‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 74 sur 183 · LA VALEUR COMPARÉE · texte numérisé non relu

LA VALEUR COMPARÉE

Déterminer par analogie ou induction, à défaut de textes précis, les valeurs diverses de diverses monnaies, apprécier les variations de cours et en déduire les gains et pertes au change, fixer les relations de l'or à l'argent, indiquer les étalons monétaires de Provence et des pays voisins, tels sont les résultats auxquels, dans les limites de cet Essai, je me suis efiforcé d'atteindre par l'étude de la valeur comparée.

Les notions nécessaires à cette étude, après avoir été tirées des chartes et classées dans les trois précédents chapitres, sont ici résumées, évaluées et, quand il le faut, rapprochées les unes des autres, afin soit de se confirmer réciproquement, soit de se redresser selon les cas.

En outre, comme la valeur comparée n'aurait pas de base solide, si, dans tout rapport, l'un des termes de comparaison n'était parfaitement défini et connu, je reproduirai ici les conclusions de mes travaux sur les valeurs intrinsèque et extrinsèque, et j'emprunterai, au besoin, des données du même genre, soit aux remarquables notices numismatiques de mon maître éminent, M. Natalis de-Wailly, et de mon savant et respectable ami, M. Germain, soit à plusieurs points du présent Essai,

Je suivrai, dans ce chapitre, les divisions adoptées dans les précédents et m'occuperai d'abord des monnaies provençales,

puis des monnaies voisines courant en Provence, et enfin des espèces étrangères. Aux deux premières catégories appartiennent les monnaies d'argent et de billon ; à la dernière, les monnaies d'or.

^' I. — ROYAL CORONAT OU MENU MARSEILLAIS DE CHARLES le*" ; TITRE ; TAILLE ; VALEUR COMPARÉE ; POIDS ; VALEUR INTRIN- SÈQUE.

1. Le royal coronat ou menu marseillais de Charles 1er, fut pendant le règne de ce prince, fabriqué au titre de 4 d. de fin, avant 1283, et 3 d. ^/^ ensuite, et à la taille constante de 270 au marc. (1) Quel était ce marc ? Les textes ne l'indiquent pas. Si c'eût été le marc de Marseille, pesant 2548'", 595, le poids du menu marseillais en fût ressorti à 0s'",9429, sa valeur intrinsèque à 0^,071 et, les 10 «/o d'extrinsèque joints, à 0f,0783.

Voyons si ce poids et cette valeur concordent avec les cotes de change de cette monnaie.

L'une de ces cotes fut en quelque sorte officielle. Le menu marseillais courait légalement à Marseille; hors de là, et par

(1) Cf. ci-dessus, p. i61. — Le royal coronat, antérieur à Charles 1er et même à Raimoml Bérenger V, avait un litre plus élevé, — environ 4 d. 8 grains, comme il ressort du lilre effectif de celte monnaie -lii- et du prix

auquel le sénéchal de Provence le payait en 1207, sous la dénomination de marseillais vieux, (Cf. ci-dess , p. 71), — et provenait d'une taille peut-être moindre ou faite à un marc plus fort ; j'en ai un exemplaire du poids de 92 centigrammes. Sur celle double donnée de poids et de litre, on peut en établir la valeur intrinsèque à 7 centimes '/s- Cet ancien royal coronat )iarait avoir été substitué au pair au royal à la mitre, d'environ 97 centigr. de poids, 4 d. de tilre[ ^" \ et 7 centimes •/, de valeur intrinsèque, valeur un peu supérieure à celle du gtùllelmin, contre lequel, à Forcalquier, on 1182, on le recevait au pair, et un peu inférieure à celle de l'ancien royal ocronat. (Cf. ci-dess., p. 148 et 167.)

conséquent dans toute la Provence, il devenait, quoique frappé par autorisation et au profit seigneurial du Conate, une simple monnaie de change. Il fut reçu, en cette qualité, l'an iWi, par le trésorier du pays siégeant à Aix, et évalué aux ■ de la monnaie essentiellement comtale de cette époque, du toui'nois provençal.

Le tournois provençal équivalant, métal et frais compris, à Of,078, le menu marseillais fut donc coté à 0^,066, c'est-à-dire à un cours très-inférieur aux chiffres résultant de la taille au marc de Marseille. Lors de la démonétisation du tournois provençal, en 1267, la perte au change de cette monnaie n'en atteignit pas la valeur intrinsèque; (1) dans l'hypothèse du marc de Marseille, la valeur intrinsèque eût été, au contraire, sensiblement atteinte par la cote du trésorier de Provence. Il y a déjà là un fait de nature à mettre en garde contre cette hypothèse, mais elle devient inadmissible si on la rapproche du prix de change du melgorien ou du sterling en menus marseillais.

Eu effet, selon un acte antérieur d'un an à l'avènement de Charles 1er, une sentence de la Cour de Marseille en date du 29 avril 1244, — le change d'un marc de sterlings est établi à 64 s. de royaux coronats (2) et celui de 23 1. 8 s. 8 d. de niG'goriens, à 25 1. des dits royaux. « xxv 1. regalium que « sunt estimate valerc xxiii l. et vin s. et viii d. melgo- « liensium. » (3)

Si l'on admet, pour le royal coronat, la valeur de 0^,0783 résultant de la taille au marc de Marseille, le denier sterling ressortira du change précédent à 37 centimes % environ (4)

(1) Cf. ci-(less.,p. 81.

(2' Ibid., ]). 210.

(3) Archives des B.-du-Rli., B. -1511 .

(4) Exactement 0f,37G18.

et le denier melgorien à plus de 8 centimes '/g, (1) c'est-à-dire à des prix de change supérieurs aux chifTres de valeur intrinsèque. (2) A la rigueur, ce résultat aurait pu être accepté pour le sterling ; mais, pour le melgorien, en l'état de l'affaire, il eût été une anomalie, je dirai plus, une impossibilité.

Le royal coronat ou menu marseillais n'a donc pas été taillé au marc de Marseille.

2. Il y avait, nu XIII^ siècle, en grande faveur dans cette ville, un autre marc, le marc anglais. Les iStatuls de Marseille expriment en divisions du marc anglais, en deniers et oboles sterlings, le degré auquel l'argent devait être affiné dans l'atelier communal : « quod teneat marcha argenti duos denarios « obolum sterlingorum. » (3)

L'emploi du marc anglais était donc non seulement usité à Marseille ; mais officiellement indiqué, ordonné, aux chefs d'un établissement d'affinage où l'on pratiquait des opérations à peu près semblables à celles d'un établissement de monnayage.

Pour ces motifs, le marc anglais a pu, à défaut du marc de Marseille, servir à la taille des deniers marseillais.

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