CHAPITRE IL
Les monuments chrétiens où figure la représentation de Psyché ont pour la plupart un caractère funèbre. Ils ont été trouvés dans les cimetières chrétiens de Rome , ou appartiennent à la décoration des églises. Ils forment deux classes : les sarcophages et les peintures décoratives. La date varie du deuxième siècle au quatrième.
Première série. — Les sarcophages.
Le christianisme paraît avoir surtout emprunté à Part païen une des représentations du mythe ; celle qui montre Eros et Psyché se tenant embrassés. Ce groupe figure sur sept sarcophages (1) dont Tùn provient de la basilique de Santo-Stefano , et deux autres du cimetière de Saint-Calixte. L^origine de ces monuments , les représentations du bon Pasteur (2) et de Jonas (3) qui figurent sur deux d'entre eux, ne laissent aucun doute sur leur caractère chrétien. Eros et Psyché ont les attributs et l'attitude ordinaires. Un seul monument fait exception (4) ; encore est-il douteux. C'est le bas-relief de Tautel de la Madonna alla colonna, à Saint-Pierre de Rome. Le Christ entouré des apôtres se tient debout devant un portail ; un couple d'époux est agenouillé à ses pieds ; un agneau entouré de douze autres plus petits ajoute au sens symbolique de la scène. Derrière le Christ, une petite figure ailée tient un flan;\'*
(4) No 195.
58 LES MONUMENTS RELATIFS AU BTfTHE DE PSYCHÉ.
beau, tandis qu'une autre, portant des ailes de papillon, les bras élevés , fait un geste de supplication. On y a reconnu Eros et Psyché.
Il serait téméraire de vouloir trouver un rapport étroit entre les représentations de Psyché et celles d'un caractère purement chrétien qui y sont associées. La présence d'un sujet païen sur les monuments du christianisme s'explique plus naturellement.
L'art chrétien ne s'est pas dégagé tout d'abord des traditions du paganisme. Il a longtemps vécu d'emprunts, conservant la forme extérieure des représentations païennes (i), et mêlant aux symboles connus ses monogrammes et ses figures intelligibles pour les seuls initiés. Une curieuse gemme publiée par Ficoroni (2) montre la tête de Jupiter, au-dessus le monogramme du Christ ^ , et tout autour la légende chrétienne : « Dem dédit ; vivas in Deo, » Même à une époque de liberté relative , alors que les nouvelles croyances peuvent être professées en pleine lumière, les symboles chrétiens et païens se mêlent et se confondent. Le sarcophage de Junius Bassus (3) (mort en 359), conservé dans les grottes Vaticanos , nous montre le Christ assis sur une figure d'Atlas , représentant le monde (4).
C'est sur les sarcophages qu'un pareil mélange s'observe le plus fréquemment. Les sarcophages étaient des objets d'industrie faits au grand jour. L'art chrétien pouvait s'y exercer moins librement que dans la décoration des salles hypogées des catacombes. Il fallait déjouer la surveillance des magistrats et la curiosité malveillante du public. Le plus souvent même , les sarcophages sortaient des mains de sculpteurs païens. On était réduit à faire parmi les sujets tout préparés un choix ingénieux qui pût sauver les apparences , et respecter les exigences de la foi chrétienne. « Les anciens chrétiens, » dit M. de' Rossi (5), « dans l'âge anté-
(1) Voir l'ouvrage de Piper, Mythologie und Symholik der chrisUichen Kunst. "Weimar, .1847. — Cf. Arringhi , Roma subterranea , t. I, p. 569 et suiv.
(2) Gemmœ antiqtiœ litteratœ , p. I , tab. VIII, fig. 20.
(3) D'Agincourt, Bistoire de l'art par les monuments, t. IV. Sculptures, pi. VI, fig. 5-11.
(4) Les docteurs de l'Eglise chrétienne eux-mêmes se plaisaient à assimiler les croyances païennes et les doctrines de l'Eglise.
« Vana est persuasio eorum qui nomen Jovis summo deo tribuunt. Soient
• enim quidam errores suos hâc accusatione defendere , qui convicti de uno
• deo , cum id negare non possunt , ipsum se colère affirmant , verum hoc sibi 1» placere , ut Jupiter nominetur. »
(Lactance, Div. instit., I, 11).
(5) BuUettino d Archeologia cristiana, h anno, 1863, n» 5, p. 35,
rieur à la paix qui leur fut accordée par Constantin , achetaient dans les boutiques des sculpteurs des sarcophages déjà faits. Et Texamen de beaucoup de ceux que j'ai vus dans les catacombes me démontre qu'ils choisissaient ceux qui n'offraient pas d'images contraires aux enseignements et à la religion du Christ. »
Les mythes païens empruntés par les chrétiens sont peu nombreux, et témoignent de l'art délicat avec lequel ils savaient accommoder aux besoins du culte les représentations de la vieille religion romaine. Le Berger , les scènes dionysiaques , le mythe d'Orphée , Ulysse et les sirènes , sont , avec le mythe de Psyché , les représentations figurées qu'ils ont le plus souvent employées (1) . Une interprétation ingénieuse faisait sortir de ces symboles une pensée élevée et toute chrétienne. Ulysse (2) attaché au mât de son navire était l'image du chrétien traversant d'un cœur intrépide les séductions de la vie , et fermant l'oreille à tous les bruits du monde.
Les conséquences de ces observations ont une grande valeur pour le sujet qui nous occupe. Le témoignage du christianisme vient confirmer , avec une grave autorité , la haute portée morale du mythe de Psyché. La foi la plus vive pouvait s'accommoder des idées de résurrection et de bonheur éternel qui forment le fond même du mythe , et que l'esprit païen avait conçues avec tant de force. De semblables faits montrent en outre combien était indécise la limite qui séparait , dans les pratiques extérieures , le christianisme naissant du paganisme à son déclin , et par quelle transition presque insensible s'est accomplie cette grande révolution religieuse.
L'assimilation des représentations païennes aux symboles chré-
(1) Les monuments chrétiens oii figurent le berger et les génies occupés aux travaux de la vendange sont très-communs ( V. pour ce dernier sujet le sarcophage de Junius Bassus^ loc. cit.).
Le mythe d'Orphée se trouve plus fréquemment sur les peintures des catacombes (V. Garrucci, Storia deW arte cristiana, tav. IV, n" 1. — De' Rossi, Roma sotterranea, vol. II, IX, et tav. XVIII).
Ulysse et les sirènes figurent sur un curieux sarcophage trouvé dans la catacombe de saint Calixte, et conservé au musée de Latran ( Benndorf et Schœne, À. Bildwerke des Later. Mus.. IV» salle, n" 126. — De' Rossi, Borna soUerranea, l, p. 343, tav. XXX, n» 5. Bullettino di Archeologia cristiana, 1863, p. 35, tav. XVIII, fig. 1.— Brunn, Annali, 1859, p. 416. — Michaelis, Arch» Zeitung, 1864, p. 123.
(2) • Ex quo enim Christus dominus religatus in cruce est , ex eo nos mundi illecebrosa discrimina velat clausâ aure transimus ; nec pernicioso saeculi detinemur auditu , nec cursum melioris vitae deftectimus in scopulos voluptatis » (8» Maxime : Homélie 1, De cruce Domini),
tiens se marque avec plus de netteté encore sur un monument du musée de Latran (1). Un sarcophage chrétien montre Psyché associée à Eros , figurant au milieu de génies bachiques occupés aux travaux de la vendange. Deux mythes païens se sont mêlés sur ce monument funèbre , unis en quelque sorte dans un même sentiment tout spiritualiste.
Le paganisme aimait à reproduire sur les sarcophages les scènes où des génies ailés sont occupés à fouler le vin dans des cuves ornées de têtes de lions (2). Le rapport avec les mythes dionysiaques est évident. En passant sur les sarcophages chrétiens , ces représentations prennent un autre sens purement allégorique, que les textes sacrés viennent commenter en grand nombre. Rien n'est plus fréquent que Tallégorie de la vigne représentant le royaume de Dieu , et du vendangeur représentant le Christ (3).
11 n'y a assurément qu'un rapport tout extérieur , une simple relation de forme entre le symbolisme païen et l'allégorie chrétienne. Ce qu'il importe surtout d'établir , c'est dans quelle mesure le sens très-net que les chrétiens attribuent , en les adoptant , à ces représentations , peut jeter quelque lumière sur leur signification purement païenne.
Psyché cueillant le raisin au milieu de génies qui vendangent, c'est une allusion , très-claire pour les chrétiens , au bonheur de la vie future. L'âme est plongée dans une douce ivresse ; elle recueille <c la liqueur de la vigne divine (4) » que les élus sont appelés à boire. Il est évident que les génies vendangeurs des monuments païens font aussi allusion aux actes de l'âme après la mort; les petites figures ailées que l'école de Winckelmann aimait à désigner par des ijoms précis , représentent simplement les occupations de l'âme dans la vie future. Psyché offre une grande parenté avec ces génies ; c'est une forme plus personnelle et plus gai^issable de l'âme dégagée du corps, et sa présence sur les mo-
(%) V. a, Museo Capitolino^ tav. XVII.
h. Musée de Latran , salle XII. Catalogue de Beandorf et Schœne.
c. Musée Chiaramonti , 180.
d. Sarcophage d'Arles. Millin, Voyage dans le midi de la France, t. III , 572, pi. LXI, no 3, etc.
(3) « Aéy(ù ôè 0{jiTv , ou {jit^ tcCw àw* àpTt èx toutou toO Yev'iQ{JiaTo; t^; à{ji7céXou, ëw; Tïi; •fi\i.i^CLç èxeCvTi; ÔTav àuTà TCtvo) {i.e6' 0{jicSv xaivôv év t^ poKTiXeCcf tou 7caTp6; ^i-oO » (Evangile selon saint Matthieu, XXVI, 29. — Cf. Ev, selon saint Jean, XV, 1. Psalm. LXXIX. Isaïe, cap. V, etc.).
(4) Ey. selon saint Matthieu , loc. cit.
numents funèbres donne à Tallégorie de la vie future un caractère plus concret et plus fortement marqué.
Deuxième série, — Les peintures décoratives.
Cette seconde classe de monuments se distingue de la précédente par le sens plus précis qu*elle présente. Les peintures et les mosaïques sont encore à leurs places. Grâce à ce fait matériel, elles expliquent mieux la transformation du mythe , et toute la valeur qu'il pouvait avoir aux yeux des chrétiens.
Nous avons dû ranger dans cette classe un fond de coupe peinte (i) d'un caractère évidemment funèbre , trouvé dans la catacombe de Priscilla. Eros et Psyché s'y tiennent dans l'attitude familière aux groupes païens. Psyché est à demi-vêtue d'un peplos bordé de pourpre ; l'arc et le carquois d'Eros sont à ses côtés. Les fleurs qui occupent le fond sont le seul accessoire ajouté par l'artiste chrétien. Une légende porte les mots : Anima dulcis , fruamur nos sine bile : zezes (2). « Ma chère âme, goûtons le bonheur sans arrière-pensée. Vis. » Ici le christianisme ne change rien au mythe païen ; il l'adopte en respectant aussi bien l'idée que la forme.
Psyché , seule ou associée à de petits génies , figure sur les peintures qui décorent deux salles de la catacombe de Domitilla (3).
Une peinture de l'une des salles hypogées la représente dansant avec des génies au milieu d'oiseaux et d'encarpes ; c'est une simple décoration. Les parois principales sont occupées par des sujets tirés de la Bible : Daniel dans la fosse aux lions , Noé dans l'Arche , etc.
Dans une salle attenant à l'atrium extérieur , nous retrouvons Psyché groupée à trois reprises avec les génies. Elle est debout , vêtue d'une tunique , et tenant à la main une corbeille pleine de fleurs. Sur l'une des peintures , un génie verse des fleurs d'une corbeille dans l'autre; sur les deux autres, un génie , penché devant elle , et faisant la récolte des fleurs , semble obéir à ses
(2) Sur la formule sine hile , voyez les exemples cités pa Buonarroti : Observait ont sopra alcuni frammenti , etc. , p. 202.
Rien n'est plus fréquent que ce mélange des mots grecs avec les mots latins dont la présente inscription donne un exemple (V. ihid,, tavola XXIX, fig. 2);
ordres. Les trois peintures montrent les personnages dans un véritable champ de fleurs à longues tiges.
Les peintures de cette salle offrent une particularité. Le sujet de Psyché occupe la place d'honneur sur les parois des arcosolium. • Les rinceaux sont décorés de fleurs et d'oiseaux.
Suivant M. de' Rossi (l), cette place, attribuée h un sujet païen dans un monument chrétien , s'explique par les conditions précaires faites à l'art chrétien au troisième siècle, c'est-à-dire à l'époque où fut bâtie l'entrée de la catacombe. Les salles extérieures des cimetières , sortes de lieux publics destinés aux réunions dos confréries chrétiennes, étaient ouvertes à la curiosité des profanes et à la surveillance légale des magistrats romains. Elles ne devaient offrir que des sujets indifférents ou communs aux deux religions, qui ne pouvaient donner prise à des accusations ou blesser dans leurs croyances les fidèles de la religion païenne. De là cette sorte d'affectation de n'offrir aux yeux du public que des scènes païennes. « Il n'y a là, » dit M. de' Rossi (2), <c aucun sujet de la mythologie proprement idolâtre, mais seulement des figures innocentes, qui, pour les païens eux-mêmes, ne signifiaient plus rien ou à peu près , ou qui , faisant allusion aux dogmes de la philosophie platonicienne, pouvaient s'adapter à ceux de l'Evangile. » Un pareil symbole parlait peut-être aux païens un langage plus précis que ne le veut M. de' Rossi. Si le sens s'en était altéré , on le conservait sur les monuments funèbres ; et le caractère religieux et grave qui le faisait respecter dos païens le rendait très-propre à orner l'entrée d'une catacombe chrétienne.
La représentation de Psyché , en passant sur les monuments chrétiens, prend une grâce nouvelle. Le christianisme la peint tout enfant ; il l'entoure de fleurs ; il la môle à des scènes riantes qui trahissent, en dépit d'une exécution grossière, un sentiment de divine allégresse.
C'est dans un tel esprit que paraît conçue la mosaïque de sainte Constance (3). Un des compartiments du plafond représente Psyché , répétée à cinq reprises différentes. Elle est vêtue d'une tunique-longue, et derrière elle flottent des draperies qui rappellent celles des danseuses pompéiennes. Tantôt elle tient des fleurs , tantôt elle danse ; elle est associée à des génies dansant , et les intervalles des figures sont remplis par des oiseaux, des animaux et
(i) loc. du SuUettino di Àreheotogia eristianai
(2) Loc. ciu
LES BAS-RELIEl^S ET LES PEINTURES DES CATACOMBES. 63
des fleurs. Le sentiment qui anime cette composition est facile à saisir. Ces génies dansant, ces fleurs, ces oiseaux de tout plumage sont les symboles enfantins et riants par lesquels l'imagination des chrétiens aimait à figurer les joies éternelles. Le paradis, tel que le voit la foi des premiers croyants , est un lieu délicieux , orné de roses et de fleurs de toute espèce. « Et dum gestamur ah ipsis quatuor angelis^ factura est nobis spatium grande, quod taie fuit quasi viridarium, arbores habens rosx, et omne genus floris. Altitudo autem arborum erat in rriodum cypressi, quarum folia cadebant sine cessatione (1). » C'est cet esprit chrétien des premiers temps, plein de fraîcheur et de grâce, qui a rajeuni en quelque façon la figure de Psyché , et lui a donné la dernière forme et la plus aimable sous laquelle elle apparaisse dans les monuments de l'antiquité.
Plusieurs faits ressortent de l'étude des monuments chrétiens.
Elle éclaire un des problèmes de l'archéologie figurée , en expliquant le sens de ces génies qui décorent les sarcophages païens, et dont les occupations reproduisent l'allégorie de la vie future. Une tradition non interrompue* les a fait passer de la Grèce à Rome ; et le goût romain semble les avoir surtout attribués aux représentations funèbres.
Pour l'histoire du mythe, les monuments chrétiens témoignent de la place importante qu'il occupait dans les croyances funèbres et du sens élevé, tout spiritualiste, qu'il offrait.
Nous sommes arrivé au terme de cette partie du travail qui a pour objet l'étude des monuments figurés. Il convient d'en résumer brièvement les conclusions et de chercher quels résultats a pu apporter , pour la connaissance du mythe de Psyché , la méthode que nous avons suivie.
Le mythe apparaît comme un ensemble d'idées sur la destinée humaine , s'enchaînant avec rigueur , et exprimées à l'aide d'une forme qu'il n'a pas créée , mais qui traduisait depuis longtemps des idées analogues d'une portée moins élevée. On peut dire que la psychologie figurée des passions a été le point de départ du mythe ; elle lui a fourni les représentations plastiques. Mais les allégories de l'âme et de l'amour ne deviennent mythiques que lorsque, appliquées aux destinées de l'âme, elles donnent la solution d'un problème moral. L'Eros htimain se transforme en Bros
(1) Sanctorum Patrum opuscula seleeta. Vision de sainte Perpétue» 11. ViHo Saturi.
divin ; les tourments de Tâme passionnée deviennent des épreuves , et la réunion d'Eros et de Psyché n'exprime désormais que le bonheur grave réservé aux hommes après leur mort. A coup sûr, la transition ne s'est pas faite d'une façon sensible, et les deux allégories ont vécu simultanément ; mais le caractère funèbre des représentations a fait le mythe. La fable de Psyché s'élève alors à la hauteur d'un dogme philosophique; elle peut prendre place parmi les croyances les plus pures de l'antiquité païenne.
Il est superflu de revenir ici sur les différentes idées qui forment les phases du mythe; il suffit d'en rappeler la netteté.
Il importe surtout d'observer que le mythe paraît essentiellement populaire. Les sarcophages où il figure sont des monuments de médiocre valeur, d'une exécution peu soignée ; ils étaient destinés à la classe inférieure ou moyenne. Ce fait a son importance, si l'on songe que le fond des idées du mythe semble emprunté à la philosophie platonicienne. La philosophie est rarement populaire ; elle se transforme en entrant dans le public et revêt des formes concrètes. Le mythe de Psyché paraît avoir été un des symboles grâce auxquels les idées sur l'âme ont pu s'accommoder au goût de la foule ; c'est comme le vêtement populaire d'une grande idée philosophique. L'âme personnifiée dans une figure ailée , subissant des éprouves matérielles , c'était une allégorie vivante, accessible à tous , où les intelligences les moins cultivées pouvaient trouver un aliment à lears espérances. Que le mythe ait joui d'une grande faveur auprès des classes inférieures, l'intérêt n'en est que plus vif. On touche de plus près à la vie intime d'un p;3uple, quand on peut atteindre une des croyances de cette foule, que l'archéologie figurée, plus que toute autre étude , peut aider à faire revivre.
La présence , sur les marbres gréco-romains , d'un symbolisme élevé n'a rien qui doive surprendre. C'est le caractère général des représentations romaines d'être empreintes d'une philosophie plus précise que celles des Grecs. Tandis que les stèles funèbres des Grecs font surtout allusion à la vie ordinaire, les sarcophages romains présentent une sorte d'enseignement moral , souvent enveloppé et confus , parfois très-net, comme dans le mythe de Psyché. On est frappé du rapport qui existe , à ce point de vue , entre les habituies romaines et celles des Etrusques; mais chez les Etrusques, l'allusion à la vie future se complique d'an appareil lugubre ; ce qui domine , c'est le goût de l'horrible , des images sinistres. Il semble que les Romains aient emprunté aux Etrusques leurs représentations funèbres , en y apportant une sorte de tempéra-»
ment. Ils ont gardé l'appareil mythologique , en le dégageant de ce qu'y avait ajouté la sombre imagination des Etrusques.
Jusqu'ici, nous n'avons tenu compte que des monuments, sans rien demander à la littérature. Il faut le reconnaître : les monuments sont pour nous l'enseignement le plus riche et le plus précis. Les textes sont rares et peu concluants. Le mythe de Psyché paraît avoir eu la môme fortune que ces croyances très-répandues qui vivent, grâce à la tradition orale , jusqu'au jour où elles se perdent en s'altérant peu à peu.
Il convient toutefois de recueillir les textes et de chercher comment ils confirment ou modifient le témoignage des monuments.