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IL — DU CHANGE DU ROYAL (A LA MITRE) EN ROYAL CORONAT

1. En 1177, l'archevêque d'Arles, Raimond de Bollène, et le comte Raimond Bérenger IV, frère du roi Ildefonse, marquis de Provence, convinrent de faire frapper dans Arles une monnaie commune, à la fois comtale et archiépiscopale.

Au souverain de Provence appartint, en vertu de cet accord, la légende de l'une des faces de la monnaie : REX ARAGONE.

A l'archevêque, le typa de la même face : une mitre.

Le nom du pays de circulation : PROVINCIA, fut inscrit au revers, autour du ciiamp, entre les bras pattes de la croix. (Fig. 3.)

Fig. 3.

L'acte inédit où j'ai puisé les notions précédentes me parait assez intéressant pour être publié en entier ; il fait partie des archives de l'archevêché d'Arles :

« In nomine Domini nostri Jhesu Christi. Pateat omnibus ^< presentibus et futuris quod, anno ab incarnatione Ejusdem « MCLXXVII, in mense augusti, in aula Arelatensis archive episcopi que est ante turrem, inter Raimundum, Arelatensem « archiepiscopum , et Raimundum Berengarium , comitem « Provincie, fratrem Ildefonsi, régis Aragonensis, de farnariis « civitatis Arelatensis et moneta, mandate et voluntate ejus- « dem régis, talis amicabilis compositio et convenientia, con- <c silio caaonicorum Arelatensis ecclesie, pro archiepiscopo, et « consilio procerum curie comitis, pro comité, constituta est « et firmata. In civitate Arelatensi debent facere farnariam '( simul que sit eis communis in viriles portiones ; de moneta « vero talis est convenientia quod de omni acquisitione et lucro « quod occasione monete, videlicet malleationis et concambii, « ad comitem vel ad alios qui ab eo habuerint, provenerit, <( decimam débet habere archiepiscopus, quamdiu in civitate f< Arelatensi facta fuit, exceptis iiii d. Bernardi de Auriaco, « de quibus cornes non tenetur ei decimam dare. Facta est « hec amicabilis compositio istis médian tibus, videlicet Por- « cellOjWillelmo-Raimundo Gantelmo, Blacatio et Petro Ferce reolo, Arelatensis ecclesie eanonico, et Willelmo BernardOi

« comitis causidico. Verum ne veritas in posterum possit de- « perire, ego Raimundus Berengarius, comes, et ego Rai- « mundus, Arelatensis archiepiscopus , hoc presens instru- « mentum nostris sigillis fecimus muniri. Hujus rei testes « sunt de curia comitis proceres, scilicet Porcellus, Willelmus- « Raimundus Gantelmi, Blacatius, Garcias de Resa, Willelmu? « Bernardus de Aquis, causidicus ; Berengarius de Sardaina, <K Hugo de Bas, Cambas Longas, Hugo Rapina, Willelmus « Vasco ; de curia archiepiscopi, Johannes, abbas montis ma- « joris; Willelmus sancti Michaelis, monachus ; "Willelmus « Boso, prepositus ; Ymbertus de Aqueria, sacrista; Petrus « Ferreolus, Jordanus, Rainaldus Sancte-Crucis, Donaldus, «c causidicus ; Pontius Rostagnus, Raimundus-AVillelmus de (( Sallone et Hugo Ysop, capellanus archiepiscopi, qui hanc c< cartam scripsit. » (H

Aux termes de cet acte, le bénéfice de l'émission advenait au prélat en très faible part : la dîme de 8/12, c'est-à-dire le quinzième du gain total. Quatre deniers ou douzièmes, francs de dîme, étaient attribués à l'un des barons du Roi, à Bernard d'Auriac. (2) Les neuf quinzièmes restants revenaient au Roi. Celui-ci percevait donc, en y comprenant les deniers de Bernard d'Auriac, un seigneuriage quatorze fois supérieur à celui de l'archevêque. C'était juste. La monnaie comtale avait cours par toute la Provence ; l'archiépiscopale, à Arles seulement.

(•1) Archives départem. des Bouches-du-Rliône, G. 2, Livre noir, ^ 4-}.

(2) Bernard d'Auriac, l'un des fidèles d'Ildefonse d'Aragon, reçut le tiers du seigneuriage de la monnaie d'Arles, à titre de récompense de bons et loyaux services. Il avait accompagné Ildefonse dans son entrevue avec Raymond de Toulouse (D. Vaiss. t. IV, pr. CCXXVIl) et pris part au siège de Nice (Bouche, II, 1058) et aux diverses guerres de Provence et de Languedoc, de 1167 à im, date de notre charte monétaire. Il chevauchait à l'un des premiers rangs de l'escorte royale. l'Ihid , II, p. ^147 et MH, Chartes de La Celle léi Brignoles.J

En s'associant au prélat, le Rai ne pouvait pas sacrifier ses propres intérêts, et, comme conséquence, la part des bénéfices avait dû être proportionnée, pour chacune des parties contractantes, à l'étendue de ses domaines.

2. Le royal à la mitre succéda, à mon avis, à une monnaie purement arlésienne, de fabrication à la fois comtale et archiépiscopale. (Fig. 4.)

Fig. i.

M. Cartier attribue cette monnaie à l'archevêque Ytier, mort en 978. (1) M. Poey d'Avant l'a considérée comme une imitation frappée au XII^ siècle du type monétaire du même prélat. (2)

La monnaie est en efl'et du XII» siècle, mais le nom d'Ytier a pour lettre initiale habituelle un Y. (3) Pour les deux motifs, il faut écarter l'attribution de M. Cartier, et pour le second, celle de M. Poey d'Avant.

Le premier nom auquel pourrait se rapporter la lettre initiale en question, dans l'ordre chronologique des prélats arlésiens, est Jean Baussan. Or cet archevêque vivait au XIIP siècle et la monnaie est du XII*, et il est absolument impossible de faire descendre jusqu'à lui la fabrication et le style de cette monnaie.

L'I de notre monnaie n'appartient donc pas à l'église d'Arles, mais celle-ci possédait la légende du revers en vertu des ter-

,]i) Revue numism. franc., 1837, 344.

(2) Monn. féod., I!, 339.

^3) Sâxi. Pontif. Arelat,, 491

mes mêmes du privilège impérial où est inscrit son droit de battre monnaie : « Moneta ad jus et proprietatem ecclesie « sancti Stephani omni tempère teneatur. » (1)

Les archevêques firent usage, même après 1186, (2) de cette légende patronale. Le denier suivant (3) en est la preuve. (Fig. 5.)

Fig. 5. (1^^ -'.^Ij^ teï-r;^!^

Je reviens à la monnaie à l'I attribuée à Ytier ou à ses imitateurs.

En 1162, l'empereur Frédéric Barberousse partagea la seigneurie d'Arles entre l'archevêque et le comte de Provence : « Concessimus (comiti Provincie) in feuduni civitatem Arela- « tensem ita... quod omnia regalia ipsius sint tam in monetis « quam portubus..., excepto eo quod archiepiscopus et ecclesia « Arelatensis habet vel habuit a c annis rétro in eadem civi- * tate. » (4)

Avant 1162, l'archevêque avait eu seul le droit de battre monnaie à Arles ; à partir de 1162, il conserva ce droit, mais le comte l'eut aussi. Un diplôme impérial l'avait conféré à l'archevêque ; un diplôme impérial le conféra au comte.

Celui-ci, Raimond Bérenger III, vint en 1165 à Arles, où il n'avait pas séjourné depuis son retour de la Cour impériale, et, l'année suivante, il fut tué au siège de Nice.

(1) Gall. Christ., I, Inslrum. eccl. arel., p. 9i, pr, V.

(2) Cf. la noie 3 de la page 452.

(3) Ce denier, édité par M. Vallier, dans la Hev. de Marseille de 1868. est du XIII» siècle et non du Xlle, comme Ta écrit ce .«avant.

{*) Arch. des Bouch.-du-Rhone, B. 285.

Ildefonse, roi d'Aragon, passa aussitôt en Provence pour prendre possession de l'héritage cointal. L'archevêque d'Arles, le reçut cordialement et l'accompagna à travers ses Etats. (1)

Dans de telles dispositions d'esprit, les deux co-seigneurs d'Arles s'entendirent aisément pour exercer de concert leurs droits de monnayage. Le vocable de saint Etienne fut maintenu, d'abord dans un intérêt commun, l'estampille étant déjà acceptée, puis en témoignage de la souveraineté archiépiscopale, mais ce fut assez pour le prélat. Possédant la moitié seulement du monnayage, il ne pouvait prétendre aux deux faces de la monnaie, et voilà pourquoi on chercherait vainement à ajuster un nom d'archevêque d'Arles à l'I de la médaille attribuée à tort à Ytier.

Cet I est l'initiale et l'abréviation d'ÏLDEFONSUS.

Les mots ARELA CIVI circonscrivent le champ de la monnaie, comme ils en circonscrivaient jadis la circulation.

Peu rémunératrice pour le Roi, cette entreprise à cours local fut bientôt abandonnée et, en 1177, remplacée par la fabrication du royal (à la mitre) à circulation provençale.

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