IX. — DU TOURNOIS PROVENÇAL EN PROVENÇAL CORONAT
Par son ordonnance du 20 aoiàt 1267, Guillaume Estendard, sénéchal de Provence, eut à établir, lors du retrait des tournois provençaux, le change officiel de ces espèces démonétisées en monnaie neuve, en provençaux coronats.
Il l'établit à 20 s. de provençaux coronats pour 26 d. tournois provençaux.
« Pro debitis vero contractis a festo Natalis Domini quod « fuit anno M» CC» LXV" usque in hodiernum diem, possint ce solvere debitores eorum creditoribus xx s. provincialium « coronatorum pro xxvi s. illius monete veteris (turonensium (( vel provincialium). » (2)
D'après ce tarif officiel, il fallait 1 s. 3 d. 1 obole -\ — de
pite de tournois provençaux pour équivaloir à 1 sou de provençaux coronats.
J'ai étudié et indiqué, en traitant de la Démonétisation, la perte au change subie par le tournois provençal lors de son remplacement par le provençal coronat. Je ne reviendrai pas sur ce sujet.
(i) IbiJ., i° 138.
(2) Piècis justificatives, n* VI.
§ X. — DU CHANGE DE l'oBOLE d'oR DE PROVEXCE EN ROYAUX CORONATS ET EN TOURNOIS PROVENÇAUX,
1. Charles 1er trouva, à son arrivée en Provence, des espèces d'or d'une circulation usuelle en ce pays. On les nommait oboles ou mailles. Elles servaient souvent aux paiements censuels des nobles et des religieux aux comtes et aux seigneurs ecclésiastiques ; les comtes et les prélats avaient, en outre, l'habitude de les exiger de leurs censitaires juifs ; enfm, elles étaient usitées pour les acquisitions foncières. Je vais fournir des preuves à l'appui de ces assertions.
Le le"" octobre 1225, Hugues, archevêque d'Arles, acapta à Albeta de Tarascon, au cens annuel d'une obole d'or, un affar sis au Bois-Comtal.
(( Pro vero predicto accapto dabis tu (Albeta) et suocessores (( tui qui affare tenuerint, nobis (Hugoni) et successoribus (( nostris, singulis annis, in vigilia Natalis Domini, in domo « nostra Arelatensi, unum obolum aureuni boniuii et finum « censualem. « (1)
Le 29 mai 1228, la prieure du couvent de Prébayon et de Saint-André de la Ramière promit de payer à l'abbaye de Montmajour, tous les ans, à la fête de saint Pierre d'août, une obole censuelle d'or.
« Anno MoCCoXXVIIIo, Illlokalendas junii Guillelma prio- « rissa et conventus totus sanctimonialium Prati liaionis a et Sancti-Andree de la lîamicra promittunt dare et ad « monasterium Montismajoris déferre, singulis annis futuris, « in festo Sancti-Petri, intrante augusto, unum obolum au- « reum novum censualem, pro dicta domo Sancti-Andree.» (2)
(t) Arch. des Bouch.-du-Rhôue, Archevêché d'Arles, Livre noir, fo 87. (2) Ibid., Chantelou, Hid. Montism. p. 1021 bis.
La veille des nones de décembre 1240, Raimond Porcellet, Pierre d'Eyguière et Koustan de Bioux, reconnurent tenir en franc fief de l'arciievèque d'Arles, moyennant un cens annuel d'une obole d'or, l'étang de Mont-Ical et tout le périmètre sis autour de la ville de Sainte-Marie de la mer, à 2 lieues de rayon, (l)
En 1249, l'évèque d'Apt ratifia à Béatrix, comtesse de Provence, l'inféodation de la terre de Saignon à la charge d'une obole d'or de cens annuel. (2)
2. Les Juifs de Tarascon payaient au comte de Provence un cens en oboles d'or; il en fut de même de ceux de Marseille, quand le traité de 1257 eut mis entre les mains du comte la ville épiscopale et tous ses revenus estimés de 400 à 500 1. de royaux coronats. Un registre marseillais de 1265 nous a conservé les noms de ces censitaires ; dans ce document l'obole est appelée maille :
ce Aiso son las sensas dels juzieus que servon a monsegher « En Benezeg, avesque de Marseilla, a la vida de l'avesque o « a la vido dels juzieus, cascun a sa vida.
« Premieramentz, Astruc, fill que fon de Conprat, ser per « I mezailla d'aur, a la vida de l'un o de l'autre ; — Vidal « Nègre, per aquo mezeis, i mezailla d'aur ; — Durant de (( Sallon, per aquo mezeis, i mezailla d'aur; — Mosse, mège, « per aquo mezeis, i mezailla d'aur; — Choentz, jusieva, per « aquo mezeis, i mezailla d'aur ; — BonfiU del vergier ser i « mezailla d'aur. » (3)
3. L'obole d'or n'était pas seulement employée en unité et comme redevance spéciale de certains cens ; elle l'était aussi en nombre, comme prix d'achat et de vente.
(t) IbiJ., Archevêché d'Arles, Livre rouge, f» 33, v».
(2) Ibid. B. 343.
(.1) Ibid. B. 812, fo 36.
Le 16 décembre 1215, Guillaume de Servière vendit à l'hôpital de Saint-Jean de Jérusalem toutes ses possessions de Manosque et celles de son fils, Foulque de Pontevès, au prix de 2,000 oboles d'or et de 5,000 s. de guillelmins :
« In nomineDomini.Anno incarnationisEju3demM"CC'>XXVo, « XVIIo kalendas januarii. Manifesta m fiât presentibus et « futuris quod ego Guillelmus de Cerveria vendo et vendicionis « titulo trado tibi fratri Aimerico de Pace, magno preceptori a citra mare domus Hospitalis Jérusalem, et per te predicto « Hospitali Jérusalem quicquid ego habeo vel filius meus Fulco « de Pontevès habet et tenet vel habere et tenere débet vel « alii, nomine ipsius..., in villa Manuasche, intus et extra, in « toto ejus tenemento, et in Castro Manuasche, intus et extra, (( et in toto ejus tenemento, sive illud jus consistât in militi- « bus, hominibus, feudis, dominicaturis, serviciis censualibus, « usaticis, terris, vineis, pratis, aquis, quecumque ego habeo « vel prefatus filius meus Fulco de Pontevès, vel mater sua « Laura et Fulco de Pontevès avus prelibati filii mei habue- 4 runt et tenuerunt, precio ii. m. obolorum aureorum et v. « M. s. vilelmensium. » (1)
4. Sous le terme banal d'obole d'or, il a couru en Provence des monnaies bien diverses. Les unes étaient d'origine étrangère et je les étudie sous les noms de basant et d'obole de l'Emir dans le chapitre suivant ; les autres avaient été frappées par les Raimond Bérenger de Barcelone.
Les Raimond Bérenger de Barcelone étant devenus comtes de Provence, leurs espèces purent circuler dans cette province avec la faveur due à une monnaie comtale ; elles n'étaient pas provençales de fabrication, mais elles couraient légalement en
(1) Ibid. 0. M. 1. 927. Manosque. Dom. iti.
Provence, et pour ce motif doivent être classés parmi les monnaies provençales.
Si j'attribuais quelque créance à de grossiers dessins tracés en marge d'actes où il est question de l'obole d'or, (1) je la
Fig. 14.
rechercherai dans une petite pièce publiée par M. Poey d'Avant, (2) d'après un exemplaire conservé dans une collection anonyme de Perpignan, mais à moins d'être globuleuse, et le dessin et la description de M. Poey d'Avant prouvent le contraire, cette petite pièce d'or à la légende de -\- BEREN- GARIVS — R). BARKINOX, ne peut être estimée au prix de change de 5 s. 8 d. de royaux coronats. (Fig. 15.)
Fig. 15.
Cette pièce n'est donc pas l'obole d'or de cette étude, mais un mancus d'une valeur de 3 à 4 s. au plus de royaux coronats. (3)
[i) Arch. des B.-du-Rli., arclievêclié d'Arles, Livre rouge. (<> 33.
(2) Monii. féod., II, p. 212 et pi. LXXVII. 17.
(3) PourUnt si la pièce était épaisse, mes objections tomberaient ; mais, je le répèle, le dessin et la description de M. Poey d'Avant n'autorisent pas cette supposition. Les pièces en or de ce format pè'^enl un peu plus d'un gramme, et pour un change de 5 s. 8 d. de royaux coronats, il faudrait près de deux grammes d'or, et par conséquent, dans les proportions ordinaires de poids et de format, un module sensiblement plus grand.
5. On a beaucoup disserté sur l'étymologie et la valeur du mancus. Les uns donnent à ce mot, sans le traduire, une origine anglo-saxonne ; d'autres le tirent directement du latin * manu cussum, et M, de Longpérier du participe arabe mancousch, en latin cussum. (1) Ceux-ci assimilent le mancus au mangon équivalant à deux basants ; ceux-là au marc d'or. (2) Bref, la matière est restée inintelligible. Elle cessera peut-être de l'être autant, si l'on veut bien accepter mes explications.
Le terme de mancus, applicable aux poids et aux monnaies, est, selon moi, le participe passé manqous du verbe arabe naqasa, affaiblir, diminuer. Il spécifie un affaiblissement soit de poids, soit de titre.
On trouve dans les chartes de Raimond Bérenger le' de Barcelone (1035-1076) la mention fréquente du mancus de Barcelone. (3) Ce mancus était d'or fin «. mancusosaurifinimonete « Barchinone, » comme For barcelonais, mais le poids en était faible ; c'était un mancus, quant au poids. Ce terme convient très bien, si je ne me trompe, à la monnaie dessinée ci-dessus d'après M. Poey d'Avant. (4)
Si le mancus en or de Barcelone était faible de poids et non de titre, il en était toit autrement du mancus en or de Valence.
L'or de Valence était à l'or de Barcelone ou or coupelle comme 8 est à 28. Celte proportion est inscrite dans les constitutions de Catalogue : « La unsa de or cuyt (val) vint e vuyt
(t) Revue numismalique française 1844, p. 278.
(2) Duoange, Gljss. V. mancusa et mancnsus.
(3) Dom Vaissèle, HUt. du Languedoc, Ed. du Mège, III, ]). 551, pr. CC.
(4) Ce savant l'altribne à Raimond Bérenger IV (1130-1 162), mais elle n'en pone pas le nom et elle conviendrait mieux à Dérenger Rainioud, son troisième aïeul.
DE CHARLES le"" 195
Provence, distinguées des oboles de l'Emir sinon par le prix, car, pour les unes et les autres, il était à peu piès le même, du moins par l'absence de toute indication d'origine et la seule appellation d'obole d'or.
Si j'attribuais quelque créance à de grossiers dessins tracés en marge d'actes où il est question de l'obole d'or, (1) je la
Fig. 14.
rechercherai dans une petite pièce publiée par M. Poey d'Avant, (2) d'après un exemplaire conservé dans un collection anonyme de Perpignan, mais à moins d'être globuleuse, (3) et le dessin (Fig. 15) et la description de M. Poey d'Avant prouvent le contraire, cette petite pièce d'or à la légende de + BERENGARIUS — r}. BARKINOX, ne peut être estimée au prix de change attribué par les textes à l'obole d'or, car ce prix est de 5 s, 8 d. de royaux coronats :
« Pro V obolis aureis censualibus seu de salvateria quam « solvebant (judei) episcopo massiliensi, xxviii s. un d. (4) »
Fig. 15.
(1) Arch. des B.-du-Rh., archevêché d'Arles, Livre rouf^e, f" .'33.
(2) Monn. féod., II, p. 212 et pi. LXXVII, 17.
(3) Cf., ci après, les fig. 10 et 20, p. 221 et 222.
(4) Arch. des B.-du-R., B. 1502, f» 25. Même reg.,fo a, et B. 1501, fo 52, l'obole d'or est évaluée à 5 s. de tournois provençaux, c'est-.i-ilire au change ci-dessus, à un denier près.
Cette pièce n'est donc pas une obole d'or; à mon avis, c'est un mancus.
5. On a beaucoup disserté sur la valeur du mancus assimilé tantôt à deux besants et tantôt à un marc d'or, (1) et sur son étymologie. Les uns ont tiré ces mots de l'anglo-saxon, mais sans le traduire ; les autres, du latin 'tnami cussum. M. de Longpérier, toujours voisin de la vérité quand, par exception, il ne l'atteint pas, le dérive de l'arabe mancoiischy cussum en latin. (2)
Le terme de mancus me paraît, en effet, arabe; mais ce serait, si je ne me trompe, le participe passé tnanqous du verbe naqasa, affaiblir, diminuer ; appliqué aux monnaies, il en spécifierait, selon les cas, l'affaiblissement de poids ou de titre.
On trouve dans les chartes de Raimond Bérenger de Barcelone, (1035-1076) la mention fréquente du mancus de Barcelone. (3) Ce mancus était d'or fin « mancusos auri fini monete « Barchinone, » comme l'or barcelonais, mais le poids en était faible ; c'était un mancus, quant au poids. Ce terme convient très bien, si je ne me trompe, à la monnaie dessinée ci-dessus d'après M. Poey d'Avant. (4)
Si le mancus en or de Barcelone était faible de poids et non de titre, il en était tout autrement du mancus en or de Valence.
L'or de Valence était à l'or de Barcelone ou or coupelle comme 8 est à 28. Cette proportion est inscrite dans les constitutions de Catalogne : « La unsa de or cuyt (val) vint e vuyt
(1) Ducange, Gloss. V. mancusa et mancusus.
(2) Rev. num., 1844, p. 278.
(3) Dom Vaisséte, Hist. du Languedoc, Ed. du Mège, III, p. 551, pr. CC.
(4) Ce savant l'aUribue à Raimond Bérenger IV (1130-1162), mais elle n'en porte pas le nom et elle conviendrait mieux à Bérenger Raimond, son troisième aïeul .
DE CHARLES l"" 197
« SOUS et de or de Valencia vuyfc sous tant solament. » (1) Celui-ci était donc de l'or bas, très bas et le terme de mancus convient eacore à merveille à une monnaie d'un pareil métal. Pourtant si le métal du mancus en or de Valence était faible, le poids ne l'était pas : il égalait le sixième d'une once ; « sis « mancusos de aquel mateix or fan una unça. » (2)
L'once était le douzième de la livre ; la livre des princes catalans était celle de Narbonne, « pensum Narbone, » une 'ivre romaine pesant, d'après mes calculs, 326 grammes -. — .
Le mancus en or de Valence, taillé à raison de 6 à l'once ou de 72 au poids de Narbonne, pesait, en conséquence, 4 grammes 5313. L'or cuit ou coupelle de Barcelone était, si je ne me trompe, à -^ de fin ou -j^^- A ce compte, le mancus en or de Valence équivalait à 1 gramme 20 centigrammes d'or fin et le prix de change de l'obole d'or de cette étude, c'est-à-dire 5 s. 8 d. de royaux coronats à 4 d. de titre, ne lui convenait pas. Le mancus en or de Valnnce valait au plus 4 d. de royaux coronats à 4 d. de fin. (3)
6. Le mancus ne fut pas le seul emprunt fait soit aux pratiques monétaires, soit à la langue des arabes, par les princes catalans; comme les rois de Castille, ils y empruntèrent aussi le morabotin.
Le dinar des Almoravides était d'or fin et avait, d'après les calculs de Don Vasquez Queipo, un poids théoi'ique de 3 gram-
(4) Const. de Cathalunya, lib. X, t. II, II, cap. 34.
(2) Const. de Cathal., loc. cit. Le texte porte sd; c'est une erreur manifeste.
(3) Il m'est impossible de déterminer exactement le titre du mancus dans l'ignorance où je suis de la nature de l'alliage. Si le métal se composait d'or et d'argent, le titre était de moins d'un sixième d'or, car l'argent valait dans ce pays, le huitième de l'or, et ce titre était de plus d'un tiers d'or si l'alliage était de cuivre, c'est-à-dire à peu près sans valeur.
mes 960. (1) On le nomma, en latin, morahotinus ou marahotinus et ce non servit à désigner et la pièce arabe et ses contrefaçons catalanes et castillanes.
Je n'ai pas à m'occuper ici du morabotin castillan ; toutefois et sans m'y arrêter davantage, je noterai la confoi'mité de poids de cette monnaie avec la catalane.
Le marabotin castillan pesait, d'apr-ès mes calculs, 3 gram:nes 8645; (2) le catalan, 3 g' ainint^s 8,S4, poids du septième de l'once « uncia vero vu morabotinos » ,^3) et du quatre-vingtquatrième de la livre de Narbotme.
Comme le dinar des Âlm )favides, le norabotin catalan était d'or fm ; aussi, quoique d'un poids inférieur au mancus en or de Valence (4 grammes 533), il valait trois fois plus. « très « manchusi auri Valentie valent unum morabotinum ; » (4) « cent unças de or de Valencia valen dos cents morabotins e « sis man'-uso'^ de aquell mateix or fan una unça qui val dos « morabotins. » (5)
Le morabotin catalan pesait donc 3 grammes 884 et était
il 916
d'or fin. Cet or était au titre de -— ou ■— -— et était allié à
— OU d'argent. L'argent valait, en ce temps là. en Cata-
logne, le huitième de l'or : « soUdus aureus habet octo argen- (n teos. » (6) En le réduisant en or, je dois porter la valeur du morabotin de Catalogne à -j^^^ fl'or multipliés par son poids, soit à 3 grammes 60 centigrammes d'or fin. (7)
^i) Esmi sur Us systèmes métriques et monétaires, t. III, table LXXV, p. fi32 et suiv.
(21 Cf. ci-après, ch. XII, S
(3) Ch. Giraud, Essai sur l'hist. du droit français, II, p. i05, S Hi.
(i)Ibid. loc. cit.
(5) Const. de Cathal., lib. X, t. II, II, cap. 3i.
(fi) Ch. Giraud, loc. cit.
(7) Exactement 3 grammes 5985.
Le prix du change de l'obole d'or, établi ci-dessus à 5 s. 8 d. de royaux coronats à 4 d. de fin, convient-il au morabotin catalan? Nullement.
En effet, les tarifs marseillais de 1228 évaluaient le besant du Gharb du poids de 2 grammes 30 centigrammes, alliage compris, au prix de 5 s. à 5 s. 8 d. de royaux coronats, et le besant d'Egypte, du poids do 4 grammes 54 centigrammes, alliage compris, au prix de 11 s. 5 d. à 13 s. 4 d. de royaux coronats à 4 d. 8 grains de fin.
Dans cette proportion de poids et de change, le morabotin catalan, pesant 3 grammes 884, aurait valu, tous calculs faits, de 11 à 12 s. de royaux coronats à 4 d. de fin. (1)
Le change de l'obole d'or (5 s. 8 d. de royaux coronats à 4 d. de titre) ne peut donc pas se rapporter au morabotin ; mais si celui-ci est considéré comme une unité, un denier, ce change peut parfaitement convenir à l'obole de ce denier, à un demimorabotin.
7. Ce demi-morabotin, cette obole existe, si je ne m'abuse, et M. de Longpérier, à mon avis, en a publié le dessin reproduit ici, d'après l'exemplaire du cabinet de France : (2)
Fig. 16.
M. de Longpérier en comparant cette pièce, aux caractères pseudo-arabes, avec les monnaies véritablement arabes du
(1) Cf. ci-après, ch. XH, g VIII, in fine. (») R9V. Num. 1856, nouv. série, 1, p. 03.
Wb ESSAI SUft LES MONNAIES
XI« siècle, a été frappé de sa ressemblance avec un dinar d'Yahia. roi de Malaga, fabriqué en 1023 ou 1024 et, concluant de ce fait à la contemporanéité de l'original et de l'imitation, il a attribué la pièce catalane à Bérenger Raimon (1017- 1035). (1)
« A partir de l'an 494 de l'Hégire (1 100 de J.-C.) la mon- « tiaie d'or des Almoravides. plus belle que celle de leurs prête décesseurs. se répandit jtar toute l'Espagne et bientôt après « dans le Midi de la France, sous le nom de Marahotins, et « les princes chrétiens n'auraient eu garde d'imiter alors les « petites monnaies du roi de NTalaga. On pourrait donc hésiter « entre les comtes qui ont possédé Barcelone depuis 1023 « jusqu'en 1100. Mais je pense qu'il faut s'en tenir à Bérenger « Raimon (1017-1035), contemporain de Yahia. » (2)
J'éprouve un vif regret à ne point partager l'opinion attributive du célèbre numismatiste.
Le dinar d'Yahia, roi de Malaga, auquel M. de Longpérier a eu parfaitement raison de rapporter, quant au type, la pièce de Raimond Bérenger, n'appartient pas au système pondéral des morabotins.
Ce dinar pèse 4 grammes 30 centigrammes; (3) or, la pièce de Raimond Bérenger pesant 1 gramme 95 centigrammes, n'est ni la moitié, ni le tiers du dinar, et il n'y a entr'eux aucun rapport pondéral.
Mais si la pièce de Raimond Bérenger n'appartient en aucune façon à l'échelle monétaire du dinar d'Yahia, roi de Malaga, elle a exactement, à 3/4 de centigramme près, la moitié du
(1) On en conserve deux autres exemplaires à Madrid. Cf. M. de Longpérier, loc. cit.
(2) IbiJ. loc. cil. p. fir.
(3) C'est le poids de l'exemplaire du cabinet de Frâtice.
DE CHARLES ï" 201
poids théorique du morabotin de Catalogne pesant 3 grammes
Elle est l'obole de ce morabotin considéré comme denier et le change de 5 s. 8 d. de royaux coronats à 4 d. de fin s'harmonise justement avec sa valeur métallique.
Suis-je dans l'erreur? Je ne le pense pas, et, dans ce cas, l'attribution d'un demi-morabotin, de l'obole d'un morabotin à Bérenger Raimond (1017-10.35) n'est pas possible, les almoravides étant postérieurs à ce prince. Comme le dit très bien M. de Longpérier, la monnaie (i'or des A.lmoravides se répandit en Espagne vers 1100 avant J.-C. On ne peut donc pas faire remonter plus haut l'apparition des morabotins de Catalogne.
9. On objectera la mention des morabotins dans les Usatici Barchinnne Pairie de 1068, mais l'article où cette mention se trouve ne présente pas les caractères d'ancienneté du code lui-même, car il est placé à la fin de l'une des copies, dans le voisinage d'additions incontestables, et il manque au plus ancien des deux manuscrits d'oii M. Ch. Giraud a tiré le texte de son édition. (1) Si l'auteur du code, Raimond Bérenger II (1035-1076), l'était aussi de cet article, si les Catalans n'avaient pas attendu la venue en Espagne des princes Almoravides pour en contrefaire la monnaie, on en trouverait la trace dans les chartes catalanes du Xle siècle ; or, partout, cette trace fait défaut.
Il n'en fut pas de même au Xlle siècle et dans la convention conclue, en 1162, entre les Raimond Bérenger de Barcelone, devenus comtes de Provence, et l'empereur Frédéric Barberousse, les droits d'inféodation impériale de ce comté furent stipulés en 15,000 morabotins. « Comes etiam Provincie dabit
(i) Ch. Giraud, loc. cit., p. i95, note 1.
« domino Imperatori xii. m. marbitanorum bonorura et do- « mine Imperatrici ii. m. et curie m. » (1)
Pour ces raisons diverses, je crois pouvoir attribuer la pièce éditée par M. de Longpérier, à Raimond Bérenger III de Barcelone , premier comte de Provence de la maison catalane (1112-1130), ou à son fils, Raimond Bérenger IV, comte de Barcelone (1130-1162) et marquis de Provence (1144-1162), avec lequel l'empereur traita, en 1162, de l'inféodation impériale de la Provence et en fixa le prix en morabotins.
Dans l'un et l'autre cas, l'obole d'or, objet de cette étude, serait non seulement une obole de morabotin, mais une monnaie des comtes de Provence, et, à ce titre, je le répète en finissant, j'ai dû la classer parmi les espèces provençales.
{i) Arch. des B.-du-Rh., B, 285, et Marca hispan., append. 437, p. 133L
DE CHARLES r' 203