‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 27 sur 183 · LA DÉMONÉTISATION · texte numérisé non relu

LA DÉMONÉTISATION

1 . Le 12 des calendes de septembre de l'année 1267, Guillaume Estendard, sénéchal de Provence, promulgua un tarif monétaire applicable au paiement, en coronats neufs, de dettes plus ou moins anciennes contractées en tournois provençaux. Ce tarif doit être étudié à deux points de vue bien différents : D'abord, au point de vue de la démonétisation des espèces vieilles ;

Puis, à celui de la diminution annuelle et rétroactive de la valeur proportionnelle des coronats et de la cause de cette diminution, c'est-à-dire de l'accumulation des annuités d'intérêt.

J'étudierai ici la démonétisation des monnaies vieilles et conséquemment la perte subie par les espèces dém onétisées.

Lors du remplacement des tournois provençaux par les coronats, il y eut une dépréciation des tournois, corollaire de leur retrait. Le sénéchal fixa lui-même le chiffre de cette dépréciation dans les lignes suivantes :

« Pro debitis contractis a festo natalis Domini quod fuit anno « Domini moccolxv usque in hodiernum diem, possint solvere « debitores eorum creditoribus xx s. provincialium coronatorum « pro XXVI s. illius monete veteris. »

L'ordonnance entend, par moneÂa vêtus, les tournois provençaux, turonensibus vel provincialibus ; de plus, pour empêcher toute confusion des espèces provençales au châtel tournois

avec les espèces leur ayant servi de type, elle a soin de s'exprimer explicitement en nommant ces derniers turonensihus de Tors.

En contre-valeur de 26 sous de cette monnaie tournoise provençale, il devait donc être compté 20 sous de la monnaie neuve de coronats provençaux, si toutefois la dette était récente et avait été contractée entre le jour de la Noël 1265 et celui de la date de l'ordonnance.

Or, un denier tournois provençal de 3125/10000 de titre (argent de Montpellier), et de 0 gramme 99357 de poids, contenait 0 gramme 310490625, et les 26 sous de tournois provençaux, 96 grammes 8730750.

En retour de cette quantité bien déterminée d'argent de Montpellier, il devait être donné, dis-je, par ordre du sénéchal, 20 sous de provençaux coronats.

Le denier provençal coronat, du poids de 1 gramme 12443 et du titre de 3125/10000 d'argent de Montpellier, représentait une quantité de cet argent égale à 0 gramme 351384375.

Les 20 sous de provençaux coronats contenaient donc 84 grammes 332250.

La différence était de 12 grammes 5408250 et équivalait par conséquent à une dépréciation, pour les espèces démonétisées, de 12,94 0/0(1).

Ainsi, non seulement par l'ordonnance spéciale du 5 aoû^ 1267, le sénéchal de Provence prohibait sévèrement le cours des tournois provençaux, « Mandamus sub certa pena quod nemo « accipiat monetam aliquam nisi novam, » mais en outre, par l'ordonnance du 21 aoiit, il intéressait très vivement un grand nombre de détenteurs de deniers, je veux dire les débiteurs d'espèces, au succès de la nouvelle entreprise monétaire.

Cl) En vertu de ceUc proporlion :

2. Si les débiteurs de tournois provençaux, en payant, aux termes de cette dernière ordonnance, leurs dettes en coronats, retiraient un bénéfice pour eux et occasionnaient une perte pour leurs créanciers de 12 94 0/0, les tournois provençaux, il est vrai de le dire, leur restaient en mains, démonétisés et sans cours.

Mais, la même ordonnance du 21 août leur avait en même temps procuré les moyens de s'en défaire avec avantage, car en fixant à 8 77 0/0 la perte sur la valeur intrinsèque du billon vendu à poids aux monnayeurs du Comte, elle semblait, par le fait, non pas s'imposer durement aux débiteurs de tournois provençaux, mais les convier, dans leur intérêt, à porter ces espècesci à la Monnaie et à payer leurs dettes avec des coronats.

Cette double opération laissait encore en leur faveur une différence de 4 17 0/0.

Cette marge de 4 17 0/0, je dois l'avouer, ne constituait pas toujours toute une prime d'encouragement aux apports des particuliers.

Sur ces 4 17 0/0 étaient parfois à prélever les bénéfices et les frais de tous ces intéressés, sédentaires ou voyageurs, signalés par les actes du temps comme des intermédiaires entre les détenteurs de deniers et les directeurs de Monnaies,

Je reviendrai sur le commerce et les marchands de billon.

J'aurais pu, dans l'étude d'une ordonnance du viguier d'Arles fixant le change des raimondins en tournois provençaux et en viennois (1), trouver l'occasion d'ajouter quelques notes à ce chapitre.

Mais l'élément essentiel me fait défaut, je veux dire la connaissance de la valeur intrinsèque très exacte du raimondin.

J'ajourne donc l'étude, au point de vue de la démonétisation, de l'ordonnance artésienne.

(1) Pièces justificatives, n» I.

Je crois, du reste, les indications de l'acte de 1267 suffisantes pour donner, de la dépréciation officielle des monnaies provençales sous Charles P'", une idée claire et, sinon complète, du moins très satisfaisante.

Page 1