HYPERTROPHIE ET DILATATION DU COEUR CHEZ L'ENFANT
Nous réunissons dans un même chapitre ces deux états pathologiques, non pas pour les confondre, mais parce qu'ils nous ont semblé coexister bien souvent chez l'enfant.
Mais avant d'entrer dans quelques détails sur ces affections, il est nécessaire de rappeler en deux mots les différences qui existent à l'état physiologique, toutes proportions gardées, entre le cœur de l'homme et celui de l'enfant.
A l'époque de la naissance, la cavité du ventricule droit est moindre que celle du ventricule gauche; mais ensuite elle acquiert rapidement une supériorité plus grande; l'épaisseur de ses parois reste cependant toujours de beaucoup inférieure à celle du ventricule gauche qui prend rapidement un développement plus considérable. Cette différence d'épaisseur qui existe chez l'adulte, entre le cœur droit et le cœur gauche, au profit de ce dernier, n'est encore que très-peu prononcée au moment de la naissance, mais elle ne tarde pas à se montrer. Elle paraît surtout très-manifeste chez les enfants entre trois et huit ans.
Cette disposition organique du cœur, importante à connaître, a été signalée pour la première fois par Guersant, qui évaluait en moyenne cette différence entre les deux cœurs, par la proportion comme 3 est à 1. — Quelquefois môme comme Zi est à 1 (1).
L'épaisseur plus grande de cette paroi ventriculaire gauche est une conséquence de la puissance motrice plus grande, nécessaire au cœur gauche chargé d'envoyer le sang jusqu'à la périphérie du corps. Mais le fait signalé par Guersant semhle s'accorder avec une période de l'enfance, où l'on remarque que le développement a plus d'activité et que, de plus, le système artériel est proportionnellement prédominant sur le système veineux (2). C'est en effet à cette époque qu'on trouve les artères à peu près égales aux veines, tandis que chez l'adulte ce sont les veines qui dépassent le volume des artères et qui tendent à augmenter de plus en plus avec l'âge.
Quoi qu'il en soit, cette épaisseur normale du ventricule gauche peut cependant être, parfois, un peu exagérée chez certains enfants, au point qu'on soit tenté de croire à l'existence d'une hypertrophie. Or, nous déclarons que l'hypertrophie primitive du cœur est un fait extrêmement rare dans l'enfance (3); aussi pensons-nous que ceux qui ont rapporté des cas d'hypertrophie de ce genre, siégeant au ventricule gauche avec conservation de la capacité naturelle de la cavité, ont pris peut-être un état normal légèrement exagéré pour un état pathologique.
Quant à l'hypertrophie consécutive, nous la croyons, au contraire, assez fréquente, comme conséquence des affections
(1) H. Roger, Sémèiotique des maladies de l'enfance, p. 154.
(2) E. Alix, Étude sur la physiologie de la première enfance. 1867, p. 53.
(3) Un cas cité par Thore (Soc. anat., t. XVII, année 1843, p. 306).
valvulaires et des orifices, et de la péricardite chronique; mais alors elle s'accompagne le plus ordinairement de dilatation.
Nous n'avons pas à entrer dans les détails de l'étiologie des hypertrophies et des dilatations. Les mêmes maladies qui amènent l'hypertrophie chez l'adulle la provoquent aussi chez l'enfant. Nous signalerons cependant la grande prédisposition du jeune âge aux affections pulmonaires et bronchiques comme cause de dilatation.
D'après MM. Rilliet et Barthez, les enfants sont beaucoup plus disposés aux dilatations du cœur qu'à l'hypertrophie, ce qui n'étonnera pas, si l'on se rappelle que l'atonie et la faiblesse sont bien souvent la conséquence des maladies de l'enfance. Un point sur lequel il serait intéressant de s'arrêter, c'est la rapidité avec laquelle se développe cette hypertrophie chez presque tous les enfants atteints de maladies du cœur; et cependant, malgré cette hypertrophie, la marche de ces maladies est parfois si rapide dans la jeunesse, qu'elle ne laisse pas à la compensation un temps suffisant pour s'établir.
D'après une observation publiée dans Y Union médicale et recueillie dans le service de M. Guersant, à l'hôpital des Enfants, en 18A7, on peut voir toute la gravité qu'offrent parfois les affections du cœur dans l'enfance : elle fournit aussi la preuve de l'intensité qu'acquièrent, à cette époque de la vie, les complications diverses qui surviennent dans le cours des affections du cœur, et en particulier les épanchements séreux. Enlin elle témoigne de la rapidité avec laquelle se développe l'hypertrophie, à la suite des affections rhumatismales qui ont porté sur l'organe central de la circulation.