‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 69 sur 183 · XXIV. — DU MORABOTIN ALPHONSIN, DES DOUBLES DENIERS · texte numérisé non relu

XXIV. — DU MORABOTIN ALPHONSIN, DES DOUBLES DENIERS

d'or DE l'Émir et rousset, du florin et de l'augustalk

EN tournois toulousains.

Fig. 27.

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(i) Arch.desB.-du-Rh.. B. 1511.

(2) Exactement 1 1. ■—.

1. La monnaie d'or frappée par Alphonse VIII, roi de Castille, à l'imitation du niorabotin, porte, en arabe, une légende chrétienne et le nom et le titre du prince; (1) elle est, en outre, presque toujours ornée d'une croix sur l'une de ses faces (fig. 27).

Pour ces divers motifs, ou la nommait, dans les actes du XII« et XlIJe siècles, morabolia ou alplionsin ou croisât.

Elle est désignée par ces trois noms en deux lettres d'Alphonse de Poitiers aux sénéchaux de Toulouse et de Saintonge datées, l'une du 9 août, et l'autre, du 27 septembre 1268. (2)

Dans une lettre du même prince au sénéchal de Toulouse, la monnaie d'Alphonse VIII n'est pas désignée par le terme de croizat ou. crozat, mais seulement par les deux autres.

Ces trois lettres nous ont conservé le change du morabotinalphonsin et de diverses autres espèces d'or en tournois de France; l'une de ces lettres est inédite, (3) en voici le texte :

oc Alfons, filz le Roi de France, cuens de Poitiers et des Tholose, à son amé et à son fael A. seneschal de Tholose et d'Aubigeis, salut et amour.

(1) Le dessin et la légende Je cette monnaie sont empruntés à la Numis-nKiiiquc dn M. A. de M. J. Lelewel (III» partie, p. 12). Voici la traduction de l'arabe : Emir (il faudrait peutélre lire /mar/i) des catholiques, Alfons, fus de Sanche, par la grâce de Dieu et son ordre. — Ce dinar a été frappé dans la ville de Tolède, en l'année mil deux cent vingt-quatre de Çafar (4486 de notre

ère). i\. La religion chrétienne, Dieu , et le très-grand. — Au nom du Père,

du Fils et du Sainl-Espril.il n'y a que lui seul. Celui qui croit et qui est baptisé sera sauvé.

(2) Boutaric. Histoire monèlaire d'Alphonse de Poitiers, Rev. num. 14868, p. 464.

(3) J'en ai puisé l'indication dans l'cxcellcnle publication de M. Boutaric et j'en dois le texte à l'obligeance de mon savant confrère, M. Lecoy de la Marche.

a Et suer le devantdit change fère, le conseil des changeurs de Tholose et de Bordiaus, et d'autres que vos verroiz à ce profitables, requérez.

« Et en ces choses et en nos autres besoignes saiez curieux, diligenz et ententif, et retenez et gardez ces letres par devers vous, si com vos sachiez mieux que vos en devroiz fère et en parlez à Thomas, votre clerc.

ft Ce fut doné à Paris, le samedi après la feste Saint-Barthelemi l'apostre, an l'an Nostre-Seigneur MCCLXVIII. » (1)

En ordonnant à son sénéchal de Toulouse de recueillir la plus grande quantité possible de monnaies étrangères d'or et particulièrement de monnaies arabes, (2) Alphonse de Poitiers avait en vue l'expédition de Tunis et cherchait à en faire les fonds.

Charles I^r dut adresser à ses officiers des instructions analogues; elles ne nous sont pi)int parvenues, mais elles peuvent être supplées par celles de son frère et compagnon d'armes.

Le poids du niorabotin-alphonsin est exactement indiqué dans notre texte : 63 morabotins-alphonsins et un tiers pesaient un marc de Troyes, c'est-à-dire l'équivalent de 244 grammes 752 milligrammes.

Le poids du morabotin-alphonsin était donc, théoriquement, en 1268, de 3 grammes 8645 et le change, en tournois toulousains, de 8 s. i d.

2. J'ai étudié, ci-dessus, (3) le double denier ou besant de l'Emir, soit dans sa valeur intrinsèque et théorique, soit dans son équivalence en royaux coronats ; le texte précédent me permet d'en indiquer le change en tournois toulousains.

[i] Arch. nal., JJ. 24c, f» 139.

(2) Non de l'Egypte mais du Gharb.

(3) Cf. même chap., % XI.

« Por chascun denier d'or [double] de Mir, au fuer de x s. « et VI d. tornois. »

Le change de cette monnaie est fixé au même prix, dans les lettres d'Alphonse citées précédemment, et à un taux un peu plus élevé dans un compte en tournois de France dressé, la même année, par Théodoric-le-Flamand :

« Nous vous mandons que en porchaciez nos deniers qui nous sonl deuz en nostre seneschaucie, tant de noz rentes que de noz detes vieilles et noveles et de nostre monoiage de Tholose et dou revenant dou foage à nous deu ou promis en nostre seneschauciée, et en suer que tôt des finances qui vous seront faictes por nous suer voies qui vous furent piéça envolées en escript por le secors de la Terre-Sainte et de quelque autre cause, cure et diligence metoz si grant.com vous porroiz et ce que a cez prochiens contes de la Touz Saintz nous sera deu en vostre seneschauciée, environ les m semeines de la proichène feste de Touz Saintz que vous ou vostre clerc viendroiz à nos por vos contez fere, au Temple, à Paris, faceiz apporter ; nostre monoie de Tholose à monoie d'or, se vous la poez trover, hengent en tele manière, c'est assavoir que vous doigneiz :

«. Por chascun denier d'or anfonsin ou marabotin, qui sont une meisme monoie, de bons et laiaux anfonsins o marabotins dont Lxiii et un tierz font le marc au marc de Troies, au fuer de VIII s. et i d. tornois ;

« Por chascun denier d'or de Mir, au fuer de x s. et vi d. tornois ;

« Por chascun denier d'or double de Ruisset, au fuer de x s. de tornois ;

« Por chascun denier d'or florin, au fuer de viii s. vi d. tornois ;

« Por chascun denier d'or augustoire, au fuer de x s. vi d. tornois ;

(n Et en nules de cez monoies d'or ne donez mie plus , mes mains se vous poeez ; et le remenant que ans monoies d'or desusdites en la devantdite manière changier [ne pourroiz, changiez] en petiz tornois de nostre seigneur le Roi de France, tant es petiz com es gros d'argent, c'est assavoir i gros por xii petiz de tornois, et en paresis ; environ les devantdites m semaines de ceste proichène Touz Sainz facez apporter au Temple, à Paris , chacune monoie desevréement par soi.

« Compotus Theodorici Le Flament de moneta grossorum « turonensium argenti. Expens?e. Pro xi. c. duplicibus de « Mirro, x s. vu d. » (1)

Le double denier d'or de l'Emir valait donc, en i96S, iO s. 6 d, de tournois toulousains et iO s. 7 d. de tournois français. ('2')

3. f( Por chascun denier d'or double de Ruisset, au fuer de X s. de tornois. »

Quelle monnaie faut-il entendre par le denier d'or double de Ruisset? Je ne puis répondre catégoriquement à cette question et je ne sais si j'ai eu raison de traduire par rousset, (3) en anglais reiisset, les termes de Rousset et Ruisset des lettres d'Alphonse, et celui de Roisseto du compte de Théodoric-le- Flamand :

t Pro L duplicibus de Roisseto. »

(1) Remeil des Hist.de France, XXII, 7i0 E.

(2) Un peu plus tard, en 1282, il valait, en Espagne, dO s. 7 d. de royaux de Valence : « Sindici et procuratores universilatis proborum hominum caslri et insuie de Evenza... promiserunl accipere, pro precio sive de precio salis, doblas de Mir aureas, per s. x et [d.] vu regalium Valencie pro qualibel dobla. » [Lib. jnr. Reip. Gen. II, XXXI, 48.) En 1282, 1 gros tournois de France valait, à Valence, 1 s. 4 d. de royaux de celte ville (l. c).

(3) Du lat. rubea, par opp. hnigra etalba nionetas? Je livre cette hypothèse à l'appréciation des lecteurs.

La question de l'identité de la monnaie laissée en suspens, le double denier rousset ou de Reusset, Ruisset et Roisset, avait une valeur de change, en i26S, de 10 s. de tournois toidousains.

4. J'emprunte au document inséré ci-dessus, le change du florin en tournois toulousains; il était de 8 s. 6 d. :

« Por chascun denier d'or florin, au fuer de viii s. vi d. (( tornois. »

Le même prix est inscrit dans les autres lettres d'Alphonse.

5. La dernière monnaie appréciée dans les lettres du frère de Charles ler, et notamment dans le texte imprimé plus haut, est l'augustale de Sicile.

L'augustale de Sicile, étudiée plus amplement dans V Appendice de cet Essai, avait pour contrevaleur de change, en 1268, iO s. 6 d, de tournois toulousains :

€ Por chascun denier d'or augustoire, au fuer de x s. vi d, « tornois. )>

Dans les autres lettres d'Alphonse, l'augustale est nommée augustaire ; eWe y est taxée au même prix.

§ XXV.— DU MORABOTIN-ALPIIONSIN, DES DENIERS d'OR DE L'ÉMIR ET ROUSSET, DU FLORIN ET DE L'AUGUSTALE EN POITEVINS.

Après avoir fait connaître l'évaluation en tournois des monnaies d'or ci-énumérées, je crois utile d'en noter le change en poitevins, d'après un document édité par M. Boutaric : (1)

lo Le morabotin-alphonsin ou croisât valait 7 s. 3 d. de poitevins ;

2° Le double denier de l'Émir, 10 s. 8 d.;

(1) Hittotre monétaire éC Alphonse de Poitiers, Rev. numismatique, 1808, p. 383.

3" Le double denier d'or rousset ou de Reusset, 10 s. 2 d.;

hf> Le florin, 8 s. 8 d. ;

5° Et l'augustale, 10 s. 8 d.

Corollairement, le change de la livre j)oitevine en touDiois toulousains peut être approximativement établi, à l'aide de cette pièce, à 1 l. 4 d. de poitevins pour une livre toulousaine.

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