CHAPITRE IV
Connaissances des médecins des xve, xvi° et xvue siècles sur les maladies du cœur, — Tout se borne à des découvertes d’autopsie et à des observations de lésions qu’on diagnostique seulement post mortem. : d
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La même cause qui fit faire à l'anatomie du cœur de si grands progrès, c'est-à-dire la pratique des autopsies, donna à l'étude des maladies de ce viscére un élan remarquable. Mais nous devons remarquer que les matériaux ainsi acquis ne seront w/ilisés que plus lard par la clinique, grâce aux travaux de Vieussens, de Lancisi et de Sénac. Jusqu'à ces illustres médecins, en effet, les cas d'affections cardiaques ne sont constatés que sur des cadavres; le diagnostic n’est pas porté . du vivant du malade.
Commençons par le péricarde. L'hydropisie de cette séreuse était déjà de connaissance ancienne, puis-
TE D pe qu'Erasistrate l'avait signalée chez l’homme et Galien chez les animaux. À mesure qu'on se rapproche du xvu* siècle, les exemples se multiplient. L'épaississement inflammatoire du péricarde, qui répond à notre péricardite sèche, signalé aussi par les deux mêmes auteurs, sera également l'objet de nombreuses observations. |
Salius Diversus publie un cas de péricardite assez mal décrit, et provenant d'une tumeur phlegmoneuse du médiastin. Guarinoni observe que dans les cas de pleurésie et de pneumonie, on retrouve souvent une humeur viciée dans le péricarde. Willis fait remarquer que cette péricardite s'explique facilement par l'engorgement des oreillettes et des ventricules. Rondelet, qui dit en avoir vu quelques exemples, ajoute que le malade a ressenti une violente douleur à la région précordiale, la respiration était difficile, mais pas autant cependant que dans la péripneumonie. Salius Diversus appelle l'attention sur la soif ardente qui tourmente le patient, 1l parle aussi d'une violente douleur précordiale et mentionne en outre une petite toux sèche.
Tous ces symptômes se retrouvent dans les observations de Zacutus Lusitanus et de Fabrice de Hilden. La péricardite observée par ce dernier auteur résultait d'une chute avec contusions de la région précordiale. Le malade, qui était un paysan, fut pris d'une violente fièvre avec délire, dyspnée, soif ardente et tendance continuelle à la syncope. Le péricarde fut trouvé rempli de pus.
La symphise cardiaque est signalée par Vésale et
surtout par Lower. Chez ce dernier, il S'’agit d’une vieille femme mélancolique qui fut prise de défaillances et de syncopes; le pouls était petit et irrégulier, il y avait douleur à la région précordiale.
Dans un cas de Lindenus, le malade étouffait et était bleuâtre.
Enfin Cardan, Spigelius, Benivieni. ont publié des faits prouvant que les blessures du péricarde, même avec fistule, ne sont pas toujours mortelles. Cette opinion avait déjà été soutenue par Galien.
La première relation bien nette d'affection proprement dite du cœur (abcès) est due à Benivieni, la seconde a été publiée par Curnax. le cas avait été vu par les médecins de Vienne. Peu d'années après, Massa en fournit une troisième plus exacte que les deux premières.
Peu à peu les observations se multiplient.
Les auteurs de la renaissance et du xvu° siècle distinguaient : ;
1° Des excroissances charnues sur la face externe du Cœur.
2° Des concrétions osseuses ou pierreuses dont Réaldus Columbus dit avoir trouvé un exemple dans le cœur du cardinal de Gambara. Rivière en vit un autre chez un soldat, et Fabrice de Hilden en fournit aussi une observation. Les recherches faites à ce sujet sont assez bien résumées dans l'ouvrage de Winkler « in calce dissertatio de vasorum corporis humani ». Casaubon, le célèbre médecin de Montpellier, dit qu'il
La
RME, LEA a trouvé parfois cette anomalie sur les cadavres qu'il a disséqués.
Dans son traité de Mo’bis pecloris, Laurentius Bellinus dit : « Vidimus lapidem ad natum ramis coronariis majoribus qua dextrum a sinistro ventriculo dirimunt. » Peuchlin parle de concrétions calcaires qu'il appelle tofi, il en aurait vu à l'origine de l'aorte et de l'artère pulmonaire. Dans le Sepulchretum de Bonnet, il est dit que Drelincourt trouva sur un sujet l'artère hépatique toute crétacée et l'artère coronaire devenue entièrement pierreuse. Dans sa Disputatio de circulalione sanguinis in corde, Thébésius dit qu'il a vu les coronaires « ad cuspidem decurrentes, hic illic ex parte osseos ». Crellius rapporte un cas analogue : « de arteria coronaria cordis instar ossis indurata. » Plus tard, enfin, Morgagni et Sénac, tout en faisant remarquer qu'il s’agit le plus souvent de dégénérescence crétacée, admirent encore comme possible l'ossification du cœur.
Nous aurions pu multiplier les exemples relatés par les auteurs, il s'agit la plupart du temps de‘crétifications de la coronaire et de l'aorte qui sont, en effet, souvent frappées d'athérome.
3" Des excroissances charnues internes dont Lower a observé quelques exemples ainsi que Westingius.
4 Des inflammations signalées par Cornelius Gama dans les fièvres.hémitrées; Houllier, Duret, Kerkingius en citent quelques:cas; Budeus.en rapporte un: autre chez un enfanttgaleux. Nicolas Massa, Tulpius,
Se Ts Cornax, rapportent des observations d'abcès du cœur.
5° La présence de poils à la surface du cœur. Cette croyance au cœur recouvert de poils remonte très loin. Valérius, dans son livre sur les actions et les paroles mémorables, parle d'un certain Aristomène qu'on embauma probablement, et dont le cœur était recow vert de duvet. Plutarque raconte que Xerxès fit ouvrir la poitrine de Léonidas, mort aux Thermopyles, et que le cœur du héros Lacédémonien était pourvu de poils abondants (Parallèles). Pausanias rapporte la même particularité pour Lysandre qui fut tué au siège de Haliarte.. |
Morgagni remarque que ces faits sont bien légendaires et que tous les historiens ne les rapportent point. Ils ne s'accordent guère, ‘dit-il, avec les idées des anciens sur l'ouverture des cadavres qui était entièrement prohibée pour des motifs religieux et des superstitions populaires. L
Moreti (apud Moretum var., lect., l. XIT, Benivieni (bid.), Amatus Lusitanus (cent. 6, curat. med. 65), en citent des exemples. Scultet disséqua, paraît-il, dans l'amphithéâtre de Pavie, un jeune - homme qui présentait cette anomalie. Elle était regardée comme l'indice d'un grand courage, aussi l'historien Nonus dit que les guerriers Sabins avaient le cœur “chevelu.
6° La dilatation du cœur. Bérenger de Carpi, dans, ses commentaires sur Mundinus, Achillini, et surtout
Le Ce Charles Etienne signalèrent la dilatation considérable dont peut être atteint le cœur. On la trouve plusieurs fois citée dans Vésale, dans Réaldus Columbus, Fallope, et aussi dans Duret. Cette lésion du Cœur semble donc être bien connue dès le xvi° siècle.
7° Enfin les fameux polypes, qui le plus souvent, ainsi que le rémarquent Lancisi et Senac, n'étaient que des caïillots agoniques.
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CHAPITRE V y Caractère particulier de cette période. — Diagnostic des affections Ci k . cardiaques fait sur le vivant. — Séparation de ces affections d'avec Pasthme et V'hydrothorax : 7: Analyse des traités de Vieussens,; Lancisi et Sénae,. Done RSS pe 2 f L - Es # C2 DER REA VIEUSSENS.
Avec Vieussens nous sortons enfin de cette période pe riche en faits cliniques intéressants. et en autopsies curieuses, mais Où toutes les observations.sont isolées, sans lien, sans ensemble ; nous allons assister main- . tenant à leur synthèse. Grâce à la découverte de Harvey, l'anatomie et la physiologie ont fait, nous l'avons vu, assez de progrès pour que l'on trouve autre chose que des curiosités cliniques ou des surprises d’ autopsie. Les travaux sur le cœur, du napolitain Borelli et du florentin Bellini, n'ont pas encore, il est vrai, une a Quantin. )
grande importance, mais il en va tout autrement de l'ouvrage de Vieussens et surtout des deux traités de Lancisi.
Raymond Vieussens naquit en 1641 dans un village du Rouergue, il étudia la médecine à Montpellier et s'y établit. Sa grande réputation le fit appeler à la cour par Mademoiselle de Montpensier qui le prit comme médecin. À la mort de cette princesse 1l revint à Montpellier et reprit sa place de médecin de l'hôpital Saint-Eloy. Il ne tarda pas à devenir l'un des principaux professeurs de la célèbre faculté qu'il honora orandement par ses travaux. Il mourut en 1714.
Dans tous ses écrits, on remarque une aversion prononcée pour les doctrines Cartésiennes et pour le système de Sylvius. Il était plutôt partisan des anciens mais il sut cependant s'inspirer des idées nouvelles, comme il apparaît dans ses remarquables études sur le cœur, sur la structure du cerveau, etc... Sans doute il a commis des erreurs (ouverture des coronaires dans les ventricules, vaisseaux neuro-lymphatiques et gastro-cystiques, fausse position du cœur,) emporté qu'il était par son système des ferments, mais il n'en a pas moins fait du centre circulatoire un examen plus approfondi qu'on ne l'avait fait avant lui. Il en a fort bien décrit les vaisseaux et les nerfs ainsi que la disposition des plans charnus. Tous les anatomistes ont rendu justice à sa description des cavités cardiaques.
Vieussens eut l'honneur d'ouvrir une voie nouvelle. timidement peut-être, et d'une façon encore étriquée,
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or mais On ne peut cependant nier qu'il ait été un des principaux précurseurs de Corvisart et de Laennec.
La lecture de son ouvrage intitulé : Traité nouveau de la structure et des causes du mouvement naturel du cœur, paru à Toulouse en 1715, un an après sa mort, peut convaincre le lecteur de l'importance des découvertes de Vieussens. En outre des notions anatomiques, ce traité contient des considérations cliniques sur lesquelles nous croyons devoir. insister.
Dans un chapitre consacré au péricarde, nous trouvons signalée la symphise cardiaque avec toutes ses fâcheuses conséquences, Vieussens précède ici, comme on le voit, Lancisi, Meckel, Sénac, Morgagnt, Corvisart et Hope. [Il rencontra, dit-il, cette lésion chez un soldat de 35 ans. Cet homme étant en état d'ivresse était tombé à l’eau, et à la suite de ce bain forcé avait été pris de fièvre, de dyspnée, de palpitations, d’anasarque, etc. Vieussens avait incriminé le cœur, chose remarquable à cette époque où l'on rejetait tout ou à peu près sur l'hydrothorax et sur l'asthme. L’autopsie faite le 4 juin 1672 confirma son diagnostic. Ce cas dut avoir une grande influence sur la direction des rechérches de l'auteur et attirer spécialement son attention sur les affections cardiaques.
En 1673, il observe à l'hôpital de Montpellier une autre lésion du péricarde, mais celle-ci d’une nature différente : il s’agit d’une hydropisie de la séreuse (hydrops pericardii). Un enfant de 6 ans tomba tout à coup malade, sa gaieté disparut, son teint s'altéra, ses yeux s'éteignirent, son visage se cyanosa et ses
lèvres prirent une teinte bleuâtre. S'il montait un escalier, il était pris d'étouffements et de violentes palpitations : il perdit peu à peu ses forces, ses membres inférieurs se gonflèrent, son pouls prit un caractère de petitesse et d'irrégularité caractéristique. Enfin, 1l mourut d’une fièvre lente. L'autopsie fut faite le 18 février 1073 : rien dans l'abdomen; poumons agoniques, adhérents au péricarde ; ce dernier est rempli d'un liquide qui a l'aspect du lait ; le cœur est molasse, flétri; petit polype dans le ventricule droit. « Cette observation, dit Vieussens, ne me fut pas inutile plustard pour reconnaître une hydropisie du péricarde. »
En 1675, pendant son séjour à Paris, il observa un autre cas intéressant. Il fut appelé pour voir un enfant de 6 ans qu'il jugea être atteint « d'un tempérament pituiteux et mélancolique », son teint était blafard, ses yeux assez vifs, ses extrémités froides, sa respiration gênée ; il étouffait, quand il montait un escalier, le pouls était petit et très fréquent. Les traitements employés avaient été impuissants. On avait attribué tous les accidents à une affection vermineuse, Vieussens diagnostique une hydropisie du péricarde. Dany son collègue crut à une maladie de foie, et Chycoyneau, chancelier de l'université de Montpellier, en fit une maladie combinée du foie et du thorax; le céièbre Barbeyrac se rangea à l'avis de Vieussens.
Autopsie le 26 avril 1676 : rien à l'abdomen ; hydropisie jaunâtre de la plèvre gauche; dans le péricarde liquide abondant et d'apparence laiteuse. Le diagnostic de Vieussens se trouvait ici encore confirmé.
Le fait suivant peut être aussi regardé comme un exemple d'hydropisie du péricarde. Il s’agit d’un homme de 35 ans, d'un tempérament mélancolique, atteint depuis quatre mois d’une dyspnée sans cesse grandissante et qui l'empêchait de dormir. Le teint était blafard, le visage cyanosé,.les jambes gonflées, le pouls faible et fréquent. Vieussens porta le diagnostic : collection séreuse dans le péricarde, pleurésie sèche à gauche. Il trouva à l'autopsie deux pintes d'un liquide séreux dans le péricarde, ce liquide se prit comme une gelée au bout de deux heures: le cœur était rugueux, le ventricule droit contenait un très gros polype ; rien d’anormal dans l'abdomen.
Dans son xn° chapitre, de structura et superficie interna ventriculi sinistri se trouvent relatés deux faits intéressants, concernant les malformations ventriculaires.
La première observation à trait à un réfrécissement milral avec dilatation du cœur droit. On amène à l'hôpital de Montpellier un pharmacien, âgé de 30 ans, bien portant jusqu'alors, mais qui, depuis trois mois, est atteint de dyspnée et d'æœdème des membres inférieurs; sa respiration est très gênée, il est obligé de rester sur son séant dans sonlit. Le cœur ébranle fortement les parois thoraciques ; le pouls est petit, fré-
quent, irréguler ; son teint est blafard ; les jambes et les cuisses sont gonflées. Vieussens diagnostique une ‘affection cardiaque d'une nature inconnue. A l’autopsie, on trouva un hydrothorax et un hydropéricarde, les poumons œdématiés, les vaisseaux coronaires dilatés,
ë — 62 — le cœur droit et l'oreillette gauche très dilatés aussi et leurs parois épaissies ; l'orifice mitral était très rétréci.
Vieussens a bien décrit les conséquences de ce rétrécissement sur la circulalion, ce qui ajoute encore beaucoup à son mérite étant donnée l'époque à laquelle il vivait.
La deuxième observation se rapporte à une ossification de l'aorte avec insuffisance de l'orifice aortique. Vieussens soutient contre quelques anatomistes que cette ossitication est toujours un fait pathologique. Il s’agit d’un épileptique qui entra à l'hôpital au milieu d'une violente attaque. Cet accès terminé, Vieussens examina l'état général du malade. Il trouva un teint cyanosé, un pouls fréquent, /rès dur, irrégulier et bondissant : « Je n'avais jamais, dit Vieussens, vu de pouls de cette sorte. Le patient lui raconta qu'il ne pouvait dormir ni sur le côté ni sur le dos, il fallait qu'il eût la tête élevée. Vieussens crut à l'existence d'un gros polype dans le cœur gauche. Le malade mourut trois jours après, et à l'autopsie, on trouva un polype dans le cœur droit ; le ventricule gauche était très hypertrophié, l'aorte épaissie et ossifiée, ses valvules sygmoïdes ossifiées et insuffisantes. Vieussens conclut de ces lésions qu'au moment de la diastole, le sang devait refluer dans le ventricule gauche, il y avait un « dérèglement » de la circulation.
Vieussens précède ici d'un siècle et demi Corrigan qui, en 1832, spécialisera l'insuffisance. aortique et donnera son nom au‘pouls qui la caractérise.
Ajoutons que cettè observation reSta stérile pour
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AE PE RES la science, son auteur l'avait faite par hasard : Je n'ai, dit-il, jamais vu pareille aftection et j'espère bien n'en. jamais revoir.
Si nous résumons l'œuvre de Vieussens, nous voyons que :
Il a dégagé les affections cardiaques du groupe de l'asthme et de Fhydrothorax ;
Il a réussi à porter sur le vivant des diagnostics. exacts de lésions du cœur ;
Il a mieux fait connaître les hydropisies du péri-carde ; |
Il a reconnu et décrit le pouls dans l'insuffisance aortique;
Il a bien compris le mécanisme des troubles circulatoires dans le réfrécissement mitral; |
Enfin ses notions anatomo-pathologiques sont déjà très étendues. ;
Lancisi complétera son œuvre et lui donnera l’ampleur et le caractère de généralité qui lui manquent encore. -
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Lancisi (Jean-Marie) naquit à Rome en 1654, etl mourut dans cette même ville en 1720 comblé de biens et d’honneurs. C'était, en cflet, um des praticiens les plus célèbres et les: plus courus: de l'Italie, et le pape
| ee au Clément IX l'avait nommé son premier médecin. Ce fut un fervent adepte de l'école iatro-mécanique, fondée par Boerhaave de Leyde, et qui comptait en Italie de nombreux représentants. Professeur d’anatomie au collège de la Sapience, il eut un grand nombre d'élèves; sa riche et nombreuse clientèle l'occupa beaucoup d'autre part. Aussi n'avons-nous de lui que deux ouvrages, qui tous deux, d’ailleurs, présentent pour nous un très grand intérêt.
Nous devons ajouter que Lancisf rendit en outre un .immense service à l'anatomie en général, et à l'étude du cœur en particulier, en publiant les planches anatomiques d'Eustachi, qui par une fatalité inexplicable étaient restées dans l'oubli. depuis près d'un siècle, et dont le pape lui fit présent. Ces planches sont au nombre de quarante-sept, et la huitième représente le cœur ouvert de manière à laisser voir la valvule découverte par Eustachi, le trou auquel on à attaché à tort le nom de Botal, l'embouchure des veines coronaires, et enfin les ramifications de la veine azygos. ;
Le premier des ouvrages de Lancisi parut en 1706, avec le titre : de subilaneis morbis libri duo. 11 fut, dit-on, inspiré par l’effroi général qu'avait engendré peu auparavant une série de morts subites. L'auteur pouvait d'autant moins négliger le cœur, que déjà les progrès de la science avaient mis en lumière l’exactitude de la remarque d'Hérophile, sur la fréquence des morts rapides et même foudroyantes dues à une lésion cardiaque. D'autre part, Galien avait aussi
ER er signalé la gravité exceptionnelle des maladies qui frappent l'organe central de la circulstion.
L'un des chapitres de l'ouvrage de Lancisi est intitulé : de causis improvisarum mortuum ex dilatatione magnorum vasorum. On y trouve nombre de faits intéressants, tels que l'hypertrophie (nimis acula moles), la dilatation du cœur (anevrysma cordis), qui très souvent, dit l'auteur, amènent brusquement la mort à la suite d'un excès de table. Ainsi, un jeune homme âgé de 25 ans, dé constitution grêle, qui, était atteint de dispnée et de palpitations, mourut tout d’un coup après avoir mangé trop copieusementé A l'autopsie on trouva le cœur hypertrophié et très dilaté, surtout dans sa moitié gauche. Ceci semble indiquer une lésion aortique: l’auteur ne la signale pas, mais à cette époque on ignorait les lésions valvulaires. Très vraisemblablement, c'est là un exemple de ces morts subites si fréquentes dans l'insuffisance aortique à la suite de syncope bulbaire.
Lancisi établit la classification suivante des cas de mort subite provenant du cœur :
1° Vices de structure, tels qu'absence de cloison, ou bien non séparation des gros vaisseaux, d'origine anévrysmale ou traumatique ;
2° Tumeurs gênant le cœur : polypes, néoplasmes, excroissances osseuses ;
3° Maladies nerveuses du cœur.
L'ouvrage contient, en outre, une foule de renseignements anatomo-pathologiques intéressants. Signalons les anévrysmes, les dégénérescences graisseuses,
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to ee les végétations polypeuses au niveau des valvules. Les valvules, dit l’auteur, peuvent être cartilagineuses, ossifiées, déchiquetées, enflammées. A ce point de vue, son œuvre renferme beaucoup plus de choses intéressantes que le livre de Vieussens.
Le second traité de Lancisi ne parut qu'en 1728, huit années après la mort de son auteur. La première partie: de motucordis, contient les notions anatomiques et phvsiologiques ; la seconde : de anévrysmatibus est très importante et met en pleine lumière la fréquence des affections cardiaques avec leurs graves conséquences. C'est en même temps une invitation pressante à pratiquer de nouvelles recherches. Ainsi, quoique Lancisi se soit limité à la dilatation du cœur, nous devons cependant constater les gr2nds services rendus par lui en ouvrant en quelque sorte la carrière et en indiquant la voie à suivre.
Dans une série de propositions (fræpositiones), il révèle tout ce qu'une longue expérience lui avaitappris sur les causes, les symptômes, la marche de l'anévrysme du cœur. Çà et là, il éclaire son sujet par des remarques cliniques et par des observations intéressantes de malades qu'il a traités. Comme on le voit, nous sortons des limites tracéés par Vieussens.
Quel était le sens exact attaché par Lancisi à cette appellation : anévrysme du cœur? Il désignait ainsi les anévrysmes passifs de Corvisart, c'est-à-dire nos cas de dilatation pure et simple avec amincissement des parois.
Quant à la dilatation avec épaississement des parois (notre hypertrophie excentrique), il la distingue “de la première en ces termes : « Neque autem intelligimus hic qui molis augmento solum cavorum dilatationem
‘ sed fibrarum crassitiem et soliditatem. » Mais ilrecon-
naît que cette dilatation s'accompagne souvent d'hyper-
trophie. Cette affection, dit-il, est bien plus fréquente
que ne le pensent la plupart des médecins, et il y rattache une foule de symptômes d'une origine incertaine
auparavant, tels que angoisse précordiale (contumaces |
angores), palpitations, hydrothorax et beaucoup de morts subites.
Toutes les maladies organiques du cœur peuvent amener la dilatation; l'hérédité joue aussi un certain
--rôle. À ce propos, il cite ce cas d'une famille dans la-
quelle l'arrière-grand-père, le grand-père, le père et le fils en avaient été successivement atteints. [l invoque ensuite les malformations des différentes parties du cœur et de l'aorte signalées aussi plus tard par Laennec. Mais, pour notre auteur, ces causes ne sont
pas les plus fréquentes et il accorde plus d'importance
aux actions mécaniques. Comme telles, il cite les ossifications des artères, les insuffisances valvulaires,
les rétrécissements des orifices du çœur, les catarrhes
chroniques, l'asthme, les palpitations, les chagrins prolongés.
Comme on le voit, Lancisi s'était rendu un compte
exact des effets de l’athérome et des différentes lésions valvulaires (rétrécissement et insuffisance) et il avait
su apprécier judicieusement l'influence néfaste de cer-
taines affections respiratoires. Lors de la panique de 1706 dont nous avons parlé plus haut, un grand nombre de maladies cardiaques avaient évolué sous ses yeux, aussi, ne manque-t-il pas de faire jouer un rôle étiologique aux émotions morales, vives et prolongées. Ce facteur fut, du reste, admis plus tard par Corvisart qui dit avoir vu beaucoup de maladiès du cœur survenir à la suite des épouvantes de la période révolutionnaire dite de la terreur. Et, d’ailleurs, si ces deux auteurs ont exagéré la valeur étiologique des émotions morales, on ne saurait non plus dénier à celles-citoute influence.
Lancisi parle encore des effets désastreux que peuvent produire à la longue sur le cœur les efforts corporels immodérés. Les troubles respiratoires engendrés par le chant, par la pratique des instruments à vent aboutiraient aussi au même résultat.
Toutes ces causes agiront d'autant plus facilement que le sang sera chargé de principes plus caustiques (hypocondrie, hystérie, syphilis, chlorose, excès de table). Les personnes soumises à la goutte sont particulièrement prédisposées aux affections cardiaques ; dans certains cas on peut incriminer l’amaigrissement, l’'anémie, le typhus, le scorbut, et les affections catarrhales.
Le siège assigné par Lancisi à la dilatation est exact : les oreillettes se dilatent plus souvent que les ventricules, et de ces derniers c'est le gauche qui est le plus rarement atteint.
OA NT ETS CRT UMA A TL 1 A ci ue x < A ra i :
OMS
La mort subite est fréquente quand la vie du malade est irrégulière et débauchée.
Malgré une symptomatologie forcément fautive, notre auteur a su reconnaitre l'importance de la dilalation des veines du cou, ainsi que le pouls veineux, dont il donne une bonne explication physiologique. Il constate aussi que le pouls ne subit pas de modifications quand le cœur droit seul est atteint.
Bien qu'iatro-mécanicien déclaré, Lancisi a montré dans la thérapeutique cardiaque un éclectisme prudent, il s'en est tenu aux remèdes proposés par ses devanciers : repos, régime, purgatifs, diurétiques. Chez lui, du moins, la théorie n'a point trop influé sur la pratique.
SÉNAC a
Sénac a résumé d'une façon très complète les recherches des auteurs qui l’ont précédé. Très érudit, douéen même temps d’un esprit judicieux et clair, pas trop porté aux hypothèses, cet auteur a fait faire de grands progrès à la connaissance des maladies du cœur. Sans avoir beaucoup d'originalité, son travail a été très utile, parce qu'il y a mis en lumière et condensé méthodiquement les résultats obtenus avant lui. Il faut aussi reconnaître qu'il y a Eeaucoup ajouté de ses propres recherches. C'est ainsi qu'il a bien décrit
DETNE &
les conséquences funestes de la symphyse cardiaque ; il a insisté sur les obstacles apportés au cours du sang par les lésions valvulaires, en particulier par le rétrécissement aortique et mitral. Il a aussi rejeté dans la majorité des cas l'existence des polypes du cœur dont on avait tant abusé jusqu'alors : ce sont, dit-il, le plus souvent des productions « post inortem ». Il n'en est pas de même des concrélions fibrineuses qui sont assez fréquentes dans les oreillettes et le ventricule droit.
Il abuse bien de la dilatation avec amincissement des parois, et mentionne trop complaisamment les uicères et les abcès du cœur, mais, en revanche, il a écrit un chapitre remarquable sur les palpitalions dont il montre nettement les origines complexes. Il insiste sur ce fait que les palpitations dues à une lésion du cœur sont de beaucoup les plus dangereuses. Il mentionne celles qui proviennent d'une affection dusystème nerveux et aussi du foie et de lestomac, sur lesquelles M. le professeur Potain a ‘ait ses remarquables recherches.
Son ouvrage qui nest pas très considérable est divisé en deux parties. La première traite des affections du péricarde et du cœur, la seconde des palpitations, de la syncope et des signes de la mort ; le tout est précédé d'une anatomie et d’une physiologie du cœur.
Lésions du péricar”. — Sénac résume Willis, Lower, Vieussens et Lancisi. il décrit la péricardite, l'hydropéricarde et la symphyse du cœur. La symptomatologie de la péricardite est un peu exagérée, cette
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er.
sie
Î maladie ne se manifeste point avec une allure aussi tapageuse ; son évolution-est, au contraire, insidieuse le plus souvent. Faux pourila variété sèche, le tableau
, est plus vrai pour la péricardite avec épanchement.
Il va sans dire que, malgré les choses très intéressantes qu'on trouve dans l'ouvrage, les lésions valvulaires ne sont point diagnostiquées sur le vivant. C’est que, pour Sénac, dépourvu de la percussion-et de l’auscultation, leur reconnaissance en dehors des autopsies Ctait impossible.
Ce qui est consacré à la dilatation du cœur est en grande pagtie emprunté à Lancisi.