‹ Essai sur les monuments grecs et romains relatifs au mythe de PsychéChapitre 10 sur 31 · C. Bénévent. — De vita antt. Benev., l, p · texte numérisé non relu

C. Bénévent. — De vita antt. Benev., l, p

D. Capoue* — Gerhard, Antike Bildwerke, 26.

E. Florence. — Gori. ïnscr. etr,, III , 23.

F. Piseï — Lasinio, Campo SantOy 73, 74.

G. Paris. - Clarac. 213, 16; 213, 727.

H. Villa Medici. - Beschr. Rom'sé III, 2, p. 602. I. Wobum Màrhle, 13.

qui offrent la même scène ne laisse pas de doutes à cet égard. La place du groupe d'Eros et de Psyché y est occupée par un génie ailé , pareil à ceux qui , sur le sarcophage d'Endymion , voltigent autour de Séléné. Si Ton considère le goût des anciens pour les représentations figurées des sentiments , leur habitude constante de placer ces génies ailés près des personnages tourmentés par des passions violentes, on attribuera à ce groupe le sens qui paraît le plus exact. L^artiste a traduit ainsi les sentiments de Séléné et et de Phèdre, qui sont du même ordre.

On ne saurait affirmer que la fantaisie ait trouvé place sur les monuments funèbres. Toutefois certains bas-reliefs de sarcophages présentent une singulière alliance d'idées sérieuses et de représentations aimables ou enfantines. Il semble que parfois Timagination antique ait voulu atténuer la gravité de l'idée de la mort , et , par le caractère des symboles funèbres , donner aux pensées tristes un tour gracieux sans en atténuer la portée.

Peut-être convient-il d'interpréter dans ce sens le bas-relief (1) où Psyché est mêlée à une scène enfantine de course de chars. Des figures ailées ramènent le corps d'un Eros tombé de son char. Tous les personnages sont des enfants. L'un d'eux est monté sur le char du mort, dont les chevaux baissent tristement la tête ; un autre s'essuie les yeux ; une sorte de deslgnator précède le cortège et s'avance vers Psyché éplorée, soutenue par ses compagnes. Ottfried Millier (2) voit dans cette scène des Bros et Psyché transportant la dépouille mortelle d'Hector. Glarac (3) y reconnaît l'allégorie de l'amour terrestre qui languit et s'éteint, s'il ne participe aux jouissances célestes dont Psyché est l'emblème. Sans recourir à un symbolisme dont on a fait trop souvent abus , il est

K. Galerie Giustiniani. — GaU. GiusLy II, 80. L. — Zoega, Bassirilievi, I, p. 229*

M. N. Villa Medici (?). — Arch. Zeitung , 1847, p. 68, 71. 0. Villa AldoJjrandiQi. — IW,,, p. 68.

P. Villa Borghèse. — /5id., p. 67, 71, 74. Q. Villa Pamfili. — ibtd., p. 71, 73. 74.

R. — Ihid., p. 72, 74.

S. Palazzo Leprj. Ropfie. — Zoega, Bassirilievi, I, p. 230, 238. T. Palazzo Gallo^ Rome. — Helbig, Annali, 1863, p. 92. Les monuments de K à T ne sont pas cités par Otto lahn ( V. Hinck, Annalii 1867. — Voyez encore Conze, Drei Sarkophage aus SaUma. Wien, 1872).

(2) Handhuch, g 397, 5.

(3) P. 618. Mus, de sculpt, Bas^reliefsi

permis de voir dans cette scène une simple allégorie de la mort , revêtue d'une forme enfantine. L'allégorie de la vie , comparée à une course de chars où beaucoup d'aurigœ restent en chemin , est très-fréquenle sur les monuments funèbres. Les acteurs de cette scène sont quelquefois des hommes faits (1), le plus souvent des génies ailés , qu'on a qualifiés de génies des courses de chars. Ce ne sont que les frères de ces innombrables petites figures ailées, répandues à profusion sur les monuments funèbres, et personnifiant les actes do l'homme dans la vie terrestre et dans la vie future. L'allégorie de la vie assimilée à une course de chars est fréquente (2). Le christianisme l'a empruntée au paganisme sous la forme d'un cheval courant dans la carrière et fournissant une course dont le but est une palme. L'idée s'est épurée ; la palme est le symbole du bonheur triomphant que la doctrine chrétienne promet aux élus. Le paganisme se borne à une simple allusion à la vie humaine , où l'idée de mort prématurée reparaît souvent. Ce sont les génies tombés des chars et foulés aux pieds des chevaux.

On s'éloigne encore plus de toute idée mythique avec les monuments où Psyché figure comme simple sujet décoratif, jouant avec Eros.

Psyché sur les bas-reliefs à sujets marins.

Psyché apparaît sur un bas-relief auquel se rattache toute une série de monuments, qui doivent faire l'objet d'une étude spéciale.

Us ont un caractère funèbre. Us montrent le plus souvent deux ou trois figures passant dans une barque. On y a vu une allusion à la profession du mort, ou une allégorie de la vie comparée à un voyage sur mer. On a négligé de les rapprocher entre eux et de les comparer aux marbres funèbres qui offrent des génies analogues , se livrant à des occupations différentes.

Un bas-relief (3) encastré dans le mur du palais Vaccari , à Rome , et où figure Psyché , offre un sens très-net et qui peut servir à éclairer celui de tous les autres.

(1) Bas-relief d'un sarcophage. Musée lapidaire. Vatican, n» 20 (IIP compartiment). La course des chars est exécutée par des hommes portant le casque et la cuirasse.

(2) V. bas-relief du musée de Latran , salle I , n» 34 du catalogue de Benndorf et Schœne. — Cf. Gerhard , Antike Bildwerke, CXX, 2, — Hubner, Annali, 1863, p. 141.

Le fond du bas-relief est occupé par des palmiers , des monuments, des arcades, un phare; en un mot , il offre tout Taspect de rentrée d'un port. Quatre barques occupent le premier plan et se dirigent vers le port. La première , de gauche à droite , porte un génie ramant et Psyché tenant une pyxis ; la seconde deux génies , Tun jouant du tambourin , Tautre harponnant un dauphin. Dans la suivante , un génie retire un filet ,' et Psyché joue de la double flûte ; enfin , un petit génie pêche à la ligne dans la dernière.

M. Visconti (1) croit que Tartiste a voulu représenter le port d'Alexandrie. Ce serait une allusion à la patrie du mort , dont le buste en relief occupe le médaillon habituel , et où M. Visconti reconnaît le type égyptien. M. Lanciani (2) y voit le port d'Ostie. Aucun d'eux ne tient compte de la présence de Psyché répétée deux fois , et qui occupe une place importante.

L'allusion à la vie future est évidente. La comparaison de ces génies marins avec les génies dionysiaques et les Eros funèbres ne laisse pas de doute. C'est donc dans les croyances funèbres qu'il faut chercher la solution de cette question.

Une allégorie se présente où l'idée de la mer est liée à la préoccupation des destinées futures ; c'est celle des îles Fortunées. Un examen attentif montre une relation réelle entre cette allégorie et le bas-relief du palais Vaccari. L'artiste a voulu donner à tous les personnages un air de fête ; la navigation s'accomplit au son des flûtes et des tambourins ; les génies se livrent à tous les plaisirs de la pêche ; un oiseau de bon augure vole au-dessus des nacelles ; enfin le palmier et la décoration des arcades donnent à la scène un '^nractère d'allégresse que ne justifie pas la simple allégorie de la vie comparée à un voyage sur mer.

Le sens très-net de ce bas-relief peut aider à comprendre une série do monuments funèbres où la même scène est reproduite avec moins d'accessoires, et, par suite, avec moins de clarté.

Le plus souvent , deux personnages ailés sont assis dans une barque ; l'un rame, l'autre gouverne.

On a interprété cette scène difiéremment. L'allégorie de la vie et du voyage sur mer a trouvé des partisans. Raoul Rochette (3) , Jordan (4), y voient toujours le symbole de la vie qui s'écoule.

(I) Bullettino deUa Commissione archeologica municipale^ sept.-oct. 1873. P) Annali, 1868. p. 144, 195.

(3) Mémoires de VlnstihU royal d,e France, XIII (1838, p. 217).

(4) Annali, 1872,

Otto lahn , cité par Jordan , pense que la barque peut rappeler la profession du défunt , quand elle est accompagnée d'accessoires , comme le port ou les génies pêcheurs. Quand elle apparaît seule, elle peut être considérée comme une allégorie. M. Visconti croit que Tallusion à la vie humaine est constante. Epandues, les voiles signifient la prospérité de la vie ; repliées, Tarrivée au port et le repos dans la mort.

Le défaut de ces théories est de considérer les bas-reliefs isolément. Ils se riittachent au symbolisme général des représentations funèbres , où sont figurés les actes de Tâme dans la vie future. Psyché et les génies ont une parenté certaine. La présence de Psyché sur la plus complète de ces représentations leur donne un sens très-intelligible. Il est difficile de n*y pas voir une allusion au voyage de Tâme vers les îles Hespérides (1).

Le témoignage de la littérature est ici très-précis. Les textes abondent (2) pour montrer combien cette croyance était populaire. Les inscriptions prouvent que l'application de cette allégorie poétique aux croyances funèbres n'était pas un fait isolé ; on trouve fréquemment à la fin des épigrammes funéraires l'acclamation euTcXot, dernier adieu au mort , souhait de bon augure, qui implique la croyance à une navigation (3). Les vaisseaux voguant à pleines voiles prenaient place sur les monuments funèbres, comme un symbole clair et connu. Trimalcion, commandant son sarcophage , n'a garde de les oublier, et en parle comme d'un accessoire obligé : <c Te rogo ut naves etiam mei monumenti facias plenis velis euntes » (4).

Les déviations du mythe de Psyché que nous venons d'étudier ont leur importance. Loin d'atténuer le sens du mythe, elles contribuent à en fixer le caractère avec plus de précision. Elles en marquent les contours : elles le montrent prenant des formes diverses, se prêtant aux associations les plus variées (5) , se pliant à la pensée de chacun , pour exprimer les sentiments presque indi-

(1) Les sarcophages à sujets marins ont fait l'objet d'un mémoire de M. Jules Martha, membre de T Ecole française d'Athènes. Ce travail est encore inédit.

(2) Homère, Odyssée ^ IV, v. 563 et suiv. — Hésiode, "EpY»» ▼• l'^O» — Axiochus, cap. 20. — Pindare, Olymp.y II, antistrophe IV, v. 6. — Platon, Gorgias, LIX , etc.

(3) Millin, Voyage dans le midi de la France^ t. III, p. 577.

(4) Pétrone, Satyricon, LXXI.

(5) Un fragment de plaque de jaspe gravée en creux montre, la représentation de Psyché associée au culte de Mithra (Voyez n" 112).

viduels que faisait naître Tidée do la mort. Cette facilité à offrir des applications si différentes tient à plusieurs causes : au caractère général des croyances funèbres, et au caractère particulier du mythe.

Les croyances funèbres du paganisme, loin d'être fixées rigoureusement comme chez les chrétien?, sont incertaines; on trouve à côté d'épitaphes brutalement matérialistes (1) , de véritables actes de foi en une vie future (2). Les croyances flottent d*un de ces termes à Tautre : la religion est impuissante à imposer aux esprits un dogme précis sur les destinées de Thomme. Si les mythes purement religieux offrent une grande prise aux interprétations les plus variées, le mythe de Psyché, tout philosophique, doit être encore moins respecté dans son unité. Fondé sur une certaine façon de concevoir Torigine et la fin de la vie humaine , il a dû , plus que tout autre , se prêter aux applications personnelles. C'est l'indécision du mythe , aussi bien que la haute portée morale- de l'idée dominante, qui a permis au christianisme de se l'approprier. Une théorie philosophique aussi noble, où règne la croyance la plus vive à une existence bienheureuse de l'âme purifiée, n'avait rien qui pût blesser la foi des premiers chrétiens. Aussi en trouvet-on le symbole figuré sur un grand nombre de leurs monuments. C'est la dernière transformation du mythe de Psyché , et la plus élevée.

(1) « Yixi, edi, atque bibi, lurco merus atque popino. Hsec mihi quot curis vita peracta fuit !

Qui legis haec divae bona verba precare Vacunœ Nunc saltem vacuo donet ut esse mihi I »

{Anthologia vet. lot. epigrammatum, éd. Burmann, 1160).

(2) a Dus si quae est cœlo pietas , quse talia curet , Persolvat dignas grates et prsemia reddat. •

(ibtd., 1162).

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