‹ Essai sur les Modifications physico-chimiques dans la genèse des granululations éosinophiles des leucocytesChapitre 13 sur 20 · LS CR · texte numérisé non relu

LS CR

globine phayocyté. Liebreicht le premier en 1913 démontre la mutation du neutrophile en éosinophile par une série d'expériences que nous relaterons brièvement, car, bien que nous ne partagions pas entièrement les conclusions formées par l’auteur, elles fournissent de précieux renseignements sur la genèse des granulations acidophiles.

On prélève, après stase veineuse de préférence, quelques centimètres cube de sang humain dans une dilution physiologique de citrate et on utilise divers procédés pour amener selon l’auteur une « demi coagulation » du sang soit en opérant avant la coagulation complète, soit en la retardant par le citrate, la somme arabique, l’hirudine, soit en la provoquant par le Ca. On centrifuge; il se forme alors une légère gelée blanche à la surface du tube, c’est dans cette couche que l’on trouve en abondance des éosinophiles et des cristaux de Charcot. Ce phénomène se produirait avec tous les sangs humains, indépendamment de leur proportion antérieure de cellules acidophiles. Il traduirait une coagulation du sang avortée, pourrait-on dire, dans laquelle les sécrétions leucocytaires, destinées à celle-ci, se transformeraient en une substance, la substance « génératrice par cristallisation des cristaux de Charcot et des grains éosinophiles.

Nous avons tenté de reproduire ces phénomènes, nous ne sommes pas arrivé à des résultats probants. L'auteur met sur le compte de la délicatesse de la technique l’irrégularité des résultats; toutefois nous

avons été frappés du fait qu’il existait une légère différence entre les polynucléaires avant et après l’opération. Ces derniers devenaient plus granuleux; mais jamais nous n’avons pu mettre en évidence chaque fois une production notable d’éosinophiles. Quelques fois seulement avec du sang antérieurement plus riche en cellules à granulations réfringentes, le microscope a révélé sur la préparation des plages entières riches en éléments caractéristiques. Les autres observateurs, qui ont aussi répété les techniques .de Liebreich, sont arrivé à un résultat identique : on ne peut provoquer une éosinophilie in vitro, qu’à partir d’un sang déjà légèrement chargé de cellules de cette catégorie (Hirsfeld. A. Hissmain).

Quand à l’hypothèse admise par Liebreich indiquant que l’éosinophilie n’était qu’une phase de la coagulation et en dépendait, elle ne nous semble pas devoir être retenue. La pellicule gélatinuse observée dans la couche leucocytaire, n’est pas une coagulation, ni un début, c’est un état colloïdal, c’est lui seul qui intervient dans la genèse des granulations.

Les mêmes sangs qui donnent la réaction de Liebreich, peuvent s'enrichir, comme nous l’avons vu, selon d’autres techniques, avant la coagulation, suspendue par le fluorure, et après la coagulation sur du sang défibriné. Quant à la substance qui forme les granulalions, ce n’est ni de l’hémoglobine phagocytée puisque sa composition chimique est lipoïde et ne contient que des traces de Fer, ni des digestions bactériennes, comme on l’a dit, car Féosinophilie in vitro

ae 5 02

se passe aussi bien dans des conditions aseptiques. Liebreich prétend qu’une sécrétion leucocytaire intervient : cette hypothèse est plausible. Déjà Ranvier considérait l’éosinophile comme une « glande uni cellulaire molbile >» Maintenant on sait que tous les polynucléaires sécrétent des substances intervenant dans les phénomènes d’immunité. D’autre part il est remarquable de constater que les cristaux de Charcot qui sont de même nature que les grains éosinophiles sont cantonnés autour des polynucléaires eux-mêmes, ce qui semble plaider en faveur d’une intervention des leucocytes dans la genèse de la substance acidophile. On a reproché d’ailleurs aux techniques de Liebreich et en particulier à la centrifugation d’amasser par les différences de densité les substances lipoïdes et par conséquent les éosinophiles qui les contiennent en une même couche : il y aurait séparation physique dés neutrophiles et des éosinophiles. Le prélevement de la couche superficielle ferait donc croire faussement à une transformation. Mais Liebreich assure avoir vu pour ainsi dire sous ses yeux la mutation. D’autre part nous avons remarqué nous même qu'il y a en effet des zônes d'apparence gélatineuse où les éosinophiles semblent s’être rassemblés; mais -cn les trouve tout de même en proportion normale -ou même plus abondants dans les zônes restées parfaitement liquides. Il n’y a pas d’éosinopénie compensatrice. L'aspect gélatineux n’est que la traduction des conditions physico-chimiques favorables à la production des éosinophiles et des cristaux de Charcot.

nr ion

Mais la substance acidophile n’est pas uniquement d'origine leucocytaire. N'oublions pas qu’elle traduit une réaction envers une substance pathologénique. Très schématiquement on pourrait donc la considérer comme le complexe formé par deux produits :

antigène + anticorps.

l’antigène c’est le produit parasitaire, ou les produits hétérogènes, mal filtrés, de la digestion par exemple. L’anticorps, c’est la sécrétion du leucocyte, de la rate, du système réticulo-endothelial tout entier. Avonsnous formé la granulation éosinophile ? Pas encore, nous avons produit dans le sañg circulant une substance instable qui dans des conditions physiques particulières cristallisera donnant ainsi naissance à Ia granulation acidophile et aux cristaux de Charcot. C’est ainsi que nous pensons le mieux expliquer la formation d’une éosinophilie locale lors d’une primoinjection de substance hétérogène. La sensibilisation d'un organisme envers une toxine serait donc une sorte de sécrétion du système réticulo-endothélial, de nature lipoïde, destinée à neutraliser l’antigène introduit en se combinant avec lui pour donner un produit particulièrement instable.

Dans le choc anaphzlactique, les phénomènes sont plus nets encore, car ils peuvent être répétés in vitro. Il se produit dès l'addition de la substance antigène: une floculation visible au microscope. On a même été: jusqu'à comparer le phénomène à une véritable réaction de. Wassermann : il se produit en effet une ab-

SR f P EE

sorption du complément. D'ailleurs on sait que le sérum d'animaux en état de choc anaphylactique n’est pas hémolytique par absence de complément. On peut donc admettre que dans les jours qui suivent le choc anaphylactique in vivo l’état sanguin restera profondément troublé. Il y aura en outre une neutralisation progressive de toutes les albumines étran- £ères introduites et peut-être aussi de certaines albumines de l’animal lui-même plus ou moins altérées au cours de la crise. Les sécrétions lipoïdiques du système réticulo-endothélial deviendront alors plus abondantes et par suite le nombre des éosinophiles dans le sang sera plus élevé. Nous avons vu qu’il n’est pas possible à partir de certains sangs de reproduire le phénomène de Liebreich. En effet, pour obtenir la réaction ésonophile, il faut qu’il y ait dans le prélèvement suffisamment du complexe lipoïde anticorps + antigène; c’est-à-dire qu’il faut prélever le sérum sur un animal sensibilisé, ayant reçu l'atteinte d’une toxine et pourvu d’une quantité correspondante d’anticorps. Autrement dit il faut prélever le sang d’un animal présentant déjà quelques éosinophiles dans son sang. Les expériences sont en faveur de ces hypoz thèses. Pour faire apparaître in vitro la réaction acidophile il suffit de modifier l'équilibre sanguin. Certains. organismes, ceux auxquels on a voulu attribuer la diathèse éosinophilique, ou tout au moins une instabilité humorale, sont probablement sensibilisés, c’est-à-dire pourvus dans leur circulation du complexe anticorps-antigène; la moindre cause pour-

ra faire apparaître la cristallisation de la substance acidophile. Gette cause pourra agir soit directement sur l’état physico-chimique du sérum, soit indirectement comme dans le choc anaphylactique, ou lasthme : une nouvelle introduction d’antigène donnera naissance à la crise qui sera à son tour productrice d’éosinophiles. Dans certains cas, il n’y a pas de réaction à cellules acidophiles, spécialement lorsque le choc anaphylactique a été intense. C’est donc que les phénomènes d’immunité n’ont pas joué, peut-être par défaut de sécrétion leucocytaire. I1 y aura également défaut de sécrétion immunisante lorsque les injections seront trop rapprochées et que le système réticulo-endothélial n’aura pas encore eu le temps de produire les lipoïdes protecteurs.

I1 n’est pas nécessaire pour réaliser l’éosinophilie in vitro de recourir aux techniques de Liebreich. 1H suffit en utilisant le sang d’un animal ou d’un homme sensibilisé, de placer les leucocytes dans un état colloïdal favorable à leur mutation. Nous avons pu nous rendre compte des facteurs qui semblent intervenir aans la genèse des granulations par les faits que nous allons relater. Le sang avait été prélevé dans ces cas sur l’homme. Pour le premier chaz un porteur de plaques d’eczéma récidivant. Pour le second chez un syphilitique primaire qui avait contracté un chancre de la lèvre depuis trois semaines, le Wassermann s’était révélé ultra-positif. Ce sont ces deux malades qui nous ont fourni les plus beaux exemples d’éosinophilie in vitro, quoique pour aucun d’entr’eux le

A AS Pourcentage des cellules acidophiles du sang ne dépassât pas 7 %. Dans les autres expériences les résultats furent moins probants, dans certains nous n'obtenions qu’un aspect granuleux plus accusé du protoplasma traduisant seul le changement des conditions physico-chimiques.

La première technique, la plus simple, consiste -en fait à laisser vieillir le prélèvement sanguin, citraté pour empêcher la coagulation. On augmente sensiblement la production des cellules à granulations acidophiles «en prolongeant la stase veineuse avant la ponction, ainsi que l’avait déjà remarqué Liebreich, il y a en effet accumulation des produits de déchets et notamment de Co”. Ces substances ont une influence très nette sur les mutations observées. IL suffit alors d'empêcher la réoxydation de l’hémoglobine, en bouchant soigneusement le tube à expérience. Il faut attendre plusieurs heures pour trouver des changements notables.

Si l’on centrifuge, on observera souvent la pellicule gélatineuse décrite par Liebreich, et des zônes complètes d’éosinophiles transformés avec des cristaux de Charcot. L’aspect de cette couche est certainement due à la réunion de substances lipoïdes, comme on l’a fait remarquer. Elle est intermédiaire entre le plasma et le culot des hématies dont le volume diffère énormément de celui obtenu par simple sédimentation, «et dont l’équilibre par les forces de suspension a été rompu.

‘On peut également réussir de très belles prépara-

ART ES 52e

tions d’éosinophiles en les laissant uniquement au contact du sérum. Il suffit de débarrasser le sang par agitation avec des billes de verre. Après la coagulation on notera déjà une augmentation des éosincphiles. Celle-ci continuera ensuite dans les heures qui suivent. Cette expérience dément le rapport invoqué par Liebreich entre la formation des granulations in vitro et la fibrinogénèse, puisque le sérum est débarrassé de toute fibrine. Ici il y 4 encore eu un premier changement dans l’état physique du liquide lors de la coagulation, puis renforcement des conditions favorables à l’éosinophilie par le vieillissement comme dans l’expérience précédente. La centrifugation agit toujours de même. Aussi pouvons-nous dire que nous avons obtenu. les plus beaux exemples de mutation en combinant les deux méthodes : défibriner puis laisser vieillir le sérum après séparation des éléments par centrifugation.

Nous avons en outre remarqué que bon nombre d’autres facteurs pouvaient jouer comme excitants du phénomène : la dilution notamment. Déjà en 1911 M. le professeur Achard rapportait l’observation suivante. Un liquide d’ascite pourvu de nombreuses cellules polynucléaires, fut additionnè de doses progressives d’eau, diminuant ainsi la tonicité du milieu. Cette modification eût pour conséquence de faire naître dans le liquide même des cellules éosinophiles non encore rencontrées, Nous avons repris cette technique et nous nous sommes rendu compte qu’elle permet à condition de ne pas dépasser une certaine

Page 1