DES MALADIES DE LA MEMBRANE DU TYMPAN
Cette cloison peut être recouverte, du côté du conduit auditif, d'une pellicule fongueuse, épaissie à la suite d’une inflammation quelconque, d'un polype qui s'implante sur sa face externe ; elle peut être relächée, et faire saillie dans le conduit auditif externe ou dans la caisse du tambour. Quelquefois elle est trop tendue , enflammée, ulcérée, ossifiée, cartilagineuse, manque en totalité ou en partie.
Il n'y a pas long-temps, dit Rosenthal, que j'ai eu occasion, à Breslau, d'examiner le cadavre d'un sourd-muet, dont la surdité avait pris naissance à la suite de la petite-vérole; je trouvai la membrane du tympan relichée, et plus épaisse qu'à l'ordinaire; le nerf auditif paraissait aussi un peu plus dur : du reste, toutes les parties de l'oreille interne étaient parfaitement bien conformées.
De la membrane fongueuse qui recouvre
celle du tympan.
« La membrane du tambour, dans les enfans « nouveaux-nés , dit M. Leschevin, est recou- « verte, du côté du conduit auditif externe, « d'une membrane fongueuse et très épaisse, « qui tombe dans la suite en suppuration. S'il « arrivait que cette membrane restât collée à « celle du tympan, au lieu de s'en séparer, « comme il arrive d'ordinaire , il est certain « qu'elle occasionnerait la surdité (1). »
Ne serait-ce pas là le cas du sourd-muet de Chartres, dont l'histoire est rapportée dans les mémoires de l’Académie royale des sciences de Paris , année 1703, et qui a entendu à l’âge de vingt-quatre ans, après une suppuration par les deux oreilles ? Le sourd-muet, dont parle Riolan, qui recouvra l’ouie après s'être percé la membrane du tympan avec un cure-dent, était sans doute dans le même cas.
M. Le Bouvyers-Desmortiers cite un exemple à peu près semblable aux deux précédens. « Il
(1) Prix de l’Académie royale de Chirurgie, tom. IV; in-4.°, p. p.
EC
y avait à Nantes (an 7), dit cet auteur, un homme né sourd-muet, âgé de vingt-huit ans, qui entend et parle fort bien aujourd'hui, sans qu'on lui ait fait des remèdes. Voici donc, continue M. Le Bouvyers, un second phénomène, pareil à celui du jeune homme de Chartres. Eh ! que savons-nous s'il n'y en a pas beaucoup d'autres qui ont échappé à notre connaissance , faute d’observateurs capables de nous les faire connaître (1) ? »
M. le docteur Portal élève des doutes sur
l'existence de cette membrane. «& Il n’est pas
(Ce
ce
possible, dit-il, de s'assurer de ce fait dans l'enfance; la suppuration est, dit-on, presque imperceptible, je pourrais même dire un être de raison : d'ailleurs , quand elle aurait lieu, le pus se mêlerait au cérumen des oreilles, et il serait difficile de la reconnaitre. Il faudrait, pour lever tous les doutes qui peuvent naître sur cet objet, que l'enfant ne sortit point de dessous les yeux du médecin ou du chirurgien, et que ceux-ci examinassent tout le conduit auditif et la nature du cérumen, qui, pendant la suppuration, est altéré dans sa couleur naturelle, et a une odeur puante, ainsi que le conduit auditif; mais, ajoute l’auteur, toutes ces observations sont fort difficiles à
(1) Considérations sur les sourds-muets de naissance.
« faire (il pouvait dire impossibles), parce que le « nombre des circonstances s'y oppose très sou- « vent; il faut attendre un âge plus avancé, c'est- « à-dire, celui auquel l'enfant peut faire aper- « cevoir qu'il entend ou qu'il n'entend pas (1). »
IL est certain que cette membrane fongueuse peut exister, au moment de la naissance, chez quelques sujets, comme la membrane pupillaire se trouve chez quelques autres.
Je suppose donc que ce soit 1à la cause de la surdité, il ne sera pas difficile de la reconnaître : en exposant l'oreille à un beau jour, et en dirigeant, dans le conduit auditif, un rayon solaire, on verra facilement le fond de ce conduit, où se trouve la pseudo-membrane collée à celle du tympan, ou à très peu de distance de cette dernière. Si le fond du conduit auditif est d’un blanc perlé, lisse et très sensible au contact de la sonde, on sera sûr qu'aucun obstacle ne masque la membrane du tympan; mais sl paraît rougeûtre, fongueux, peu ou point sensible à la sonde, on pourra assurer que la fausse membrane existe.
Leschevin propose deux moyens pour la détruire : l’un consiste à la faire suppurer en l'irritant par des médicamens âcres ; l’autre, à dessécher cette fausse membrane, et à la faire tom-
(1) Précis de Chirurg. prat., 2.° part. , p. 477 et 478.
ber par exfoliation ou desquamation, en la touchant avec quelque cathérétique doux et d’une consistance sèche, comme la pierre infernale appliquée avec précaution. Leschevin donne la préférence à ce dernier moyen, il lui paraît sujet à moins d'inconvéniens.
L'un et l’autre expédient me paraissent également dangereux , en ce que ces corps irritans peuvent donner lieu à une inflammation considérable, que le médecin n'est pas toujours maitre d'arrêter, ni même de modérer ; de là une suppuration profonde, qui peut détruire la membrane du tympan, gagner la caisse, et produire les accidens les plus graves. D'ailleurs,ces moyens seront infideles, s'ils n’attaquent que légèrement la fausse membrane; car, au lieu de procurer la chute de cette espèce de corps étranger , soit par la suppuration ou la desquamation , ils lui donneront plus d'épaisseur et de consistance. Du moins c'est ce qui arrive (s'il est permis de juger par comparaison ) aux fausses membranes qui se forment sur le globe de l'œil, lorsqu'on les attaque par des moyens pareils.
Deux faits, tirés de Fabrice de Hilden, prouvent combien il est dangereux de porter des corps irritans dans le conduit externe :
Une fille de huit ans eut une fluxion aux oreilles; on la mit entre les mains d’un charlatan qui Jui injecta une liqueur huileuse qui produisit des
douleurs intolérables. Ces douleurs s’accrurent rapidement; bientôt survinrent l'inflammation , la fièvre et le délire. Un médecin calma les accidens par l'usage d’un régime convenable ; mais la surdité fit des progrès rapides, et à l’âge de vingt-quatre ans , cette jeune personne était impassible au bruit le plus fort (1).
Une autre fille, âgée de dix ans, s'introduisit dans l'oreille £ tv un globule di verre de la grosseur d'un pois; on fit, pour le retirer, plusieurs tentatives infructueuses. La malade fut d'abord tourmentée de douleurs continues dans l'oreille; elles s’apaisèrent, mais elles augmentèrent avec le froid et l'humidité. Dans la suite, cette fille éprouva un léger engourdissement, qui eut une marche graduelle , d'abord dans le bras gauche, puis dans la main, puis dans la cuisse, puis enfin dans tout le côté. Une toux sèche durait depuis son accident. La malade éprouva des attaques d'épilepsie, et le bras s’atrophia. Tous ces accidens cessèrent à l'extraction du glabule de verre (2).
Les accidens mentionnés dans ces faits, quoiqu'ils ne soient pas le produit des caustiques pour détruire la membrane fongueuse placée sur celle du tympan, ne sont pas moins concluans en
(1) Fabrice de Hilden, cent. 5, OL 8.
(2) Ouvrage cité,
faveur de mon opinion; car il est difficile, pour ne pas dire impossible , de porter un caustique quelconque pour exciter une irritation dans cette fausse membrane, sans communiquer l'irritation au conduit auditif, à la membrane du tympan, et de là à l'intérieur de l'oreille.
D'après ces considérations, je préférerais la perforation de la membrane du tympan aux moyens proposés par Leschevin, parce qu'elle me parait moins dangereuse, et que d’ailleurs elle donne sur -le-champ l'ouïe au malade, ainsi qu'il est prouvé par l'expérience et l'observation. Pour prévenir l'occlusion, on introduira un petit bout de sonde de gomme élastique qu'on aura soin de renouveler tous les jours.
St.
Du polype qui se développe à la face
externe de La membrane du tympan.
Le conduit auditif, comme toutes les cavités qui sont tapissées d'une membrane muqueuse, est sujet aux excroissances polypeuses ; par la même raison, la membrane du tympan l’est aussi, puisque sa face externe est recouverte par la muqueuse du même conduit. Les auteurs font bien mention des polypes qui surviennent aux parois
du conduit auditif externe, mais aucun, que je sache, ne parle du polype qui peut naître de la membrane tympanique, et s'accroïître au point de boucher le conduit et donner lieu à la surdité.
Les causes qui peuvent produire ces excroissances, sont très nombreuses; tout ce quiirrite, enflamme et ulcère la membrane muqueuse, peut devenir la cause du polype. C'est ainsi qu'un cure - oreille porté souvent et imprudemment dans le conduit auditif, l'humeur de la gourme, des scrophules, la rougeole, la fièvre scarlatine, la variole, la syphilis, donnent lieu à l'inflammation, à l'ulcère, et par suite au polype.
M. Alibert, dans sa thérapeutique médicale, parle d'un jeune homme devenu sourd par des excroissances qui avaient été produites par la Syphilis. L'auteur ne dit pas si ces excroissances avaient le caractère du polype.
Les fièvres adynamiques et ataxiques se terminent souvent par la surdité qui, quelquefois, est accompagnée de suppuration longue et opiniâtre; de [à nait le polype. Le fait suivant vient à l'appui de ce que j'avance.
M. M.***, âgé de vingt-deux ans, vint me consulter le 1. mai 1817; il était affecté de cophose à l'oreille gauche, dont la cause occasionnelle était un polype; et de dysécée à l'oreille droite ; ces accidens étaient accompagnés de sup-
puration et de bourdonnement à l’une et à l’autre oreille. Ces infirmités étaient survenues à la suite d'une fièvre adynamique que ce jeune homme éprouva à l’âge de douze ans. Les injections d'eau de Balaruc, portées dans le conduit auditif, ont fait tomber le polype.
Ce corps avait la forme d’une petite fraise , il en avait la couleur et la consistance ; il tenait à la membrane du tympan par un pédicule fort grêle. L'examen de cette membrane, au milieu de laquelle je remarquai un point rougeâtre de la largeur d’une petite lentille, me prouva que c'était là où était implanté le pédicule du polype.
La chute de cette excroissance a été suivie d’une légère hémorragie qui s'arrêta sans que j'eusse besoin d'employer le plus petit moyen. La suppuration, les bourdonnemens ont cessé , et l'audition de cette oreille est complètement rétablie; tout cela eut simultanément lieu dès que le polype fut sorti du conduit auditif.
Les signes de cette maladie sont faciles à saisir ; la seule inspection suffit pour constater son existence dans le conduit auditif; mais il n’en est pas ainsi pour déterminer le lieu précis où l’excroissance est implantée,
Au reste, quel que soit le point où le polype adhère, cette circonstance ne saurait influer sur le traitement qui se réduit aux moyens suivans : l'arrachement par torsion , la ligature, l’instru-
ment tranchant , le cautère actuel et le caustique. Tous ces moyens sont bons : ce sont les diverses circonstances qui doivent faire préférer Jun à l’autre.
On trouve dans Scultet (x) l'histoire d’un polype de l'oreille qui avait causé la surdité en bouchant exactement le conduit, et qui fut guéri en partie par arrachement, et en partie par le cautère actuel.
M. Leschevin (2) a vu une jeune fille incommodée d'une pareille excroissance implantée fort avant dans le conduit auditif, et qui sortait au dehors de plus d’un demi-pouce. Cette excroissance que Leschevin regarde comme un vrai polype, était fongueuse, et rendait par sa surface une suppuration fétide. L'auteur l'extirpa par arrachement, et perdit le sujet de vue.