‹ Essai sur les maladies de l'oreille interneChapitre 7 sur 35 · IV · texte numérisé non relu

IV

De l'enfoncement ou saïllie, en forme de culde-lampe, que fait la membrane du tympan, soit dans le conduit auditif externe, soit dans La caisse du tambour.

Les causes de la surdité sont sans nombre, et tous les jours on en découvre de nouvelles. Par exemple, les auteurs font mention du reliche-

ment de la membrane du tympan avec saillie dans le conduit auditif; mais aucun que je sache n’a parlé de l’enfoncement de cette membrane dans la caisse du tambour. Je viens d’en voir un exemple sur la personne d'un ecclésiastique de cette ville.

M. l'abbé L...., âgé de soixante-deux ans, est sourd de l'oreille droite depuis l'âge de six ans ; mais la gauche jouissait de l'audition la plus exquise; ce n'a été qu'au commencement de l’année 18106 quecet organe a été atteint d’une forte dysécée qui a obligé cet ecclésiastique à quitter une partie des fonctions de son état.

Cette surdité s’est manifestée tout-à-coup à la suite d’une toux violente et prolongée.

Il y avait trois mois que M. l'abbé L.... était affecté de cette dureté d’ouïe lorsqu'il vint, le 27 avril 1816, se confier à mes soins. Il n’entendait que quand on parlait haut et près de lui; mais si la conversation devenait générale, il ne pouvait y prendre aucune part. Il n’entendait le mouvement d'une montre que lorsqu'elle était près et vis-à-vis du pavillon de l'oreille; il éprouvait la sensation qu'eût produite un corps étranger enfoncé dans la caisse du tambour ; il sentait dans cette partie une pulsation très incommode. En examinant attentivement le conduit auditif , j'apercus que la membrane du tympan était déprimée , et formait un cul - de-lampe dans la

caisse du tambour. Dès lors, je ne doutai plus que ce ne füt 1à la cause occasionnelle de la surdité chez cet ecclésiastique. La guérison de cette maladie consiste à rétablir Ja membrane dans son état primitif : on y parvient à la faveur des injections portées dans la caisse du tambour, par la voie de la trompe d'Eustache. La première séance a suffi pour rétablir l'audition.

Üne circonstance qui peut contribuer au progrès de la science, et que, pour cette raison, Je ne veux pas passer sous silence, c'est qu'il faut (dès que la membrane a repris sa forme naturelle, et que l'audition est rétablie) cesser toute injection , et surtout s'abstenir absolument d'en faire dans le conduit auditif externe , sans quoi la maladie serait reproduite comme avant le traitement. C'est ce qui m'est arrivé sur la personne de M. l'abbé : à la seconde ou troisième séance, je fis quelques injections dans le conduit auditif externe; le lendemain mon malade me dit d'un air affecté, qu'il était aussi sourd qu'avant le traitement. Je sentis alors la faute grave que j avais faite, mais jeconcus, dans l'instant même, l'espoir de la réparer promptement. En effet, quelques injections, par la trompe d'Eustache, ont suffi pour rétablir la membrane et l'audition dans leur état naturel.

Au premier coup d'œil, la cure de cette maladie parait purement mécanique ; mais je crois

bo que l'eau de Balaruc, par sa vertu tonique, doit être comptée pour quelque chose dans cette guérison.

Quand Ja membrane fait saillie dans le conduit auditif, l'existence de cette affection est facile à découvrir; l'inspection seule suffit.

Les causes qui la produisent sont, 1.9 la toux, l'inspiration et l'éternûment violens (qu'on ne m'accuse pas de contradiction, ces causes peuvent réellement produire l'effet contraire, j'en ai-cité un exemple dans ce paragraphe) ; 2.9 mais le plus souvent cette saillie de la membrane est due à l'accumulation, soit de mucosités, soit de pus, soit d'air raréfié, contenus dans la caisse du tambour.

Dans le premier cas, il suffira de déprimer légèrement la membrane avec un stylet boutonné, de tamponner mollement le conduit auditif avec du coton ou de la charpie, qu'on laissera pendant quarante-huit heures. Après avoir sorti ce simple pansement , on fera une ou deux injections d'eau minérale de Balaruc, tiède, ou bien une légère infusion de quinquina à la méme température; puis on pansera comme ci-dessus. Six ou huit jours suffiront pour cette guérison.

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De la tension de la membrane du tympan.

Duverney, Leschevin, attribuent la trop grande tension du tympan aux violens maux de tête et à certaines fièvres qui tendent à la frénésie.

À ces causes générales, on doit, je pense, ajouter l’angine gutturale, dont l'inflammation se propage jusqu'aux trompes d'Eustache ; car on voit, dans ce cas, l'audition très exaltée. En effet, le moindre bruit fatigue les malades, le vent du nord rend leur position insupportable , et celui du midi les soulage.

Les signes qui caractérisent cette espèce de lésion, et ceux qui indiquent le relâchement de cette membrane, sont inverses, c'est-à-dire que le malade entend mieux lorsque le temps est humide et que le vent du sud règne, que lorsque le temps est sec et que le vent du nord souffle ; il entend mieux lorsqu'on lui parle bas et près de l'oreille, que lorsqu'on lui parle haut.

Si la tension dépend de quelqu'une des causes dont nous venons de faire mention, on s occupera spécialement du traitement de la maladie primitive, sans négliger toutefois la secondaire.

Les bains de vapeur de décoctions émollientes, dirigés dans le conduit auditif externe ; les ins-

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üllations de ces mêmes décoctions de lait üède, d'huile récente d'amande douce, portées au fond de ce conduit, à la faveur d'un peu de coton, produiront de bons effets. On renouvellera le topique plusieurs fois dans les vingt - quatre heures.

De l'inflammation de la membrane du {y mpart.

La membrane du tambour est susceptible d'inflammation, comme toutes les autres parties qui ont des vaisseaux ou des nerfs ; cette inflammation peut être aiguë ou chronique. Il est rare qu'elle se borne seulement à la membrane du tympan : elle attaque pour l'ordinaire la membrane muqueuse qui tapisse le conduit auditif externe, comme aussi la muqueuse de la caisse du tambour pourrait s'enflammer par communicalon.

L'expérience et l'observation prouvent que l'inflammation aiguë de la cloison tympanique se termine le plus souvent par résolution, quelquefois par suppuration, et rarement par la fluxion catarrhale ; tandis que cette dernière est la terminaison ordinaire de l'inflammation chronique.

* Les causes de l’inflammation de la membrane du tambour sont les mêmes que celles qui pro-

duisent la flegmasie du conduit auditif externe, comme la présence d’un corps étranger, un cureoreilles porté trop fréquemment sur cette partie, ou tout autre corps 1rritant.

Je connais une jeune personne qui a la mauvaise habitude de porter , à tout instant, une épingle au fond du conduit auditif, sous prétexte de se nettoyer l'oreille ; de là est résulté, déjà plusieurs fois, l'inflammation de la membrane du tympan et du conduit auditif.

La répereussion d'une humeur psorique peut également donner lieu à l'inflammation ; elle peut aussi venir de cause interne, comme beaucoup d'autres maladies.

Les douleurs aiguës, la fièvre, la nidien pénible et douloureuse au moindre bruit, quand on ouvre la bouche , dans la mastication surtout, sont les symptômes et les signes qui décèlent linflammation aiguë de la membrane du tympan.

L'inflammation chronique est beaucoup moins douloureuse , le plus souvent elle ne l’est pas; mais elle est accompagnée d'une excrétion séreuse où muqueuse, et quelquefois de prurit incommode. Dans ce dernier cas, il y a toujours dureté d'ouïe, à cause de l'épaisseur extraordinaire que la membrane acquiert dans l'inflam-

mation prolongée,

L'inflammation aiguë peut être radicalement guérie, sans laisser après elle aucune espèce de

trace ; 1l n'en est pas ainsi de l'inflammation chronique ; car il est rare que ceux qui en ont été affectés, ne restent pas avec une surdité plus ou moins considérable.

Extraire les corps étrangers, empêcher qu'on n'irrite volontairement la membrane, saigner au bras ou au pied, si l'inflammation dépend de la pléthore générale ; appliquer des sangsues près de l'angle de la mâchoire inférieure et au dessous de l'oreille malade, si la pléthore est locale, ce sont les premières indications à suivre. Si une humeur répercutée, une évacuation habituelle supprimée inopinément , étaient la cause de l'inflammation, l'indication serait de rappeler l'humeur à son lieu primitif, par un vésicatoire. Après avoir satisfait à la première indication , on fera, quelle que soit la cause de l'inflammation, usage des moyens suivans :

Les vapeurs émollientes, comme celles des décoctions de mauve, de guimauve, de lait, portées dans le conduit auditif, sous forme de bain; les mêmes liquides tièdes instillés dans la même partie; les cataplasmes émolliens et anodyns appliqués immédiatement sur le pavillon de l'oreille, après avoir bouché le conduit avec du coton imbibé d'huile d'amande douce, récente et tiède. Les pédiluves sinapisés, les lavemens émolliens, ne doivent pas être négligés.

Le régime sera plus ou moins sévère selon l'in-

tensité des accidens. L'eau de poulet, le petitlait, ou tout autre liquide adoucissant et tempérant, seront les boissons ordinaires.

Tel est le traitement quon peut opposer à l'inflammation aiguë, qui, quelquefois, se termine par suppuration ; alors il faut faire des injections détersives, telles que celles d'eau d'orge miellée, de décoction de feuilles de ronce, d’eau minérale de Balaruc , de celle de Barége, etc.

Quant à l'inflammation chronique, elle sera traitée de la même manière, en modifiant toutefois les moyens proposés.

Les vésicatoires, les cautères , sont ici indiqués ; on les appliquera à la nuque, aux bras, et jamais sur la région mastoïdienne. Dans le nombre des mauvais effets que j'ai vus résulter de cette dernière pratique, je me bornerai à rapporter les deux suivans :

M. S.*** fut atteint de douleurs rhumatismales dans l'oreille gauche; après qu'il eut passé plusieurs nuits au bivouac pendant le siége de Lyon, la douleur cessa; mais il lui resta un bourdonnement considérable accompagné de dureté d’ouïe. On lui appliqua un vésicatoire sur la région mastoïdienne; le résultat a été l'augmentation du bourdonnement et de la surdité. M. S.***, inquiet sur son état, consulta M. M.***, qui fit sécher ce vésicatoire, et en appliqua un autre au bras du côté de l'oreille malade. Cette personne.

est parfaitement guérie du bourdonnement et de la surdité.

M,m G.***, épicière de cette ville, eut, à la suite d'une couche qu'elle fit en 1804, une inflammation au conduit auditif externe de l’une et l’autre oreille, et principalement à la membrane du tympan. Nonobstant un grand nombre de remèdes, cette inflammation fut longue, opiniâtre, et ne céda qu à un cautère appliqué sur chaque région mastoïdienne. À cette inflammation a succédé une surdité qui s'aggrave tous les jours. La malade m'a dit qu'elle s'est apercue de la surdité dès les premiers jours de l'application du cautère.

D'après les faits recueillis de ma pratique, et ceux que mes confrères m'ont fournis, il est prouvé, pour moi, que les vésicatoires , les cautères surtout, appliqués sur la région de l'apophyse mastoïde, attirent des congestions dans les cellules mastoïdiennes , au lieu de les en débarrasser ; et par là, ces exutoires deviennent une cause de surdité.

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