CHAPITRE TI
Notions anatomiques ct physiologiques pendant ice xvW, xvW ct xvin® siècles. — [Influence de Ja découverte de Harvey, — Découvértes sur la véritable position, la &gure, la conformation intéricure, la structure etles nerfs du cœur,
LA
Nous avons vu qu'après Erasistrate on avait cessé
d'étudier l'anatomie sur des cadavres humains et que
Galien lui-même n’a disséqué que des animaux, De
À là vient qu'un grand nombre d'erreurs s'étaient glissées dans ses écrits, en particulier dans ce qui concerne
la position, la forme, la texture et la conformation
intérieure du cœur. Tout le monde sait que ses théo-
ries firent, pendant très longtemps, autorité dans toutes
les écoles., Quelques savants constataient bien de
temps en temps des inexactitudes maniféstes, mais ils
SO revenaient toujours, pour la plupart, à l'opinion admise, et il faut arriver jusqu'à Vésale pour trouver une protestation énergique contre les descriptions erronées du médecin de Pergame. Encore celui-ci conserva-t-il par la suite d’illustres et nombreux partisans.
Situation du cœur. — Cette question qui, de nos jours a une si grande importance, devait moins préoccuper les auteurs à une époque où l’on ignorait la percussion et l’auscultation. Elle présentait cependant de l'intérêt au point de vue des collections liquides du péricarde. Galien avait placé le cœur au milieu du thorax, bien que, paraît-il, Archigène l’eût fait déborder à gauche. Telle était aussi l'opinion de Celse, mais la phrase où il l'expose est très brève et peu explicite. Guillaume de Salicet et Bérenger de Carpi admirent bien que Galien s'était trompé, mais ce n'est qu’au xv1° siècle que la chose fut définitivement établie. Dans son anatomie faite en collaboration avec Etienne Rivière, Charles Etienne démontra que le cœur est placé obliquement et qu'il est dirigé du milieu de la poitrine vers le côté gauche. Il signala en même temps la « dilatation pathologique des veniricules et des oreillettes ». Vésale rectifia aussi l'erreur de Galien; la direction du cœur, loin d'être verticale est plutôt transversale, c'est une pyramide dont la pointe est tournée du côté gauche. Il ajoute que dans des cas très rares, (transpositions des viscères) on a vu, au contraire, la pointe tournée vers la droite. Riolan devait, paraît-il, retrouver cette inversion pour le cœur de Marie de Mé-
dicis, et Guy-Patin décrit un cas semblable qu'il observa chez un supplicié.
Columbus et Eustachi déterminèrent beaucoup mieux que leurs devanciers la vraie situation du cœur.
Entrainés par une aveugle admiration pour Galien, Dulaurens, Cassérius, Bedloo, Vieussens et Valsava soutinrent que le cœur est comme suspendu aux vaisseaux de sa base, celle-ci est en haut, et la pointe oscille librement en bas.
Lower renouvela, au contraire, les assertions de Bérenger de Carpi, de Charles Etienne, de Vésale, de Columbus et d'Eustachi. Il montra que nor seulement le cœur débordait à gauche, mais encore que tout son bord droit était couché sur le diaphragme; Winslow confirma ses recherches.
Sénac décrit la position du cœur avec beaucoup d’exactitude et résume les opinions des différents auteurs.
Figure du cœur. — Cette question fut aussi l’objet de longues discussions. Galien avait remarqué que les deux ventricules donnent au cœur une forme conique.
Fernel dit que chez l’homme le cœur représente une pyramide dont la base est cachée par le sternum et dont la pointe, tournée en bas, atteint le mamelon gauche. Vésale admit aussi cette forme pyramidale. Peuchlin décrivit le cœur comme une sorte de cône dont les côtés ne seraient point symétriques. Duverney attribue aussi à l'organe une forme conique, mais,il fit remarquer qu’elle n’est pas également ronde dans
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# toute sa surface. Pour Winslow c'est un cône aplati sur deux côtés, arrondi à la pointe et oyalaire à la base. [ci encore la description de Sénac est exacts.
Conformation intérieure. — Les anciens avaient depuis fort longtemps connaissance des deux ventricules et des deux oreillettes. Depuis Diogène d’Apollonie, Aristote et surtout Hérophile, ils connaissaient les gros vaisseaux situés à la base. Nous avons vu que Galien avait, par ses recherches, donné un grand développement à ces connaissances. Il avait entre autres choses réfuté Aristote qui comptait trois ventricules dans le cœur, ce qui n'existe que chez les poissons. Malgré cela Achillini, Fortunius, Liceti, Nicolas Massa reprirent l'opinion d’Aristote. Westingius admet que le ventricule droit est presque séparé en deux parties par une mince cloison qui forme ainsi deux cavités secondaires. Enfin Kerkingius assura avoir trouvé trois ventricules au cœur d'un homme qu'il avait disséqué.
L'os du cœur qu'Aristote avait le premier décrit eut aussi une fortune brillante. Galien l'avait vu dans le cœur d'un éléphant ; les Arabes firent de cet os du cœur de l'éléphant une puissante panacée. Coïter, Riolan, Bartholin, Sénac et même plus tard Haller parlèrent aussi de petits osselets qu'ils âuraient retrouvé dans le cœur de l'homme. Depuis longtemps, cependant, Vésale avait soutenu que cet os n'existait pas. Mundinus, Gabriel de Zerbis, Bérenger de Carpi qui ont fait sur d'autres viscères (utérus) des recherches
RTE ere très originales, se bornèrent pour le cœur à copier à peu près textuellement la description de Galien.
Le Vasseur établit que la paroi du ventricule droit est beaucoup plus mince que celle du gauche, et que sa capacité est beaucoup plus vaste; ïül décrivit aussi les oreillettes avec assez d’'exactitude. Mais c'est Vésale qui fit sur la structure du cœur les principales découvertes : c'est un muscle, dit-il, mais les fibres y sont plus serrées que dans les ‘autres. Il ajoute que les fibres internes marchent dans un sens opposé aux fibres externes. La surface des cavités, principalement celle des ventricules, n'est pas lisse et unie, mais raboteuse, on y trouve des dépres- “sions etdes sailliss; les piliers naissent tout près de la pointe. Sa description des oreillettes est très bonne, il - énumère les vaisseaux qui s'y terminent, et décrit trois ‘ sartes de fibres à directions différentes dont elles sont formées. Ce qu'il dit des valvules mitrale et tricuspide est exact aussi, bien qu’ un peu court.
Pendant près d'un siècle on négligea de faire sur le cœur de nouvelles recherches. La description qu’en ‘donne Riolan est assez bonne, mais il l’a gâtée par ‘des théories tirées d'Aristote ; il dit cependant que le ventriculé gauche est trois fois plus sn que le droit. FE * Eustachi a bien ‘étudié le cœur, il a exactement décrit: la valvule placée à l'embouchure de là veine cave inférieure, et qui porte son nom, et le trou de Botal: Ses recherches ne parurent que fort longtemps | après sa mort grâce au zèle de Lancisi.