‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 52 sur 183 · VIII. — DU GÉNOIS DE NICE EN TOURNOIS PROVENÇAL · texte numérisé non relu

VIII. — DU GÉNOIS DE NICE EN TOURNOIS PROVENÇAL

1 . On frappait à Nice, en 1262, une monnaie comtale ; j'ai prouvé le fait par des textes authentiques, au chapitre des Émissions. Quelle était cette monnaie ? C'est une question.

A défaut de données certaines sur son type, sa légende, son poids et son titre, j'ai été amené à croire à sa similitude d'aspect et de valeur avec la monnaie génoise.

J'ai été amené à y croire en cherchant l'explication de certaines espèces usitées à Nice en 1264, et qualifiées de génoises par le comptable du rationnaire de cette année-là.

Une partie des recettes niçoises est exprimée, dans ce rationnaire, en livres, sous et deniers génois. Or, pouvait-on accepter et employer administrativement, dans une ville où l'on battait monnaie, des espèces étrangères, non-seulement à la ville même, mais au pays ? En ce cas, à quoi eut servi le droit de battre monnaie? A quoi, la monnaie locale? A quoi, la provençale?

{i) Ann. de la Soc. des Antiquaires, 1850, p. 101 et suiv.

On aurait eu à Nice le pouvoir de faire circuler, de préférence à d'autres, une monnaie provinciale et une monnaie locale, et les laissant de côté, on serait allé en emprunter une troisième à l'étranger, à l'Italie? Cette hypothèse est peu soutenable.

D'un autre côté, le peuple est routinier. A Arles, en 1250, on essaya de substituer les tournois provençaux aux raimondins et on no put y réussir, malgré les promesses faites aux officiers du comte par les Artésiens : « Monete publiée quam « quidem solvere promiserant (cives Arelatenses) et que om- « nino currere desiit, » (1) et le comte dut recourir, en 1253, à des mesures prohibitives pour faire cesser une répugnance irrationnelle mais routinière.

A Nice, on eut sans doute la même répugnance pour les tournois provençaux et comme ils ne purent lutter avec la vraie monnaie génoise, la monnaie usuelle de toute la côte, le Comte de Provence contrefit cette monnaie génoise afin de tirer quelque profit du marché niçois. Il n'y avait pas de meilleur moyen pour réagir contre l'importation étrangère.

S'il en fut ainsi, comme tout porte à le croire, la monnaie frappée à Nice devait ressembler à la monnaie de Gênes comme les tournois de Provence à ceux de Tours.

Tels sont les motifs pour lesquels j'ai classé parmi les monnaies provençales, les génois courant à Nice sous Charles ler d'Anjou.

Voici le type de la monnaie génoise :

Fig.l3.

(1) Pièces jusiif. n» I.

2. Le rationnaire de 1264 contient, dans le compte de la viguerie de Nice, plusieurs indications de change des génois de Nice en tournois provençaux.

Je vais les reproduire ici ; il n'est pas besoin de les signaler comme un arguaient très valable à l'appui de l'hypothèse cidessus développée.

Les droits d'albergue du comté de Vintimille s'élevèrent en 1264, à 127 1. 17 s. 6. d. de génois valant au change 87 1. 10 s. 4 d. de tournois provençaux :

« Summa : vi. xx. vu 1. xvii s. vi d. januensium que valent « iiii. XX. VII 1. X s. un d. turonensium. » (1)

D'où, 1 d. génois = 1 obole -}- — - de pite tournois provençaux ou soit d'un denier tournois provençal, et corol-

lairernent, 1 d. tournois provençal = 1 d. -] ~ d'obole

génois.

Les droits d'amende furent payés par tous les contrevenants du comté de Vintimille en monnaie génoise.

La somme de ces droits fut de 282 1.2 s. 2 d. de génois valant au change 189 1. 8 s. de tournois :

« Summa : ii. c. iiii. xx. ii 1. ii s. ii d. januensium que va- « lent IX. XX. IX 1. viii s. turonensium. » (2)

D'oi^i 1 s. génois = 9 d. tournois provençaux ou soit les du sou de tournois provençaux ; c'est à —— près le

change de la précédente opération.

3. Nous avons vu les espèces génoises fonctionnant dans le comté de Vintimille et hors de Nice ; le rationnaire nous les montre en égale faveur à Nice même.

La ville de Nice était soumise à l'impôt de l'albergue et la somme payée est exprimée dans le compte de la viguerie en

(1) Arch. des B.-du-Rh., B. 1501, fo UO, v

(2) Ibidem, fo I5i.

espèces génoises, avec l'indication du change en tournois provençaux :

« Alberga de Nicia, pro un. xx. ii 1. januensium, i.iiii 1. « XVIII s. turonensium.» (1)

Dans cette nouvelle opération de change, 82 1. de génois = 54 1. 18 s. de tournois provençaux et par conséquent 1 sou de génois = 9 deniers tournois provençaux ou plus exactement les -j-TT- du sou de tournois provençaux.

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