Est-on sûr d'atteindre le lieu désigné par l'auteur
3.° Dans les cas admis par M, Cooper, l'opération sera-t-elle toujours suivie de succès, en supposant qu'elle soit faite de la manière prescrite ?
Ce sont là autant de questions qu'il importe d'examiner. |
1.9 Il y a peu de circonstances qui empêchent la perforation de la membrane du tympan; je ne vois qu'un polype, ou un fongus, qui puissent mettre obstacle à cette opération.
2.9 Le lieu d'élection indiqué par l'auteur, sera difficilement atteint, quelles que soient les connaissances et la dextérité de l'opérateur. Les mouvemens du malade, le peu d'espace qu'il y a entre le point qu'on doit ouvrir et celui qu'il faut respecter, mettent un obstacle bien difficile à surmonter , et, par conséquent , doivent nuire au succès de l'opération. Si l'on considère, en effet que la membrane du tambour n’a guère plus de deux lignes et demie dans son plus grand diamètre, que le marteau occupe plus du tiers de
sa surface, au centre de laquelle est attaché le manche de cet osselet, on sentira qu'il est presque impossible de pratiquer l'opération proposée , sans porter atteinte à l'organe de l'ouie.
5.2 La perforation pure et simple sera inutile toutes les fois que des matières concrétées, telles que de la Iymphe albumineuse, du sang épanché et épaissi, ou tout autre corps, obstrueront la caisse du tambour, les cellules mastoïdiennes et la trompe d'Eustache; parce que la matière solide qui obstrue ces cavités, n'étant pas susceptible d’être évacuée par la simple ouverture de la membrane du tympan, mettra un obstacle insurmontable à l'accès de l'air atmosphérique, qui doit être mis en contact avec les fenêtres rondes et ovales ; condition sans laquelle l’audition ne peut avoir lieu. Un seul exemple suffira pour démontrer l'exactitude et la vérité de mon assertion.
M. Itard, médecin de l'institution des sourdsmucts de Paris, a pratiqué, le 2 juillet 18117, la perforation de la membrane du tympan sur la personne d'un sourd-muet de naissance, âgé de quinze ans; il n'est pas dit que ce jeune homme ait entendu dès que l'opération a été faite, Ce n'est qu'après trois semaines d'injections réitérées que ce sourd-muet a entendu (1).
(1) Journal de l'empire; 31 octobre 1811.
Il y a apparence que, chez ce sujet, il y avait obstruction à la caisse du tambour ; car, si cette cavité eût été libre, le jeune homme eût entendu dès que l'opération fut faite. Or, je le demande, dans ce cas, la seule perforation de la membrane aurait-elle suffi pour faire entendre ce sourdmuet ?, Je ne présume pas que le partisan le plus décidé de cette méthode osât répondre affirmativement. |
Pour mor, je perse que si le docteur Itard n'eût pas fait les injections dont il s’agit, l'enfant serait resté dans son premier état.
Les injections par la trompe d'Eustache auraient parfaitement réussi sur ce sujet, et il n'aurait pas couru les chances fâcheuses auxquelles la perforation de la membrane du tympan l’a exposé.
4.9 D'après la connaissance exacte des rapports du marteau avec la membrane du tympan, ül est facile de prévoir que sur trois ponctions, une, au moins, atteindra cet osselet, ou même le détachera, et, par là, l'organe de l’ouïe sera gravement lésé; car, s'il est vrai que la perforation seule de cette membrane soit suivie de surdité, comme l’assurent Duverney (1), Lecat (2), Haller (3), le Dictionnaire des Sciences (4),etc., etc.,
(r) Traité de l'organe de l’ouie, pag. 61 et 62, (2) Traité des sens, tom. 34 pag. 146.
(5) Haller, |
(4) Dict. des Sciences, tom. 15; in-fol.
comme le prouvent les expériences sur les animaux vivans et l'exemple des artilleurs et des sonneurs de cloche, je crois que la surdité, chez ces derniers, dépend bien plus des commotions violentes et réitérées de tout l'organe auditif, que de la seule perforation de la membrane.
Que sera-ce quand le marteau sera détaché ou endommagé par l'effet de la perforation ?
Il y a, je le sais, quelques exemples de perforations accidentelles, qui n'ont point entrainé une surdité profonde, ou, si l'on veut, ont peu influé sur l'audition ; mais je ne vois pas que des faits particuliers et isolés, puissent avoir plus de poids que les expériences multipliées et la masse d'observations faites par les plus habiles gens de l'art.
On cite encore l'exemple de quelques fumeurs qui, de la bouche, font passer la fumée de tabac par les oreilles; mais il me semble qu'il y a une distinction à faire, entre l'ouvrage de la nature et ce qui n'est que le produit des maladies ou de la main de l'homme.
Indépendamment des inconvéniens que nous venons de reprocher à la méthode de M. Cooper, elle en a un autre qui, sans être grave pour le malade, est fort désagréable pour l'opérateur : c'est Focclusion de l'ouverture artificielle qu’on a pratiquée. |
M. Sabatier dit, au sujet de la perforation de
la membrane du tympan : «Les animaux auxquels
Les
Le
on l'a percée avec un instrument porté profondément dans le conduit auditif, n’en éprouvent d'autre incommodité que d’avoir l'ouie dure pendant quelque temps ; mais ils reviennent bientôt à leur état ordinaire, sans doute parce que des ouvertures ainsi pratiquées se referment promptement d’elles-mêmes (r).»
Les expériences de Valsalva viennent à l'appui
des raisonnemens de Sabatier. Valsalva a perforé, lacéré même, la membrane du tympan de plusieurs chiens, qu'il a tués quelque temps après; chez tousles plaies étaient cicatrisées, et la membrane ne présentait aucune ouverture.
M. Maunoir a éprouvé cet inconvénient sur la
personne de M. F...., auque! il a perforé la membrane du tympan de l’une et l’autre oreille.
Vingt jours après la seconde opération, dit M. Maunoir, M. F.... vint chez moi. J'examinai ses oreilles au moyen d’un beau soleil, On voyait dans la droite la membrane du tympan traversée d’une petite cicatrice vers sa partie antérieure, et à peine y paraissait-il un très petit trou au centre ; l'ouie cependant n'était que peu diminuée. Craignant que cette petite ouverture ne se fermât tout-à-fait, M. F...…. désira que je perforasse de nouveau cette mem-
(1) Sabatier. Traité d’anat., tom. 2, pag. 186,
« brane ; opération que je fis sans douleur pour « M.F...., mais non pas sans une légère aug- « mentation de sensibilité dans l’ouïe (1). »
M. Celliez a cru pouvoir obvier à cet inconvénient en se servant d’un trocart courbe, d'un diamètre trois ou quatre fois plus grand que celui de M. Cooper, et dont les angles sont plus tranchans « afin, dit M. Celliez, que les « lambeaux de la plaie, plus grands et plus « coupés nets, puissent mieux se replier sur « eux-mêmes, et rendre, par là, leur réunion « impossible (2). »
M. Celliez, pour éviter un inconvénient, ne tomberait-il pas dans un plus grave ? je le crains. Si, en effet, avec le trocart de M. Cooper, on court risque de détacher, briser même, la longue branche du marteau, que sera-ce avec celui de M. Celliez ! Je pense qu'avec un pareil instrument on évitera rarement cet accident.
Dans le cas où la méthode de M. Cooper serait le seul moyen à employer, je donnerais la préférence à son trocart sur celui de M. Celliez, en donnant toutefois une légère courbure au premier.
M'étant apercu que l'introduction du trocart armé d’une canule d'argent, était pénible pour
(1) Journal de Médecine, an xH1T.
(2) Ouvr. cité, même année et même mois.
l'opérateur et douloureuse pour le malade; que l'ouverture, pratiquée à la membrane, était susceptible de se fermer, j'ai fait les corrections suivantes : j ai substitué à la canule d'argent une canule de gomme élastique, qui, par sa flexibilité, se moule, pour ainsi dire, sans effort et sans douleur, au canal qu'elle parcourt. Cette canule est moins longue d’une ligne et demie que la tige du trocart, qui est légèrement courbée, surtout vers sa pointe. La tige de mon trocart a un peu plus de corps que celle du trocart de M. Cooper ; mais elle en a moins que l'instrument de M. Celliez.
Pour prévenir l’occlusion subséquente de l’ouverture faite à la membrane du tambour, je place une corde à boyau , qui entre dans la caisse du tympan d'environ une ligne ou une ligne et demie au plus.
Pour pratiquer l'opération, le malade étant placé sur un fauteuil et à un beau jour , la tête inclinée sur l'épaule, du côté opposé à celui où l'opération va être pratiquée , et fixé contre la poitrine d'un aide, on trempe la canule dans l'huile d'olive, on l'introduit seule dans le conduit auditif ; lorsqu'elle touche la membrane du tympan (ce qui se connaît par la résistance qu'on éprouve), on introduit doucement dans la canule le trocart, la courbure dirigée en bas et en devant, en faisant entrer toute la tige. La ponction faite, on
retire le trocart et la canule ; ensuité on introduit la corde à boyau, qu'on a eu la précaution de tremper dans l'huile d'amande douce; lorsqu'elle est parvenue au point désiré (ce que l’on connait par la marque que l'on a faite avec de l'encre), on l’assure avec du coton ou de la charpie; puis on coupe de la corde tout ce qui excède le niveau de la conque de l'oreille.
On renouvelle ce pansement toutes les vingtquatre heures ; on fait une ou deux injections avec l’infusion de fleur de mauve ou de violette, dans les premiers pansemens, puis avec l'eau d'orge miellée.
J'ai pratiqué deux fois cette opération sur le même sujet et sur la même oreille. Dans la première, l'ouverture faite par la ponction fut complètement fermée au bout de dix à douze jours. Dès que je fus sûr que la première opération n'avait pas réussi, je pratiquai la seconde, telle que je viens de la décrire, et le succès a été complet.
« Le professeur Dubois, dit M. Richerand, a « pratiqué quatre fois, sans succès, la perfo- « ration de la membrane du tympan sur des « sujets âgés de trente à cinquante années. Cette « inutilité de l'opération, constatée par quatre « fois aussi authentiques, tendrait, sinon à ins- « pirer des doutes sur la véracité des autres ob-
« servateurs, au moins à prouver qu'on ne doit « pas s'attendre à réussir toujours (1). »
Je partage, à cet égard, l'opinion de M. le professeur Richerand, et j'ajouterai que, dans un grand nombre de circonstances , cette opération sera vaine ; dans d’autres elle n'aura qu'un succès éphémère (2); iln'y aura qu'un petit nombre de cas où elle réussira.
(1) Nosographie chirurgicale, tom. 2, pag. 132.
(2) Si cette opération n’a pas la réussite que l’on devrait en attendre, et si le plus ordinairement le malade ne recouvre l’ouïe que d’une manière imparfaite et pour un court espace de temps, cela provient sans doute de ce que l’air extérieur pénètre librement dans la caisse du tympan, produit l'effet d’un corps étranger, altère la sensibilité des ramifications si délicates du nerf auditif, et détermine par la suite l’état pathologique des autres organes de l’audition.
M. Deleau jeune, qui s’occupe avec beancoup de succès des maladies de l’oreille, est l'inventeur d’an instrument très compliqué pour la perforation, avec perte de substance, de la membrane du tympan. Il faudrait entrer dans de trop longs détails pour donner une idée exacte de cet instrument; nous renvoyons pour cela au mémoire que M. Deleau a publié dans le mois de février 1822. Nous dirons seulement que « la partie de l’instrument destinée à l'opération, est composée d’une canule d'acier, dont l'extrémité, qui doit être en contact avec la membrane du tympan, a une ouverture d’une ligne de diamètre et est coupée obliquement, afin d’être dans un rapport plus parfait avec cette membrane, qui a la même direction, relativement
Après avoir exposé les inconvéniens de cette méthode, il est de notre impartialité de n’en pas taire les avantages,
M. Savary pense que la perforation de la membrane du tympan , pour la surdité , n’est utile
à la conque de l'oreille. L’extrémité de cette canule est tranchante et recoit, dans toute sa longueur, un mandrin dont l’extrémité qui correspond à cette dernière offre deux tranchans, un supérieur ou antérieur, V’autre inférieur ou postérieur. Ces deux petits tranchans, obliques d'avant en arrière, se réunissent et forment ensemble un pas de vis irrégulier, long d’une ligne et terminé par une pointe très acérée, destinée à faire une piqüre au tympan. Cette première ouverture facilite l’entrée dans la caisse du tambour de deux petits tranchans, qui, étant ensuite ramenés en dehors, coupent la portion du tympan placée entre eux et l’extrémité oblique de la canule dont il a été parlé. Ces deux pièces sont tellement ajoutées, que les tranchans du mandrin frottent la paroi de la canule dans toute sa longueur, afin qu’étant sortis par l’extrémité de celle-ci, ils y rentrent en agissant avec elle comme le font deux lames de ciseaux. L’extrémité supérieure de cette canule est fixée au corps de lPinstrument où se trouve la partie mécanique, qui, comme je l’ai dit, est très compliquée, L’instrument est disposé de telle manière que quand la canule est une fois en rapport par sa face oblique et tranchante avec la cloison, qui pot être tranchée sans danger et fixée convenablement, e mandrin descend alors par un mouvement de rotation sur lui-même d'une ligne et un tiers au delà de la canule, et remonte en décrivant le même mouvement; ce qui praduit une plaie avec perte de substance, et la
qu'autant que cette même membrane est incapable de remplir ses fonctions, ou qu'elle gêne le passage des sons. « Il est bien vrai, dit-il, qu'on est parvenu à guérir une espèce de surdité, par la perforation de la membrane du
pièce enlevée au tympan rentre avec les tranchans du mandrin dans la canule qui les recoit. »
L'opération terminée, on ne doit plus s’occuper qu’à prévenir l’inflammation qui pourrait se developper du côté de la caisse du tambour. M. Deleau a le plus grand soin de placer son malade dans un endroit où il se fasse peu de bruit, et de lui garnir de coton les oreilles, de tenir la tête chaudement au moyen d'un mouchoir, qui, passant sous le menton, vient s’attacher au sommet de la tête. Les premiers jours, il lui fait aussi éviter tous les grands mouvemens de mastication, et le prive de boissons froides. C’est peut-être à l’oubli de ces précautions que cette opération a eu jusqu’à présent si peu de succès. Pour prévenir toute espèce d’accidens, ne pourrait-on pas, en maintenant l'oreille interne dans son état d’intégrité, adopter dans l'intérieur de la conque une membrane artificielle qui remplacerait, d’une manière bien imparfaite. il est vrai, la membrane du tympan, mais qui, formant une cavité au devant de cette cloison, préviendrait le contact d’un air trop vif sur des organes non habitués à en recevoir ainsi l'impression ?
Le grand avantage de l’instrument de M. Deleau est de faire une plaie avec perte de substance, dont l’oblitération est impossible. Mais cette opération a l’inconvénient de se faire sans que le chirurgien puisse la diriger; celui-ci doit, ce me semble, pousser avec crainte le ressort d’un instrument qui, une fois lâché, va par-
« tympan; mais, dans ce cas, on peut raison- « nablement supposer que cette membrane, en- « durcie ou altérée d'une manière quelconque , « non seulement était incapable de remplir les « fonctions auxquelles elle est destinée, mais « génait même le passage des sons (1). »
Cette opération deyra être préférée exclusivement à toute autre, dans les cas cités par M. Savary, parmi lesquels nous rangerons l'ossification de cette membrane.
Examinons maintenant les cas où cette opéralion a eu des succès, qu'on a publiés dans divers journaux. Commencons par ceux de M. Cooper.
OBSERVATION PREMIERE. « Une femme âgée « de trente-six ans, me consulta au mois de décembre dernier, pour un de ses enfans; en la questionnant, je m'apercusqu'elle était sourde, au point que jeus beaucoup de peine à me
A ee
Le] "”
Ca La)
courir toute sa révolution d’une manière mécanique et sans que l'intelligence de l’opérateur puisse en modifier l’action; cette crainte augmente, en pensant que cette force est dirigée vers un organe aussi compliqué que celui de l’ouïe, et sur une membrane aussi délicate que celle du tympan.
Il faut, dans les opérations chirurgicales, employer le plus rarement possible Les instrumens tout-à-fait mécaniques ; c’est à la main exercée d’un chirurgien instruit que doit être confié le fer qui doit diviser nos tissus et pénétrer dans l’intérieur de nos organes.
: ThwP; (x) Dict. des Sciences médicales, t. 2, p. 455 et 450.
& faire entendre d'elle. Je l'interrogeai sur son « infirmité, et j'appris que sa surdité s'était dé- « clarée à la suite d’un rhume très violent qu'elle & avait eu l'hiver de 1793, et qui avait été ac- @ compagné de l'inflammation des amygdales ; « je reconnus que la maladie provenait de l'obli- « tération des trompes d'Eustache, et je lui « proposai l'opération. Comme elle désirait vi- « vement de recouvrer l’ouïe , elle s'y soumit « sans hésiter. Je lui fis aussitôt la ponction de « la membrane du tympan aux deux oreilles, « commencant par la gauche, qui était la plus « malade. À peine la membrane fut-elle entr'ou- « verte, qu'à notre commune satisfaction, elle « put entendre parfaitement tout ce que je lui « disais d’un ton de voix ordinaire ; elle resta « chez moi une demi-heure, et en me quittant, « son ouie était parfaitement rétablie. »
On concoit facilement qu'à la suite d'un engorgement catarrhal de la gorge et des fosses nasales, la pituitaire qui tapisse ces parties et l’intérieur de la trompe, peut être gonflée ; il peut arriver qu'il s'accumule dans cette dernière des mucosités , et qu'elles s’y concrètent même ; les glandes amygdales engorgées peuvent cond prie mer les trompes et occasionner , d’une manière mécanique , la surdité. Toutes ces causes, suivant qu ‘elles agiront séparément ouqu'elles seront réunies, donneront lieu à La dureté de l'ouie,
et même à Ja cophose ; mais on ne voit pas comment un rhume et l’mflammation des amygdales ont pu occasionner l'oblitération de la trompe d'Eustache.
M. Cooper dit : « Je reconnus que la maladie « provenait de l'oblitération de la trompe d'Eus- « tache. » Mais l’oblitération de ces conduits entraine la surdité la plus complète et la plus absolue, comme je le prouverai dans le cours de ce travail. Or, d’après M. Cooper lui-même, cette femme entendait encore , donc il n'y avait pas oblitération. D'après cette considération, il est inutile, je pense, de faire remarquer que M. Cooper n'a donné aucune raison pour prouver son assertion.
Dans le cas dont il s'agit, on eût rétabli, je crois, l'audition avec plus de sûreté, de stabilité, et l'organe serait resté intact, en désobstruant les trompes d'Eustache, à la faveur des injections portées dans ces canaux, par la voie des narines, ou en faisant cesser la compression que le gonflement des glandes amygdales pouvait exercer sur les parties latérales des trompes, en excitant le dégorgement de ces corps glanduleux , par les moyens qui seront indiqués plus bas.
OBS. 2.°« Anne Daley fut admise à l'hôpital « de Guy, le 21 janvier 18071. Elle était si sourde « quelle n'entendait pas la voix la plus forte, « quoiqu'on appliquât la bouche à son oreille:
cette infirmité s'était déclarée à la suite de quelques ulcères à la gorge. .…
« Le 25 janvier, je pratiquai l'opération à l'oreille gauche, et à peine fut-elle terminée, qu'elle put entendre, à plusieurs pieds de distance, les battemens de la montre qu'il fallait, avant l'opération, placer entre ses dents, pour qu'elle püt les distinguer. Le lendemain , je fis l'opération de l’autre côté, en présence de M. Itocker, apothicaire de l'hôpital, et de plusieurs autres personnes de l'art qui connaissaient la cause de la surdité. L’oreille déjà opérée ayant été fermée exprès, et l'opération faite, l'expérience de la montre fut répétée avec le même succès que la veille... Chez cette femme, ajoute M. Cooper, le sens de l'ouie fut entièrement rétabli, et n'a plus souffert d'altération. »
Voilà, il faut en convenir, une opération qui
honore tout à la fois et la chirurgie et l’opérateur. Dans le cas dont il s’agit, on ne put révoquer en doute l'occlusion de la trompe d'Eustache, puisque la surdité absolue à été la suite immédiate des ulcères à la gorge. Ce cas est du petit nombre de ceux où il est permis de tenter la perforation de la membrane du tympan; cependant je ne pense pas que désormais on doive pratiquer, de prime-abord, cette opération. On peut, et l'on doit préalablement essayer de réta-
blir l'organe de l’ouïe dans son état primitif, en r'ouvrant les trompes d'Eustache , à la faveur du procédé que je décrirai dans le paragraphe premier de la troisième section.
Le
[Ce
Le
LCe
Le
[Ce
Le
çc
OBS. 3.© « J’eus occasion de voir, dans le courant du mois dernier, un homme qui avait recu un coup violent à la tête. IL éprouvait tous les signes de la commotion, et une hémorrhagie considérable avait lieu par les deux oreilles, avec surdité complète. Les accidens, suite de la commotion, se dissipèrent en peu de jours; mais la surdité continuait. Je nettoyai avec soin le conduit auditif du sang qui le remplissait, mais sans succès. Soupconnant alors que le tympan pouvait être rempli de sang, ce qui obstruait la trompe d'Eustache, je donnai un coup de trocart à la membrane du tympan; la pointe de l'instrument était rouge quand je la retirai, et je vis chaque jour un mélange de sang noir et de matière cérumineuse, sécouler par l'ouverture que j'avais faite. Cet écoulement dura dix jours, au bout desquels l'oreille avait parfaitement repris ses fonctions. »
La ponction de la membrane du tambour n’a
réussi, dans cette circonstance, que parce que le sang conservait encore un peu de sa liquidité; si cette humeur se fût concrétée, comme cela arrive ordinairement lorsqu'elle estenstagnation,
l'opération eût été mfructueuse, excepté cependant qu'on eût fait concourir les injections, comme M. Itard les a employées avec tant de succès sur le jeune Dietz, sourd-muet.
Dans le cas rapporté par M. Cooper, les injections par la trompe d'Eustache auront, sur la perforation de la membrane, le double avantage de débarrasser plus sûrement l'organe de l’oute, et de le laisser intact. Cette assertion sera par des faits.
OBS. 4.° « M. Rooun de C., dit M. Cooper, « consulta le docteur Baillie pour son fils âgé « de dix-sept ans, affecté, depuis sa naissance, « de surdité, ce qui le rendait incapable de rien « apprendre. Le docteur Baillie s'étant assuré « que le nerf auditif n'était EL affecté, me « l'adressa.
« Je reconnus que la maladie du jeune Rue « provenait d'une disposition contre nature de « l'arrière-bouche, et que, chez lui, l'ouverture « des trompes d'Eustache"n'existait pas (r). Les « nerfs auditifs étaient sains, car il pouvait en- « tendre les battemens d’une montre placée sur « le côté de la tête ; il n'avait jamais ressenti de « vertiges ni d'étourdissemens. Je conseillai l’o- « pération, à laquelle il se soumit volontiers. « Au moment où la membrane fut percée, et
(1) I serait à désirer que M. Cooper eût dit comment il s'était assuré de ce fait.
« quil fut permis à l'air de pénétrer dans le « tympan, une nouvelle existence sembla l'ani- « mer; la confusion du nombre infini de sons « qui vinrent à la fois frapper son oreille, pro- « duisit chez lui une telle sensation, qu'il s’é- « vanouit. Cet état dura environ deux minutes, « après lesquelles il voulut qu'on lui fit l'opé- « ration de l’autre côté; ce qui fut pratiqué avec « le même succès et sans qu'il éprouvât cepen- « dant le même étourdissement que la première « fois. Deux mois après, j'aiappris avec un grand « plaisir qu'il n'avait éprouvé aucune rechute ni « aucun inconvénient à la suite de l'opération. »
M. Cooper me paraît trop vague dans l'exposition des causes de Ja surdité ; il n’en caractérise aucune, du moins dans la traduction qui se trouve dans la Bibliothèque germanique.
Si, dans le sujet de la dernière observation, la surdité avait pour cause une disposition contre nature de Flarrière-bouche, et si chez lui l’ouverture des troinpes n'existait pas, alors la perforation de la membrane du tympan était le seul moyen à tenter.
M. Michaélis écrit à M. Hunold, qu'il a rendu l’ouïe à une dame, en pratiquant, sans la moindre douleur, la perforation de la membrane du tympan, selon la méthode de Cooper. M. Hunold, d’après l’assertion de M. Michaélis, se détermina à tenter la même opération.
GI
Os. 1."°« Une femme, âgée de quarante-cinq « ans, était sourde depuis dix ans, à la suited’une « violente inflammation des oreilles , occasion « née par un grand refroidissement ; elle n’en- « tendait plus du tout de l'oreille droite, et n’en- « tendait qu'à peine de la gauche. M. Hunold « perca la membrane à la partie inférieure et in- « terne (de l'oreille droite sans doute). A l'ins- « tant l'opérée entendit tout ce qu'on lui disait, « et assura n'avoir éprouvé aucune douleur, « mais seulement un bruit de craquement qui « s'était fait sentir par la perforation. »
Il y a apparence que dans ce cas la trompe d'Eustache droite était close par une cicatrice , résultat de l’inflammation et de l’ulcération. La perforation de la membrane du tympan, étant alors le moyen reconnu le plus avantageux pour rendre l'ouiïe, on a dû l'employer.
Cette opération n'était nullement nécessaire du côté gauche, puisque la trompe n'était pas bouchée, ou qu'elle ne l'était qu'imparfaitement. Les injections telles que nous les proposons auraient pu être employées avec succès, la surdité de ce côté provenant sans doute de quelque embarras dans la trompe d'Eustache.
OBS. 2.02 « Un homme, absolument sourd de « l'oreille droite, et qui entendait peu de la gau- « che, avait eu l'ouïe bonne jusqu'à l’âge de « vingt ans. Se baignant un jour d'été, il cow-
« menca par folâtrer avec ses camarades, et finit « par se battre. Au milieu de cette rixe, et « ayanttrès chaud, il tomba la tête la première « dans la rivière, de dessus une hauteur qui la « bordait. On le retira aussitôt sans signe de vie ; « après beaucoup de soins il revint à lui, mais il « resta sourd, malgré l'usage de beaucoup de « médicamens indiqués contre la surdité qui était « due aurefroidissement subit qu'il avait éprou- « vé en tombant dans l'eau. La perforation « de La membrane lui a rendu l'ouie. »
M. Hunold attribue cette surdité au refroidissement subit que le malade a éprouvé en tombant dans l’eau; mais la surdité, dans cette circonstance, nest que l'effet secondaire du refroidissement, en supposant que ce soit là la cause originelle de la surdité. Quel serait donc l'effet primitif du refroidissement que ce jeune homme a éprouvé, et qui, selon M. Hunold , a été suivi de la surdité? ce ne pourrait étre que la Fat des nerfs acoustiques. Or, la perforation de la membrane du tympan ne peut faire recouvrer l’ouïe, lorsque la lésion de ce sens re connaît pour cause la paralysie des nerfs ne S tifs. Je suis bien éloigné de penser que M. Hunold en impose sur Îles vraies suites de l'opération qu'il a pratiquée dans ce cas , mais Je crois qu'il s'est mépris sur la cause de cette surdité. Le jeune homme a été précipité, la tête la pre-
rnière, dans la rivière ; on l’a retiré dans l'instant même sans signe de vie, il n'est revenu qu'après beaucoup de soins. Qui ne voit pas à l'effet d’une violente commotion de la masse cérébrale, occasionnée par la chute sur la tête contre quelque corps résistant; et la surdité qui s’en est suivie, une conséquence de l'épanchement sanguin ou lymphathique qui se sera fait dans la caisse du tambour et la trompe d'Eustache (1 }?
O8s. 3."€ « Une femme, âgée de soixante-trois « ans, sourde depuis trente ans, par suite des « soufllets que lui avait donnés son mari, du « moins d'après sa déclaration, n’entendait plus « d'aucune oreille, ce qui détermina à les opé- « pérer toutes les deux sur-le-champ. Cette fem- « me recouvra parfaitement l'ouïe de l'oreille « gauche, et imparfaitement de la droite , répé- « tant mot à mot toutes les questions qu on lui « faisait. »
« L'auteur, dit le journaliste , a fait environ « cent autres opérations, dont les deux tiers avec « succès (2). »
Quand on exagère ainsi les succès, on perd le droit d'être cru sur parole , et on ôte le courage et la volonté à celui qui aurait envie de discuter les faits qu'on allègue.
(x) L'auteur ne dit pas qu'il se soit échappé aucun fluide à travers l’ouverture artificielle, (2) Journal de méd. chirurg. pharm, fév. 1793.
M. Celliez, docteur médecin, a fait cette opération sur une femme âgée de cinquante-neuf ans, sourde depuis vingt-deux ans, à la suite d'une maladie aiguë. La malade, d’après la remarque de l'auteur de l'observation, avait été toujours sujette aux fluxions catarrhales, particulièrement aux fluxions de ce genre à la tête.
« L'examen serupuleux des oreilles m'ayant « assuré, dit M. Celliez, que la surdité dépen- « dait de l'occlusion de la trompe d'Eustache, je « pensai que c'était le cas de pratiquer l’opéra- « tion que conseille M. Cooper.
« Le quatorze vendémiaire dernier, la malade « convenablement située, je pris un trocart lé- « gèrement courbe, d'environ quinze millimè- « tres de diamètre , et dont la pointe dépassait « la canule d'environ trente. Je le plongeai dans « la membrane du tympan, tout près de son « bord inférieur et antérieur : à peine futl re- « tiré, que la malade s'écria : j'entends! Elle resta « quelque temps, comme stupéfaite et immo- « bile. Lui ayant demandé à voix ordinaire, si je « Jui avais fait mal, elle me répondit que non, « et me pria de piles plus bas. Après quelqués « instans de repos, je lui perforai l'autre tympan; « elle put, 1 immédiatement après, entendre tout « cequ'on lui disait, mais le bruit l'incommodait « un peu, et elle ne prêétait qu'avec peine l’atten- « tion nécessaire pour comprendre un discours « ou une phrase un peu longue.
« Je pratique l'opération à l'endroit indiqué par M. Cooper, pour éviter de toucher le manche du marteau, mais plus encore, dit M. Celliez, pour que l'air atmosphérique acquière, en parcourant les circonvolutions du conduit auditif externe, une température plus analogue à celle de l'oreille; car, continue l'observateur, si l'air atmosphérique est introduit directement dans le labyrinthe (1), il sera bientôt raréfié par la chaleur de l'organe, ensuite déplacé par une nouvelle colonne d'air plus dense ; ce qui devra établir une espèce de courant, qui causera nécessairement beaucoup de douleur. Enfin ce lieu me parait devoir être choisi pour la perforation, afin d'éviter la lésion des vaisseaux et des nerfs tympaniques; car, quoique je n1gnore pas que celte lésion n'est pas ordinairement suivie d'accidens graves, je pense qu'une hémorrhagie, quelque légère qu'on lasuppose, peut fournir un caillot suffisant pour obstruer l'ouverture pratiquée au tympan; et la déchirure incomplète d'un filet nerveux ne peut-
(1) L’auteur fait erreur; Pair, dans l’état sain ne
pénètre point dans le labyrinthe ; les fenêtres rondes et ovales sont fermées hermétiquement et interdisent tout accès à ce fluide : le labyrinthe est rempli par la lymphe de Cotuni. M. Celliez a sans doute entendu parler de la caisse du tambour et des cellules mastoidiennes.
« elle pas occasionner des douleurs qu'il est pru- « dent d'éviter (1)? »
Si M. Celliez n’eût pas eu d'autres données pour reconnaitre l'obturation des trompes d'Eustache, que l'examen de l'oreille externe, quelque scrupuleux qu'on suppose cet examen, il eût tout donné au hasard.
La malade de M. Celliez est devenue sourde à la suite d’une maladie aiguë. Quelle était cette maladie? c'est ce qu'on ne dit pas; mais l'observateur ajoute que la malade était toujours sujette aux fluxions catarrhales à la tête. Cette indisposition habituelle était sans doute la cause principale de l'occlusion ou de l’obstructiondes trompes d'Eustache chez cette femme.
M. Celliez, pour éviter que l'ouverture pratiquée à la membrane du tympan ne se fermût, comme il arrive souvent , a jugé convenable de se servir d'un trocart d’un diamètre beaucoup plus grand que celui de l'instrument de M. Cooper. J'ai fait remarquer les accidens qui pouvaient résulter de l'usage de ce trocart. Je terminerai ce paragraphe par les corroilaires suivans :
1.9 La perforation de la membrane du tympan est la seule opération qui convienne dans le cas où cette cloison est cartilagineuse ou ossifiée, ou que le reste de l'organe est sain.
(1) Journal de médecine , brumaire an x.
2.0 Elle sera employée avec succès, dans limperforation de la trompe d'Eustache, lorsqu'il est impossible de surmon'er cet obstacle par les moyens qui seront indiqués et décrits plus bas; lorsqu'il y a un vice de conformation, un gonflement chronique, ou un polype dans les narines.
3.9 Cette opération est insuffisante , lorsque la caisse du tambour est obstruce par des matières qui s'y sont épaissies au point de ne pouvoir s écouler par l'ouverture artificielle.
4.° Elle sera vaine quand la surdité dépendra de la paralysie des nerfs acoustiques.
5.9 Elle le sera également dans les cas de surdité qui procède des affections catarrhales et des irritations nerveuses.
6.9 Quand la surdité vient à la suite des fièvres adynamiques , ataxiques et que la trompe d'Eustache est libre, cette opération sera sans effet.
7.° Enfin cette opération, les deux premiers cas exccptés, doit être rejetée du traitement de la surdité.