‹ Essai sur les maladies de l'oreille interneChapitre 6 sur 35 · III · texte numérisé non relu

III

Du relächement de la membrane du tympan.

Les différences de cette affection se tirent des causes qui la produisent ; ces dernières sont en grand nombre :

Telles que l'humidité jointe au vent du sud,

(1) T. 2, p. 605, édit. d'Amsterdam , 1741.

(2) Prix de l’Acad. de Chirurg., tom. 1V, 1.72 partie.

le catarrhe du conduit auditif externe , celui de la caisse, du tambour , l'air humide , l'eau qui abreuverait cette membrane , un écoulement séreux par l'oreille. Plater, Langet, Scarpa, ont vu de ces écoulemens très abondans et les ont évalués à plusieurs livres.

Chez les jeunes filles, la chlorose, portée à un certain degré, est encore une cause de relâchement de la membrane tympanique.

Sauvage (1) rapporte qu'une fille pale , peu réglée , presque hébêtée, avait depuis quelque temps une dureté d'oreille; elle prit pendant trois mois de l'extrait de ; jusquiame blanche, en commençant d'abord par un tiers de grain , et augmentant ensuite peu-à-peu la dose } jusqu'à sept grains. Cette fille, ajoute Sauvage, entendit très bien au bout de trois mois et demi; elle reprit ses couleurs et son embonpoint.

Verduc pense , au contraire, que l'usage des médicamens froids et narcotiques dans les maladies de l'oreille, est une cause du relâchement de la membrane du tympan. Il est vrai que cet auteur ne cite aucun fait pour appuyer son assertion; et d’ailleurs son raisonnement est contradictoire, ce qui nest pas fait pour inspirer de la confiance. « Si on fait, dit Verduc, untrop grand « usage des médicamens froids et narcotiques

(x) Nosologie, tom. II, pag. 217.

A3 « dans les maladies de l'oreille , la peau du tam- « bour ne manquera pas de devenir trop lèche « ou trop tendue (1). »

Enfin, le relâchement du tympan peut dépendre aussi de l'érosion des muscles de la conque ; Valsalva, dans ses observations, en cite un exemple. Le défaut d'action du muscle interne du marteau produit le relâchement de la membrane du tympan; ce défaut d'action peut venir, selon Leschevin, ou de la rupture du tendon de ce muscle, par une violente secousse de la membrane, telle qu'elle pourrait arriver dans l'éternüment , le nez et la bouche étant fermés, ou de la destruction de ce petit corps charnu par un abcès de la caisse, ou enfin de la paralysie de ce même muscle. Ne serait-ce pas cette dernière affection qui aurait occasionné le relâchement de la membrane du tympan, et de là cette singulière surdité dont Willis rapporte deux exemples ?

Le premier est une femme qui ne pouvait entendre que lorsqu'on battait le tambour à son oreille.

Le second exemple, tout-à-fait semblable au premier , est d’un homme qui n'entendait la voix de ceux qui lui parlaient que quand on sonnait les cloches d’une tour dont il était voisin. Willis attribue avec beaucoup de fondement cette

(1) Traité de Physiologie, tom. 2, pag. 205.

espèce de surdité au relâchement de la membrane du tympan ; mais il n'indique ni la cause ni le remède.

Les signes de cette affection se tirent : r.° des causes qui l'ont fait naître; 2.° des phénomènes hygrométriques de l'atmosphère; 3.9 de la nature du vent qui règne ; 4.° de l’action des médicamens sur la partie lésée.

Si après un catarrhe du conduit auditif externe, de la caisse du tambour, ou l'hydropisie de cette dernière cavité, le malade a l’ouïe dure, on sera fondé à penser que cette indisposition dépend du relächement de la membrane du tympan, ou de la paralysie du muscle interne du marteau. Cette présomption acquerra un nouveau degré de force si la surdité augmente par un temps humide, et si elle diminue par un temps sec ; on sera encore plus certain de l'existence du relâchement, si le vent du sud, un temps orageux, rendent la personne encore plus sourde , tandis que le vent du nord produit le contraire.

Enfin , la certitude sera complète si, indépendamment des signes que nous venons d'indiquer, il arrive que les corps secs, chauds et toniques, introduits dans le conduit auditif externe, donnent à l’ouie un certain degré de force, car il sera évident, par là, que la surdité tient au relàchement de la cloison tympanique et non à la lésion du nerf acoustique (comme quelques symptômes

énoncés auraient pu le faire soupconner) ; parce que ces moyens sufhisent pour relever le ton de cette membrane, au lieu que leur influence est nulle sur les nerfs auditifs.

Pour terminer la sémiéiotique de cette maladie , il nous reste encore un point à éclaircir , c'est le cas où le relâchement serait occasionné par la paralysie, la rupture du muscle interne du marteau ou celle de son tendon. Si, après une toux, un éternüment violent, ou un effort considérable fait en se mouchant , la personne éprouve, dans l'intérieur de l'oreille, une douleur légère et instantanée, accompagnée de tintement et de dureté d'ouïe , et qu'il n'y ait aucun signe qui annonce la perforation de la membrane du tympan , alors on pourra attribuer son relàchement à l’une ou à l’autre de ces ruptures, surtout si les moyens propres à donner du ton à la membrane, au muscle interne du marteau, et au nerf acoustique, ontétéinfructuenx; ce sera une preuve que le relâchement dépend de l’une des causes dont nous venons de faire mention ; alors la maladie est incurable.

Pour traiter avec succès le relâchement de la membrane du tympan, il faut, comme dans toutes les maladies, avoir égard à la cause qui l’a produit. Je ne rapporterai pas ici tous les moyens que les anciens, et même les modernes, ont mis en usage, parmi lesquels, il faut en convenir, 1l

yena de très bons , mais aussi beaucoup d'inutiles, de ridicules même. Je ne parlerai que des premiers.

Si le relâchement dépend d'une affection catarrhale, Duverney conseille les fumigations dans le conduit auditif externe, avec la vapeur de chardon-bénit, ou de la décoction d'iris de Florence, de marjolaine, de mélisse, de semence d’anis, de fenouil; le suc de marjolaine instillé dans le conduit.

Barbette employait la décoction de girofle dans du vin rouge dont il mettait quelques gouttes dans le conduit qu'il bouchait ensuite avec un clou de girofle.

Tous ces moyens peuvent avoir d'heureux résultats dans les cas dont nous venons de faire mention, et quand le relâchement dépend de l'humidité de l'air.

Dans ces mêmes cas, les fumigations de baies de genièvre, de laurier, brülés sur les charbons ardens , seront très avantageuses. Les injections avec la décoction de quinquina m'ont réussi; mais je ne voudrais pas qu'on insistât beaucoup sur ce moyen, à cause de sa vertu astrin sente, qui tendrait à tanner pour ainsi dire la membrane.

Si la maladie qui nous occupe a pour cause la chlorose, il faudra d’abord traiter cette affection, puis, si le relâchement de la membrane persiste, on en viendra aux remèdes que nous venons d'in-

diquer.

Nous avons dit que le relächement qui dépend de la rupture du muscle interne du marteau ou de son tendon, est incurable ; mais il n’en est pas ainsi de celui qui procède de la paralysie de ce même muscle. En ce dernier cas, Leschevin conseille d'introduire dans la caisse du tambour, par la trompe d'Eustache, quelque vapeur spiritueuse et aromatique , soit en l'inspirant par le nez, soit en faisant usage de masticatoires et de gargarismes chargés de particules spiritueuses et volatiles.

On voit, sans que je le dise, que ces moyens ne sont pas propres à porter d'une manière sûre les médicamens sur la partie malade. On retirera un bien plus grand avantage des douches d'eaux minérales de Balaruc , de Barège , etc. portées dans la caisse du tambour par la trompe d'Eustache, à la faveur des algalies que j'ai inventées.

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