‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 35 sur 183 · IV. — FRAIS DE FONTE ET BLANCHIMENT · texte numérisé non relu

IV. — FRAIS DE FONTE ET BLANCHIMENT

Les documents suivants ne peuvent pas complètement et exactement indiquer le chiffre des frais d'une fonte de métal et de son alliage et de son blanchiment dans un atelier monétaire au XIII* siècle ; la cote du prix n'y accompagne pas tous les articles.

Mais ils font connaître les divers ingrédients employés, du temps de Charles h', pour une fabrication de deniers, les opérations préliminaires du monnayage et les déchets de métal en résultant.

a Moderatio ezpensarum faciendarum in nova denariorum moneta o facienda in siclis, facta per Franciscum Formicam.

l* « In singulis centum libris de pondère (que sunt de nu- « mero libre clxxv), est necessarius médius thumbulus (2) de « tartaro et sexta pars thumbuli de sale.

2" <i Item, de oleo, pro vi.c libris, grana iv.

(1) Pièces justificatives, no V.

(2) Tlmmbulus ou tumulus, tumulo, en français tombereau, mesure sicilienne de capacité valant autrefois le 1/4 d'une charge : • Salma grani est « IV tumulorum. » Muratori, Ant. Medcev., t. II, col. 784.

3» « Item, videtur quilibet thumbulus tartari valere, in « massaria, tarenum i ; sal, juxta statutum curie. (1)

4° « Item, pro singulis centum libris predictis, de cannace pacio est necessarius tarenorum vu.

5° « Item, pro predictis centum libris, necessaria est de « plumbo libra i.

6° « Item, pro singulis centum libris in pondère, necessaria « sunt de carbonibus grana x, in fundendo.

7° « Item de carbonibus necessariis in fornacibus, neces- « sarii sunt, pro singulis centum libris in pondère, tareni ii et « dimidium.

8" « Item, quolibet centenarium eris novi, dati ad fun- « dendum, in fusura débet diminuere rotulum unum.

9"^ « Memoria quod es vêtus non débet ingravari, quia sine (( ingravatura potest alligari.

lO^* « Item, quelibet gatza (2) de ère, alligata cum argento, (S débet minuere uncias ii ; que gatzia est in pondère librarum « decem et octo.

(-1) Le prix du tumulo de sel était fixé par la Cour royale, au XIII» siècle. à 12 grains d'achat et à 20 grains net de vente, tous frais à la charge de l'acheteur, comme eu justiflent les lettres de Charles 1er ci-après :

« Forma commissionls officii portus et magistri salis.

« Mandamus... quod totum illud sal quod linventum est in principio dicti « officii in fundicis curie vel in aliis locis quibuscunque a predecessoribus <• tuis seu quocunque alio, pro parte curie recipias et illud vendas omnibus « sal sponte emere voientihus, ad rationem de tareno uno jjonderis generalis « pro quolibet Ihumhiih, deduclis expensis omnibus in ijnius delatu7-a et « venditiona fadis, ita quod vendicione ipsius deduclis ipsis expensis remaneat « curie liquide et pure larenus auri unus pro quolibet thumbulo vendito, « sicut per curiani Juidenus exlilit ordinalum. Si vero quod undecunque ad • parles juridiclionis tue doferrit conligcrit, ab ipsius patrono vel palronis, « pro parte curie, emas ad rationem de unciis auri vni ponderis generalis ' pro singulis c salmis, sicut per air iam statutum est... » fCartul. neap., B. 209, fo 23, ro.)

(2) Gatza, coupelle, aujourd"liui cazzae\i italien; autrefois casse ea français.

DE CHARLES l'f 111

11° « Item, singule centum libre denariorum nigrorum, in « pondère, date ad cabellandum, debent minuere uncias iv.

14° « Item, quelibet giitzia de cisaliis débet minuere una cias ii. » (1)

« Sicle Brundisii et Messane.

1° (.(. De sicla Brundisii.... Qualibet gaczia, que funditur in « igné, minuitur in fusnra ipsa, in pondère, in unciis il tarenis « VII, ad unciam marcle fsicj argenti.

2» « Inbrachatiira sicle Brundisii est marclia lx in pondère, « ad marclum sicle, scilicet ana uncie viiii argenti in pondère (( per marclum, et minuitur marclum unum, ad idem marclum « sicle, ex inblaiicatura ipsa.

3» c( Quodlibet miliare est pondus cantariorum quatuor, et, (( quaudo ingravatur ut laboretur in sicla. minuitur ex ingrate vatura libris xxxv.

4o (( De sicla Messane.... Minuitur quelibet gatzia. in fusura, «r unciis il et medie, ad unciam auri in pondère.

5° (( Inblancatura ejusdem sicle Messane est, ad eandem « libram auri, librarum l et minuitur inblancatura ipsa in <i unciis decem, ad unciam auri.

(I) Il s'agit ici de la pevte à la rofonle. Celle cisaille provenait du découpage des flans. La quantité de cisaille ou ro;i;nures proluite par ce fait devait être, non de 2 onces, mais au moins de 2 marcs. En effet, le poids correspondant en France à la ca^^se napolitaine, le plomb de 10 marcs 1/2, perdait 2 marcs à celle opération : « Talis est usus monete Parisiensis : Plurabum « débet ponlerare xvi marchas et dimidium et de hoc plumbo debent operarii • facere u marchas cum scissisiis. . . (Ord. roy. de 4225, Laurière II, p. 141, note.^ Cf.. sur la casse, la .Y)(e sur 'a piids si-iliem, en Appendice, IV.

6» « Quodlibet cantariiim de ère est de libris ccl, et per « consequens, de rotulis c; et, quando ingravatur cantariuni, « minuitur in gravatura in rotulis tribus et medio. » (1)

J'étudierai successivement ces deux textes au point de vue de la fonte et de l'alliage et du blanchiment.

1. De la fonte et de ralliage. — Les frais de fonte et d'alliage ontdeux causes : l'achat des agents nécessaires à l'opération et les déchets.

Le métal fond dans de bonnes conditions s'il ne subit pas le contact de l'air. La poussière de charbon parait avoir de tout temps rempli ce rôle d'intermédiaire et de préservatif; nous la retrouvons dans le devis de François Formica.

Le charbon est encore indispensable à l'alimentation des fourneaux.

Le devis n'a garde de négliger cette cause de dépense.

Dix grains sont affectés à l'estimation du prix du charbon des creusets; 50, au charbon des fourneaux, pour une opération de fonte de 100 livres.

Les fourneaux n'étaient pas seulement chargés pour la fonte ; ils l'étaient ensuite pour le blanchiment, mais dans des proportions incomparablement moindres, car, du charbon pa^é par les 50 grains du devis, les 4/5 environ servaient au feu de la fonte.

2. Les déchets s'imposent par leurs chiiVres au décompte des frais.

Vn centenaio de cuivre neuf (c'était un poids de 40 rotoli) subissait à la fonte un déchet d'un rotoJo , c'est-à-dire de 1;40 (doc. A, 8").

(1) Arcli. Jes D.-la-Rli.. U. 209, f» CO, vo.

Une gatza ou casse de 18 livres de poids de cuivre allié à de l'argent, perdait, de nicme façon, de 2 onces à 2 onces —, c'est-à-dire de 1/80 à l/lOO à l'atelier de Messine (doc. A, lO» et doc. B, -4") et environ i/70 (1) à l'atelier de Brindes; la casse de Brindes était do 18 marcs, de 9 onces l'un, et elle perdait 2 onces et 7 tarins (doc. B, 1°).

3. Je n'ai pas compté, parmi les ingrédients nécessaires à la fusion, le sable ou le gravier mélangé avec le cuivre neuf, ingravatura, pour la facilité de l'alliage.

L'emploi d'un gravier quartzeux ou du sable avait, sans doute, pour objet, de fixer, par affinité, l'oxyde de fer contenu dans le cuivre neuf et d'empêcher la réduction sous l'effet de la chaleur.

Les scories d'oxyde de fer et de silice provenant de la purification, par le gravier, du cuivre natif, en vue d'en faciliter l'alliage, était de 3 — à 3 — pour cent, c'est-à-dire, à Brindes, de 35 livi'es sur 4 quintaux de 277 livres — chacun (doc. B , 3°), et, à Messine, de 3 rololi — sur 100 rololi (doc. B, 6").

Enfin la cisaille perdait, à la refonte, 2 onces sur une gatza ou casse de 18 livres de poids, ou soit 1/8G de son poids (doc. A, 14°) ; et le billon des deniers grabelés et brisés pour la fonte, daii ad cahellaitdum (2), 4 onces sur 100 livres, c'est-à-dire 1,300 de sa masse (doc. A, 11°). (3)

i^l) Il liait y avoir i;:i une erreur (l;ins le texte. La ditïérence de déchet ne peut pas rivoir été aussi forle enlre ileiu nteliers (Contemporains et connurreiils.

;-2) Cabillarec^t syn. de caiiellire et ca[ndnre. Ces fermes avaient la signitication du verbe français yrab.'ler c! de livrer au grabdagi; je crois a. uu sens éiymolOjiique.

(3j La cisaille provenant lîu découpage des flans, à raison de 12 1/2 o/o environ, était du métal déjà allié et au litre voulu. Quant aux deniers grabelés puis brisés pour la fonte, le triage et le grabelage leur faisaient perdre -^^ de leur masse, par le fait <ci\{ du bris, soit de la iiii-;e au rebut.

U. Du blanchiment. — Le blanchiment ou nettoiement du métal précédait à peu près immédiatement le monnayage.

Le métal allié, fondu, coulé, battu, coupé, ajusté et disposé en flans à monnayer, on le blanchissait. Le feu était nécessaire.

On chauffait à rouge les flans, puis on les jetait refroidis dans une bassine où bouillait un mélange d'eau, de sel et de tartre. On remuait vivement le tout avec une pelle de bois et le blanchiment s'opérait. Il suffisait ensuite de laver les flans à grande eau, de les faire sécher au feu et de les essuyer soigneusement avec des linges ou simplement avec de la filasse de chanvre.

Ici apparaissent le sel, le tartre et le chanvre, cannapacio, du devisf'e Fjançois Formica.

Il fallait, paraît-il, pour un poids de 100 livres, 1/8 de charge ou un demi-t(uiibereau de tartre et seulement 1/6 de tombereau de sel (doc. A, 1°). Dans ces proportions, le tartre coiatait 10 grains, (doc. A, S») et la filasse de chanvre, 7 tarins (doc. A, 4").

Les deniers de François Formica étaient à un titre bien inférieur à celui des deniers provençaux de Chailes ler, mais le blanchiment ou nettoyage était indispensable et pour les uns et pour las autres.

Le déchet, occasionné par le blanchiment, était de 10 onces sur 50 livres, à l'atelier de Messine, et d'un marc sur 60, à l'atelier de Brindes (B, 2o et 5") ; par conséquent, ici et là, de 1/CO (1) du métal soumis à l'opération.

(1) Ce déchet n'a rien d'extraonlinaire. — Du lemps de Louis XIV, malgré le pcrfeclionnomciil des aris induslriels, il était encore d'un 1/89 pour le Lilîon. — Conféri'Z page 2.ï et page 29 in fine du Traité pnur Vlnstrudion des directeurs et des ouvricn des munjyes de France, Paris 1711, \n-\-l.

5. Une autre cause de déchet était le découpage des flaus. Une ordonnance de Louis VIII, en date de 1225, fixe au maximum de 2 marcs et d'un fierton (étalon) la quantité de rognures autorisée dans le découpage d'un poids de 16 marcs — -. Le devis de Formica donne moins de marge aux ouvriers de Charles P^. Ceux-ci devaient, pour s'y conformer, conduire leurs cisailles assez habilement pour ne pas faire plus de 2

marcs de rognures sur un poids de 18 marcs royaux. Le poids

fi ançais de 16 marcs -— se nommait plomb ; le poids italien

de 18 marcs royaux, casse. Ces poids étaient spéciaux aux ateliers monétaires et y variaient selon les pays et selon les temps. Le plomb des ateliers français, après avoir été de 16 marcs -— en 1225, fut, en 1322 (1), de 20 marcs avec un déchet autorisé de 2 marcs -7- de rognures. Ces rognures n'étaient pas perdues, mais elles subissaient les frais d'une nouvelle fonte et d'une nouvelle mise en lame.

6. Le devis porte à 2/3 d'un grain le prix de l'huile nécessaire pour un monnayage de cent livres de poids de billon.

Au chapitre de I'achat, j'ai donné, d'après Formica luimême, le prix de revient d'une livre pesant de billon dans les conditions du devis. (2)

La livre de poids de billon y est estimée au prix de 19 grains — - d'argent et 9 grains — - de cuivre, ou soit de 28 grains—-.

Les cent livres de poids coûtaient donc 2,850 grains el pour aider à la fabrication de cette masse de cuivre peu argenté, 2 3 d'un grain d'huile suffisaient (doc. A, 2o). Assurément l'huile avait dans cette fabrication un rôle bien secondaire ; elle oignait sans doute les cisailles et les châssis.

Je parlerai, au paragraphe ci-après et sous la rubrique de Frais d'essai, du plomb mentionné dans le devis.

(1) Ordonn., l. 1, \i. 800.

(2) Cliap. VII, ci-dessus, $ III.

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