INTRODUCTION
Parmi les maladies qui affligent l'espèce humaine, celles de l'oreille interne réclament, de la part des gens de l'art, de nouvelles recherches, de nouveaux efforts. Les travaux des Duvernay, des Valsalva, des Morgagni, etc., etc., ont jeté, il est vrai, quelque jour sur cette matière; mais que de choses ne laissent-ils pas à désirer !
Depuis ces hommes recommandables, Cotuni, Mukel, Scarpa, Comparéti, ont enrichi la science de leurs belles découvertes; les premiers, en démontrant que le labyrinthe est rempli d'une lymphe ténue, au lieu d’un prétendu air implanté; les seconds, en donnant une description plus exacte et plus vraie des parties qui tapissent ce même labyrinthe, et surtout des canaux demicirculaires.
M. Cooper, célèbre chirurgien anglais, a prouvé, d'après l'expérience et l'observation , que, par la perforation de la membrane du tympan, on pouvait rétablir l’ouïe dans quelques cas particuliers de surdité.
Avant les travaux de Cotuni et de Mukel, on n'avait qu'une fausse théorie sur la perception des sons, et des idées plus fausses encore sur les maladies de l'organe auditif, et sur leur traitement.
Nonobstant ces nouvelles découvertes, la nosographie et la thérapeutique des maladies de l'oreille interne sont encore bien loin d’atteindre le degré d'avancement auquel elles sont susceptibles de parvenir. Des raisons majeures ont mis obstacle à cet avancement :
1.0 La structure de l'appareil auditif est si compliquée, les parties qui concourent à sa composition sont si profondément cachées, que les maladies sont dérobées à nos yeux: de là l'incertitude du diagnostique.
2.0 Le préjugé qui suppose que la surdité de naissance dépend toujours d'un vice de première conformation. D'après cette opinion, on regarde cette espèce de surdité comme incurable, au point qu'on ne daigne pas tenter le moindre secours. Cependant il est des moyens qu'on peut essayer sans inconvénient, et peut-être avec beaucoup de succès. J'en ai un exemple dans Ja personne du jeune Briguet. La surdité congéniale , et celle qui se manifeste peu de temps après la naissance, ne dépendent souvent que des mucosités épaissies qui obstruent la trompe d'Eustache et la caisse du tambour. Je ne prétends pas néanmoins
révoquer en doute les vices de première conformation qui se rencontrent parfois dans la structure de l'oreille interne (comme on en trouve dans les autres parties du corps) ; mais c’est dans ce dernier cas seulement que la surdité est incurable,
3.° La difficulté d'appliquer des remèdes immédiatement sur la partie affectée, était encore une raison qui s'opposait aux progrès de la thérapeutique des maladies de l'oreille interne. Cette difficulté est levée pour ce qui regarde les affections de la trompe d'Eustache , la caisse du tambour et celles des cellules mastoïdiennes. Les instrumens que j'ai inventés remplissent, à cét égard, le but désiré; car, à leur faveur, on peut porter dans ces cavités les liquides que l’on juge convenables : or, par ce moyen, plusieurs causes de surdité seront détruites, et l'audition rétablie. C'est ce que l'expérience et l'observation nous ont prouvé.
Je ne prétends pas donner un traité complet de la surdité, mais jeter seulement quelques rayons de lumière sur l'étiologie et la thérapeutique de cette infirmité , et ajouter quelques moyens de plus pour en triompher. Pour atteindre ce double but , j'ai pensé que la méthode analytique était la plus convenable, En effet, en considérant les maladies qui affectent les diverses parties de l'oreille interne , comme autant
de causes qui peuvent donner lieu à la surdité; en exposant chacune de ces maladies ; en cherchant à s'assurer de leurs siéges, des causes qui les produisent, des signes qui les caractérisent ;
le jugement, ou pronostic, à porter sur la nature de la surdité, sera moins conjectural, le traitement mieux raisonné et par conséquent plus sûr.
Avant d'entrer dans les particularités que chaqué maladie peut présenter, jetons un coup d'œil général sur la surdité , et d’abord donnons de cette infirmité une définition courte et claire. Évitons les dénominations équivoques, ou qui ont un double emploi ; réduisons les différences au plus petit nombre possible.
Dérixiriow. La surdité est la perte totale, ou une diminution considérable du sens de l’oute.
Dirrérences. On peut réduire les différences de la surdité aux quatre suivantes :
1.0 Si lesenfans l’apportent en venant au monde, elle est appelée congéniale ou de naïssance;
2.9 Si elle vient quelque temps après la naissance et à la suite d’une indisposition, elle prend la dénomination d'accidentelle ;
3.0 Si ce sont les progrès de l’âge qui la déterminent , on lui donne le nom de sénile;
4.° Enfin, si la surdité n’attaque qu'une oreille, elle est incomplète; et complete, si les deux oreilles en sont affectées.
Nous comprendrons ces quatre espèces de surdité, sous deux dénominations seulement.
La surdité est-elle commencante? louïe n'estelle que dure ? nous appellerons cette indisposition dysécée.
La surdité est-elle profonde ou absolue? nous lui donnerons, avec la plupart des nosologistes, le nom de cophose.
Je ñe ferai pas entrer dans cette division une autre lésion de l’ouie, à laquelle on a donné le nom de paracousie où fausse ouïe. Parmi les personnes qui en sont atteintes, les unes entendent confusément les paroles à haute voix, pendant que la perception des sons faibles est distincte ; d’autres n'entendent un son ordinaire qu'à l’aide d'un grand bruit concomitant ; d’autres percoivent double un son quelconque. Je ne moccuperai pas davantage de cette espèce d'indisposition.
Cavszs. Les causes de la surdité sont si nombreuses, la plupart si obscures, quelques-unes si bizarres , qu'il est difficile d'en donner une énumération complète et une classification exacte ; toutefois nous les distribuerons dans l’ordre suivant :