ROYE
De l'obstruction de La caisse du tambour et des cellules mastoïdiennes , par des matières crayeuses.
Arnemann (1) a trouvé dans la caisse du tambour une matière semblable à de la craie ; il pense que ceux qui ont essuyé plusieurs maladies vénériennes, y sont sujets.
Je connais un homme, âgé de cinquante ans, très sourd depuis quinze ans par suite de plusieurs maladies vénériennes. Je ferai remarquer que cet individu n'a jamais eu de chancre au fond de la gorge, niaux narines; ainsi l’on ne peutpas attribuer cette surdité à l'occlusion du pavillon de la trompe d'Eustache; il est plus vraisemblable que cette infirmité est due à l'accumulation dans la caisse et dans la trompe, d’une matière crayeuse pareille à celle dont parle Arnemann.
Hagstroem (2) a vu une surdité complète à Ja suite d’accidens vénériens.
Leschevin dit que « si, par quelque cause « quecesoit, la membrane qui tapisse les cellules « mastoïdiennes sépare une trop grande quantité « de mucosité, comme il arrive à la membrane
(x) Bibliothèque germanique, t. 11.
(2) Journal de Méd. chirurg. pharm., février 1703.
« pituitaire dans l'enchifrénement , ilest certain « que la caisse du tambourdoitsetrouver inondée, « que la membrane du tympan et celles des fe- « nêtres, ronde et ovale, doivent être abreuvées « et relàchées : ce qui rend nécessairement l'oure « dure ; outre cela, cette hameur peut s'épaissir & par quelque vice particulier. Je ne doute pas, « par exemple que l’épaississement causé par le « vice vénérien, etsarétentiondanslacaisse et dans
« la trompe, ne soient une des causes immédiates « les plus ordinaires de la surdité vérolique. Il y « a déjà long-temps qu'on a remarqué que le virus « vénérien a une affinité particulière avec les hu- « meurs muqueuses,telles quecelles de l'intérieur « du nez, de la gorge, du palais ; ce qui fait que « ces parties sont si souvent affectées de la vérole. « L'humeur des sinus mastoïdes étant de même « genre, il n’est pas étonnant que le virus véro- « lique s'y associe volontiers (1). »
Ambroise Paré pense que la siphilis peut être cause de surdité. «On voit, dit ce grand homme, « les vérolés vexés de la grosse vérole, perdre « l'ouie par une grande douleur à la tête (2). »
Sennert (3) rapporte, d'après Platérus, qu'un abbé, à la suite d’une maladie vénérienne, devint aveugle, sourd et muet.
(1) Prix de l’Acad. royale de Chirurg. , t. 1, in-4», (2) Ambroise Paré. iv. 19, p. 545.
(3) Sennert, cap. VIL, p. 114 et 119.
Il est suffisamment établi, je crois, que la siphilis a une influence marquée sur les humeurs lymphatiques et muqueuses, qu'elle tend à les épaissir, les concréter même. Il n'est donc pas étonnant que le virus se portant dans la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes, il y coagule l'humeur muqueuse qui abreuve ces cavités et donne lieu à la cause de surdité dont nous nous occupons. Mais à quels signes pourra-t-on lereconnaître ?
« Si la surdité, dit Leschevin, a été précédée « par quelque maladie vénérienne, et mieux en- « core si elle est accompagnée de quelque symp- « tôme de la vérole, on a lieu de croire qu'elle « vient d’un amas d’humeurs épaissies dans la « Caisse (1). »
Les dartres farineuses aux lobes des oreilles, lorsqu'elles coineident avec des circonstances commémoratives de la siphilis, sont de fortes présomptions qui portent à croire que la surdité est entretenue par un sédiment déposé dans la caisse du tambour, les cellules mastoïdiennes, à la suite de cette maladie.
D'après Nisbet (2), la surdité qui dépend de la siphilis est généralement précédée pendant plusieurs mois par un bruit outintementd’oreille;
(x) Prix de l’Acad. royale de Chirurg., t. IV, in-4.°, première partie, (2) Traité des maladies vénériennes, p. 243.
ce tintement est accompagné de violentes douleurs, quand la suppuration survient, ou sans celle-ci, il se forme lentement unulcère qui produit une érosion de l'organe ; souvent aussi cette surdité vient de l'affection de l'orifice guttural de la trompe d’Eustache (x).
(1) La surdité venant à la suite d’une ancienne affection siphilitique , dont la marche n’a pas été arrêtée, et qui ne provient pas d’ulcération qui aurait pu oblitérer la trompe d’Eustache, a le plus ordinairement pour cause la carie de la portion mastoïdienne de los temporal , celle des osselets, ou de quelqu’autre portion osseuses concourant à former les différentes parties de l'oreille interne, ou bien encore du pus provenant de cette même carie dont l’épanchement s’est fait dans la caisse da tambour, quelquefois de ces deux circonstances réunies.
Quoi qu’il en soit, la première indication à remplir est d’arrêter les progrès de cette affection, en prescrivant sans aucun délai un traitement approprié à la nature et à l’ancienneté de la maladie , et de ne penser à la seconde, quiest de rétablir l’ouie, que lorsqu'on est parvenu à neutraliser cette cause de destruction.
Un moyen qui, dans ee cas concourt à remplir les deux indications, est de faire quelques injections par l’orifice guttural de l’oreille avec un mélange de liqueur de van Swieten et de décoction de guimaure ou de graine de lin, dans des proportions relatives à la position du sujet. On peut par ce moyen arrêter les progrès de la carie en agissant directement sur la partie malade, et désobstruer les cavités de l'oreille interne
où l’épanchement a pu se faire.