IIL — DU ROYAL COROXAT EN TOURNOIS PROVENÇAL
Tête couronnée à g. -[- REX ARAGONE.
Bl. Croix aux bras terminés chacun par trois perles en bande et coupant la lég. : PROVINCIA.
et de saint Trophime : « In nomme ccclesie sancti Trophimi et nostro. » De 13 deniers de seigneuriage slipulés dans l'acte, 12 sont attribues à TégUse de Saint-Trophime et aux archevêques, et le treizième à l'autel de saint Etienne et aux besoins divers de la sacristie :
« De singulis libris nionele, sine omni opère et expensis, ecclesie sancti
• Trophimi et nobis et successoribus nosiris tu ^Petrus de Tlior) et tui xii d.
• fideliter reddalis et xiii"™ d"™ ad opus allaris B. Slephani ut ad alla opéra « que specialiler ad sacristiam spectare dicuntur, sacriste et ecclesie semper - fideliter reddatis... (Gai. Christ , I, Inst. eccl. arel., XX, p. 103.)
La monnaie mentionnée dans cette charte ne nous est point parvenue, mais nous possédons plusieurs deniers et oboles de l'église d'Arles, frappés pendant le XIII* siècle, ils sont tous anonymes. (Cf. ci-dessus, fig. 5, et ci-après, Ch. XII, ^ -17, De la monnaie courante d'Arles en ralmondins.J
[i) Pourtant, il'ajjrès le prix auquel le marc de fin est estimé en royaux (64 s. de royaux) dans la charte de 1185, insérée au Cari, de St-Vict. sous le no im, la valeur du roval sérail d'environ 1/1.5 inférieure à relie du royal coronat primili!.
1. Le royal coronat apparaît pour la première fois dans une charte du 19 février 1186 (n. st.), non sous cette dénomination mais avec l'appellation vague de deniers neufs :
(c Ego Ildefonsus, ...rex Aragonensis, ...recognosco, laudo « et concedo tibi Rostagno, Avinionensi episcopo... m. s. de « denariis novis... », et plus loin : « et alla m. m. s. de denariis « novis... Actum est hoc apud Avinionem, XIIII kal. marcii, « anno MCLXXXV. » (i)
Peu après, dans une charte sans date, rapportée par Papou à l'année 1184, et de l'année 1186, à mon avis, ces deniers neufs sont en possession de leur nom caractéristique :
« Ildefonsus^ rex Aragonum, ...donat Raimundo Gantelmi « de Tarascone... x. m. s. novorum regalium coronatorum, pro « quibus ipsi et suis obligat locum de Laurada... Datum Ta- « rascone, mense septembri. » (2)
Le royal coronat ne fut pas seulement ainsi dénommé.
A cause du lieu de sa fabrication, on l'appela en outre royal coronat de Marseille, et plus tard royal marseillais et menu marseillais.
Il est désigné aussi par le simple terme de royal. (3)
Le royal coronat est nommé royal coronat de Marseille dans une promesse faite par Barthélémy Mazelier et Pierre Vital à Etienne de Manduel de lui rembourser 53 onces ^r-, à raison de 55 s. de royaux coronats de Marseille par once : « Pro « unaquaque uncia lv s. regalium Massilie coronatorum. » (4) L'acte est du 15 février 1200 (n. st.).
(1) Arch. des Bouch.-du-Rhône, B. 292.
(2) Papon, II, p. .560; Bouche, II. 160. La date de 1186 me parait préférable à celle de 1184.
(3) Marie d'Aragon le nommait provençal. Cf. Spicil., VU, p. 168. (A) Arch. des Bouch.-du-Rhône. B. 15fi2.
Le royal cororiat est nommé royal marseillais dans une enquête sur les possessions des Templiers de Provence, en date du 24 janvier 1307 : « Item, ...servit in vigilia nativitatis « Domini ix d. regalium massiliensium. » (1)
Le royal coronat ainsi désigné dans le rationnalre provençal de 1249, (2) devient par abréviation le royal dans le rationnaire (3) de 1264. (4)
L'expression la plus usuellement employée fut, hors de Marseille et sous le règne de Charles I^r, celle de royal; à Marseille, de tout temps, celle de royal coronat. Toutefois, dans un acte passé en cette ville, entre Marseillais, on les rencontre toutes les deux, indistinctement mises l'une pour l'autre ; cet acte, de l'an 1205, est une obligation hypothécaire de 25,000 s. de royaux, souscrite par le vicomte Roncelin au profit d'Anselme de Marseille, lequel avait remboursé à un créancier du vicomte 12,000 s. de royaux coronats et prêté au vicomte 13,000 s. :
c( Ego Roncelinus, dominus Massilie et vicecomes, obligo et (f trado pignori tibi Anselmo et tuis, sextam partem meam K totius portus Massilie pro xxv. m. s. regalium. Sciendum aue: tem est te predictum pignus a filiis quondam Bondavid (( Grossi, judei, XII. m. s. regalium coronatorum redemisse, et « michi Roncelino residuos xiii. m. s. predicte monete... sol- « visse et tradidisse. Actuni fuit... anno MCCV, ...IX kal. « novembris. » (5)
(1) Arch. des Bûucli.-du-Rli6ne, B. 433.
(2) Ibidem, B. 1500.
(3) Le terme de ralionairc ou rationnaire n'csl p;is encore français. Après avoir hésiié entre la première forme, à cause de sa parfaite similitude avecle latin : Ralionirium, et la seconde, d'une conformation plus française; après avoir même employé celle-là, je me suis décidé à adopter le mot ainsi orthographié : Itatioimnire.
(i) Arch. des Bouch.-du-Rhi-ne. B. I.^nt. (5) Cart. St-Vid., II, p. 590.
Ce texte démontre l'identité du royal coronat et du royal ; le suivant, celle du royal et du nienu marseillais.
Raimond Geoffroi II vendit au roi Robert, en 13'23, une rente de 25 1. de royaux ou menus marseillais servie à sa famille par la caisse municipale de Marseille depuis 1216 :
<k Nec non xxv l. regalium seu massiliensium minutorum ft quas idem venditor hereditaiio nomine habebat,.. in reddi- « tibus... sive clavaria Massilie. » (1)
Il serait superflu d'ajouter à ces citations ; elles prouvent uec évidence la synonymie du royal coronat, du royal coronat de Marseille, du royal marseillais, du royal et du menu marseillais. (2)
2. Ces citations, empruntées à des documents d'époques très diverses, attestent en outre un fait très important à consigner ici, je veux dire la fabrication et le cours constants du royal coronat poidant la fin du XI le siècle, les XIIP, XIYe (3) et
(4) Arch. des Bouch.-du-Rhône, B. 459.
(2) Je voulais me borner à une seule preuve pour chaque dénomination, mais la suivante est d'une valeur trop grande, me paralt-il, pour être omise,elle csl extraite d'un édil de Charles II ordonnant, à la date de 1298, la fabrication ue nouvelles espèces et la démonétisation des anciennes, à l'exception des royaux coronats provençaux et des royaux marseillais. Entre autres faits, ce texte prouve la localisation de cette dernière monnaie dans la ville oii elle était fabriquée ; • Exceplo in civitate Massilie, in qua sicut solilum est huc- " usque, expondantur regales. •> (Arch, des Bouch.-du-Rhône, B. 407.)
(3) Le 14 juillet i362, le Conseil général de Marseille désigna quelques uns de ses membres vers la reine Jeanne, pour lui demander l'auiorinalion de battre monnaie au litre qu'il plairait à la ville de fixer, en vertu des privilèges monétaires contenus dans les C.bapitres de paix de 1257. La reine Jeanne accéda à la demande des Marseillais et leur accorda des Lettres patentes insérées tout au long dans le l.ivie noir des archives de Marseille, f» 48, à la date du iO août 1362 et sous cette cote : « Lelra consentida per madama « Johanna, reyna, contenent que los Masselheses puescan far et batre moneda - juxta la forma de lurs libertatz et statut fLibro 1°, ho LVIJ et lo capilo' • lie Pas et privilegi del contp Raymun Beren^juier. - Ce titre dispense de tout exîr.iit de Tacte.
XV» siècles. (1) Le royal coronat, pendant un cours près de trois fois séculaire, fut, à plusieurs reprises, modifié dans son type, sa légende, son titre et peut-être son poids.
Le dessin ci-dessus représente le royal coronat primitif, la monnaie émise en 1186 par Ildefonse l^^, confirmée par Ildefonse II, son fils, en 1202, et acceptée par Raymond VII, comte de Toulouse, quand il obtint, en 1230, la seigneurie de Marseille.
3. Raimond Bérenger V, devenu maître de cette ville en 1243, inscrivit sur la monnaie marseillaise son nom et son titre au lieu de ceux du roi Ildefonse .
<( Convenit inter dictum dominum comitem Raymunduni « Berengarium et syndicum supradictum (^Raolinum), nomine (( dicte universitatis (Massilie) et pro ea quod moneta que fiet « et operabitur in civitate Massilie vicecomitali, fiet et ope- (( retur et percutiatur nomine dicti comitis. » (2)
Il ne se borna pas à cette seule modification ; il lemplaça la tête couronnée du roi par Técu d'Aragon. Il ne toucha pas au revers, si ce n'est pour en adapter la légende à celle du droit : -}- R. B. CO.MES — K). PROVINCIE. La grande croix pattée et accompagnée de perles des anciennes espèces fut maintenue.
Voici le dessin du menu marseillais de Raymond Bérenger V :
Fig. 7.
(1) Le 8 novenilire li5*J, le roi René acijuil ilu niuiiastère de Saint- Victor le verger royal de Marseille au prix de 80 livres de royaux marseillais : « Lxxx 1. régal iuin inassiliensium » à prendre sur les revenus de la ville. 2 livres de royaux marseillais valaient, en ce temps-là, un franc de Provence. (Arch. des Bouch.-du-Rhône, B. 13, fo 197. et U. f» 276.
(2) Ibid., B. aSÔ.
4. Charles d'Anjou imita Raymond Bérenger V, quand il tut devenu, à son tour, maître de Marseille, et le royal coronat fut alors frappé à son nom et à son titre. Au revers, on indiqua le lieu de fabrication : MASSILIENSIS.
Cette monnaie marseillaise ne pouvant être distraite de la série des monnaies de Charles h^ j'ai du en mentionner l'émission, la décrire, en donner l'analyse et le poids dans les chapitres 011 je traite, à ces divers points de vue, des espèces comtales.
Je reviendrai toutefois ici sur l'une de ces notions, afin de la compléter.
J'ai daté précédemment (1) de 1257 la première émission des espèces marseillaises de Charles I" ; elle doit l'être de 1252. Ceci résulte d'un article de la convention conclue le 25 juillet 1252 entre la ville et le Comte.
u Item, conventiones olim facte de facto monete inter boue « memorie dominum Raymundum Berengarium, condarn co- « mitem Provincie, et commune Massilie servantur in poste- « rum prout sunt incartate... » (2)
L'émission de 1257 succéda à celle de 1252.
5. Le cours des royaux coronats au type et à la légende d'Ildefonse fut à peine interrompu par les émissions des menus marseillais aux types et légendes de Raymond Bérenger V et de Charles b^. Aussi, les royaux coronats d'Ildefonse abondent dans les collections, et les pièces de Charles I*'', et surtout de Raymond Bérenger V, y sont rares.
On constate ordinairement la même disproportion dans la composition des trouvailles de monnaies marseillaises du XIII^ siècle.
(1) Ch. 1, § II, p. 4.
.2» Arcli. des Bouches~du-Rliùne. B. 336.
J'ai pu recueillir une partie de l'un de ces trésors, découvert il y a quelques années. Cette partie, puisée au hasard dans l'ensemble du lot, se composait de 3 gros marseillais, 5 menus marseillais de Charles I^""^ \o tournois provençaux de ce prince, 16 tournois de Louis IX, 2 poitevins, i riomois et 3 toulousains d'Alphonse de Poitiers et enfin de 30 royaux coronats au type d'Ildefonse d'Aragon. Parfois même, les trouvailles se composent-elles uniquement de ces royaux coronats, comme celle de }>l. Gazzino, faite en 1819 au pied de la colline de Notre-Dame-de-La -Garde .
Néanmoins, une découverte récente a mis au jour (à Saint- Zacharie du Var) 60 pièces d'Orange, 34 de ^'iviers, 26 avignonnais, autant de raimondins, 80 deniers tournois de Louis IX et enfin un nombre relativement considérable (17) d'oboles marseillaises de Raimond Bérenger V, mais pas un seul royal coronat d'Ildefonse.
Les poids des 14 exemplaires de ma collection des oboles marseillaises de Raimond Bérenger V, sont de 0,49, 0,49, 0,54, 0,58, 0,59, 0,60, 0,65. 0,68, 0,70, 0,70. 0,70, 0,71. 0,75, 0,76.
Ces oboles ne sont pas au titre des deniers royaux coronat^;, mais à une loi environ deux fois moindre. Des 14 exemplaires de ma collection, j'en ai fait analyser 3: en voici les titres : 0,134,0,161, 0,161.
La monnaie de Raimond Bérenger V. fiappée en 1243, eut. je le répète, un cours éphémère.
Comment fut-elle acceptée par le commerce et les changeurs ? Avec peu de faveur, sans doute, s"il faut en juger par la courte durée de cette fabrication monétaire, commencée au plus tôt en 1243 et finie en 1245, et ensuite par l'impossibilité où cettf^ monnaie était de se substituer, étant donné son format et son titre, au denier cl à l'obole du roval coronat fort
différents de module et par suite très faciles à distinguer l'un de l'autre;
6. Le royal coronat suivit le courant général et dégénéra avec le temps.
Une enquête, faite en 1331, sur le change du gros tournois en royaux coronats, établit à 22 sous 6 deniers au marc la taille de ceux-ci, et leur loi à 3 deniers i3 grains i/2, en Vannée iSOO. (1)
Dix-sept ans plus tôt, en 1283, au témoignage du changeur Arnulfe, les royaux coronats, également à 22 sous 6 deniers de taille, étaient au titre de 4 deniers moins une pite; le change en était de 15 deniers pour un gros tournois. (2)
Treize ans auparavant, en 1210, le change en était de 14 deniers 1/2 pour un gros tournois, et par conséquent, la taille restant la même, le titre en était meilleur ; je Fai précédemment établi à 3 deniers 22 grains -| — -^ de grain, ou mieux à 4 deniers. (3)
Les royaux coronats, ou marseillais neufs, à 4 deniers, succédaient à des pièces d'une loi supérieure, aux marseillais vieux des chapitres de paix de 1257, an titre de 4 deniers et 7 ou plutôt 8 grains. (4)
Enfin, l'analyse effective de deux exemplaires du royal coronat à la tête d'Ildefonse ayant donné 401 et 404 millièmes de fin, il serait permis de porter la loi première des royaux coronats à 4 deiiiers 20 grains, la taille étant, bien entendu, de 22 so)ts 6 deniers au marc, si deux raisons ne s'y opposaient, à savoir le change au pair du royal en royal coronat, et
(1) Pièces justifi'.'atives. n" VIII, 5.
(2) Ibid., 4 et 5.
(3) Ibid., Cf. ci-dessus. C!i. V, II, § II, 3, et -iurtoul i. p 75,
(4) Ci-dessus, p. 73 et p. 73.
le prix du marc de fin en royaux coronats, jamais moindre de 58 s. (1)
7. Le royal coronat au type d'Ildefonse courait à Marseille et en Provence, quand parut et l'y rencontra le tournois provençal. Ce fut en septembre 1249. Dès lors, la Provence jouit de deux monnaies distinctes : l'une, d'origine et d'aspect catalans ; Vautre, d'importation et d'apparence françaises.
Le premier document où apparaît le tournois provençal est le rationnaire de Provence de 1249. Au chapitre des recettes, la monnaie neuve, le tournois provençal a le désavantage du nombre ; au chapitre des dépenses, le royal coronat disparait à partir de septembre 1249 et le tournois provençal le remplace et devient la monnaie de paiement. Ainsi débuta cette monnaie essentiellement comtale.
Le royal coronat perdit, par le fait de l'émission des tournois, le monopole de la circulation provençale. Ce ne fut pas tout; il tomba, vis-à-vis de la monnaie tournoise de Provence, au simple rang d'une monnaie de change. Ainsi la considéra le comptable de 1249, quand, à la fin de son rationnaire, il indiqua en tournois provençaux la valeur du royal coronat :
« XV 1. VIII s. regalium coronatorum, valentes xiii 1. un s. « provintiialium. » (2)
A ce compte, i d. roval coronat = — de tournois pro-
vençal et i d. tournois provençal = i d. royal coronat -j — — de d.
Dans le rationnaire de 1264, le royal coronat ne parait plus en dehors des comptes de Marseille ; sans avoir perdu, en droit, son rang de monnaie de Provence, il était devenu, en fait, une monnaie locale, et le clavaire de Marseille est forcé, pour établir son dehet, de le convertir en tournois provençaux :
(1) Cf. Cart. de Sl-Vict., t. II, chartes 1115, lil7 et ^123, (3) Archives des Bouches-ilu-Rhûne, B. 1500.
(( Ita (clavarius Massilie) vero débet ii m. ix c. li 1. vi s. « IX d. regalium que valent ii m. v c. xxix 1. xiiii s. un d. « turonensium. » (1)
Donc, en 1264, i d. royal coronat égalait encore les - du denier tournois provençal et i d. tournois provençal = i d.
royal coronat -1 — — - du même denier.
L'identité des évaluations de 1249 et 1264 a pour corollain? l'identité des monnaies évaluées et par conséquent celle des tournois provençaux de 1249 et de 1264, et ainsi se trouve résolue la question laissée en suspens (2) à propos des espèces émises à Tarascon en 1262.
Les tournois provençaux ayant couru de 1249 à 1264, pendant toute cette période, le denier royal coronat = i obole I vite -1 — !— de pite de tournois provençaux, et le s. tournois provençal =z i d. -\ — — de pite de royaux coronats,