‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 8 sur 183 · I. LES TYPES · texte numérisé non relu

I. LES TYPES

Les monnaies provençales de Charles h^ présentent cinq variétés de types : le tournois, le marseillais, le forcalquérois, le génois et le coronat.

I. Du tournois. Les deniers, oboles et pi tes des première, sixième, neuvième et dixième émissions et le gros d'argent de la neuvième appartiennent à ce type.

Il est caractérisé par le châtel tournois , imitation pure et simple de celui des monnaies françaises de saint Louis.

Les deniers de la premièr-e émission sont nommés i^rovencaux dans plusieurs documents du temps et notamment dans le Rationarmm Raimimdi scriptoris : mais dans l'ordonnance du viguier d'Arles (1) sur le change officiel des raimondins, lors du retrait de ces espèces, les provençaux du rationaire de 1249 sont désignés par la dénomination typique de tournois.

Le nom typique a prévalu dès ce moment et les sommes comtales figurant dans les chartes et rationaires de cette époque et particulièrement dans \e Rationarium ruheum de 1264, sont exprimées non en provençaux mais en tournois.

(t) De 1253. — Pièces jusUlicalive!;, n" 1.

Cette appellation faisait parfois , paraît-il , naître des équivoques. Elle s'appliquait en effet indistinctement aux tournois français et à ceux de Provence. Pour éviter la confusion, un document officiel, l'ordonnance du sénéchal Estendard, en date du 21 août 1267, assigne à la fabrication provençale des monnaies au châtel le nom générique de tournois et enjoint de spécifier par la mention de leur lieu d'origine les tournois de Tours.

Malgré cette déclaration et ces prescriptions, je distinguerai dans le cours de cet essai les tournois du Comte de Provence de ceux du Roi son frère, en joignant au nom typique des premiers celui de leur pays d'émission, et les appellerai tournois provençaux.

Le châtel des tournois provençaux ne se présente pas toujours avec les mêmes lignes et de même façon. Ici, il occupe le revers et là, le droit; tantôt il possède un fronton et tantôt n'en a pas; sur certaines pièces, le temple est entièrement inscrit dans le champ et à l'intérieur de la légende ; sur d'autres, la fleur de lis prend place entre les lettres; ici, un perron se devine à une trace déformée ; là, le châtel n'a pas cet appendice ; partout la croix est pattée et limitée à l'intérieur du champ. Le gros tournois , servile reproduction de celui de Louis IX, a d'un côté la bordure fleurdelisée et de l'autre, deux bandes concentriques entourant la croix d'une double légende.

Au milieu de cette diversité de détails, je dois signaler des distinctions essentielles entre les tournois des premières et ceux des dernières émissions.

Les tournois provençaux antérieurs à la conquête de Sicile n'ont pas de fronton, et la fleur de lis ornée de sa tige et parfois accompagnée en pointe de deux perles, s'y dégage à peine du châtel.

Les tournois provençaux fabriqués après 1267 ont tous le fronton liligèrc et le lis, tronqué et sans tige, y tient lieu de lu

petite croix ordinaire des légendes ; une ligne de trois rosaces remplit l'intervalle laissé entre la base du fronton et la base parallèle du châtel.

Enfin , les tournois postérieurs à 1277 ressemblent, quant au type, aux précédents. Une diflerence est. pourtant à signaler entr'eux : De 1267 à 1277 le châtel est au revers de la médaille; après cette dernière année, il figure au droit.

2. Du marseillais. — Le type marseillais est pur sur les gros d'argent et modifié sur les deniers, oboles et pites. Les uns et les autres ont au droit la tête nue du comte, tournée à gauche, mais au revers ils offrent, les premiers, la représentation d'une ville fortifiée et crucigère, image de Marseille (1) et les deniers et leurs subdivisions, luie croix à longs bras traversant la légende et ornée à chacune de ses extrémités de trois perles en ligne.

3. Du for calquer ois. — Le type des forcalquérois est celui des anciens deniers de Guillaume II, comte de Forcalquier, connus dans les chartes du temps sous le nom deguillelmins. Ce type est caractérisé par la disposition en forme de croix droite des quatre lettres C 0 ME convergeant régulièrement et symétriquement vers le centre du champ indiqué par un globule. Ces lettres sont séparées de la légende par une torsade.

Tel est l'aspect du droit. — Au revers est dans le champ la croix pattée des deniers guillelmins.

(1) Les sceaux de Marseille du xiue siècle présentent tous cette image. La mer y baigne les murs de la ville et la croix n'y surmonte pas le donjon principal. Ce sont là les seules différences à signaler entre les types monétaire et sigillographique de la cité marseillaise, au temps de Charles I". — Les représentations de remparts et de tours étaient en ce temps là communes en Provence, et les principales villes, Marseille, Arles, Tarascon, Avignon en avaient fait les types conventionnels mais invariables de leurs sceaux municipaux. — Voir mon Iconographie des sceaux et bulles des archives des B,-du-Rh., t. II, pi. 34 à 37.

4. Du génois. — J'ai attribué aux monnaies frappées à Nice par ordre et pour compte de Charles I^r, le type génois. J'ai fondé la probabilité de cette attribution sur la dénomination de génois appliquée par les documents officiels et particulièrement par le Rationariutn ruheum de 1264, aux espèces ayant alors cours à Nice. Si je ne me trompe dans mon opinion^ si le type des espèces comtales fabriquées à Nice est l'imitation des monnaies génoises, comme le tournois de Saint-Remy était la copie de celui de Tours, j'ai peu à ajouter. Le type génois du xiii° siècle est fort connu : c'est l'interprétation par la gravure du nom de la ville : Janua.

5. Du coronat. — Le type du coronat (des septième, huitième et onzième émissions) a été trouvé en Provence par Charles I^r ; c'est celui des deniers d'Ildefonse , roi d'Aragon et marquis de Provence. Une tête couronnée, tournée à gauche, occupe le champ. Le coronat de Charles 1er est la reproduction légèrement modifiée du royal coronat d'Ildefonse ; je dis modifiée ; en eflét, la tête du prince français est aux longs cheveux, celle du roi d'Aragon se distingue "par l'absence de cet ornement. La monnaie ildefonsine est grossière de dessin et de gravure : celle de Charles d'Anjou est d'un travail moins rudimentaire. — Au revers de cette dernière, la croix est courte et pattée et un grenetis la renferme dans le milieu du champ; sur les royaux coronats d'Ildefonse, la croix est mince et ses bras allongés coupent en quatre parts la légende.

Néanmoins, je le répète, c'est le même type, type national et aimé des Provençaux. Ce fut une bonne fortune pour Charles I^"" de l'avoir sous la main à un moment donné, c'est-à-dire lors de l'abandon en 1267 du type au châtel tournois.

Cet abandon, on le sait, n'eut rien de volontaire. Une ordonnance de Saint-Louis, de 1265, décriait les imitations alfonsine et Caroline de ses tournois, et si Charles d'Anjou avait cru faire une bonne affaire en contrefaisant la monnaie royale de France.

il avait compté sans la sévérité du saint Roi et la rigueur de la charte royale (1) fut un obstacle au succès de son entreprise.

Cette charte ordonnait le percement et le décri de tous les tournois provençaux courant en France^ et non content d'avoir ainsi réduit à du simple billon des espèces fabriquées en vue do la circulation française, elle en enjoignait la confiscation pure et simple, en cas d'inexécution, dans un délai fixé, des prescriptions royales.

Le délai accordé pour la vente et le retrait des monnaies provençales expirait le 15 août 1265. Mais, à cette époque, un contrat de fabrication de tournois provençaux liait l'Etat de Provence et les directeurs de l'atelier de Saint-Remy. Le contrat avait encore, en 1265, deux années à courir.

Or, de nouveaux accords ont-ils été pris à la suite de l'ordonnance française pour précipiter le terme du contrat ou en niodifier les conditions? Cela me paraît peu probable et rien n'autorise à le croire. Dans ce cas, c'est-à-dire, si le contrat de 1262 n'a été ni abrégé ni modifié, les tournois provençaux étaient encore fabriqués en 1267. En cette année seulement, et les pièces justificatives de ce travail en sont la preuve, les tournois provençaux ont fait place aux coronats et le type local, antique et populaire, de la tête couronnée a été remis en faveur.

La réapparition du coronat répondait à plus d'une exigence. L'intérêt monétaire de la Provence commandait, sans plus de

(1) Le texte de l'ordonnance de 1205 est très connu; il a été édile plusieurs fois. Néanmoins il ne me parait pas iiors de propos de le reproduire ici :

" Li atlirément que le Roy a fait des inonoyes est liex Et veut et co-

" mande que les monoyes qui sont contrefaites à la senne, c'est à sçavoir poite- <• vins, provenceaux, Uiolosains, ne queurrenl à nul prix, ains veut et comande « que ils soient perciez en quelconque lieu que len les trouvera entre-cy et la •< nii-aousl, et après ce terme, se len en Irouvoit nules qui ne fussent percié « en quelconque lieu que ce fust, ils seroient prins et perdus à ceux qui ils » seroient. » (L.U'RiEnE, Ord. dca B. de F., t. I, p.9i.)

retard, la déférence aux ordres de saint Louis ; la substitution du coronat au tournois satisfaisait de ce côté la susceptibilité et la sévérité françaises. L'amour propre du nouveau Roi de Sicile pouvait désirer une expression, un signe monétaire, caractéristique des prérogatives royales ; en face de ce désir intime, l'adoption du type du coronat dut sembler à Charles I^'" heureuse et naturelle.

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