‹ Essai sur les monnaies de Charles 1er, comte de ProvenceChapitre 83 sur 183 · LES MERCURIALES · texte numérisé non relu

LES MERCURIALES

Je comprends, sous cette rubrique, non seulement les prix des grains, mais ceux du sel, du vin et des fruits secs.

Les grains, les fruits secs, le sel, le vin, se vendaient, en effet, à la mesure ; les gi'ains, à la charge, au setier, à rémine; le vin, au muid, à la charge, à la millerole, à la coupe; le sel, au muid, à l'oulle, au setier, à l'émine; les fruits secs, au setier et à l'émine.

L'huile était mesurée à la millerole, à la canne et probablement à la charge. Je n'ai pas d'autre renseignement sur ce liquide, duquel je n'ai encore trouvé le prix dans aucun document provençal du règne de Charles I"'.

Pour pouvoir exactement déterminer les prix en chiffres actuels de denrées énumérées ci-dessus, il importe, avant tout, de savoir à quelles quantités de ces denrées correspondaient les prix anciens, en d'autres termes, de connaître la contenance des anciennes mesur es auxquelles ces prix se rapportent.

Cette connaissance, je suis furcé de l'avouer, je la possède bien incoRiplètement, quoique, pour l'acquérir, j'aie fouillé les archives; mais les documents métrologiques y font presque entièrement défaut. .le n'ai môme pas pu, à l'appui de mes

assertions, mécontenter de textes du XIII» siècle et j'ai dû en emprunter au siècle suivant; mais je l'ai fait sans crainte d'erreur sensible, car si les poids et les mesures vaiiaient, — alors, — avec chaque lieu, ils ne variaient pas avec chaque siècle, bien difféi'ents en cela des inontiaies pour lesquelles la diversité des lieux et la succession des temps étaient d'égales causes de variation.

1. La plus forte des mesures mentionnées au temps de Charles I^"", était le miiid.

Le mui i n'était pas le même partout, en Provence, et un muid de Tarascon (1 1 égalait presque soit 4 muids d'Arles, (2) soit 12 muids de Berre.

Toutefois, certains muids locaux étaient de semblable contenance; par exemple, celui d'Arles, celui des Saintes-Mariés et, si je ne me trompe, celui de Saint-i Gabriel .

Le muid se divisait à Tai'ascon,en 7'2? barrais pour les liquides, et en 12 charges, à Saint-Gabtiel, (3) et en 12 milleroles 2/3 à Arles ; (4) il se divisait aussi en milleroles, à Toulon.

Partout, il avait pour fraction le setier, en matière de grains et de sel, mais dans les lieux mêmes où le nmid avait le même

(11 Le muid lie Tarascon était de 72 quintaux : « Modium de rnsso, quod « fil de L\xu quiulals. » fCariulaire de Sainl-Vktor de Jiarsi^i/^ iiilrod. p. I.XXXIV.)

(2) Le muid d'Arles était un sixième du muid de Montpellier : « vi « moliorum hujus ville [ArclatisJ, qui sunl uiius mo lius de Monpeslier. * (Ibil. p. xr.ii.)

(3) Est modius vini, de sancto Gabriele, xii saum;ilarum. (Ibid. p. LXXXI^. (4^ Le mui 1 d'Arles contenant 19 seti. rs, comme on va le voir, contenait

donc 12 milleroles '/s- en vertu du texte suivant : •> E ta en lo sfstier ini cannas et \i cannas fan la melhayrola. » (Arch. des B.-du-Rh. G. Arles, Véaijei, U, folio 257.)

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poids, il ne se fractionnait pns en un égal nonribre de setters. Ainfsi le niuid d'Ai'les, aux Snintes-Maries, renfermait 12 setiers Va (l) et 19 à Arles ; (2) le nnuid de Berre était de 10 setiers à Berre et de 44 Va à Istres ; celui de Rians de 16 setiers et celui de Saint-Maximin de 16 émines.

2. Wonlle tenait le second rang parmi les mesures de capacité. On s'en servait, sur la côte Sud-Est de la Provence, pour le mesiiragc du sel. Sur toute cette côte, elle avait la même capacité, mais elle se divisait à Hyères en 4 setiers ; (3) en 2 ^,2 à Grasse, (4) et en 3 charges ^2 à Nice.

L'identité de contenance de Poulie à Toulon, Hyères, Grasse et Nice est un fait d'un genre exceptionnel et par conséquent très remarquable. On ne peut le mettre eti doute, car il est attesté par les comptes des gabeliers de ces diverses villes, à la date de 1264. (5)

(1) Pro M. V c. XVI moliis, i sexfario, i mina salis venlilis x\x\\ s. VI d. pro molio, ir. u. \iiii i. xxi il (Ibid. B. 1501, folio 123. reclo.)

(•2) De saheMa s;'ii«, [An'lalisj, pro m. un, xx. xi mollis, xviii seMariis et emina salis vendili, XL s. pro moJio, ii. m c un. xx. m 1. xix s. (IbiJ. folio 12 î. verso.)

(3) Pro II. M. vu. c. V ollis m spxiariis salis vpnliti [apud Aroas]. m s. pro olla. Mil. cl. cxvii s III 1. (Ibi I. folio 13), roclo.)

[i] Kmplio salis jiabclle Grasse e^^t m vu. c. xii ollarum, que faciunt nu M. !i. c. lin XX sesiarios.(Ibiil. folio 132, recto.)

(5) Ri'S'.aiit [in jîabella Nicir] xvii m c xi olle et dimilia que faciunt LXiiii M. i\. c. xvdi saumatas. (Uni. folio 135, recto) — Pro v. c. i x olli> salis missis ab Areis ai gabellim Nii-ie m s pro olla, un. \x I. ni s. (Ibil. folio 430, reclo) — Pro v. c. i.x ollis salis de gaheila Arearum [a 1 Niciain]. m s pro olla. Mil XX 1. im s. {Ibil., folio rH.redo) Pro xi c x. ollis salis [et] pro x m. vi. c vin ollis salis mi>si [ab Ards] al gabidiam Nicio, Ml s. firo olla. (Iliid. folio 1 '0. r.cio ) — Pro xi m vu c. xvin ollis salis empti apu 1 Areas [pro gabella '^icie], i i s. pro olla. (Ibi 1. folio I3t, ncto ) — Pro V. M. VI. c III ollis inissi-; [a Tholunu] al pibidiam Nicie m s. pro o l.i. (l'ii I., folio 129, verso.) — Pr.i x. M.vi.c. nii. oIII.m mplis apud Thulonuiu [pro gabella Nicie] mi s. pro oUa. (Ibid. foiio 133, recto.) ,

3. La c/iargre était l'arement une mesure, plus souvent un poids, au temps de Charles I*^"".

Elle était usitée comme mesure à Nice, mais avec une contenance moindre pour le sel et plus grande pour le vin; (1) ceci tenait à la pesanteur spécifique des deux produits, car, même en étant employée comme mesure, la charge continua à révéler son origine pondérale et à en subii- l'influence.

Mais, au XIII" siècle, elle était, et, longtemps après, elle fut encore l'expression du poils suffisant au chargement d'une bète de somme et on la détermina par le nombre des mesures ou des pièces de ce chargement.

Voilà pourcjuoi les Statuts de Mnrsdlle mentionnent des charges de 3, 4, 5, 7 et 8 émines C^) et pourquoi, même au XlVe siècle, comme à A{)t, (.J) le m )t charge aurait eu un sens incomplet, si un certain nombre de mesures ne l'avait défini.

La charge était, à Arles, une des subrlivisions du muid.

4. La millerole servait généralement au mesurage du vin et de l'huile à Marseille et dans les villes voisines et même à Toulon ; elli' servait spécialement à Arles, au me.?urage de l'huile et de quelques autres denrées, mais non du vin; à Arles, la millerole se divisait en 6 cannes. La millerole variait peu de contenance dans ces diveis lieux.

5 Le bnvrnl, employé d'Orgon à Arles et, entre cette ligne et la Durance et le Rhône, était une division spéciale du

(1) Ln rhnrge rie sel à Nice émit «les 2/7 del'oiille : Roulant xvii. m. iii c. xi oMf ei iliinilia que far-iiini lmii. m i\. c. wni sanma'as. (Arcli 'les B-lu- Rli. B. I.>(1. foiia l;r>, riclo.j L'elaii une pi lile c^ nîbiiance. La charge de vin, si on peul en jugor par le pri^c. "^lait il'uiie plus forte ca[iaciit;.

(2) Staluti de Maneille, 1 I. ch. 5.3, Méry et Guinlon, Lidjtre des actes (le il c imm>im de Marscillej t. IF, p. 3 i.

(:{) Eii 1311. la charge éiaii, à Api, iléierminée par le nombre des émines: « saumala i\ eminarum. • (ArcU. des H.-dii-Rli. B. -1086, folio l, verso.)

iriuid. 11 se subdivisait, à Orgon, en cartayrol et scandai et était, lui-même, si jo ne me trompe, la moitié d'une mesure, non dénommée dans la liste des mesures d'Orgon, mais représentée par son tiers, le terciayrol.

6. La coxpe était la mesure à vin usitée dans la viguerie de Grasse et dans les bailliages de Sisteron, Digne, Castellane et Draguignan, sous Charles W. Je n'en connais pas exactement les dimensions, mais son prix usuel la rapproche du barrai.

7. Le setier était d'un usage universel en Provence; il y divisait le muid. l'oulle et la charge.

Il y avait, on l'a vu, 19 sêtiers d'Arles ou 12 setiers 1/2 des Saintes-Mariés, dans un même muid, celui d'Arles; 10 setiers de Berre et 14 1/2 d'Istres, dans un môme muid, celui de Berre.

L'oulle contenait 4 setiers à Hyères et 2 1/2 à Grasse, et dans une enquête officielle de 1358, la charge fut approximativement déterminée par 4 setiers à Draguignan, Pugét-Théniers et Castellane, 3 à Grasse et 6 à Moustiers.

Naturellement, tous ces setiers locaux avaient des contenances diverses, et pour ajouter encore à la variété, dans presque tontes ces dernières villes, il existait deux espèces de setiers. celui à blé, seigle et méteil et celui à avoine et orge.

Ce dernier setier av.iit une capacité d'un tiers supérieure à celle du setier à blé, mais comme ce grain-ci a une pesanteur spécifique d'un tiers environ supérieure à celle de l'avoine, une certaine égalité de poids résultait précisément de la dilïérence de mesure.

Suivant l'enquête de 1358, (l) le setier de blé pesait :

A Grasse (mesure nouvelle).. Ili livres grosses.

Castellane 70 1/2 il.

Draguignan 67 1;4 iJ.

,1) ArcU. des B.-da-Rh.. B. 1143, folios 3, il et It, 8 et 48.

Grasse (mesure ancienne) . 66 livres grosses.

Pujet-Théniers 64 il.

Fréjus (par induclion) 61 id.

Moustiers 50 1;2 iJ.

En même temps le selier d'avoine, d'un tiers plus grand, pesait :

A Gra'îse 73 1^5 livres grosses.

Diaguignan 68 —

Pugel-Tlii-niers 63 1j2 —

Casiellanne 61 —

Mousliers 46 iji —

De quelle livre s'agit-il dans cette énumération? certainement de la livre d'Aix ou de Provence, puisque l'enquête était officielle et f\iite par le clavaire et le notaire de la Cour d'Aix, à ce délégués par la Cour des Comptes de Provence.

Ceci posé, les deux setiers de chaque ville indiquée ci-dessus peuvent être évalués en kilogrammes, comme il suit :

Grns'Je (mesure nouvelle}... 53 k"' 5t el 2i k<" 45

Ca>tellanne 33 09 28 63

D.ajuignan 31 56 31 91

G ras>e (me-iure ancienne) 30 tj8 »

Pugel-Tliéniers... 30 • 29 80

Frcjus (lai iniluclion) 28 03 21 59

Mousliers , 26 52 21 59

A Manosque, au XV» siècle, en 1478, le setier à blé, cinquième de la ch irge, pesait '23 k" 93, d'après les calculs de M. Damase Aroaud. ( 1)

Le setier se nommait en outre quartin, à Grasse, « sestarium sive qi(arti)LU)n » (2)

(1) Lettres sur quelques-unes des monmies de Provence, Digne, 1849, in-S", p. 9.

(1) Arch. des B.-du-Rh., JJ. 1U3. fjlio 8, verso.

8. Vémine était un demi-setier. Dans certains lieux, on employait l'émine de préiérence au setier, soit pour le niesurage edectif, soit pour le libellé des comptes.

A Marseille, on mesurait au setier et à l'émine et on comptait par émine; de même ù Apt, etc.

A Orgon, on n'usait pas du setier, la ville n'en possédant pas ; (1) ainsi à Grasse, oii pourtant l'on comptait par setier. Ci)

Comme le setier, l'émine variait de contenance avec les lieux. En 12G4, elle était, à Aix, à peu près le double de celle de Berre, (3) et à la Motte (Basses-Alpes), environ les trois quarts de celle de Sisteron. (4)

Après avoir énuméré et décrit les diverses mesures usitées en Provence sous Charles h'', et en avoir fait connaître les l'apports réciproques ou les poids en livres de Provence d'après les textes du temps ou un peu postérieurs; après avoir ensuite converti ces poids en grammes, il me reste à indiquer les contenances en litres auxquelles ils correspondent.

Je prendrai, pour base de mes calculs, la pesanteur spécifique du blé, la fixant; en moyenne, avec les juges les plus compétents, à 77 kilogrammes V2 l'bectolitre. (5)

Sur cette base, sans faire entrer le lecteur dans le détail des calculs proportionnels, je crois pouvoir attribuer aux mesures citées ci-dessus les contenances suivantes :

(l)nml. I?. 8, fulio 258.

(2) Ibiil. H. 1143, folio 8, verso.

(3) Ail mensuram aquensem Jiii. c. xix mine salis, que valent, ad mensuram Borre, vni. c. x\x minas. (Ibiil. B. 1501, folio 129, rcclo.)

(4) Apixd Motam, de servicio, civatexii mine, ail mesuram loci, que valent IX minas et ilimiliam, aJmensuram sislaricensem. (Ibid. 1. c, folio 89, verso.)

(5) Encyclopédie pratique de l'agricuUurey Paris, Didot, 186G, t. VI, p. 038.

1° Au muiJ de Tarascon, environ 3.400 litres. •

Au muiJ '.l'Arles, des Saiiues-Maries el de Sainl-

Gabriul, (1) environ. 900 —

Au muid de Berre et d'Islres, environ 300 — .

2» A la charge de vin de Nice, environ 75 —

3» A la millerole, en moyenne, environ 07 —

-io Au barrai de Tarascon, environ... i7 — '/<

5o Au seller à blé, seigle et méteil de Ca^tellanne 42 — '-j.

Id id. Draguignan 40 — '/^

Au selier à blé, seigle et méteil de Grasse (mesure

ancienne (2) 40 — »

Au setieràblé, seigleet méteil dePuget-Théniers. . .. 38 — '/,

Id. id. Fréjus 37 —

Id. id. Mûustiers (3) 3i- — «/<

6° Au setier à avoine et orge de Draguignan 61 — .

Id. id. Grasse {me.sure ancienne) . . 00 — .

Id. id. Puget-Théniers 58 — »

Id. id. Casiellanne 50 — »

Id. id. Moustiers 45 — '/,

Id. id. Fréjus 37 — .

7" Au setier à sel d'Hyères 25 — .

8f A la coupe, à peu près la même contenance ou environ, 24 — »

quoique, à Digne, elle fût à peine de 20 litres. (4) 0° A l'émine, en règle générale et à laquelle les documents ne permettent pas

de .signaler d'exceptions, la moitié du nombre de litres des .setiers locaux.

Les contenances des mesures à grains, vin et sel indiquées, j'aborde les prix de ces denrées.

(1) Rien ne m'ayant autorisé à attribuer des contenances différentes an muid de vin et à celni do sel, à Arles, je n'ai pas distingué ces deux muids l'un de l'autre.

(2) J'ai laissé de côté le grand setier de Grasse, puisqu'il est considéré, eu 1358, comme une mesure nouvelle ; la contenance en était de 69 litres.

(3) En 1478, d'après M. Damase Arbaud {Lettre, etc., p. 9), le setier à blé de Manosquc aurait été de 31 litres 01 cenlilitres; ce regretté savant a calculé la contenance du setier sur le pied de 402 gr. 70 la livre, c'est-à-dire sur le pied de la livre du iSe siècle. Il aurait fallu, je crois, prendre pour base de calculs relatifs à des pesées antérieures à la réunion de la Provence à la France, l'ancienne livre provençale des XlIIe, XI V et XV* siècles.

(4) Esmieu, Notice sur la ville des Jl/é«$, Digne, 1803, in-8*, page 68,0016 1.

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