‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 19 sur 183 · IV · texte numérisé non relu

IV

1. Les statuts de Marseille ne sont point seuls à fournir la preuve d'une telle élévation de titre ; elle m'est confirmée pai' un document à peu près de la même époque et on ne peut plus précieux pour son origine et sa rédaction.

Son origine est montpelliéraine ; c'est le serment des préposés à l'affinage de l'argent de Montpellier.

Sa date est fixée par celle du serment des agents-voyers de Lute. Cette pièce précède, dans le Petit Thalamus, le serment des affineurs ; elle est de 1267.

Sa rédaction ressemble à celle de l'ordonnance de 1273^ et j'y retrouve le ternal.

Aussi, pour étudier ce document, le troisième annoncé en tête de ce chapitre, me replacerai-je tout d'abord dans ma dernière hypothèse et considérerai- je le ternal commue un iwids.

Voici le texte du serment d'après le Petit Thalamus de Montpellier et l'édition donnée par la Société archéologique de cette ville (1) :

ce Aquest sagramen fan aquels que son gardas sobre l'afina- « men de l'argen, et son de taulas. »

« Yeu hom establitz jutges de l'argent, jutgaray argenper « fin que sia fins e que non tenga mays i ternal lo mays, et « aysso tenray et gardaray a bona fe, si Dyeus me ajut et « aquest Sans Avangelis de Dyeu de me corporalmens tocatz^ e « non jutgaray argen que sia mieus ni en que aia part, et ayso

(1) Page 264.

« attcndray per tôt lo temps de nostra aministration ho entre « que autres y sion elegustz ; e la pessa de l'argen non se par- « tira de me entre que sia jutgada. »

Dans l'hypothèse du ternal-poids, multiple du denier et division de l'once, le marc de Montpellier comprenait, avons-nous vu, 192 deniers et chaque ternal 3 de ces subdivisions.

Le ternal déterminant, d'après le texte ci-dessus, la quantité d'alliage de l'argent montpelliérain, est donc la 04""^ partie du marc-

Ainsi, le serment des juges-affineurs montxjelliérains et le règlement marseillais étahlissent exactement au même titre le fin de l'argent de Montpellier.

Cette coïncidence de résultat ajoute forcément à la valeur et à la probabilité de l'hypothèse du ternal considéré comme un poids.

2. Si l'on veut voir dans le ternal du serment, non un poids effectif et une réelle subdivision du marc, mais une collection de trois deniers — considérés, il est vrai, au point de vue de leur poids, — on obtiendra de la comparaison du ternal à la taille un chiffre de fin invraisemblable à cause de son élévation, et cette invraisemblance sera elle-même en faveur de l'opinion contraire un argument péremptoire.

Assignons, en effet, au serment des affineurs, sans date^ une origine contemporaine du règlement marseillais.

Où conduisent, en ce cas, les données de ces deux documents ?

Dans le premier système d'interprétation et en considérant le ternal comme un poids, ces données sont absolument semblables.

Les deux textes montpelliérain et marseillais fixent ii 1/G4 la quantité d'alUage de l'argent de Montpellier.

Dans le deuxième système, en considérant le ternal comme un triple denier et en le rapportant au chiffre de la taille en ce

temps-là en vigueur, (la taille du marc en usage était de 218 et elle subsista ainsi de 1174 àl2Gl) (1), le rapport dutcrnal à lu taille est de 72, et par conséquent la quantité d'alliage de l'argent de Montpellier est de 1/72.

Les deux textes, le règlement marseillais et le serment des affineurs sont donc en contradiction.

La différence est bien plus grande si on reporte la date du serment après 1261 et contemporainement à la taille de 240 établie en cette année-là par Jayme I^^'' (2).

Le serment ne prescrirait plus, en effet, 1/72 d'alliage, mais seulement 1/80.

Ce deuxième système me paraît inadmissible.

En résumé :

1» Les Marseillais avaient adopté, à mon avis, au xiir- siècle, la division du marc en ICO deniers esterlins et les Montpelliérains, à la même époque, se sen-aient de la division du marc en 192 deniers ou 64 ternaux de 3 deniers l'un (3) .

2° De cette façon et dans ces conjonctures, la fraction de 2 deniers et 1 obole était au marc, divisé en 160 esterlins, comme

(1) Mèm. sur les monnaies de Melgueil et de }iontpellier, passiin et nolaniment p. 79.

(3) 11 no me paraît pas hors Je propos d'extraire d'un édit de Henri 11 sur les poids et mesures (octobre 1557^, et de rapporter ici la preuve de l'usage général en France des divisions de marc usitées à Marseille et à Montpellier.

L'Edit de 1557, en consacrant l'usage de ces divisions, ne pouvait pas ne pas l'avoir trouve établi et accrédité, cl sans doute depuis de bien longues années, je dirai même depuis iilusicurs siècles, à en juger par le stationnement des coutumes du moyen-âge :

« Pour le regard des poids, avons semblaljlomcnl statué et ordonné, statuons

1 ternal au marc de 192 deniers, c'est-à-dire, dans les deux cas, comme 1 est à 64.

3o Donc un ternal ou 2 deniers esterlins obole correspondant l'un et l'autre à 1/64 du marc, l'argent de Montpellier était, avant 1273, d'après le règlement marseillais et le serment des juges montpelliérains, à 63/64 d'argent fin du moyen-âge et 1/64 d'alliage.

4° Et l'argent de Montpellier, de l'ordonnance de Jayme le»- (1273), contenait un ternal et un denier d'alliage et était descendu à 47/48.

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