‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 131 sur 183 · ESSAI SDR LES MONNAIES · texte numérisé non relu

ESSAI SDR LES MONNAIES

Je n'ai rien à dire sur l'origine du Pied de la Monnaie, si ce n'est que l'opinion émise par M. N. de Wailly, dans ses Recherches sur le système monétaire de saint Louis, me paraît être entièrement vraie, à la condition d? faire du chiffre 12 la base du système (I).

En effet, le chiffre 1 2 s'imposait deux fois aux calculateurs du XIV* siècle : en premier lieu, parce que tel était le nombre des divisions du sou, c'est-à-dire des deniers contenus dans le sou -, et, en second lieu, parce que le titre du sou était en principe '^^j^^- Ce deuxième motif n'avait pas la valeur du premier; mais celui-ci en avait une si essentielle que l'on ne comprendrait pas un sou qui ne fût point divisé en 12 deniers.

Le nombre 12 s'imposait donc, tout d'abord, je le répète, aux agents des finances françaises du XIV siècle; quant au nombre 60, il ne s'imposait pas en principe.

Si l'on avait eu présentes à l'esprit, à cette époque, certaines préoccupations byzantines d'un autre âge, qui, moins de deax siècles auparavant, en 1164, avaient, sans doute, déterminé la taille des sous génois, et dont l'influence ne paraît pas avoir été étrangère à la plupart des tailles des XII' et XIII' siècles, il est possible que l'on n'eût pas choisi le nombre 60.

En effet, la taille à 56 des sous génois de 1 1 64 correspondait à celle d'environ 1,000 deniers à la livre (1008).

Il est vrai que, lorsque la taille des sous n'offrait pas une correspondance aussi parfaite, on trouvait le moyen, par une combinaison de poids et de titre, de tirer directement un millier de deniers, ou à peu près, d'une livre de fin. C'est ainsi qu'en France, sous saint Louis, tandis que le poids du sou était du 58"°' du marc, on eut soin, en combinant la taille de 217 avec le titre de 4 d. moins une pite, de tirer environ 1,000 deniers (1017) d'une livre de fin.

On aurait nommé ces deniers de&milliareyises que cette appellation eût été justifiée plus qu'elle ne le fut pour la plupart des monnaies byzantines connues sous ce nom.

0) Mëm de l'Acad. de* Inscript et Belles- Lettres, t. XXI. Il* . part . . p. 158.

Mais la préoccupation du nombre 1 000 n'a pas été, Je le répète, celle des calculateurs français du XIV° siècle.

Comme le fait très justement remarquer M. de Wailly, de même que nous avons choisi le système décimal pour la facilité des calculs, de même on adopta au XIV* siècle, pour la comptabilité monétaire, le système duo-décimal.

La taille de 60 était nécessitée par l'adoption du système duo-décimal, le chiffre de 60 étant un multiple de 12 bien plus rapproché que tout autre des tailles effectives et des usages français du XIll" siècle. Je ne crois pas qu'il faille chercher d'autre cause à son adoption (1).

Du reste, la pratique avait plus d'une fois flxé en certains pays, et notamment en Provence et en Dauphiné, le prix du marc de fin à 60 sous.

(1) On a signalé divers avantages qui résultaient, pour les calculs de marc, du rapport de 12 à 60. Je ne m'arrêterai pas sur ce point; car, sans ces avantages, sans ces facilités de calcul, le deuxième chiffre n'eût pas été choisi et le système duo-décimal n'eût pas été adopté. Sur le Pied de la Monnaie, on peut consulter Peiresc, notes éditées par Dueange, Glossar. etc., Paris, in-îolio. t. II. p. 611, v° Moneta décima ; H. Poulain, Traitez des Monnayes, Paris, ln-12, 1709, p. 423 ; Boizard, Traitez des Monnayes. Paris, in-12, 1711, p. 293 et suiv, ; Secousse, Ordonn. des Rois de France, t. III, in-folio, Paris, 1732, préface, p. CIX ; Dupré de Saint-Maur, Essai sur les Monnaies, etc., Paris, in-4°, 1746, p. 121 et 141, et Recherches sur la valeur des Monnaies , etc., Paris, 1762, in-12, p. 206 et suiv. ; Leber. Essai sur l'appréciation de la fortune privée au moyen âge, Paris, 1847, in-8°, p. 269 ; Natalis de Wailly, Recherches sur le système monétaire de Saint-Louis, Mém. de l'Ac. des L. et B. L, t. XXI, IF. 1857,in-4°, p. 156. etc.

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