‹ Essai sur les maladies du cœur chez les enfantsChapitre 11 sur 23 · DE L ENDOCARDITE CHEZ LE FOETUS ET LE NOUVEAU-NÉ · texte numérisé non relu

DE L ENDOCARDITE CHEZ LE FOETUS ET LE NOUVEAU-NÉ

Dans une communication verbale laite tout dernièrement à la Société des médecins de Dresde, Rauchfous, de Saint- Pétersbourg, déclarait avoir rencontré, depuis quelques années, plus de 300 endocardites fœtales. En précisant ces chiffres, il rapportait au cœur droit le siège infiniment plus fréquent de ceslésions, qu'il aurait trouvées 192 fois à droite et 15 fois seulement dans le cœur gauche.

Friedreich et Eorster, qui ont tous deux depuis bien longtemps signalé l'endocardite fœtale comme plus fréquente dans le cœur droit, n'avaient pas eu, nous le pensons du moins, des chiffres aussi imposants' à citer.

L'explication donnée par ces auteurs, qui regardent la pression exercée par le sang sur les valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire, peut être défendue justement à cause du mode spécial de circulation chez le fœtus.

Quoi qu'il en soit de la cause de ces lésions et de leur localisation, il est évident que les lésions congénitales de l'artère pulmonaire sont plus communes que celles de l'orifice auriculo-ventriculaire. Il est cependant assez fréquent de trouver, soit chez le fœtus, soit chez le nouveau- né, de petites productions molles, rouges, semblables à des végétations pédiculées siégeant surtout sur la valvule tricuspide, parfois sur la mi-

traie, mais bien plus rarement sur les valvules sigmoïdes de l'une ou l'autre artère.

Nous avons pu observer tout dernièrement sur deux jumeaux, morts peu après leur naissance à l'hôpital Necker, de ces sortes de végétations rouges, globuleuses, placées symétriquement sur les valvules mitrales des deux cœurs de ces enfants. Ces petites productions étaient semblables comme forme, comme volume, et même comme structure, aux petits anévrysmes du cerveau. Malgré un examen attentif fait avec notre collègue et ami M. Bouchard, nous ne parvînmes pas à saisir les vaisseaux qui arrivaient à la dilatation. Le sang contenu à l'intérieur était normal ; quant à l'enveloppe, elle paraissait formée de tissu conjonctif à cellules fusiformes, régulièrement stratifiées.

Ces sortes de végétations ne sont pas toujours remplies de sang, quoique généralement formées de tissus conjonctifs, elles apparaissent aussi sous forme de tissu muqueux ou gélatineux. On peut, d'après Friedreicb, les considérer, vu leur fréquence, comme résultant d'un état pathologique de la vie intra-utérine. On admet , en général , qu'avec les progrès de l'âge et le développement des valvules du cœur, ces petites végétations disparaissent. Sont-elles alors entraînées dans le torrent circulatoire, ou bien ne vont-elles pas, à la façon des embolies, se localiser dans tel ou tel point et former ainsi des infarctus dans les viscères : ce sont là d'importantes considérations que nous ne voulons pas approfondir ici.

Les enfants qui viennent au monde avec une endocardite, ou bien avec les vestiges de cette affection, peuvent continuer à vivre; mais, en général, ils ressentent tôt ou tard des troubles cardiaques. Ferber de Hombourg, dans sa Pathologie des maladies du cœur, fait remonter à des endocardites de

la vie intra-utérine la plupart des affections organiques et des maladies bleues dont on cherche, souvent en vain, à s'expliquer la cause.

En général, au moment de la naissance, on ne trouve pas à l'auscultation, les signes d'une affection du cœur, si l'on n'est pas conduit à examiner cet organe par la cyanose persistante sur les points périphériques du corps. Bednar rapporte cependant, dans son livre, un fait dans lequel il a pu diagnostiquer une maladie complexe du cœur chez un nouveau-né.

L'enfant en question présentait depuis sa naissance de fréquents accès de dyspnée ; il existait sur tout le corps une coloration bleue rougeâtre de la peau et les extrémités étaient froides. On entendait dans le cœur gauche un bruit systolique, et un bruit diastolique dans l'aorte; toute la région cardiaque était le siège de vibrations.

L'enfant mourut au bout de quelques jours et l'on trouva, à l'autopsie, le cœur hypertrophié, la valvule mitrale épaissie, couverte de nombreuses petites végétations; il en existait quelques-unes aussi dans le ventricule droit, près de la valvule tricuspide.

Un autre fait d'affection organique du cœur, avec végétations, chez un nouveau-né, a été rapporté par Massmann, de Berlin, dans les Monatsschrift fur Geburtskunde , 1854.

Observation XXIV.

Affection organique du cœur chez un fœtus.

Une femme de vingt-cinq ans est accouchée, il y a cinq ans, d'un enfant bien conformé.

C'était une petite fille robuste de 21 pouces et demi de long, qui fit quelques efforts inspiratoires inutiles, devint d'un bleu foncé,

particulièrement prononcé aux mains et aux pieds et sur les niem-» branes muqueuses.

Après une heure environ de tentatives pour la ranimer, l'enfant poussa un cri assez fort, la respiration eut lieu, mêlée d'un rhonchus laryngé, la cyanose du visage diminua et fut remplacée par une coloration plus rosée.

Quelques heures après la naissance, l'enfant, qui avait été mis au sein et avait teté activement, fut prise d'une hémorrhagie par le nez et par la bouche, d'ailleurs modérément abondante ; bientôt se montrèrent des accès d'asthénie durant lesquels elle restait étendue sans mouvement, la respiration était suspendue, le cyanose s'étendit à tout le corps ; l'enfant succomba dans un accès, après vingt heures d'existence.

L'autopsie eut lieu vingt-quatre heures après la mort.

La peau était d'un bleu foncé, pas d'obstruction ou d'occlusion de l'œsophage ou des vois respiratoires, qui ne contenaient qu'un peu de mucus non ensanglanté.

L'œsophage est très-injecté; les bronches, le larynx, la trachée, sont à l'état normal; les poumons sont hypérémiés et contiennent de l'air.

Dans le péricarde, une petite quantité de liquide clair et transparent. Le cœur est très-gros, les vaisseaux sont remplis et distendus. Le ventricule droit est deux fois plus volumineux que le gauche, son tissu musculaire est fort et épais ; dans les valves mitrale et triscupide, dépôts nombreux, granuleux, d'un rouge vif, 'd'une consistance gélatineuse.

Les valvules elles-mêmes sont étroites et insuffisantes, l'oreillette droite dilatée, le trou ovale et le trou de Botal ouverts. La glande thyroïde et le thymus, de volume moyen, hypérémiés. Les organes abdominaux sont également hypérémiés.

L'auteur regrette de n'avoir pas ausculté l'enfant pendant la vie.

Voici une autre observation d'endocardite de la vie intrautérine avec hémorrhagie méningée, qui amena la mort le troisième jour de la naissance. Ce fait nous a été communiqué par notre ami le docteur Hayem.

Observation XXV.

Une femme atteinte de pneumonie accouche le 28 janvier à l'IIôtel- Dieu. Son enfant meurt brusquement le troisième jour de sa naissance.

A l'autopsie, on trouve une forte congestion pulmonaire avec alélectasie de quelques lobules. Les bronches présentent aussi une congestion assez prononcée et sont remplies d'écume bronchique.

Le cœur est rempli de sang qui est même coagulé dans l'auricule droite et déjà un peu adhérent aux colonnes charnues du ventricule. On voit un boursouflement œdémateux du bord libre des valvules triscupides et des sigmoïdes de l'artère pulmonaire. Le bord libre de la valvule milrale présente une altération analogue, moins prononcée; les sigmoïdes aortiques sont parfaitement saines.

En enlevant les méninges, on voit que l'infiltration sanguine en question n'est pas liée à une altération des couches corticales.

A l'ouverture des ventricules, on trouve dans l'épaisseur des plexus choroïdes gauches un caillot sanguin très-volumineux qui est complètement retenu dans les mailles de ce plexus.

Les jugulaires internes, de même que les sinus, contiennent, dans toute leur longueur, un caillot rouge groseille qui paraît s'être formé consécutivement à l'arrêt de la circulation cérébrale, et arrive, à droite, jusque dans le tronc bronchio-céphaliquc : à gauche., il s'arrête à quelques millimètres avant ce tronc.

Vu l'âge du sujet et l'état du cœur, on peut supposer, sans aucun doute, que l'endocardite, dont le siège principal est dans le cœur droit, s'est développée pendant la vie intra-utérine.

Sous l'influence de celte affection du cœur et de la bronchite concomitante, il s'est produit une augmentation de tension dans le système veineux, ce qui a amené la congestion veineuse du foie, des reins et des veines de la tète et de l'encéphale. C'est à la rupture de ces vaisseaux dans les points indiqués des méninges qu'est due l'hémorrhagie méningée. Cette dernière lésion paraît donc être sous la dépendance de l'affection thoracique et elle explique parfaitement la mort subite.

Au microscope : congestion de tous les vaisseaux des méninges, extravasations sanguines nombreuses dans les veines; la substance nerveuse des parties blanches contient quelques corps granuleux en voie de développement.

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