TH. P
Un signe qui est commun à l'obstruction de la caisse du tambour et à celle de la trompe d'Eustache, quelle qu’en soit la cause, c’est qu'en fermant la bouche et le nez, ensuite faisant une forte expiration, on ne sent pas l'air pénétrer dans les oreilles, ni frapper la membrane du tympan.
TRAITEMENT. Nous ne considérerons ici que l'obstruction elle-même, quelles qu'aient été les maladies qui l'ont produite. Nous supposons que ces maladies ont été traitées, et quil ne s'agit plus que de détruire le réliquat. On parviendra à ce but par les injections portées dans l'oreille par le mode que nous décrirons plus bas.
D'abord, on fera ces injections avec l’eau tiède, on les continuera jusqu'à ce que les cavités soient libres de toutes les matières qui les remplissaient; ce que l’on connaïtra : r.° par la facilité avec laquelle le liquide passera dans la trompe et dans la caisse du tambour ; 2.° en ce que le malade sentira ce même lique frapper la membrane du tympan; 3.0 iléprouvera une douce chaleur dans Untérieur de l'oreille avec une espèce de chatouillement dans la région mastoïdienne. Voilà des indices qui annoncent que l'obstruction n'existe plus.
Quand on est parvenu à ce point, le malade entend distinctement ; mais s’il restait encore de la confusion dans la perception des sons, causée par l'engourdissement des parties, on ajouterait
à l’eau tiède quelques gouttes soit de la teinture de muse, soit de l'éther sulfurique, soit de l’eau de lavande ou de la reine de Hongrie ; mais l'eau minérale de Balaruc ou de Baréges aura des effets plus marqués et plus prompts. Nous en avons rapporté un exemple que nous a fourni Berthon AT ERP.
On a proposé, pour guérir la surdité dans le cas dont il s’agit, la perforation de l’apophyse mastoïde (2), l'électricité (3), le galvanisme (4).
Nous avons donné notre avis sur le premier de ces moyens ; nous prouverons plus bas la nullité et les dangers des deux derniers.
$. vit.
Des maladies qui affectent les osselets de l’oute.
Ces os sont sujets aux vices de première conformation, à la carie et à l’ankilose.
M. Lebouvier-Desmortiers, après avoir ouvert avec précaution la caisse du tambour de l'oreille
(1) Voyez le f. 11 de cette section.
(2) Arnemann, Biblioth, germanique, t. 11.
(5) Bertholon, de l'électricité du corps humain, t. I, p.502 et suivantes.—Mauduit, Mém. de la Société royale de Méd.— Lebouvier-Desmortiers, Considérations sur les sourds-muets de naissance,
(4) Grapengiesser, Biblioth. germ., t. vIIr.
d'un veau, pour voir les osselets en situation, a trouvé l’enclume articulée avec la tête du marteau dans la position naturelle ; mais le manche de ce dernier manquait en entier. « Ainsi, dit M. Le- « bouvier (dans l'opinion que le manche du mar- «teau manquait naturellement), le veau à qui « cette oreille avait appartenu, était né sourd, « et l'eût été toute sa vie. Toute personne, en qui « se trouverait la même imperfection, ou quelque « autreaussicapitale, serait sourde et muette(r).»
Il eût été à désirer que l’auteur de cette observation anatomico - pathologique eût dit si cette imperfection s’est rencontrée dans l’une et l’autre oreille, ou seulement dans une seule oreille ; car sice vice de conformation n'affectait qu'uncoreille, l'animal n'aurait pas été privé de l'ouïe, et une personne qui serait dans le même cas, ne serait ni sourde ni muette.
Mais est-il bien sûr que ce seul vice de conformation soit suffisant pour rendre l'organe de l'ouïe nul ? La chose me paraît bien douteuse, Les observations de Riolan, de Cooper, etc., etc., sur la destruction partielle ou complète de la membrane du tympan, m'autorisent à penser que le défaut du manche du marteau n’est pas et ne peut être une cause de surdité, du moins absolue ; car lorsque la membrane est détruite, l’attache du
(1) Lebouvier-Desmortiers , Considérations sur les sourds, etc.
marteau l'est aussi, et par cela même, cét os devient nul pour la perception des sons ; cependant les personnes conservent encore, au moins en partie, la faculté d'entendre.
Les osselets en question sont quelquefois affectés d'ankilose. Ruysch (1) dit avoir vu, sur le cadavre d’un enfant nouveau-né, ces os confusément attachés ensemble, contre l’ordre naturel,
L'illustre J.-Louis Petit en cite un exemple, d'après son expérience, dans le premier volume de ses Œuvres posthumes.
Valsalva a trouvé l’étrier soudé avec le trou ovale ( Tractatus de aure human, cap. 11, .
10. ); et Reimaner, les osselets de l'ouie manquant tout-à-fait.
Baillie a vu les osselets de l’ouïe trois fois plus petits qu'à l'ordinaire.
M. Richerand dit : « La destruction des osselets « de l’ouïe entraîne la surdité par l'ouverture de « la fenêtre ovale.Lalymphede Cotunnii, quirem- « plit les cavités du labyrinthe, s'écoule et prive « les nerfs auditifs d’un liquide nécessaire, soit « pour les entretenir dans l'état de souplesse et « d’humectation requise pour la perception des « sons, soit pour transmettre les ébranlemens des « rayons sonores (2). »
(x) Palfin, anatomie chirurgicale, t. 1, p. 430. (2) Nosographie chirurgicale, t. 11, p. 135.
Il est impossible, je crois, de reconnaitre si la surdité tient à l'ankilose de ces petits os, ou à tout autre petit vice de ces parties.
On sent de reste que la surdité qui procède de l’une ou de l’autre de ces causes, n’est guérissable par aucun moyen connu. Quoiqu'on puisse guérir la carie par des injections détersives, la surdité restera.
$. vrri.
Des maladies dont Les muscles des osselets de l'oreille peuvent étre atteints.
La paralysie et la rupture sont les affections les plus fréquentes des muscles dont il s'agit.
Un grand nombre de causes peuvent donner lieu à la paralysie ; mais les plus ordinaires sont les fièvres adynamiques, ataxiques, et les affections rhumatismales. Parmi les faits que j'ai recueillis sur ce sujet, je me bornerai aux suivans.
Joséphine P..., âgée de trente-six ans, du département du Jura, essuya en 1811 une fièvre adynamique qui la rendit très sourde ; la surdité était accompagnée de bourdonnemens très importuns et de douleurs de tête considérables.
Le séton à lanuque, un cautère au bras gauche, et plusieurs autresremèdes appliqués sur les oreilles et dans le conduit auditif, n’ont eu aucun résultat satisfaisant.
Le 14 avrili815, je commeneai le traitement par les injections portées dans la trompe d'Eustache , par la voie des narines. Ces injections ont été successivement composées avec l'eau tiède à laquelle j'ajoutais quelques gouttes d'eau de lavande, puis d’éther sulfurique , la teinture de muse, et enfin l’eau minérale de Balarnc.
J'aicontinuéce traitement pendant deux mois et demi, au bout desquels les bourdonnemens et les maux de tête avaient cessé; mais l'audition avait peu gagné. Six mois après, Joséphine P..., m'écrivit qu'elle entendait assez bien, et que tous les jours l’ouïe devenait meilleure. Enfin, au commencement de cette année, 1817, cette fille est venue me voir, et m'a assuré qu'elle entendait aussi bien qu'avant la maladie qui avait donné heu à la surdité.
Le fait suivant a quelque identité avec le précédent.
M. Malibran, chirurgien à Saint-Rambert-l'Ile- Barbe, âgé de soixante-deux ans, était atteint de dysécée à l'une et à l’autre oreille, avec des bourdonnemens considérables. Cette infirmité prenait tous les jours de l'intensité.
L'âge avancé du malade n'était pour rien dans cette indisposition; une affection rhumatismale en était la cause.
Les bourdonnemens étaient forts et continuels ; l'ouie était tellement dure, que la personne ne
pouvait entendre que lorsqu'on lui parlait haut et près de l'oreille.
Le 25 juin 1816, je commencai le traitement ( qui n’a consisté qu’en injections d'eau minérale de Balaruc, portées dans l'intérieur de l'oreille par la voie de la trompe d'Eustache). Je l'ai continué jusqu'au 3 août de la même année. Dès la sixième séance, les bourdonnemens diminuèrent ; ils se dissipèrent tout-à-fait par la continuation des injections. Cependant l'ouïe avait peu acquis lorsque nous cessâmes le traitement ; mais peu de temps après , M. Malibran remarqua que l'audition était plus facile, et qu'elle se fortifiait tous les jours, quoique la saison fût rigoureuse, etque, par état, il fût obligé de s’exposer à toutes les intempéries de l'atmosphère. Enfin, ce chirurgien entend aujourd'hui comme un individu de cet âge qui n'a éprouvé aucune lésion dans l'organe auditif.
Ces faits tendent à prouver que, dans beaucoup de cas, quoique la surdité n'éprouve qu'un très faible amendement pendant le cours du traitement, l'audition peut se rétablir dans la suite, si les bourdonnemens ont cessé, ou à tres peu près, par le fait de ce même traitement.
La dernière observation prouve encore que la surdité;peut être traitée avec succès, dans tous les âges de la vie, lorsque la cause en est accidentelle.
Du bourdonnement d'oreille.
Cette indisposition consiste dans la perception de bruits qui n'existent pas réellement, ou du moins qui ne sont pas extérieurs.
Les différences du bourdonnement se tirent de la nature des sons que le malade entend ou croit entendre, et des causes qui donnent lieu à cette indisposition.
On l'appelle bourdonnement , bombement, si le son affecte un son grave; tintement, sifflement, s'il est aigu.
De ces différences, les auteurs en ont fait autant de maladies particulières, quoique dans la réalité ce ne soient que des variétés de la même maladie ; « et tellement la même, dit M. Itard, qu'on les « voit souvent se présenter successivement dans « le même individu et se remplacer indistinc- « tement les unes par les autres dans un court « espace de temps (1). »
Quand ces bruits ont une existence réelle, ce qui s'opère d'après les lois de la physique animale, on les désigne sous le nom de bourdonnement vrai.
(1) Dictionnaire des Sciences médicales, t, 111.
Si, au contraire, le bourdonnement ne s’accorde pas avec la théorie des sons, il est faux.
Chaque espèce de bourdonnement a ses causes particulières : les bourdonnemens vrais reconnaissent un grand nombre de causes qui peuvent être ramenées, selon M. Itard, à deux chefs principaux : le mouvement du sang, et l’agitation de l'air.
1.9 Le sang circulant dans l’oreille ou dans son voisinage, peut produire le bourdonnement vrai par la dilatation anévrismatique de quelque vaisseau : alors le bruit qu'on entend est isochrone aux pulsations du cœur ; il ne diminue point ; il n'a aucune intermittence, et quelquefois il prend une telle intensité, qu'il devient même sensible pour les assistans. Duverney cite à ce sujet un fait assez curieux. L
« J'ai, dit cet auteur, une observation d'une « dame de Picardie, qui sent, au moindre exer- « cice violent, une pulsation si fächeuse dans « l'oreille,qu'il semble qu'elle a une pendule alta- « chée à la tête, et cette pulsation s'entend aussi « par les personnes qui s'approchent d'elle. Or, « ce frappement n'est rien autre chose que celui « d'une artère dilatée , parce qu'il s'accorde « toujours parfaitement avec le battement du « Cœur (1). »
(1) Duverney, Traité de l'organe de l’ouïe, p. 166.
Plater et Mercurialisontobservé les mêmes phénomènes. J'ai eu occasion de voir deux personnes dont le bourdonnement qu’elles éprouvent tient à cette cause ; mais il n'était pas chez ces sujets au même degré d'intensité que chez ceux dont parlent les auteurs que je viens de citer.
2.° Le bourdonnement vrai peut aussidépendre de l'impulsion augmentée du sang dans les vaisseaux artériels de la tête, comme cela arrive dans les fièvres violentes, ou dans ün transport de colère ; mais ce bourdonnement, qui n'est que l'effet de la fièvre ou de la colère, cesse dès que la cause n'a plus lieu.
5.9 Un état de pléthore permanent, ou une réplétion accidentelle des vaisseaux sanguins de la tête, donne également lieu au bourdonnement. |
4.9 L'usageimmodéré des liqueurs spiritueuses en faisant refluer le sang vers la tête, procure, non un bourdonnement, mais une espèce de sifflement.
5.0 L'air qui traverse ou remplit les conduits ou cavités de l'oreille, peut, s’il n'y pénètre pas librement, s'il en est chassé ou s'il y séjourne d'une manitre inaccoutumée , devenir dans l’intérieur de l'organe une cause de bourdonnement.
6.9 Les mucosités qui bouchent en partie le pavillon de la trompe d'Eustache, les tumeurs
1 78 qui La compriment , produisent les mêmes phénomènes.