DE LA LÉSION DU NERF ACOUSTIQUE
La maladie qui affecte le plus communément les nerfs auditifs, est la paralysie.
Un grand nombre de causes peuvent produire cette affection : comme le transport d’une humeur délétère, une congestion sanguine, stéatomateuse, une exostose, des vers dans l'estomac, etc.
On trouve dans les Mémoires des Curieux de la Nature ( décade 3.°, articles 7 et 8, observation 103.°), l'histoire d’un homme, âgé de soixante ans, qui, immédiatement après la guérison d'une surdité, fut atteint d'une paralysie du côté droit; ce qui ne peut être regardé que comme une métastase.
Drelincourt trouva dans le cerveau d’un homme qui était mort d'apoplexie , un stéatome entre le cerveau et le cervelet ; lequel cansa d'abord un aveuglement , et ensuite une surdité, et finalement une privation de toutes les fonctions animales (1).
(x) Bonnet, Anat. pratiq., sect. 2, obs. 53.
La compression où l’obstruction du nerf auditif peut se borner au nerf même, ou s'étendre à la masse cérébrale. Dans le premier cas la surdité vient tout-à-coup ou par gradation, et l'organe de l'ouïe est le seul lésé; au lieu que dans le second la surdité est précédée d’assoupissement, de paralysie ou de l'abolition de quelque autre sens(+r).
Chacune de ces causes a sa manière propre d’agir sur le nerfacoustique, ses signes, ses symptômes particuliers; le grand art est de saisir ces phénomènes pour pouvoir distinguer une cause d'avec l’autre. Jusqu à ce que la science en soit là, le pronostic sera vague et le traitement incertain. |
Les circonstances commémoratives qui ont précédé la paralysie, peuvent cependant jeter quelque jour sur cette matière. Par exemple: si, à la suite d’un coup, d’une chute sur la tête, avec ou sans hémorrhagie, par les oreilles, le nez ou la bouche, le malade devient sourd tout-à-coup ou graduellement, on pourra présumer qu'un épanchement sanguin est la cause immédiate de la surdité.
Mais cet épanchement où est-il placé? est-ce dans la caisse du tambour, ou bien dans la fosse temporale interne près du rocher? J'ai donné les signes qui caractérisent la première’ espèce d’épanchement (2); ceux qui peuvent faire découvrir
(1) Duverney, Traité de l'organe de l’ouie, p. 157. (2) Voyez le(.IV, de la 2.° section,
la seconde espèce, sont un point douloureux, mais sourd, dans la fosse temporale où se trouve la collection sanguine ; le malade a plus de propension à se coucher sur ce même côté que sur l'autre.
Les cas de stéatome et d’exostose sont infiniment plus obscurs; la paralysie ne se manifeste que par gradations insensibles, et ce n’est qu'après la mort qu'on découvre la cause de la maladie.
Des vers dans l'estomac, ont, dit-on, donné lieu àla surdité. Les circonstances commémoratives seront ici d'un grand secours: si, en effet, le malade n’a recu aucun coup sur la tête, s'il n'est pas tombé sur cette partie; s'il n’y a eu suppression d'aucune humeur quelconque ; s'il offre quelques signes qui indiquent la présence des vers ; si à l'inappétance, à la mauvaise bouche, se joignent la sortie d’un ou de plusieurs de ces insectes , soit par la bouche, soit par les selles, et qu'après cette sortie le malade entende mieux, on aura de fortes présomptions que ce sont des vers qui occasionnent cette surdité.
Les causes de paralysie dont nous venons de parler , agissent, les unes mécaniquement, tels sont l'épanchement sanguin, le stéatome et l’exostose; les autres, sympathiquement, comme les vers contenus dans les premières voies. Les fièvres adynamiques et ataxiques frappent le nerf
d'une manière telle que l'œil le plus exercé a de la peine à découvrir les traces de la lésion, dans les ouvertures de cadavre.
De ces diverses causes, naissent deux espèces de paralysie: l’une avec excès, et l’autre avec défaut d'irritabilité, où, pour me servir des expres. sions de Brown, la paralysie peut être sthénique ou asthénique.
Les signes qui caractérisent la première espèce, sont, d'après Grapengiesser, ceux-ci: « le ma- « lade entend mieux lorsqu'on lui parle douce- « ment et près de l'oreille, que lorsqu'on lui « parle très haut et dans un porte-voix; mieux « quand le temps est humide; mieux lorsqu'il a « reposé, que lorsqu'il a fait de l'exercice. Il est « à présumer dans ce cas, que la surdité plus « oumoins complète provient d’un état d’asthénie « directe, c’est-à-dire de faiblesse avec excès d'ir- « ritabilité (1). »
D'après le même auteur, les phénomènes suivans signalent la dernière espèce de paralysie :
« La surdité augmente ou diminue suivant les « différens états de la santé et de l'excitation du « malade; suivant les changemens de temps, « l'heure du jour, etc.»
« Le malade entend mieux lorsqu'il se porte « bien et qu'il se sent fort, après le repas, après
(1) Bibliothèque germanique , t. VII.
& avoir bu du vin, après avoir fait un certain « exercice; lorsqu'il a de la joie, que lorsqu'il « est triste; lorsque le temps est secet le baro- « mètre haut, que lorsque le temps est humide « et que le baromètre baisse.
« Il entend mieux le soir que le matin après « le sommeil, moins bien lorsqu'il a dormi pro- « fondément et long-temps, que lorsqu'il a pas- « sé une nuit agitée.
« Il entend mieux enfin, etplusdistinctement, « lorsqu'il est au milieu du bruit et même d'un « bruit violent, comme celui du canon, que lors- « que le silence règne autour de lui(1).»
Ajoutons, d’après M. Cooper, que lorsque la surdité commence à se manifester, il y a une diminution de sécrétion du cérumen, qui finit par être totalement supprimée, comme nous l'avons vu dans un homme âgé de cinquante-huit ans.
Un autre signe particulier à la paralysie du nerf acoustique, indiqué par M. Cooper, c’est lorsqu'on n'entend pas le mouvement d’une montre placée entre les dents incisives. J'ai eu occasion de vérifier ce fait sur plusieurs sujets; j'en ai reconnu toute la justesse.
Le fait suivant vient à l'appui des dernières assertions de M. Grapengicsser :
(1) Ouvrage cité.
Le nommé D..., âgé de quinze ans, sourd-muet denaissance, était impassibleaux plus fortscoups de tonnerre et à la détonnation des plus grosses pièces d'artillerie. Le 12 mai 1812, je lui injectai l'oreille par la trompe d'Eustache; le 14 il éprouva un bourdonnement à l'oreille droite, le 15 à l’une et à l’autre oreille. Dans les injections subséquentes le bourdonnement se renouvelait toujours. Le 20, le malade me fit comprendre qu'il avait entendu le son des cloches. Le 22, après deux injections à chaque oreille , il a rendu par la bouche un morceau de matière concrétée de la couleur et de la consistance d’un escarre, et de la grosseur d’une graine de sarrazin(1). Cette matière était sortie de l'oreille gauche. Les jours suivans , il sortit de la même oreille, des parcelles noires semblables à du tabac en poudre grossière. Le 25, le sourd-muet a entendu le bruit d’une sonnette, et dans les premiers jours de juin, le timbre d'une montre à répétition, placée à six pouces du pavillon de l'oreille. Il entendit aussi les mots qu'on prononcait à haute voix ; tels que tabac, pain, vin, papa. Il a répondu au premier mot, par a...ba; ausecond, par
(1) Peut-être pourrait-on penser que ce n’était là qu'un morceau d’aliment détaché d’entre les dents, mais ce doute cessera quand on saura que je Jui faisais laver la bouche, avant de l’injecter,
ba...in; au troisième, par vou; etau quatrième, par ba...ba.
Le son du flageolet frappa aussi ses oreilles ; il paraissait l'affecter désagréablement, car il se les boucha avec les mains et se mit à rire.
I restait encore une forte stupeur au nerfacousüque, ou ce que Brown appelle asthénie indirecte; car le malade entendait mieux quand le temps était sec, et que le vent du nord régnait, que lorsqu'il était à la pluie ou à l'orage; il entendait mieux lorsqu'il s'était donné quelque mouvement, que quand il venait de dormir,
Je ne doute pas que je n’eusse obtenu uu succès plus complet, si j'eusse continué le traitement; mais les parens craignant que, si leur enfant venait à bien entendre, la conscription ne l'atteignit, se sont opposés à la continuation des moyens que je me proposais de mettre en usage. Le fait que je vais rapporter me confirme dans mon opinion.
Le fils de M. B..., teneur de livres de cette ville, âgé de vingt-un ans, sourd-muet de naissance, guidé par son intelligence peu commune, est parvenu à apprendre à lire et à écrire, à parler et à comprendre tout ce qu'on dit à la seule vue du mouvement des lèvres. Le maître qui lui donnait des lecons ignorait l’art ingénieux des L'Épée, des Sicard.
Le jeune B.... entendait à peine le bruit du
canon et celui du tonnerre, et lorsque près de l'oreille droite on lui parlait très fort, 1l n'entendait qu'un bruit confus. Quant à l'oreille gauche, elle n'éprouvait aucune de ces légères sensations.
C’est dans l’état que je viens d'exposer qu'était ce jeune homme, lorsque ses parens le confièrent À mes soins. J'examinai d'abord l'oreille externe, ainsi que le fond de la bouche ; je trouvai ces parties dans l’élat naturel, Poursuivant mes recherches vers la trompe d'Eustache et l'intérieur de l'oreille, je dirigeai une algalie dans la narine droite; ce fut sans peine que je parvins dans la trompe , alors je poussai une injection d'eau tiède; ce liquide pénétra facilement dans la caisse du tambour et les cellules mastoïdiennes.
Par cette épreuve j'eus l'entière conviction que la cause de la surdité n'était pas dans ces parties. Je pensai alors que cette cophose était due à quelque vice du labyrinthe ou à la paralysie des nerfs auditifs.
M'arrêtant à cette dernière idée, je jugeai convenable de porter dans l'intérieur de l'oreille, des douches, sous forme d'injection: l'eau de Balaruc ( chauffée, au bain-marie, 20 à 25 au degré, du thermomètre de Réaumur } fut le li. quide que j'employai.
Pendant dix-huit jours consécutifs de ces injections, aucun succès apparent ne s'est fait connaître ; mais dans la nuit du dix-huitième au dix-
neuvième jour, mon malade à inopinément entendu la voix humaine. II me rapporta le lendemain, qu'étant endormi il avait été réveillé en sursaut par des gens qui, par leur chant d'alégresse, célébraient l'heureuse arrivée de Madame la Duchesse d'Orléans, et faisaient retentir l'air des cris mille fois répétés de vive Le Roi ! vivent les Bourbons!
Depuis ce moment l'organe de l’ouïe se développait tous les jours de plus en plus; au soixantedixième jour de traitement, le malade entendait très distinctement, lorsque, sans se presser, on lui parlait à voixordinaire; mais il distinguait mieux la voix sonorc de l'homme que la voix gréle de la femme. Les sons graves lui étaient plus sensibles que les sons aigus. Le son des intrumens le réjouissait et l’animait ; il distinguait les airs et cherchait à en saisir la mesure.
Le pronostic à porter sur la paralysie du nerf acoustique, est d'autant plus difficile que les causes qui peuvent la produire sont obscures. Celle, par exemple, qui dépend d'une congestion sanguine , soit par épanchement, soit par réplétion des vaisseaux qui entourent le nerf auditif, est susceptible de guérison. |
Elle est incurable, si elle dépend d’un stéatome, d’une tumeur fongueuse ou d'une exostose.
La paralysie, occasionnée par un amas de vers dans les premières voies, est celle qui promet la guérison la plus prompte et La plus sûre.
Celle qui se déclare pendant le cours d’une fièvre adynamique ou ataxique, est difficile à guérir; cependant on peut l'attaquer avec quelque succès.
TRAITEMENT. Il doit varier suivant les causes qui ont donné lieu à la maladie. Si c'est une congestion sanguine, on aura recours aux saignées plus ou moins répétées, aux vésicatoires entre les épaules, aux pédiluves sinapisés. Si la congestion était l'effet d'une attaque d’apoplexie, on emploierait les mêmes moyens, on ajouterait les céphaliques appliqués sur la tête, et donnés intérieurement. Après ces remèdes, soit qu'ils aient eu peu ou point de succès, on fera des injections comme nous les avons déjà conseillées.
Pierre Castro, premier médecin du Duc de Mantoue, se servait, dans les surdités complètes, d'un moyen ingénieux qui paraît avoir réussi. Après avoir purgé avec l’ellébore, l’agaric et le sirop de cuscute, il faisait raser la tête du sourdmuet, dans la région de la suture coronale; il la faisait oindre avec un liniment composé d'eau-devie, de nitre, d'huile d'amande douce et d’eau de nénuphar. Il faisait bien nettoyer les oreilles et les narines, bien peigner le derrière de la téte, et mâcher une pâte composée de réglisse, de mastic , d’ambre et de musc. Alors on parlait fortement sur la région coronale, et l'on parvenait ainsi à rendre le sourd-muet sensible à différens sons.
Les douches sur latête peuvent être employées, dans certains cas, avec un grand succès , comme le prouve l'observation suivante :
Un homme est saisi de mutité et de surdité, à la suite d’une apoplexie causée par la suppressionindiscrète d'anciens ulcères aux jambes. Après avoir employé en vain les moyens ordinaires contre l’apoplexie , on appliqua trente-deux sangsues à la tête, et le malade revint sur-le-champ à lui; mais il resta muet et sourd. Il pouvait remuer la langue, goûter les saveurs; mais il ne pouvait mi parler ni donner le moindre son de voix. Après l'emploi infructueux de divers moyens, l'auteur de cette observation , tenta les douches. Il choisit une dissolution de sel ammoniac et de boule de mars, et laissa tomber l’eau de fort haut sur le vertex. Après la première goutte qui tomba sur la tête, le malade éprouva un ébranlement dans tout le corps; à la cinquième il devint päle, et à la sixième il tomba par terre sansconnaissance. Au bout d'une demi-heure de soims il revint à lui, parut être affxibli, s'endormit tranquillement, et pendant le sommeil il sua beaucoup. On répéta l'essai le troisième jour, et l'on observa les mêmes phénomènes, le malade tomba dans un profond sommeil, la sucur coula à grosses gouttes de toute la surface du corps, et en s'éveillant il récupéra la faculté d'entendre et de parler, Depuis ce moment il se trouva fort bien,
et l’on ne voulut plus tenter de refermer les ulcères aux jambes quon avait suscités de nouveau par les vésicatoires pendant l'attaque d'apoplexie(r).
Après des coups, des chutes sur la tête, la surdité en est souvent la suite: nous en avons donné des exemples; mais nous n'avons pas dit que cette surdité était quelquefois guérie par les seuls efforts de la nature. Le fait suivant va le prouver (2).
« En décembre 1807, le nommé : Francois M...
« âgé de vingt-cinq ans, fut apporté sans con- « naissance du chantier où il travaillait. Cet «homme ayant l'épaule droite chargée de lune « des extrémités d’une grosse pièce de bois qui « était soutenue à l'autre bout par un autre « homme, tomba : sa tête frappa avec force « contre le tronc d'un arbre coupé, tandis que « le côté opposé de la tête se trouvait pressé par « Ja solive qui était posée sur son épaule, Le ma- « Jade rendit du sang par l'oreille gauche et pré- « senta les signes da la commotion du cerveau ; « ces signes se dissipèrent peu-à-peu; 1l ne resta « que Ja surdité et le tintement de cette oreille. « Dans le commencement du mois de mai sui-
(Qi) Bibliothèque de chirurg. da Nord, t. 1, Fe partie,
(2) Cette observation m'a été communiquée par M. Perreymond , médeein distingué de la ville de Lorgues, département du Var.
« vant, il survint dé la somnolence; des vertiges, « des douleurs de tête et ensuite une fièvre ai- « guë avec délire. Un écoulement considérable « de pus qui se fit par l'oreille gauche et dont la « durée fut courte, fit cesser tous les accidens. « L'ouïe fut parfaitement rétablie. »
Dans la Bibliothèque de chirurgie du Nord(1), on trouve une observation sur une surdité avec cécité ; elles étaient la suite d’une métastase. (On ne dit pas quelle était la nature de l'humeur. ) Les saignées, les vésicatoires, les apéritifs ne produisirent aucun changementavantageux. L'auteur de l'observation donna alors quatre fois par jour un demi-grain de tartre émétique avec dix grains de gomme ammoniaque , et en augmenta la dose de manière que ce médicament excita tous les jours quelques vomissemens ; outre cela, il favorisa les selles , les sueurs et le cours des urines. Le douzième jour, le malade apercut un peu de lumière, le vingt-quatrième il pouvait distinguer les grands objets; enfin lavue et l’ouïe se rétablirent, mais plus parfaitement du côté droit que du côté gauche. L'auteur administra les mêmes remèdes avec un succès aussi complet dans un autre cas semblable.
Si la paralysie était causée par un stéatome, un fongus, une exostose, ce qui sera très difficile
(1) T. 1, Lre partie.
à découvrir, on n’emiploierait que des remèdes intérieurs propres à combattre la cause qui aurait donné lieu au stéatome, etc., etc.
Si ce sont des vers contenus dans les premières voies, qui ont produit la maladie, les vomitifs, les purgatifs et les anthelminthiques suffront pour détruire cette espèce de paralysie et rendre l'ouiïe au malade.
Si, enfin, cette affection est le reliquat d'une fièvre ataxique ou adynamique, on appliquera d'abord les vésicatoires entre les épaules, puis le séton à la nuque; et si ces moyens sont insuffisans, on mettra en usage les douches portées dans l'intérieur de l'oreille, sous forme d'injection.
Indépendamment des moyens dont nous avons fait mention dans le cours de ce travail, relatifs au traitement des maladies de l'oreille interne et de la surdité qui en est souvent la suite, il nous reste à parler de quelques autres qui ont été préconisés dans le temps. Si nous les rappelons ici, c'est moins pour les conseiller que pour donner l'histoire complète de tout ce qu'on a mis en usage pour tenter la guérison de la surdité, soit accidentelle, soit de naissance.
L'électricité se présente la première; nous placerons immédiatement après le galvanisme, parce qu'il a une très grande analogie avec la première; nous parlerons ensuite du magnétisme minéral et du magnétisme animal.
a Il ya plus de soixante ans que l’on a employé l'électricité pour guérir les infirmités humaines ; l'Europe savante a retenti du bruit des succès brillans qu'on disait avoir obtenus, en Italie surtout, par ce nouvel agent. Mais des expériences ultérieures, faites à Paris par l'abbé Nollet , MM. de La Sône, Morand et d'autres habiles médecins et savans physiciens, ont prouvé la presque nullité de cet agent sur les maladies du corps humain (1).
L'abbé Bertholon, dans son ouvrage sur l'électricité du corps humxin, consacre un long paragraphe à la sirdité. il cite un grand nombre de ue mais aucun d'après son expérience.
« On a fait, dit cet auteur, beaucoup de ten- « tatives heureuses et suivies du plus grand suc- « cès dans la surdité (cophosis), maladie dont « les principales causes sont des obstructions dans « l’organe de l’ouie, où une affection des nerfs « qui y sont répandus, et l'électricité est bien « propre à surmonter ces divers obstacles (2). » Puis il cite un grand nombre d’autorités; mais aucune d'elles ne présente un fait qui puisse constater l'efficacité de cet agent.
De Haller, après avoir électrisé un de ses parens, pendant vingt jours, par étincelles et par
(1) Dict.encyclop.,t. XIT, in-4.°,au mot électricité. (2) De l'électricité du corps hum.,t.1, p. 5o2etsuiv.
commotion , le soulagea un peu, et n'eut pas la patience d'achever la guérison.
Les faits suivans militent en faveur de l’électricité, si l’on y ajoute une foi entière.
Une Dame avait une surdité à la suite d’un lait épanché; M. Mauduit la dissipa dans quarantesix séances : pendant tout ce temps il se fit une
excrélion abondante par les narines , et les urines | déposèrent un sédiment visqueux et fétide.
M. Mauduit dit avoir rendu aussi l’ouie à un homme de quarante ans, sourd de l'oreille gauche depuis douze ans, à la suite de la petite vérole; et de la droite depuis trois ans, à la suite d'une fièvre maligne :ce malade futélectrisévingtquatre fois, 1l se fit par l'oreille un écoulement visqueux (1).
Nonobstant la confiance que j'ai dans la véracité de l’auteur, 1l m'est impossible de me défendre du scrupule que m'inspire le second fait rapporté par M. Mauduit, surtout pour ce qui regarde l'oreille gauche. Les résultats des sept observations qui suivent celle-ci, me laissent dans mes doutes.
M. Comus (2) dit avoir guéri deux sourds qui l'étaient devenus par accident. Ce physicien prétend qu'en électrisant, isolés, les sourds par ac-
(1) Mémoires dela Société royale de Méd., année 1778. (2) Journal de Physique, année 1575.
cident, ils entendent aussi bien que s'ils ne lé taient pas; qu'ils conservent cette faculté d'en: tendre les uns plusieurs heures, et d’autres peni dant plusieurs Jours après l'expérience. Le même auteur avoue que cette faculté est moindre lorsque ces sourds ne sont plus isolés, et va en diminuan: par gradation , jusqu’à devenir nulle.
On voit, d’après les observations de M. Comus : que les bons effets de l'électricité sur l'organe de l’ouïe ne se soutiennent pas, et que les malades retombent bientôt dans leur premier état.
Dans le Journal de Médecine du mois de novem: bre 1787, article Département des hôpitaux civils, on trouve quatre observations de surdité traitée, au moyen de l'électricité, par MM. Poms et Rainaud.
« De ces quatre malades, disent les auteurs:
« de ces observations, les deux premiers parais- « sent avoir tiré quelque utilité de l’électricité:; « mais on peut dire que leur guérison était fort « douteuse : on n'avait rien espéré du troisième:;; « Île quatrième paraissait susceptible d'éprouven « des effets très avantageux de l'électricité ; c’esti « du moins ce qu'ilest permis de conclure des: « différentes expériences qui ont déjà été faites: « sur des maladies analogues et particulièrement: « celles de M. Mauduit. »
Les rédacteurs du journal duquel nous tirons: ces faits, font les réfiexions suivantes :
« Les tentatives de MM. Pomaet Rainaud sur « les sourds n'ont pas été heureuses; et les rai- « sons qu'ils en apportent pour expliquer ce dé- « faut de succès sont fondées sur le vice de l’or- « gane, et sur le peu de constance avec laquelle « les personnes affectées de cette maladie ont « suivi l'électricité (1).»
Quelles sont les recherches que MM. Poma et Rainaud ont faites pour s'assurer que ce défaut de succès vient d’un vice de l'organe de l'audition, plutôt que de l'impuissance du moyen qu'ils ont mis en usage ? il n'en est aucune.
Après tant de médecins et de physiciens qui ont parlé de l'emploi de l'électricité dans les cas de surdité, soit accidentelle, soit de naissance, on sera étonné avec raison d'entendre M. Lebouvier-Desmortiers annoncer ce moyen, dans le cas de surdité congéniale, comme une découverte
Ne par lui:
Ceux qui jusqu'à présent, dit-il, ont tenté « de guérir la surdité naturelle, en ont attribué « la cause à des humeurs épaissies dans les cavi- « tés des oreilles et dans les parties voisines. Aus- « si ont-ils employé les remèdes les plus efficaces « pour diviser, résoudre, évacuer les matières « qui troublent ou empêchent les fonctions or- « ganiques. Les saignées locales, les breuvages
(1) Journal de Médecine, novembre 1787.
« amers, les purgatifs, les vésicatoires, les fu- « migations, les injections, tout a été mis en « œuvre, rien n'a réussi. Elle eût donc été bien « vaine l'espérance que j'aurais pu concevoir de « l'emploi des mêmes remèdes! 11 me fallait où « renoncer à mon entreprise, OU puiser dans une « source moins commune le principe régénéra- « teur dont j'avais besoin. Oserai-je dire l'avoir « trouvé? Cette assertion serait Lrop hasardée, « mais je puis du moins assurer qu'il a produit « des effets assez heureux pour faire espérer des « guérisons. ( Et il s'écrie ): Ce principe est L'é- « lectricité (1). »
Les effets se réduisent à bien peu de chose. M. Lebouvier-Desmortiers a traité une seule sourdemuette, âgée de quinze ans. Le traitement a été de six mois ; l’auteur le divise en deux époques : la première depuis le 22 frimaire an 7 jusqu au 4 germinal suivant, durant laquelle on a employé des bains de vapeur et des injections dans le conduit auditif externe;
La seconde époque date du 4 gérminal jusqu'au 30 prairial , où l'on aemployéles injections et l'électricité. Il électrisait tous les jours sa malade, et le plus souventil donnait deux séances et: même trois.
(1) Considérations sur les sourds - muets de nais-: sance ; p. 199.
M. Lebouvier fait observer que la jeune personne entendait un peu de l'oreille gauche , lorsqu'on parlait très haut, avec un cornet acoustique placé dans le conduit auditif; que l'oreille droite était imperméable aux sons ; que la sourde-muette n'entendait pas par la bouche le mouvement d'une montre, dont elle serrait l'anneau avec les dents. | |
Les trois mois de traitement électrique se réduisent aux résultats suivans :
1.9 La sourde-muette entend les mots papa , maman , et compte sur ses doigts le nombre des syllabes.
2.9 Elle entend le brnit des pincettes qu'on frappe légèrement.