‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 33 sur 183 · II. — COINS ET OUTILS · texte numérisé non relu

II. — COINS ET OUTILS

Le matériel d'un atelier monétaire consistait essentiellement en coins et outils.

Je traiterai en premier lieu des coins.

Coins. — 1. Ces objets avaient un prix véritable ; ils le tenaient un peu de leur^matière et beaucoup de l'art, et le perdaient promptement par le^fait de l'usage.

2. Dans des siècles plus rapprochés donnons, une même matrice servait à la.confection d'un nombre indéfini d'exemplaires. Il n'en était pas de même sous saint Louis et Charles le"", sinon nous aurions grandement à nous étonner de trouver, sous ces princes et même longtemps après^eux, dans chaque exemplaire d'une même monnaie, une nouvelle variété de coin.

J'ai sous les yeux plus de 30 deniers royaux coronats (frappés à Marseille avant 1257). Je ne puis, en les confrontant, en découvrir de parfaitement identiques. Autant de deniers, autant de gravures, ou au moins de dispositions de lettres et d'agencements de types.

De même en est-il des tournois provençaux et des coronats de Charles I*"", de même des gros d'argent tournois et marseillais, de même enfin de toutes les monnaies provençales de ce prince.

(■!) Archives des Bouches-du-Rhône, Rationarium rubeum, B. 1501, f» 16.

La cause de ce renouvellement incessant et forcé de matrices, au XlIIe siècle, il faut la rapporter à la mauvaise préparation du métal des coins. Ceci ressort non-seulement de l'examen des monnaies, mais encore et surtout des textes du temps.

3. L'un de ces textes fait partie du dossier numismatique de Charles le"". Il est inédit et très-explicite. A ce double point de vue, il m'a paru intéressant de l'étudier ici d'une façon toute particulière.

François Formica, le monnayeur ordinaire de Charles d'Anjou, pour les espèces siciliennes, fit un devis des dépenses nécessaires à une opération de monnayage de deniers.

On lit dans ce devis le passage suivant :

« Memoria quod in qualibet ducena pilorum necessarii sunt « truselli xxxvi ; — et omnes simul redacti sunt, ducena una, « ad racionem de trosellis m pro qualibet pila, valentes ta- « renos m et granos xii. »

Sur la pile, pila, était la matrice du revers de la monnaie ; la pile avait la forme d'une grosse pointe et on la fixait en l'enfonçant dans un billot.

Avec le trousseau, on imprimait la face de la pièce, en le tenant de la main gauche perpendiculairement à la pile et en le frappant du marteau.

Or, trousseaux et piles étaient, on le voit par le texte cidessus, nécessaires par douzaines pour toute fabrication, et le coût de ces outils augmentait considérablement les frais du monnayage.

En effet, la valeur intrinsèque de 3 tarins 13 grains, coût d'une pile et de 3 trousseaux, peut être approximativement estimée à fr. 7.30 de notre monnaie actuelle, (i)

(1) Voir ci-après, en Appendice, Dissertation III, $ 2.

4. Dans une ordonnance de 1225, Louis VIII limite le nombre de trousseaux à deux pour chaque pile et fixe le prix total des trois objets à 6 d. :

« Ludovicus Dei gracia Francorum rex. Noverint universi « présentes pariter et futuri, quod nos Henrico Plarlrard et <jc heredi suo scienti facere cuneos monete parisiensis, conce- « dimus cuneos monete nostre parisiensis faciendos et ha- (( bendos citra Ligerim, ita quod idem Henricus et hères ejus « sciens facere cuneos monete parisiensis habebit iv s. de sin- « gulis duobus trossellis et una pila, et monetarii pagabunt «. custum fabrice de cuneis monete quandiu fabricatur moneta. « Actum Parisius, anno Dominice incarnacionis MCCXXV. »(1)

Le prix attribué par Louis VIII à l'assortiment de trois pièces est ,de 6 s. parisis et par conséquent de 6 fr. 35, le denier parisis valant alors intrinsèquement 0,088444. (2)

L'évaluation de Formica et de Charles I^r se rapproche beaucoup de celle de Louis VIII.

Dans le premier cas, elle est, pour chaque pièce du lot, de 1 fr. 85 centimes ; dans le deuxième, de 2 fr. 05.

Cette concordance de chiffres est à signaler.

5. De tels objets n'étaient pas, — leur prix l'indique, — de simples morceaux de fer arrondis et même polis ; c'était du métal gravé, du métal presque artistique.

L'art seul pouvait en effet donner du prix à quatre gros clous.

Cet art, il est vrai, était alors bien primitif, et les gravures, surtout celles des deniers, étaient loin d'être des chefs-d'œuvre.

Les procédés expéditifs forcément employés par les artistes tailleurs s'y opposaient souvent.

(i) A. de Barthélémy, Manuel de numismatique, p. 78.

(2) Nat. de Wailly, Mémoire de l'Acad. des Inscriptions et BelleS'Lettres, l. XXI, p. 296.

Je dis forcément, et dois expliquer les motifs de cette nécessité de procédés expéditifs.

Les tailleurs ne gravaient pas, ne pouvaient pas graver les coins des deniers avec le soin apporté à la confection des matrices de monnaies d'or et d'argent.

Le temps employé à ce travail eût été très-considérable et les frais trop élevés pour des espèces de billon.

On se servait d'un expédient singulier et ingénieux.

On gravait en relief et en autant de poinçons, une suite de lettres, un assortiment de cordons et de grènetis, de types monétaires d'usage, de croix, de croisettes, etc.

A l'aide de ces poinçons, on estampait les trousseaux et les piles en y enfonçant successivement chaque lettre de la légende, puis les grènetis ou le cordon, puis le type du champ.

L'empreinte ainsi obtenue sent son origine et n'accuse pas le désir, chez l'artiste graveur, d'avoir fait de l'art pour l'art.

Mais la prompte expédition de la besogne et le renouvellement fréquent des coins à monnayer, mal forgés sans doute et promptement détériorés, nécessitaient l'emploi de ces moyens.

Toutes nos monnaies de billon du moyen-âge portent la trace de cette hâte et de cette main-d'œuvre à bon marché.

Il n'en eût pas été ainsi, je le répète, s'il n'avait pas fallu, pour les besoins d'un bas monnayage, trousseaux et piles par douzaines, et si on avait pu consacrer à l'art plus de temps et plus d'argent.

Ce grand nombre et, corollairement, cette grande variété de coins, attestée par la diversité d'empreinte de chaque exemplaire d'un même type et d'une même légende, cette variété, dis-je, est confirmée par le devis de François Formica.

Mais si Formica, en monnayeur expérimenté, indique le nombre des trousseaux à assortir à chaque douzaine de piles, il ne dit pas combien de douzaines de piles et de triples douzaines de trousseaux exige une fabrication.

Il fait entrevoir la nécessité d'un grand nombre de ces objets, mais n'en détermine pas le nombre.

L'ordonnance royale de 1225, citée plus haut, est également muette à ce sujet.

M. N. de Wailly, dans ses Recherches sur le système monétaire de saint Louis, a édité un document monétaire du XIII« siècle d'où ressort, à mon avis, une notion très-utile à consigner ici.

C'est l'état du rendement d'une émission de deniers parisis, fabriqués à Montreuil Bonnin, dans le haut Poitou, par ordre de Philippe III. (1)

On y lit ceci :

a La monnaie lorroi commença à Moutereul Bonnin le der- « reen lundi de février, etc.... et puet coûter le marc de la « Rochelle, l'un parmi l'autre xiii s. viii d.; et d'autre part (( coûte en despens sur le marc v d. ouvrage et i d. tailleur et y< essoieeur et i d. raonoiage et i d. entre dechié du marc et ft despens et cherbon et fundeeur et crusous, et vu d. les « tornes sur le marc de la Rochelle. (2) Et sont les despens

(1) M. N. de Wailly, avec sa sagacité habituelle, a su découvrir la date et spécifier la monnaie de cette fabrication. Le document est muet sur ces deux points on ne peut plus importants. L'émission de Montreuil Bonnin eut lieu en parisis et de •1272 à 1288. fMém. de VAcad. des Inscript, et Belles-Lettres, t. XXXI, p. 150.)

(2) D'après le savant éditeur de ce document, les tornes exprimeraient la prime payée aux changeurs pour le placement de la nouvelle monnaie. Cette explication me paraît difficile à admettre, à cause de la nécessité oà chacun était de se munir de monnaie neuve. En pareil cas, si les changeurs étaient utiles, ce n'était pas à l'État mais au public ; s'ils touchaient une prime, ils la touchaient donc de celui-ci et non du gouvernement, et le gouvernement avait besoin non de payer les changeurs, mais de protéger leurs clients contre leur cupidité en tarifant les taux de change. Les ordonnances royales relatives aux changeurs ont été rendues dans cette vue. (Voir ch. XI de cet Esiai.J Peutêtre au lieu de les tornes, serait-il possible, si l'on retrouvait la charte, aujourd'hui perdue, de lire l'estorves pour l'eslovar ou l'estovoir, c'est-à-dire les choses nécessaires à la fabrication, et ce serait juste, car elles ne sont pas toutes énumérées dans les articles de détail.

« XV d., et xiri s. viii d. que il coûte d'achat : et sont xvi s. <?: I d. m. que le marc de la Rochelle coûte au Roi, abatuz « tous despens. » (1)

7. Les termes de taille et de tailleur, en langage monétaire, avaient deux sens bien différents.

La taille c'était l'action de découper, en se conformant aux ordonnances et contrats, les flans à monnayer.

On recevait l'ordre ou l'on convenait de découper des flans d'un certain poids. En exécutant cet ordre ou cette convention, on taillait les flans à monnayer.

La taille constituait une des branches de l'ouvrage monétaire.

Le métal fondu et mis en lames était ouvré en partie ; coupé et ajusté, c'est-à-dire taillé, il était entièrement ouvré.

Alors on le monnayait, puis on l'essayait, enfin on le livrait au public.

La taille des flans était confiée aux ouvriers et aux ouvrières, de là parfois nommées tailleresses .

A l'expression de taille était donc attachée, en langage monétaire, une idée de travail inférieur et presque mécanique.

8. Le tailleur, au contraire, était un artiste, comme Vessayeur était un savant.

Le tailleur, c'était le graveur.

A lui était confié le soin de tailler dans le fer les types et les légendes des monnaies, et un travail de chaque jour devait suffire à peine à fournir de matrices un monnayage au début et à remplacer par des coins neufs, au fur et à mesure des besoins, les coins usés et hors de service.

9. Après ces expUcations, je reviens au document de Montreuil Bonnin.

(l) N. de Wailly, Loco citato, p. 148.

Un denier y est attribué à l'essayeur et au tailleur, et la rédaction du texte autorise à répartir ce denier également entre chacun d'eux. (1)

Or, l'émission de Montreuil Bonnin fut, du dernier lundi de février à l'Ascension, de 25,592 marcs taillés en deniers de 208 au marc, c'est-à-dire de 5,323,130 deniers, et de 1,725 marcs en mailles, soit de 652,050 mailles, en tout 5,975,186 pièces.

Le tailleur toucha pour cette somme 12,796 deniers. Ces derniers étaient parisis. M. N. de Wailly l'a surabondamment prouvé.

Ils représentaient donc, d'après les calculs de M. N. de Wailly, une somme de plus de 1 ,100 francs de valeur intrinsèque. (2)

10. Les devis de François Formica et le document de Montreuil Bonnin sont contemporains.

S'il est permis de les éclairer l'un par l'autre, je rappellerai ici le prix indiqué par le monnayeur de Charles 1er comme étant celui de l'assortiment de 3 trousseaux et d'une pile, et je diviserai par ce prix la somme affectée au paiement des travaux du tailleur de Pliilippe-le-Hardi, pendant les deux ou trois premiers mois de la fabrication de Montreuil.

(1) Pourtant à Melgueil, en 4215, l'essayeur touchait seulement 1 obole par livre et le tailleur, 2 cl. : « Ut probator monete, qui vulgariler assataire « appellatur, contentus sit uno obolo sibi assignato in singulis libris monete... « Ul sculptor (seu formator cuneorum) contentus sit ii denariis sibi assignalis « in singulis libris monete... » Le tailleur touchait le même prix en 1171 : « Ile qui facit tallium monete débet accipere ii cl. pro tallio. » (Germain, Mém. cité, p. -102 et 103.) A Toulouse, avant 1251, on attribuait au tailleur 8 d. pour 100 s., c'est-à-dire un peu plus de 1 d. -—■ par livre (exactement 1 .60) ; toutefois, le texte peut être entendu d'autre façon. (Boutaric, Revue numism., 1868, p. 289.)

(2) Exactement 1,129 francs à 0. 088414 le denier parisis.

Le quotient m'indiquera, sinon combien de trousseaux et de piles ont réellement été fournis à l'atelier poitevin, du moins combien on en eût réclamé, pour le prix de 1,100 francs, au tailleur de Montreuil, s'il eût travaillé pour les ateliers de Charles I" et de François Formica, ses contemporains.

Les prix du devis servant de base aux calculs et la production du tailleur de Montreuil étant supposée proportionnelle aux sommes par lui perçues^ la fabrication de 5,975,186 pièces parisis aurait nécessité la confection de 450 trousseaux et de 150 piles valant 7 fr. 30 les quatre pièces.

Il aurait donc fallu une jpile 'pour 40,000 pièces (1) environ et un trousseau pour i3,2'78 pièces, d'après le devis de Formica.

D'après l'ordonnance de Louis VIII, limitant à une paire le nombre de trousseaux de chaque pile et fixant le prix des trois objets à 6 s. parisis, il aurait fallu une pile pour 34,000 pièces (2) et un trousseau pour i6,830. (3)

Outils. — 1. La première opération à subir parle métal étant la fonte, le premier objet à classer dans le mobilier d'un atelier monétaire est le creuset. Il y avait deux sortes de creusets : celui de terre, fait avec des cendres, du charbon, du grès, de l'argile, des briques pulvérisées, et muni d'un cou-

(4) Exactement 39,834 pièces.

(2) Exactement 33,661 pièces.

(3) Le tailleur fournissait les fers des coins. (Boizard, t. II,, p. tOl.) Celait une fourniture de peu de valeur, la même matière pouvant servir indéfiniment, à la condition d'être remise fréquemment en état. En estimant à 2 mois ili environ la durée de la fabrication de Montreuil Bonnin, on usait dans cet atelier les matrices de 2 piles et de 6 trousseaux par jour, d'après le devis de Formica et de 7 piles et U trousseaux tous les trois jours, d'après l'ordonnance de Louis VIII. (^225.)

A Melgueil, il fallait une pile et deux trousseaux pour 8,6i0 deniers, en 417* et en 1215. (M. Germain, Mém. cité, p. 101 et 104.)

vercle en grès, et celui de fer forgé et battu. Les creusets de terre et de fer contenaient, au XIII*^ siècle, de 20 à 30 marcs au plus, et, sous ce nom et celui de casse, servaient indistinctement à la fonte, à l'alliage et à l'affinage.

Les fourneaux étaient en argile sèche, en briques ou en grès, taillés et soudés avec de l'argile.

On chargeait les casses avec le métal, du charbon et du gravier de grès ou du sable « ingravatura » ; les fourneaux, avec du charbon.

Des soufflets de forge alimentaient le feu ; d'autres chassaient l'impureté des matières en fusion ; des cannes ou brassoirs en fer servaient à remuer le mélange liquéfié.

2. Les mêmes objets d'un format très-réduit étaient employés pour les essais.

3. Après un service plus ou moins long, les creusets de terre, casses, gatze italiennes, étaient concassés et jetés, comme matières métalliques, dans de nouveaux creusets oîi la fusion désagrégeait le métal ; quand il s'agissait de retirer le culot ou fond d'un creuset non encore hors de service, on enlevait ce culot avec des cuillers en fer à deux mains.

Le métal fondu coulait dans un moule en bois en forme de diptyche fermé, laissant entre ses ais couverts de sable un espace de mince épaisseur et de toute la surface du moule.

4. Le métal ainsi jeté en moule était ensuite battu avec le marteau, étendu et arninci sur l'enclume, en un mot flati, c'est-à-dire réduit à l'épaisseur voulue pour être immédiatement découpé en flans. Le découpage avait lieu à l'aide de fortes cisailles fixées le plus souvent par une des branches et manœuvrées d'habitude par des tailleresses.

Les flans ajustés au poids par les ouvriers à l'aide de ciseaux et de limes étaient remis dans des corbeilles aux monnayeurs ;

ceux-ci les y saisissaient entre le pouce et l'index de la main droite, main du marteau, les plaçaient, sans se lever de leur banc, sur la pile enfoncée dans un billot, et posant perpendiculairement au-dessus de la pile le trousseau tenu à pleine main gauche, frappaient d'un coup sec le trousseau, et le flan, serré entre les deux empreintes du trousseau et de la pile, était du coup monnayé.

Puis arrivait le blanchiment pour lequel des bassines de fer étaient indispensables.

5. La monnaie terminée, le commissaire administratif, le garde, faisait procéder à l'analyse, à la pesée et à la vérification d'empreinte d'un certain nombre d'exemplaires pris au hasard et mis à cet effet soit en boîte, soit en bourse. L'analyse était faite à la coupelle ou au touchau.

6. La pesée se faisait au ti'ébuchet, un trébuchet spécialement affecté à cet effet. Cet instrument se composait d'un montant en bois équarri, terminé dans le bas par une pointe en fer au moyen de laquelle on assujettissait l'objet sur une table ou un banc. Ce montant était évidé dans le sens et la moitié de sa hauteur et dans celte mortaise jouait, basculant sur un axe, une tige transversale, ronde ou carrée, dépassant le montant du quart de sa longueur d'un côté, des trois quarts de l'autre. A l'extrémité la plus courte de cette tige était adaptée par un anneau coulant ou à coulisse une petite planchette carrée. Le garde poussait vers le montant ou tirait à lui la planchette, selon le plus ou moins de poids réglementaire de la monnaie à contrôler ; puis, l'instrument arrangé pour la circonstance, il pesait un à un les échantillons. Quand l'exemplaire n'avait pas le poids, non seulement la planchette ne trébuchait pas, mais la tige penchait du côté opposé ; quand il avait le poids, la tige était horizontale ; si le poids était trop fort, la planchette trébuchait. C'était d'une conception et d'une exécution d'une extrême simplicité.

Voici le dessin de ce trébuchât : (Fig. 1.)

Comme cet instrument ne donnait pas le poids de l'objet contrôlé, mais indiquait seulement s'il était juste, faible ou fort, on le perfectionna en graduant la partie longue de la tige et en y ajoutant un peson ; ce fut une romaine minuscule. D'après ce nouveau système, la planchette pouvait être ou non fixée à la tige. Dans l'instrument ci-contre représenté, elle était mobile. (Fig. 2.) (1)

7. Le contrôle opéré, le garde opérait la délivrance ; elle se faisait généralement au marc, c'est-à-dire au poids. Les balances employées dans ce cas étaient de plusieurs grandeurs et d'une justesse approximative ; elles avaient deux plateaux ou bassines en cuivre ou en fer, rattachés au fléau par des cordes ; les balances étaient, les unes, suspendues à des supports fichés aux poutres du plafond ou aux murs ; les autres, plus petites, tenues à la main. On ne s'en servait pas seulement pour la délivrance de la monnaie neuve, mais, en outre, pour l'achat des espèces étrangères ou démonétisées et du métal en lingots

(-1) J'emprunte ces dessins à VEajiUcation des vitraux dits des Monnayeurs de la cathédrale du Mans. M. Hucher, l'auteur de cet excellent travail, a publié ces vitraux après MM. Cartier et La Saussaye, en corrigeant les inexactitudes de cojiie et d'explication de ses devanciers. (Cf. Rev. numism. franc., t. XIII, p. 312.)

Le trébuchet ne servait pas seulement au çfarde ou commissaire administratif de l'atelier. Pour peser l'un après l'autre des exemplaires d'une mCme monnaie, les changeurs et les banquiers en faisaient et en font encore usage. L'instrument actuel diffère peu de celui du Xnie siècle; l'opération ne diffère pas du tout.

et en grabeaux, et pour la distribution aux ouvriers des matières alliées ; l'ouvrier recevait, en effet, à poids et le monnayeur à nombre.

L'unité de poids des ateliers français était le plomb «r plumbum » ; le plomb, — il est superflu d'en indiquer le métal, — a pesé successivement, aux XII* et XIII« siècles, 16 et 20 marcs, c'est-à-dire, à quelques fractions près, 4 et 5 kilogrammes.

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