Les vices de première conformation dans
quelque pièce de l'appareil auditif (x), le nerf
(1) Les imperfections des conduits extérieurs sont assez rares. J’ai eu l’occasion d’en observer un exemple
acoustique peut manquer et être une cause (rare à la vérité, mais constatée par l'autopsie cadavérique ) de la surdité de naissance.
2.9 La surdité est quelquefois héréditaire , comme tant d'autres maladies dont nous apportons le germe, ou, si l'on veut, la prédisposition en naissant. Truka (1) fut consulté par un homme de trente ans, devenu sourd à l’âge de quatorze ans, et dont le père, la mère et trois frères ou sœurs, éprouvèérent tous la même indisposition. Je connais un homme devenu sourd à l'âge de quarante ans ; il m'a dit que son aïeul paternel, son père et deux de ses frères ont, au même âge, éprouvé la même infirmité.
Un médecin qui a demeuré long-temps à Marseille, m'a fait part d’un phénomène assez singulier : il m'a dit connaître, dans cette ville, une famille composée de six enfans; le premier est sourd de naissance, le second a l'audition très bonne , le troisième est sourd, ainsi de suite al-
remarquable avec le docteur Repiquet, chirurgienmajor des Antiquailles : les deux conduits étaient bouchés par la continuité du derme, les pavillons des oreilles très imparfaits ; cependant la surdité n’était pas complète. L'application de la potasse concrète, sur le lieu où devait être le conduit auditif, a déjà tellement favorisé l’audition, que le jeune sujet entend presque aussi bien que s’il n’avait pas d’infirmité, pour peu que l’on s'approche de lui. M. T.
(1) Historia Cophoseos, Vindobonæ , 1778.
ternativement. On ne peut pas regarder chez ces enfans la surdité comme héréditaire, puisque le père et la mère ont l'ouie en fort bon état (x).
5.9 Dans l'intérieur du crâne, tout ce qui peut comprimer le nerf acoustique à son origine ou
(1) À cette observation, nous pouvons ajouter celle d'une famille d’Aix en Savoie, composée de sept enfans : l’ainé est sourd - muet, le second entend parfaitement, le troisième est sourd - muet, le quatrième jouit du même avantage que le second, le cinquième le sixième et le dernier sont complètement sourds. L’ainé de cette famille, du sexe masculin, a les membres inférieurs paralysés ; il est aujourd’hui à Lyon, ainsi qu'une de ses sœurs, à l’institution des sourdsmuets dirigée par M. Comberry ; l'avant - dernier de ces enfans est idiot. Il est à remarquer que le père et Ja mère jouissent d’une très bonne santé, et n’ont aucune des infirmités de cette nombreuse et malheureuse famille. Il existe aussi, dans l'institution que nous venons de citer, plusieurs élèves qui ont parmi leurs frères et sœurs un ou plusieurs sourds-muets, et dont les parens sont exempts de cette infirmité.
La commune de Bessenay, département du Rhône, présente un exemple du même genre: dans une famille composée de huit enfans, quatre sont sourds, muets, et, comme dans la précédente observationils alternent avec ceux qui jouissent du sens de louïe.
Ces observations seraientencore plus multipliées, qu'il serait, je crois, difficile d'en donner une explication satisfaisante, et d'élever une théorie avec de pareils matériaux. Toutefois ces faits doivent être conservés sur la route de la science, ne fût-ce que pour en marquer les limites. Th. P.
dans son trajet, et empêcher par là l'influence nerveuse sur l'appareil auditif, peut être regardé comme cause de surdité.
4.9 La surdité, comme la goutte sereine, est causée quelquefois par des pertes excessives de semence. Sylvatius cite un exemple remarquable de cette surdité survenue après des excès avec les femmes.
5.° Lauzani parle d'une femme qui devenait sourde toutes les fois qu'elle était enceinte , et ne recouvrait la faculté d'entendre qu'après être accouchée. Quatre fois elle fut grosse, et quatre fois elle éprouva la même incommodité, Le même auteur rapporte semblable chose de la femme d'un paysan, qui, outre la surdité pendant la grossesse , devenait sujette à des douleurs sciatiques et à des ulcères aux jambes. Tous ces maux disparaissaient spontanément dès qu'elle était accouchée.
6,° Des vers dans l'estomac et dans les intestins produisent aussi la surdité,
7.° Les personnes qui digèrent mal, les hypocondriaques, ceux qui éprouvent souvent des embarras gastriques, sont sujets à devenir sourds. Faut-il croire, avec Etmuller, que la surdité, dans ce cas, tient à une tension spasmodique du tympan ou des autres membranes de l'oreille ? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'on a guéri beaucoup de surdités par le seul emploi des purgatifs répétés.
8.° La surdité est un symptôme fréquent des fièvres adynamiques et ataxiques . Ce symptôme est regardé généralement comme avantageux, quand il arrive à un jour indicateur ou critique,
9.° On a vu la surdité succéder à un violent éternûment ; Vagner rapporte, dans les Mémoires des curieux de la nature, qu'un homme de lettres ayant fait usage d’une poudre sternutatoire, tomba dans une cophose incurable de l'oreille droite.
10.° Une toux forte et prolongée peut produire le même effet. Je cite, dans le cours de ce travail, un exemple de cette cause de surdité , d'après mon expérience. |
11.° Le lavage de la tête à l'eau froide, est une cause fréquente des surdités. La coupe des cheveux à un certain âge de la vie, a produit la même infirmité.
12.° Des larmoiemens chroniques, supprimés tout-à-coup par des topiques dessicatifs, ont aussi donné lieu à la surdité.
15.0 Un bruit violent et inattendu surprend quelquefois l'organe auditif, au point de le frapper de surdité. IL faut rapporter à cette cause la surdité des artilleurs ; ils peuvent éprouver une vraie désorganisation de l'oreille : Richter, dans sa Bibliothèque chirurgicale, dit qu'ils sont sujets non seulement à devenir sourds, mais encore à perdre du sang par les oreilles.
14.° La surdité survient quelquefois après des coups, des chutes sur la tête. Les auteurs sont remplis d'observations relatives à des enfans devenus sourds après des soufflets recus dans les écoles.
15.9 Tout ce qui peut s'opposer à la libre entrée de l'air dans les trompes d'Eustache, comme le gonflement excessif des glandes amygdales, celui des parotides, un polype dans les arrière-narines, l'occlusion de lorifice du pavillon de la trompe, par des ulcérations au fond de la gorge , ou seulement des mucosités épaissies et tenaces qui tapissent les arrière-narines, sont autant de causes de surdité.
Cette infirmité peut dépendre de l’altération des pièces extérieures de l'appareil auditif; ces causes sont nombreuses; mais 1] n'entre pas dans notre plan d'en parler ici.
Le diagnostic de la surdité est d'autant plus difficile à saisir, que la cause est cachée et profonde; ainsi la lésion de la çaisse du tambour et des parties qui y sont contenues, les affections du labyrinthe, et celles des nerf acoustiques , sont encore couvertes d'un voile très épais.
Le pronostic présente les mêmes difficultés ; on ne peut le porter, dans le cas que nous venons de déterminer, que d’une manière conjecturale, En effet, j'ai observé sur plusieurs personnes affectées de dysécée, et même de cophose
(dont la cause m'était inconnue), que, dès que les bourdonnemens avaient cessé, l'organe de l'ouie récupérait, en totalité ou en grande partie, sa faculté auditive ; le plus souvent l'audition se rétablit à mesure que le bourdonnement diminue; mais quelquefois ce dernier cesse, tandis que la surdité persiste au même degré ; ce n'est que quelque temps après que l’ouie se développe et se fortifie, même chez les personnes avancées en àge.
Si l'étiologie et la séméiotique de la surdité sont encore si peu avancées, on doit l'attribuer, en grande partie, au défaut de connaissances anatomico-pathologiques, qui ne s'acquièrent que par l'ouverture des corps. Il serait à désirer que les médecins des institutions des sourds -muets fissent la dissection de l'oreille de tous les sourds qui meurent dans l'établissement, et que, tous les semestres, on donnât la plus grande publicité à leurs recherches. Jusque-là , il n'y aura qu'incertitude dans la connaissance des causes, et qu'obscurité dans les signes des maladies de l'oreille interne , et, par conséquent, les progrès de la thérapeutique seront lents et pénibles.
Les anciens trailaient la surdité par des topiques et par les purgatifs les plus violens : Celse et ses contemporains employaient le suc de concombre sauvage, la teinture de myrrhe, l'encens dissout dans du lait de femme, le suc de
pavot, ou l'eau de rose, la teinture de castor, etc., etc., qu'ils instillaient dans le conduit auditif. Ils faisaient usage des purgatifs éminemment drastiques, tels que le suc de concombre sauvage, l’ellébore, etc.
La médecine moderne est beaucoup plus variée dans ses procédés, mais elle n'est guère plus heureuse. Elle prescrit le musc, le camphre, introduits en substance dans le conduit auditif externe. On porte dans le même conduit les huiles d'amandes douces et amères; celles de noyau de pêche, de ruë; celle dans laquelle on a fait infuser des fourmis ; l'eau qui découle des branches vertes du frêne; les injections faites avec les eaux minérales de Balaruc, de Bagnèrès,de Barége, etc., etc. On établit des exutoires, tels que le séton, le cautère, les vésicatoires, etc.
Un baigneur bavaroïs, au rapport de Sckinkius, avait imaginé un singulier moyen pour guérir la surdité. Il faisait plonger le malade dans un bain chaud, pour déterminer le gonflement des petites veines qui rampent derrière l'oreille ; lorsqu'elles étaient assez apparentes , il les ouvrait avec la pointe d'une lancette et en tirait beaucoup de sang , au grand soulagement des malades sur lesquels il pratiquait ce dégorgement. Ce moyen peut avoir quelque succès dans les cas de pléthore sanguine de l'organe auditif.
Les purgatifs sont des remèdes éminemment utiles dans quelques cas de surdité; ils le sont à un tel point, selon Truka, que , les cas d'épuisement exceptés, ils doivent être employés dans presque tous les autres.
Penot et Lazare Rivière prescrivaient les fomentalions sur la tête, avec les eaux minérales sulfureuses chaudes ; ce dernier recommandait aussi les fomentations aromatiques sur la même partie.
Pierre Castro, premier médecin du duc de Mantoue, employait un traitement qu'il avait imaginé pour les cas de surdité absolue; j'en parlerai d'une manière spéciale lorsque je traiterai des lésions des nerfs acoustiques.
L'anatomie a fait, depuis environ trente ans, des progrès considérables; cette science, en donnant une description plus détaillée et plus exacte des parties qui entrent dans la structure de l’oreille interne, a éclairé sur le mécanisme et les fonctions de chacune de ces parties, et a suggéré, pour guérir la surdité, les procédés suivans :
Riolan a proposé la perforation de l’apophyse mastoïde, pour porter des médicamens dans l'intérieur de l'oreille. M. Jasser est le premier qui l'ait pratiquée.
En 1724, M. Guyot, maître des postes à Versailles, imagima un instrument avec lequel il crut pouvoir injecter des liquides dans la trompe
d'Eustache, en introduisant l'instrument par la bouche.
En 1752, MM. Wathen et Cléland, chirurgiens anglais, présentèrent, à la société royale de Londres, une sonde flexible et creuse , à la faveur de laquelle ils portaient des médicamens liquides dans l'intérieur de l'oreille, en introduisant l'instrument dans les fosses nazales, et de là dans le pavillon de la trompe d'Eustache.
Le célèbre Sabatier a inventé aussi une algalie pour le même usage, mais il avoue ne l'avoir jamais essayée sur le sujet vivant.
En 1811, Jimaginai des instrumens propres à sonder la trompe d'Eustache par la voie des narines ; à la faveur de ces instrumens, je porte, dans l'intérieur de l'oreille , des liquides dont la nature varie suivant l’exigeance des cas.
La physique, comme l'anatomie , offre aussi quelques moyens pour le traitement de la surdité : tels sont l'électricité, le galvanisme, le magnétisme minéral et le magnétisme animal.
On a beaucoup trop loué les deux premiers, en exagérant leurs succès ; quant aux derniers, ils n'ont eu qu'une réputation éphémère.
Nous comprendrons encore au nombre des moyens que la physique a indiqués, la perforation de la membrane du tympan; ear cette opération tend à rétablir l'équilibre de l'air contenu dans la caisse du tambour, avec la colonne d’air
atmosphérique qui entre dans le conduit auditif; équilibre rompu par l’obstruction de la trompe d'Eustache. M. Cooper est le premier qui a pratiqué cette opération.
Tous les procédés que je viens dénoncer seront décrits et discutés dans le cours de cet ouvrage.
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pa Pour mettre de l’ordre dans le sujet que j'ai à traiter, J'ai jugé convenable de classer les maladies qui affectent l'oreille interne ( et qui par cela même deviennent causes de la surdité }). J'exposerai successivement :
1,9 Les maladies de la membrane du tympan;
2.9 Celles de la caisse du tambour, des muscles et des osselets qui s'y trouvent, ainsi que celles des cellules mastoïdiennes ;