‹ Essai sur les maladies du cœur depuis Érasistrate jusqu'à SénacChapitre 8 sur 22 · PRONOSTIC · texte numérisé non relu

PRONOSTIC

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Tous les auteurs s'accordent pour reconnaître que la maladie cardiaque était très grave et très difficile à guérir.

Les symptômes suivants étaient considérés comme d’un très fâcheux augure : syncopes fréquentes, froncement de la peau, diarrhée, larmes involontaires, suppuration des paupières, yeux éteints, difficulté de la déglutition, perte complète de l'appétit, faiblesse excessive, vomissements fréquents et abondants, tremblement des lèvres. Cœlius fait encore remarquer que c’est très mauvais signe quand le malade mord la cuiller qu’on lui tend. Il en est de même quand les sueurs prennent des proportions inusitées, quand il survient du délire, de l’obnubilation très marquée des sens, en particulier de la vue, quand la langue se des. sèche, quand on voit se former un soulèvement à la région précordiale,

Et maintenant, quelle conclusion tirer de cet examen ? Qu'était-ce, en définitive, que le mal cardiaque? Une réponse précise nous semble bien difficile à fournir. [lest certain, nous l'avons déjà fait remarquer en

parlant des symptômes, que les anciens englobaient.

sous ce nom des états morbides très divers.

Nous allons passer en revue les conclusions de différents auteurs.

Huxham identifie le mal cardiaque avec sa fièvre lente et nerveuse. Voici en eflet ce qu'il dit du traitement : « Celsus vinum austerum quidem sed tamen tenue et meraculum suadet in morbo cardiaco, quam . febris nervosæ cum sudore colliquativo fuisse speciem reor. »

Bonnet (Sepulchretum, 1, p. 865). raconte que Zacutus Lusitanus trouva, chez un malade atteint de syncopes et présentant les symptômes du mal cardiaque, un ver dans le ventricule droit. Il ajoute qu'Alexandre de Tralles avait déjà signalé le fait, mais nous savons que pour cet auteur il s’agit de l’estomac et non du cœur comme le croyait Bonnet.

Van Swieten (Comm. in Boerhaave Aph., t. IT, p. 159), parlant des médicaments cardiaques, fait remarquer que ce mot avait un autre sens pour les anciens : « Cardiacos enim sæpe vocaverunt quibus « ventriculus et imprimis orificium ejus superius « laborabat quod cardia dixerunt ; adeoque et auxilia « huic morbo propria poterant dixi cardiaca. » Van Swieten considérait donc le mal cardiaque des anciens comme une afection de l'estomac. |

Dans leur étude sur les médecins Arabes et Juifs, Reiske et Faber (opuscula med. ex monum..Arab, et Hébræor., éd. Grüner, 1776, p. 60) disent qu'Abu Oseibach considérait le mal cardiaque des Grecs

comme une affection bilieuse cachectique, engendrée

Quantin. à

Ho

par une alcalinité exagérée des sucs. Les auteurs anglais l'assimilent à une /iévre hectique.

Hecker qui a étudié d'une façon fort remarquable un grand nombre d'épidémies modernes, a essayé d'établir un parallèle éntre le mal cardiaque des anciens ct le choléra (der englische Schweiss. Berlin, 1834, K 8, p. 186). On pourrait, dit-il pousser l'assimilation jusqu’à la swette, et il cite à ce propos Houllier : « sudor anglicus fere similis ei sudori quem cardiacum « dicebamus. » (De morbis internis, Lib. IT, fol. 60). Il ajoute que les tableaux morbides sont identiques : sueurs, altérations de la voix, dyspnée à caractère angoissant, fétidité de la transpiration signalée par Cœælius Aurelianus. Le docteur Landsberg de Breslau (in Janus, vol. IT) ‘combat cette théorie. Hecker, dit-il, ne tient pas assez compte des accidents nerveux ; on ne remarque pas dans les descriptions anciennes le coma inorlel si fréquent dans la suette.

Certains auteurs avaient pensé au rhumatisme, mais la rareté de cette maladie en Grèce et en Italie, et d'autre part, la réussite du traitement par les ablutions froides font rejeter cette idée par Hecker.

Plus tard cet auteur, à propos d'une dissertation de Seidlitz, en fait une complication cardiaque du scorbut. En effet, Seidlitz, dans un remarquable mémoire sur la péricardite hémorrhagique, publié dans les Annales de Hecker, essaye de prouver l'identité de ces deux affections. Il a dressé de leurs symptômes un tableau comparatif qui semble tout d’abord assez probant; mais on s'aperçoit bientôt qu'il n’a pas utilisé tous les

matériaux fournis par Galien, Arétée et Cœlius Aurelianus. De plus, si Hippocrate a vraisemblablement décrit le scorbut sous le nom de comme ueyador, par contre les médecins grecs qui exerçaient à Rome, n’en font pas mention. Pline l'Ancien en parle comme d'une affection que les Romains avaient connue dans leurs expéditions en Germanie, et aujourd’hui encore, il est extrêmement rare en Italie, sauf peut-être sur quelques côtes insalubres.

La comparaison avéc le choléra est plus soutenable elle s'appuie d’ailleurs sur ur texte de Cœælius : « Item « in cholericis sequitur plurimus sudor, adjecto frigido « tempore, sed in cholerica passione vomitum vehe- « mentem esse necesse est. » On retrouve dans les deux maladies la voix cassée, le pouls petit, irrégulier, la soif intense, mais les autres symptômes et la marche sont différents.

Landsberg croit que beaucoup de cas des anciens

se rapportent à des éfais anémiques graves. Nous souscrivons volontiers à cette opinion, mais l’anémie, -même très prononcée, ne saurait expliquer tous les symptômes attribués au mal cardiaque.

En résumé, nous ên revenons à notre idée première à savoir que les auteurs grecs ont confondu des affections différentes par leur nature, mais arrivées à un stade analogue et donnant lieu à des accidents assez semblables. Nous ferons remarquer, d'ailleurs, que le tableau du mal cardiaque ést loin d'être identique chez tous ces auteurs, et ce fait est encore en faveur de notre opinion. Ajoutons que ce qui a encore augmenté

ERP la confusion générale, c'est que les Grecs décrivent des affections qu'ils croyaient dues à une altération du péricarde ou du cœur, mais, sauf Asclépiade et Arétée, ils ne leur donnent point le nom de mal cardiaque. Peut-être Hippocrate a-t-1l en vue ces accidents quand ïl parle de ses Zypothymies, dans tous les cas la chose est indiscutable pour Erasistrate et Hérophile.

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