AFFECTIONS CARDIAQUES PROPREMENT : DITES
À partir des deux fondateurs de l’école d'Alexandrie, les Grecs eurent certainement sur ces affections des notions qui, si peuétendues qu'elles aientété, n’en offrent pas moins de l'intérêt. Hérophile, en effet, bien qu'il ait
principalement dirigé ses récherches du côté de l'obsté-
trique, de la chirurgie et de la névrologie, n'avait cependant pas négligé cette partie de la médecine, il avait même composé sur le pouls un traité célèbre,
mais qui a été perdu. Pline nous apprend dans quelles exagérations, il était tombé: « Il fallait, dit-il, être, selon Hérophile, musicien ou même géomètre pour s'entendre dans le pouls, pour en saisir la cadence et la mesure juste suivant l’âge et les maladies. » Ilavait parlé de la paralysie du cœur et avait fait cette remarque importante qu'elle était la cause ue grand nombre de morts subites.
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Erasistrate, qui avait si bien étudié le cœur au point de vue anatomique, né négligea pas non plus sa pathologie. Quelques-unes de ses nombreuses autopsies portent sur des hydrothorax avec hydropéricarde, d'autres sur de véritables péricardites. Nous savons à n’en pas douter, par Galien et par Cœlius Aurelianus, qu'Erasistrate avait écrit sur les maladiex du cœur, mais rien de ses travaux sur cette matière ne nous est parvenu, aucun auteur ancien n'en a donné ni fragment ni résumé.
Galien qui avait fait du mal cardiaque, comme nous l’avons dit, une affection de l'estomac, avait cependant décrit dans un curieux chapitre des inflammations et des érysipèles du cœur. Voicice chapitre, tel que nous l'avons trouvé dans la traduction de Daremberg « Notre discours s'appuie sur des principes démontrés dans d'autres traités où nous avons prouvé que le cœur est comme la source de la chaleur naturelle, et qu’il est nécessairement affecté quand l'animal doit mourir. Les principes qui régissent l'animal étant au nombre de trois (car outre le principe du cœur, nous avons démontré que l’encéphale fournit à toutes les parties de l'animal le sentiment et le mouvement, et que le foie est le principe de la faculté nutritive), la mort suit toujours les dyscrasies excessives du cœur. En effet, le cœur étant vicié, toutes les parties sont atteintes en même temps. Comme nous avons démontré que ces parties agissent par suite du bon tempérament du cœur, si ce tempérament est détruit, leurs fonctions sont nécessairement détruites, et, par conséquent, aussi
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celles de l’encéphale et du foie; mais l'abolition des fonctions de ces organes n’entraine pas celle du cœur. En effet, quand même l'animal ne conser\erait plus les fonctions de la sensibilité et de la volonté, quand même il ne se nourrirait plus, à l'exemple des animaux qui se tapissent (marmotte), on peut le croire. capable de vivre tant que le cœur n'est pas affecté. Souvent même, nous voyons un homme privé de l'intelligence et du mouvement vivre néanmoins plusieurs jours: Si, dans les grandes apoplexies, les individus succombent, c'est parce que, dans ces cas, les muscles du thorax restent paralysès par la lésion du principe supérieur. Si les deux principes n'étaient pas rattachés par la respiration, 1l nous serait possible de vivre encore étant privés du principe supérieur... S'il survient une apoplexie ou quelque autre affection assez violente pour que l’action des muscles thoraciques soit entièrement abolie. il en résulte nécessairement l'abolition de la respiration et en même temps celle du bon tempérament du cœur que suit forcément la mort de l'animal... »
Ainsi Galien avait nettement posé ce principe du cœur regardé comme « ultimum moriens » et pouvant survivre même à l’encéphale, pourvu que la respiration ne soit point supprimée. Dans le passage suivant, il établit non plus seulement les’ affections par sympathie, c'est-à-dire par altération d'un autre organe, mais bien les maladies propres du cœur : « Une affection propre du cœur provient souvent d'une dyscrasie simple, soit inégale soit égale, ou d’une
PEUR ere inflammation ou d'un érysipèle qui commence ; car l'animal ne tarde pas à mourir avant que ces affections aient grandi. Les syncopes cardiaques suivent de pareilles diathèses, comme les syncopes dues à l'orifice de l'estomac suivent les diathèses de ces parties nommées aussi par quelques-uns oropayos. Ces diathèses se produisent encore par une affection sympathique du cœur. Les diathèses des deux parties, de l'orifice de l'estomac.et du cœur, proviennent habituellement d'une seule dyscrasie violente, d'une humeur pernicieuse, parfois d'un érysipèle, d'une inflammation ou de quelque autre tumeur contre nature. Les dyscrasies légères du cœur font varier le pouls, chacune Selon sa nature. Nous en avons indiqué les différences dans notre traité sur le pouls (perdu). Quant aux dyscrasies graves, celles qui sont propres aux parties homoiomères, ne sont pas suivies d'une mort rapide; dans les dyscrasies organiques, la mort est instantanée et annoncée par des signes préalables, parmi lesquels se trouve celui-ci, indiqué par Hippocrate (Aphorisme IT, 41) : « Les personnes sujettes à des défaillances fréquentes et graves. survenant sans cause apparente, meurent subitement. » Un autre signe sont les palpitations du cœur, se produisant seules où accompagnées d'un mouvement du cœur qui semblerait s'agiter dans du liquide. » A ce sujet, Galien rapporte les observations de différents animaux chez lesquels il a trouvé ‘du liquide dans le péricarde. « Rien d'étonnant qu'il s’accumule dans la tunique qui enferme le cœur (péricarde), une quantité d'humeur telle qu'elle l'empêche
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de se dilater. En effet, en disséquant des animaux, nous avons souvent trouvé dans le péricarde une humeur abondante telle qu'elle empêche le cœur de se dilater. Un certain singe, que nos affaires ne nous avaient pas permis de disséquer, devint de jour en en jour plus maigre. Après sa mort, nous trouvâmes toutes les autres parties de son corps saines, mais dans la tunique du péricarde, il existait une tumeur contre nature, renfermant une humeur semblable à celle des hydatides. Sur un coq, nous ne trouvâmes pas d'humeur, mais dans le péricarde, il existait une tumeur squirrheuse, qui ressemblait à plusieurs membranes superposées. 11 est donc vraisemblable que chez l'homme il survient des productions de celte espèce. Nous vimes des gladiateurs manifestement atteints d’une affection du cœur, mourir de la même façon que les gens atteints de symptômes cardiaques. » Dans le paragraphe suivant, Galien montre que les traumatismes du cœur tantôt amènent immédiatement la mort, tantôt la déterminent plus lentement, par suite de l’inflammation de la région. « Si donc la blessure pénètre jusqu’à l’une des cavités du cœur, on meurt à l'instant d'un épanchement de sang, surtout quand c'est la cavité gauche qui est blessée. Si la blessure n'a pas pénétré dans la cavité, mais s'est arrêtée à la substance du cœur, on a vu des individus qui survivaient, non seulement le jour où ils avaient été blessés, mais encore la nuit suivante, la mort surve- ù nant par inflammation. Tous conservent leur raison tant qu'ils vivent, ce fait même témoignant en faveur
LEE, PU EL de la vieille croyance qui ne veut pas que l’âme naturelle se trouve dans le cœur. »
Galien dit qu'il a sauvé quelques malades par une diète débilitante et la saignée; puis, revenant sur la dyspnée cardiaque : « Du reste, dit-il, le cœur ne provoque aucune dyspnée autre que celles qui ont été citées dans le livre précédent, à propos de la dyspnée. En général, le cœur produit l'espèce de dyspnée qui rend la respiration plus grande et plus fréquente, en accélérant cette fonction et en émettant un pneuma chaud ; au contraire, s'il éprouve une réfrigération, il cause une dyspnée opposée, dans laquelle la respiration devient petite et rare. »
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