exemples.

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