II. — DES DENIERS MARSEILLAIS
1. L'ordonnance du 21 août 1267, en fixant à une somme déterminée de coronats neufs le prix du marc des tournois provençaux, et en établissant de même façon le prix d'un marc de deniers marseillais, permet, par la comparaison des deux prix et le rapport de l'un des prix au titre des tournois provençaux, d'arriver à la connaissance du titre des espèces marseillaises.
Au temps de l'ordonnance précitée, il y avait en circulation deux espèces bien distinctes de monnaies marseillaises de billon.
Le prix des unes est fixé par ce document à un chiffre plus élevé ; les autres sont taxées à un prix moindre.
Les premières, ou marseillais vieux, étaient , sans aucun doute, de fabrique antérieure aux chapitres de paix de 1257 ; et selon toute probabilité, les marseillais neufs étaient postérieurs à cette date et frappés en vertu de l'autorisation spéciale de battre monnaie au nom du Comte, accordée par Charles I<='" aux citoyens de Marseille; cette concession de monnayage forme un des articles les plus importants des Chapitres de Paix de 1257.
(t) Les analyses ont été faites par M. Mermet, professeur de chimie au lycée de Marseille.
Je devrais donc dans ce travail ni'occuper exclusivement des marseillais neufs. Néanmoins, j'étudierai aussi, ne le croyant pas hors de propos, le titre des marseillais frappés avant 1257.
2. Titre des marseillais vieux. — Le marc montpelliérain de marseillais vieux était établi par le sénéchal au prix de 48 s. G d. ; celui de tournois provençaux, à dC s. 2 d. de coronats neufs.
18 s. 6 d. ou soit 222 deniers de coronats neufs au poids de 1 gramme 12443 et au titre de 3125/10000 contenaient 78 grammes 00733125 d'argent de Montpellier. Cette quantité de 78 grammes 00733125 d'argent de Montpellier payait donc 239 grammes 11918 de marseillais vieux.
En supposant, et cela est logique, le prix officiel des marseillais vieux et des tournois provençaux également proportionnés aux valeurs intrinsèques respectives de ces monnaies, on a, si je ne me trompe, la proportion suivante :
i(uantitc d'ar;,'enl (le Montpellier contcimc dans le prix officiel iTun marc montpelliérain de tournoisprovençaux.
quantité d'arc^ent de Montpellier contenue dans un marc montpelliérain de tournois provençaux.
((uantité d'argent de Montpellier contenue dans le prix officiel d'un marc montpelliérain de marseillais vieux.
quantité d'argent de Montpellier contenue dans un marc montiiclliérain de marseillais vieux.
Un marc montpelliérain de marseillais vieux contenait l'équivalent de 85 grammes 50975 (argent de Montpellier).
La conversion en millièmes de la quantité d'argent de Montpellier contenue dans les 239 grammes 11918 de poids d'un marc montpelliérain, donnera 357|1000 on vertu de cette proportion :
23911918 : 85 50975 :: 1000 : 357 003 Si le marc montpelliérain de marseillais vieux était d'un jirix bien supérieur à celui d'une quantité tout à fait semblable detouvnois coronats, c'était donc rationnel, car ceux-ci étaient ù
peine à 3125/10000 d'argent de Montpellier, et ceux-là, le? marseillais vieux, à plus de 3576/10000 du même argent.
3576/10000 = 4 deniers 291236.
Tel du être le titre rigoureux et matliématique des marseillais vieux : 4 deniers 7 grains.
3. Titre des marseillais neufs. — Le prix d'un marc montpelliérain de marseillais neufs était fixé, par l'ordonnance de 1267, à 17 sous ou 204 deniers de provençaux coronats.
204 deniers de provençaux coronats à 3125/10000 de loi (argent de Montpellier) et de 1 gramme 12443 de poids, contenaient 71 grammes 68241250 d'argent de Montpellier.
Le sénéchal de Provence avait établi, nous l'avons vu précédemment, à 16 sous 2 deniers provençaux coronats, contenant 68 grammes 16886 d'argent de Montpellier, le prix d'un marc montpelliérain de tournois provençaux renfermant 74 grammes 724743 du même argent.
La solution de la proportion suivante :
68 16886 : 74 724743 : : 71 68241250 : x nous indiquera la quantité d'argent de Montpellier existant dans un marc montpelliérain de marseillais neufs. X = 78 gr. 576534.
Il y avait donc dans le marc montpelliérain de marseillais neufs, 78 grammes 576534 d'argent de Montpellier.
D'où, le poids du marc de Montpellier, ou 239 gr. 11918, est à 78 grammes 576534 (quantité d'argent contenue dans ce marc) comme 100 est à z.
Le sénéchal considérait donc les marseillais neufs comme, étant au titre de 3286/10000 ou soit de 3 deniers 943296, ou encore de 3 deniers 22 grains -\- :^^ de grain [argent de Montpellier) .
4. Les marseillais vieux et neufs étaient-ils réellement aux titres ainsi obtenus ?
Je dirais oui, si je m'en rapportais entièrement aux déductions mathématiques.
Mais en agissant ainsi, je négligerais des éléments utiles à rappeler et à étudier.
Je ne veux pas critiquer ici le titre mathématique des marseillais vieux, au point de vue de sa probabilité.
Du reste, je n'aurais rien à objecter d'analogue à propos de la loi ci-dessus des marseillais neufs. Le titre de 3 deniers 22 grains fut authentique ment en usage dans la 2"°° moitié du xiii" siècle, non loin de Marseille (1), comme nous l'apprend M. Germain dans son excellent Mémoire sur les monnaies de Melgueil et de Montpellier.
Mais les marseillais vieux et les neufs n'étant pas à un titre tout à fait égal à celui des coronats à fabriquer, comme l'étaient les tournois provençaux, je serais, je l'avoue, fort étonné si le sénéchal eût coté ces diverses espèces à des prix proportionnellement semblables, c'est à dire en tenant simplement compte de la différence de leur valeur intrinsèque.
En effet, les tournois provençaux fournissaient de la matière immédiatement monnayable. Il suffisait de les fondre pour les convertir en provençaux coronats.
Les marseillais, au contraire, n'offraient pas matière à monnayage immédiat.
Le métal n'était pas au titre des espèces à fabriquer. Un redressement d'alliage était nécessaire, c'est à dire de la maind'œuvre et des dépenses de diverses sortes.
Le sénéchal aurait-il négligé de supputer ces frais dans sa taxe?
C'est peu admissible ; et s'il lésa comptés, cela a pu avoir lieu d'une seule façon, c'est à dire en établissant le prix d'un
(1) En 1273, les deniers melgoriens furent frappés à ce lilre. {Mém. sur les monnaies de Melrjueil el de Montpellier, p. 6^).
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marc de marseillais à un chiffre proportionnellement inférieur à celui d'un marc semblable de tournois provençaux.
Pour conclure, si ces suppositions logiques ne sont pas repoussées, il faut admettre corollairement pour les espèces marseillaises des titres réels supérieurs aux résultats des déductions mathématiques.
Il est impossible, on le conçoit, d'étabUr exactement les faibles quantum des surplus.
Je serais tenté, il est vrai, de prendre texte de ces considérations pour porter le titre des marseillais vieux à 4 deniers -^ et celui des marseillais neufs à 4 deniers.
Mais je n'ose proposer ces rectifications de titres.
En pareille matière, il faut, à mon avis, laisser le moins de prise possible à l'hypothèse et au doute.
Toutefois, après avoir lu ma dissertation sur les frais de fabrication monétaire, après avoir comparé le coût des frais d'affinage avec les différences des titres obtenus mathématiquement et des titres augmentés en conséquence de mes considérations sur la nécessité, pour les espèces marseillaises, d'un redressement d'alliage, l'on admettra, je crois, comme possibles, les rectifications indiquées.
Titres des marseillais vieux, obtenus par les essais (1).
n" 1. — 0,404 no 2. — 0/±01 11" 3. — 0,358
no 4. — 0,348 n" 5. — 0,34'i n» 6. — 0,340
Titres des marseillais neufs, obtenus par les essais.
(1) Les dénominalions Je marseillais vieux, royaux marseillais et royaux coronals sont, à mon avis, synonymes .
J^j m. — DU GROS MARSEILLAIS. — DU FORCALQUÉROIS. — DE LA MONNAIE FRAPPÉE A NICE. — DU PROVENÇAL CORONAT POSTÉ- RIEUR A 1277.
1. Il ne faut pas demander aux textes le titre du gros marseillais. On l'y chercherait vainement. La première autorisation comtale de fabriquer à Marseille des gros d'argent est du 16 mai 1218 ; j'en parle seulement pour mémoire et pour constater le silence de l'acte à l'endroit du titre de ces espèces.
Charles I«'', par les Chapitres de Paix du3i maii'251, conlirma la charte de Raymond Bérenger V, mais il ne fixa pas davantage le degré de fin des espèces autorisées.
En l'état de ces lacunes, on ne saurait préciser le titre des gros marseillais d'argent frappés sous Charles I^r.
Ce titre fut-il le même sous Raymond Bérenger V, Charles J" et leurs successeurs ?
Il m'est impossible de ne pas laisser, en attendant la découverte de nouveaux documents, la question indécise.
Toutefois, cette uniformité de titre est peu probable. Les marseillais vieux avaient un titre supérieur à celui des marseillais neufs et le denier marseillais vieux avait la valeur d'un sixième du gros.
Si la même proportion a été conservée entre le marseillais neuf et le gros, la diminution du titre du denier doit avoir eu pour- corollaire la diminution du titre du gros. C'est là une simple hypothèse.
Voici les titres de gros marseillais trouvés aux environs de Marseille dans un lot où il y avait des royaux marseillais antér-ieurs à Charles I^r, des marseillais et des provençaux de ce prince, des deniers de saint Louis, d'Alphonse de Poitiers, etc.
DK CHARLES I*^' 77
!2. Le t'oicalquérois était nommé guillelmin sous les iTiiillauint', comtes de Forcalquier.
Le guillelmin de Guillaume II était^ eu 1195, à 4 deniers.
Au mois de mai de cette année, Guillaume II prêta 7000 sous à Pierre de Lambcsc, et, aux termes de la stipulation, l'emprunteur devait rendre un marc d'argent pour chaque lot de 60 sous? au cas 011 la monnaie guillelmine ne serait plus à 4 deniers de titre, mais à plus ou moins.
« Si moneta que est modo iiii denariorum, » dit l'emprunteur, i(. melioraretur vel deterioraretur, debeo reddere argent! marcam « pro Lxsolidis (1). »
La monnaie guillelmine avait-elle conservé son titre sous Charles I<"-?
L'argent employé pour fabriquer les guillelmins était-il inférieur ou non en pureté à celui de Montpellier ?
En réponse à ces deux questions, je n'ai aucun texte à i)roduire, mais seulement un bulletin d'essai de laboratoire.
Le guillelmin de Charles ter est rare. Il m'a été impossible d'abandonner à l'essai plus d'un exemplaire.
L'analyse a donné 0,290 d'argent pur.
3. Pas de texte analytique sur la monnaie frappée à Nice ; pas tl'exemplaire en collection. Rien à dire.
4. Le gros tournois était-il, comme celui de Louis IX et de Philippe III, à 12 deniers de loi ? Cela étant, il y aurait encore eu, outre les titres des gros tournois de France et de Provence, la différence de fin de l'argent le Roi et de celui de Montpellier.
Voici l'analyse de cette monnaie d'après un bulletin d'essai :
Des essais multipliés pourraient modifier ce titre empirique
(I) Archives des Bouclies-du-Rhône, b. 297.
et ceux des guillelmins et gros tournois. Il serait bon, en ce cas, d'inscrire les résultats de ces essais en regard de ceux indiqués ci-dessus.
5. Le provençal coronat postérieur à 1277 n'est pas le provençal coronat proprement dit, mais celui au type du coronat et à la légende de Rex Jherusalem. Pas de texte sur le titre de cette rare monnaie.
J'ai fait analyser un exemplaire. En voici la loi : 0,275.
Hé la valeur intrinf^èciiie des monnaies provençales de Cltarles I*"»".
1 . Les éléments me font en partie ou entièrement défaut pour déterminer exactement la valeur intrinsèque des marseillais debillon, — je n'en connais pas le poids authentique — ; du gros marseillais, du gros tournois, du forcalquérois, de la monnaie niçoise et du provençal coronat postérieur à 1277, — j'en ignore les poids et les titres. Je traiterai de la valeur comparée de la plupart de ces espèces au chapitre du Change (i).
2. Bu tournois provençal. — Le poids moyen du tournois provençal équivalait, avons-nous vu, à 0 gramme 99357 ; le titre en était, nous le savons, de 3076/10000 d'argent fin du moyen-
Mais l'argent fin du moyen-âge contenant au minimum 16 millièmes-^ d'alliage, 1000(1000 d'argent de Montpellier renfermaient ù peine 967,96875 0[0 d'argent pur (2).
Il y avait donc dans le tournois provençal une quantité d'argent pur égale ùO gram. 300545222, représentant — au prix de 222 fr.221ekilogr.— ,une valeur actuelle de Ofr. 06678776032.
(1) Ci-après, cliap. XI.
(•2) Ci-dessus, chap. IV, K ', ^. Les 10 miliiùmos -^galentcxaclcmentl|G().
Il y avait aussi la valeur de l'alliage. Si je la négligeais, on pourrait croire à une lacune.
Cet alliage était de cuivre. Le cuivre a une valeur variable.
Pendant les années 1862-1866, sur la place de Marseille, le prix de ce métal a varié de 260 à 200 fr. les 100 kilogrammes (3). Le cours moyen a été de 230 francs.
Par conséquent, les 0 gramme 693024778 de cuivre contenus dans un tournois provençal ont une valeur actuelle et moyenne de 0 fr. 0015939569.
Si nous ajoutons ces 15/100 de centime à 0 fr. 06678776032 représentant la valeur actuelle de l'argent pur contenu dans un tournois provençal, nous obtiendrons avec le chiftVe de Ofr. 0683817172 l'expression infiniment exacte, pour notre époque, de la valeur intrinsèque de cette monnaie.
3. Du coronat provençal. — Lq coronat provençal avait un poids moyen équivalant àl gramme 12443. Le titre en était de 3125/10000 d'argent de Montpellier, ou 3076/10000 d'argent fin du moyen-âge ou 3024/10000 d'argent pur (4).
(1) Cà-dessous, chap. XII.
(2) Conf. avec le § i, 1, du chap. lY.
(3) Comptes-rendus de la sUtiation industrielle et commerciale de Marseille pendant les années 1862, 1863, 1864, 186ÎÎ, 1S66, publiés par la Chambre de Commerce de Marseille. Je donne plus loin (au chapitre VII, de I'Achat, § m), le relevé du cours du cuivre sur la place de Marseille, du mois de janvier inclusivement de l'année 1862 au mois de décembre exclusivement de 18G6. Vers la fin de ce dernier mois, le cuivre a, tout-à-coup, subi une dépréciation sans aucun doute anormale, et il est descendu à 195 fr. Ce bas prix, tout à fait exceptionnel, a eu pour cause la cessation des hostilités dans le Chili et une surabondance d'arrivages provenant de ce pays soudainement rouvert à l'industrie minière et au commerce. Pour ces motifs, je n'ai pas cru devoir comprendre dans mon relevé le cours du cuivre pendant le mois de décembre 1866.
W Exactement 3024,892:..
Ces 3024/10000 d'argent pur contenus dans le coronat provençal vaudraient, à 222 fr. 22 le kilogr., 0 fr. 755832413 et le solde du poids, ou soit les 0 gramme 78431 de cuivre, à raison de 230 fr. les 100 kilogr. de ce métal, 0 fr. 0018039130.
La valeur intrinsèque actuelle du coronat provençal serait donc de 0 fr. 0773871543.